‹ L'automatisme psychologiqueChapitre 66 sur 90 · HYPOTHÈSES RELATIVES AU SPIRITISME · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSES RELATIVES AU SPIRITISME

Les phénomènes qui ont donné lieu aux doctrines que nous venons de résumer méritent une étude attentive et une discussion. Le scepticisme dédaigneux, qui consiste à nier tout ce qu’on ne comprend pas et à répéter partout et toujours les mots de supercherie et de mystification, n’est pas plus de mise ici qu'à propos des phénomènes du magnétisme animal. Le mouvement qui a provoqué la fondation d’une cinquantaine de journaux différents en Europe, qui a inspiré les croyances d’un nombre considérable de personnes est loin d’être insignifiant. Il est trop général et trop persistant pour être dû à une simple plaisan- terie locale et passagère. | |

Cependant, si l’on examine les phénomènes allégués par les écrivains du spiritisme, il est absolument nécessaire de faire quelques distinctions. La crédulité exagérée qui consisterait à prendre au sérieux toutes les balivernes qui encombrent les revues de ce genre serait plus ridicule encore que le scepticisme : la doctrine du tout ou rien n’est pas de la critique scientifique. Mais, dira-t-on, le choix est ici absurde et arbi-« traire, car on élimine précisément ce que l’on ne peut expliquer. Non, le choix n’est pas arbitraire : il est déterminé, comme dans toute étude historique, par la critique des témoignages. Un auteur intelligent, qui montre son bon sens et ses qualités de critique dans d’autres ouvrages, mérite davantage d’être cru que le premier venu, célèbre seulement par sa naïveté. Quand M. Bénézet, de joviale mémoire, nous raconte qu'il a vu tomber du plafond des dragées encore humides, parce que le diable les avait sucées, on me permettra de passer. Or, les annales du spi-" ritisme sont remplies de faits de ce genre ‘ racontés par des auteurs aussi candides. Après avoir lu quelques-unes de leurs lettres, personne ne croirait ces gens-là, quand même ils nous rapporteraient les choses les plus vraisemblables, un orage ou la chute d’un bolide ; pourquoi doit-on les prendre au sérieux

1 Cf. Gasparin. Tables tournantes, 1], 443.

quand ils parlent de leur commerce avec l’autre monde ? L’élimination est d'ailleurs très facile et tous les auteurs un peu importants ne parlent jamais que d’un petit nombre de phénomènes toujours les mêmes, les seuls que nous considérerons. Même parmi ces derniers faits fréquemment et sérieusement signalés, je crois nécessaire de faire encore une distinction. Les spirites désignent sous le nom de phénomènes physiques ceux qui se produisent en dehors du médium et en apparence sans son intervention : Les coups dansles murs, là fameuse écriture directe ‘qui à lieu loin du médium au moyen d'un crayon marchant tout seul!, et surtout les soulèvements de table sans contact, les déplacements d'objets non touchés qui ont été si bien étudiés par Gasparin et par Crookes. Ges choses, au moins les dernières, ne “doivent pas être niées à la légère ; ce sont peut-être les éléments d’une science future dont on parlera plus tard, mais, de toutesmanières, elles n’ont pas à intervenir dans notre étude.Que le médium agisse au moyen de son bras et écrive comme tout le monde, ou qu'il manifeste sa pensée par le mouvement du crayon placé loin de lui, cela est très différent au point de vue physique ; mais, au point de vue psychologique, cela ne modifie pas la nature de la pensée qui se manifeste et les problèmes qui nous intéres- “Sent restent exactement les mêmes. Je me hâte d’ajouter que ces phénomènes réservés sont infiniment rares et que je serais fort embarrassé pour en parler, car, malgré toute ma curiosité, je n’ai jamais vu rien qui y ressemblât. Les neuf dixièmes au moins des personnes qui se sont occupées de spiritisme avoueront, si elles “sontsincères,que ce ne sont pas ces phénomènes d'écriture directe ou de soulèvements sans contact qui ont déterminé leurs convictions, car elles ne les connaissent aussi que de réputation. Contentons-nous d'étudier le problème psychologique de l'écriture des médiums, sans parler d’un phénomène physique dont l'existence est encore au moins problématique.

Un premier effort pour expliquer le mouvement des tables tournantes fut fait dès les débuts de leurs succès par quelques physi- “ciens. M. l'abbé Moigno ? s'efforce de prouver, dans le Cosmos du 8 juillet 1854, que les tables ne tournent que parce qu’on les

# Guldenstubbe. La réalité des esprits, 1873.

3 Article résumé dans le Journal du magnétisme, 1854, 83.

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pousse. Il cite plusieurs expériences ingénieuses imaginées par. É M. Strombo, professeur de physique à l’université d'Athènes, qui M ne cette impulsion en évidence. Si, par exemple, on recou-. ! vre la surface de la table d’une couche de tale très mobile, les doigts des expérimentateurs glissent sur la table et ne parviennent pas à lui communiquer le mouvement. Les appareils de. Babinet et de Faraday, les couches de papier successives quitournaient sous la pression dans le sens du mouvement de la table, l'aiguille indicatrice qui prévenait les assistants de leurs moindres“ ï mouvements, sont trop connus pour que j'y insiste ; ces procédés mettaient en évidence le mouvement des expérimentateurs et des médiums. Mais, répondrons-nous avec M. de Mirville, il n’est pas nécessaire d'inventer tant d'appareils pour nous prouver que la main du médium remue, nous nous en doutions bien un peu; les … meilleurs médiums sont ceux qui n'ont point besoin de tables et | qui tiennent eux-mêmes Île crayon, et tout le monde peut voir les mouvements de leur main. Ce qu'il faut nous expliquer, c’ests de quelle manière ce mouvement peut étre involontaire tu inconscient, tout en restant cependant intelligent.

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