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- diversement transformées; les médiums dessinateurs laissent leur main errer au hasard et sont tout surpris de voir « Ia maison habitée par Mozart dans la planète Jupiter toute en notes de musique ! ». Cest l’œuvre d’un de ces médiums dessinateurs
. que la Revue spirite offrait en prime à ses abonnés : « une
- superbe tête de Christ composée et dessinée médianimiquement par le médium J. Fabre, reproduction photographique, 3 fr. 50? ».Quelques-uns, parmi ceux-ci, dessinent seulement le fond de leur tableau, les figures ressortent en clair comme sur les négatifs des photographes. Il y a des médiums pantomimes « qui imitent, sans pouvoir s’en rendre compte, la figure, la voix, la tournure des personnes qu'ils n’ont jamais vues, et jouent des scènes de la vie de ces personnes d’une telle façon qu'on ne peut s'empêcher de reconnaitre l'individu qu'ils représentent ». Les médiums parlants ne peuvent empêcher leur bouche de dire des paroles dont ils ne soupçonnent pas le sens et qu'ils sont tout
- surpris d'entendre ; la même puissance « agit chez eux sur l'organe de la parole, comme elle agit sur la main des médiums écrivants.. Le médium s'exprime sans avoir la conscience de ce qu'il dit, quoi qu'il soit parfaitement éveillé et dans son état normal... Il conserve rarement le souvenir de ce qu'il a dit‘ », Les médiums auditifs ou visuels entendent malgré eux des
| paroles ou voient des spectacles qu’ils rapportent ensuite volontairement ÿ. Enfin les médiums intuitifs ou impressibles « sont affectés mentalement et ils traduisent ensuite leurs impressions par l'écriture ou la parolef ». Toutes ces variétés, les dernières surtout, sont très intéressantes à connaître et semblent quelquefois se rapprocher de bien des faits connus.
« Ce qui distingue l’école spirite, dite américaine, écrit la Revue spirite, c'est la prédominance de la partie phénoménale; dans l’école européenne on remarque au contraire la prédominance de la partie philosophique 7». Cette remarque parait
: Gibier. Le spiritisme ou fakirisme occidental, 1887, 220. ? Revue spirite, 1876, 136.
$ Mystères de la danse des tables, 15.
* Allan Kardec. Op. cit., 203.
$ Allan Kardec. Op. cit., 203.
® Journal du magnétisme, 1854, 92.
1 Revue spirile, 1864, 148.
assez juste: les observateurs français semblent se préoccuper fort peu des phénomènes physiques qui avaient au début attiré l'attention, des coups dans les murs ou de la danse des tables; ils ne s’occupent guère non plus des conditions dans lesquelles
le médium écrit, ni des circonstances extérieures du phénomène;
ils ne s'occupent que de ce qu’ils appellent la partie philosophi-
que, c’est-à-dire le contenu même du message qu'ils cherchentà
interpréter. Ge choix n’était peut-être pas fort heureux, caril les
conduisit à de bien étranges suppositions.
Tous s'accordent sur un point, c’est que les paroles, les idées contenues dans ce message doivent provenir d’une intelligence étrangère à celle du médium lui-même; mais ils sont loin de s'entendre sur la nature de cette intelligence. Les uns prétendent que cette intelligence est certainement celle d’un esprit mauvais et diabolique et ne voient dans ces écritures mysté-
rieuses que des manifestations du démon. C’est la thèse du che-*
valier Gouguenot des Mousseaux, de M. de Mirville et de M. de Richemond qui termine ainsi son mystère de la danse des tables: « Au lieu de regarder et de faire danser des tables, prêtres et laïques fidèles frémiront en pensant au danger qui les a menacés, et leur foi, rajeunie par la vue des prestiges qui rappellent les temps de la primitive Eglise, deviendra capable de soulever des
montagnes. Alors, saisissant leur bâton pastoral pour la défense
de leur cher troupeau, NN. SS. les évêques, et, s’il le faut, N.S. P.le pape lui-même, s’écrieront au nom de celui à qui tout pouvoir a été donné au ciel, sur la terre et aux enfers : « Vade retro, satanas, » parole qui n’aura jamais reçu une plus juste applicationt. »
Mais la plupart des personnes qui faisaient innocemment tourner des tables ne purent accepter une supposition aussi terrible et ne comprirent pas cet avertissement solennel. Ils supposèrent, pour expliquer les messages de leurs médiums, des causes toujours intelligentes, mais beaucoup plus inoffensives. C’étaient simplement les âmes des grands hommes de l’antiquité, de nos parents ou de nos amis qui nous ont précédés dans l’autre monde et qui, par ce procédé, veulent bien entretenir avecnous des relations amicales. Il était facile d’échafauder sur cette donnée un petit système de philosophie élémentaire qui expliquât tant
‘ Mystère de la danse des lables, 31.
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* bien que mal la plupart des faits observés et donnât en même temps une satisfaction aux sentiments les plus profonds du - cœur humain et une pâture à l'amour du merveilleux. Ce fut l’œuvre d’un certain M.Rival, ancien vendeur de contre-marques, - paraît-il, qui rédigea, sous le nom d’Allan-Kardec, le code et “ l'évangile du spiritisme. Son « Livre des esprits ?» ainsi nommé parce qu'il est « dicté, revu et corrigé par les esprits », eut un très grand succès; tous les autres auteurs, les journaux et les revues qui étaient de plus en plus nombreux * et, chose curieuse, “les médiums eux-mêmes dans leur écriture automatique, ne firent bientôt plus que le commenter. « Ge livre, dit avec raison .la Revue spirile, qui était d’ailleurs fondée par Allan Kardeec, est aujourd’hui le point auquel converge la majorité des esprits *. Il est absolument inutile de résumer ici ce système philosophique qui n’a d’ailleurs aucune espèce d'intérêt; cette étude a été faite dans le petit livre de M. Tissandier qui examine moins les faits que les théories du spiritisme *. Il suffit de savoir que cette doctrine est un mélange des idées religieuses courantes et d’un Spiritualisme banal, qu’elle soutient naturellement la doctrine de “l'immortalité des âmes et la complète par une théorie vague de la réincarnation analogue à la transmigration et à la métempsychose des anciens. La seule idée un peu originale, quoique déjà connue, c’est la théorie du périsprit : c’est une enveloppe matérielle, bien qu'impalpable, que l'esprit traine avec lui et qui, à la manière du médiateur plastique de Cudworth, établit un intermédiaire entre l’âme et le corps. C’est grâce au périsprit que l'esprit incarné dans un corps met en mouvement ses membres et que, désincarné après la mort, il entre en relation avec les tables ou avec la main des médiums.
Sous l'influence de cette doctrine, les expériences faites
1 Gilles de la Tourette. Hypnotisme, 416.
? Philosophie spiritualiste, Le livre des Esprits, contenant les principes de la doctrine spirite, sur l’immortalité de l’âme, la nature des esprits et leurs rapports avec les hommes... selon l’enseignement donné par les esprits supérieurs à l’aide de divers médiums, recueillis et mis en ordre par Allan Kardec, 11e édit., 186%.
8 En 1864, on en remarque 10 en Europe, et, en 1876, on en compte 46. * Revue spirile, 1864, 4.
5 Tissandier. Des sciences occultes et du spiritisme, 1866.
d'abord un peu au hasard se régularisèrent, prirent une forme
convenue et solennelle. D’innombrables sociétés se formèrent dans lesquelleson conversait facilementavec l'âme de son arrière
grand-père ou avec l'esprit de Socrate. Les revues publient une
quantité de petites lettres signées de noms illustres auxquels
est associé, comme cela est de toute justice, le nom du médium qui sert d’intermédiaire. Voici, par exemple, comment se terminent quelques messages : Mesmer, médium M. Albert; Eraste, médium M. d’Ambel; Jacquard, médium M. Leymarie; Paul, apôtre, médium M. Albert; Jacques de Molé, médium M°° Béguet; Jean l’Evangéliste, médium M"* Costel, etc. ‘. On entretient avec tous ces personnages les meilleures relations : Gutenberg ayant improvisé, par la main de M. Leymarie, un petit discours en bon français, sur l'imprimerie naturellement, le président
de la séance adresse tout haut des remerciements à à l’esprit de.
Gutenberg, en le priant de vouloir bien prendre part aux 4
entretiens de la société quand il le jugerait convenable. Gutenberg répond immédiatement par la main d’un autre médium :
« Monsieur le président, je vous remercie de votre aimable
invitation; c’est la première fois qu’une de mes communications a été lue à la société spirite de Paris, et ce ne sera pas, j'espère, la dernière ?.» On n'est pas plus convenable. En même temps, de jeunes personnes éprises de métaphysique laissent leur main errer sur le papier et lisent ensuite avec délices d’interminables
dissertations sur la réincarnation des âmes, sur l’origine du
globe terrestre, sur la théorie des fluides, etc. : leur intrépidité égale leur fécondité.
Malheureusement on se lasse de tout, et quand on eut fait
écrire par tous les grands hommes possibles des variantes sur le