‹ L'automatisme psychologiqueChapitre 67 sur 90 · NT · texte numérisé non relu

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Les deux premiers caractères de ce mouvement involontaire et« inconscient semblaient aux physiologistes des choses assez com munes et assez simples. Bien des mouvements, disait Carpenter, 4 se passent en nous sans que nous le sachions, non seulement é des mouvements de la vie organique, mais encore un grande nombre d'actes de la.vie de relation que l'habitude ou la distrac\ | tion rendent momentanément involontaires et inconscients. On. rit, on se gratte, on se mouche sans le savoir et sans interrompre sa conversation. « J’ai vu, écrit cet auteur, John Stuart Mill passer le long de Cheapside l'après-midi, lorsque cette rue est pleine de monde, et circuler sans peine sur le trottoir étroit sans« coudoyer personne nise heurter aux becs de gaz, et lui-même m a. assuré que son esprit était tout occupé de son système de logique, | dont il avait médité la plus grande partie en allant chaque jour de Kensington aux bureaux de la compagnie des Indes, et qu'il. avait si peu conscience de ce qui se passait autour de lui qu’il n@« reconnaissait pas ses meilleurs amis‘... » Et l’on peut citer un grand nombre de faits de ce genre plus ou moins curieux

‘ Carpenter. Revue scientifique, 1° mai 18178.

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Gasparin, qui explique d’une manière analogue le mouvement des tables; M. Bersot, qui trouve un peu trop facilement que les choses sont simples, et plusieurs autres qui rapprochent de la même manière les faits du spiritisme de ces actes automatiques que l’on accomplit par distraction. Il me semble voir ici quelque chose d’analogue à une supposition déjà signalée à propos de la suggestion. Nous bâillons, disait-on, quand nous voyons bâller, nous rougissons quand nous voyons rougir, donc il est tout simple qu’un sujet ramasse des fleurs quand on le lui commande et qu'une flamme imaginaire lui brûle la peau. Sans doute il y a une légère analogie entre la marche involontaire du logicien distrait et l'écriture automatique des médiums; mais quelle différence, quel hiatus entre les deux phénomènes. Les actes involontaires que l’on allègue sont habituels, de simples répétitions, sans originalité et sansintelligence; l'écriture automatique au contraire, il ne faut pas l'oublier, est fort intelligente. «Quelques-uns veulent bien accorder aux tables un fluide béotien, disait Des Mousseaux, et voilà qu’elles revendiquent de l'esprit; elles parlent, conversent et dialoguent avec nous ou se livrent parfois à des monologues intéressants !. »

Il est trop facile de démontrer cette intelligence dans les phénomènes spirites ; la simple table primitive qui frappe des coups en correspondance avec les lettres de l’alphabet montre une mémoire parfois surprenante de ces signes conventionnels. « On admet en Belgique que, pour aller plus vite, la table parlera avec ses trois pieds : pour cela, on divise l'alphabet en trois groupes de lettres : 1° de À à H, 2° de I à P,5° de Q à Z ; on numérote les lettres dans chaque groupe, A est désigné par un coup, B par deux, etc., I de nouveau par un, J par deux, ete. Mais chaque

. pied correspond à un de ces groupes et ne s’oceupe pas des au-

tres. Ainsi, si le premier pied frappe trois coups, c’est un CO, la troisième lettre du premier groupe, si le deuxième pied frappe un coup, c’est un I, la première lettre du second groupe, el ainsi de suite. » Avec un petit système de ce genre, on obtient rapidement une longue communication qui, par-dessus le marché, est écrite à l'envers ?, Comment peut-on comparer un calcul de ce genre à l'acte automatique de se gratter ou de cligner des yeux? Les com-

‘ D’après Gasparin, IL, 508.

? Revue spirile, 1861, 310.

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munications écrites de cette}manière sont loin, comme nous le verrons, d’être des œuvres de génie, mais encore sont-elles incomparablement plus qu'un simple réflexe mécanique. On connaît les expériences de tables tournantes de M®*° de Girardin. Elle interrogeait la table et lui demandait la définition de l’amour, la table répondit : « Souffrance !.» Le mot n’est pas nouveau, mais, pour une table, il n’en est pas moins curieux. Il y a des planchettes qui font des vers latins, écrivent des fables, racontent la création du monde ?, ou biense permettent des calembours.La main du médium qui écrit à son insu discute, raisonne ou plaisante; elle s’interrompt brusquement quand elle en a assez et termine en disant: « À demain, au revoir, assez pour aujourd’hui..... » Puis il n’est plus possible de rien obtenir ÿ. En pré-« sence de pareils faits qui sont innombrables,on ne peut s'empè-« cher de trouver que les physiologistes, avec la théorie de lan -cérébration inconsciente,se sont arrêtés au seuil de la question. La Revue spirite d’'Allan-Kardec prend pour épigraphe cette phrase : « Tout effet à une cause, tout effet intelligent a une: cause intelligente. » Et Mirville n’a pas tort quand il conclut : «Il y à dans ces tables des phénomènes de pensée, d’intelligence, de raison, de volonté, de liberté même lorsqu'elles refusent de répondre, et de telles causes ont toujours été appelées par les philosophes des esprits ou des âmes ‘.»

Une autre explication assez célèbre rend aussi bien compte de deux caractères du mouvement automatique, mais en néglige encore un troisième : elle va nous montrer comment ce mouvement est intelligent et involontaire, mais elle ne nous dira pas comment il peut être inconcient. Il s’agit, comme on le comprend, des théories de M. Chevreul que nous avons déjà indiquées à propos du pendule enregistreur et que l’auteur a essayé d'appliquer plus tard à tous les phénomènes du spiritisme. « La faculté de faire frapper une table d’un pied ou de l’autre une fois acquise, ainsi que la foi en l’intelligence de la table, je conçois comment une question adressée à

‘ Gibier. Spiritisme, 125.

* Mirville. Des esprits, 11, 19 et passim.

* Revue spirite, 1818, 249. — Le même fait dans Mirville, Il, 86, et dans bien = d'autres. :

* Propos de l'abbé Bautain, rapporté par Mirville, II, 76.

la table éveille, en la personne qui agit sur elle‘sans qu’elle s’en doute, une pensée dont la conséquence est le mouvement musculaire capable de faire frapper un des pieds de la table, conformément au sens de la réponse qui paraît le plus vraisemblable à cette personne ‘. » En un mot, les pensées provoquent, comme nous le savons, des mouvements involontaires; c’est la pensée consciente du médium qui met la table en mouvement à son insu; « les oracles promulgués par les planchettes ne sont que le décalque de ce qui est dans la tête dés personnes qui dirigent les planchettes ?, » et les expériences spirites ne sont qu'un degré

. plus compliqué de l'expérience du pendule enregistreur.

Cette explication simple se heurte à une difficulté que nous avions déjà constatée à propos du pendule, mais qui devient ici beaucoup plus grave. Ces actes intelligents ne sont pas seulement involontaires, ils sont encore inconscients : non seulement

. le sujet ignore son mouvement, mais il ignore la pensée qui

dirige ce mouvement. Ge ne sont pas ses pensées, les réponses qui lui semblent vraisemblables, qui se manifestent parles mouvements de sa main, ce sont d’autres pensées et d’autres réponses qu'il ne soupçonnait pas et dont il est tout le premier surpris quand 1l les lit, Ce caractère ne semble pas bien connu par les

auteurs qui discutent le spiritisme, car on les voit parler aussitôt

de plaisanterie et de supercherie, dès qu'il s’agit de cette incons cience du médium. C’est pourtant là le point essentiel de tous ces phénomènes, celui qui a donné lieu à toutes les croyances superstitieuses.

La meilleure preuve de cette inconscience serait celle dont les spirites parlent sans cesse et qu'ils ne donnent jamais. « L'expé-

-rience a constaté, dit Des Mousseaux , que la table m'apprend

des choses que je ne puis savoir et qui surpassent la mesure de mes facultés. » Voilà un fait qui serait décisif, mais dont la démonstration complète demanderait des précautions minutieuses dont ces enthousiastes sont bien incapables. On peut dire qu'il n’y à pas un fait authentique de ce genre. D'ailleurs, si j'ai complètement évité de parler de la lucidité et d’autres facultés analogues à propos des somnambules, ee n’est pas pour traiter la question

“ Chevreul. De la baguette... 224.

* Gasparin. Op. cit., I, 80.

? D’après Gasparin, Op. cit., II, 76.

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incidemment à propos des médiums.En dehors de la lucidité pro-. prement dite, on cite d’autres faits analogues qui séparent complètement l'écriture automatique de la conscience normale du sujet. Certaines personnes, paraît-il, peuvent répondre automa-" tiquement au moyen de la planchette à des questions posées mentalement, non exprimées par la parole, et dont leur conscience normale n’a aucune connaissance. Les faits signalés par M. Myers et surtout le cas de M. Newnham ", si l’auteur peut ga- | rantir l’exactitude littérale des termes de cette observation, sont des plus extraordinaires et indiquent à la psychologie une voie absolument nouvelle. Mais ces phénomènes de suggestion men-« tale dans l’écriture automatique, qui devaient être signalés, demandent une discussion toute spéciale qui nous détournerait entièrement de l’objet actuel de nos études. Disons seulement que, dans certains cas, la main répond automatiquement à des questions dont la conscience du sujet n’a en effet et n’a pu avoir, aucune connaissance, mais que ces cas sont les plus rares etw ne peuvent fournir une preuve générale de l’inconscience des mouvements spiritiques. , Cherchons des preuves moins décisives sans doute mais plus faciles à vérifier. Je signalerai d’abord une opposition, un anta-M gonisme quise constate facilement entre le caractère et les pen sées actuelles du médium et le contenu de l'écriture automatique N’insistons pas sur ces jeunes filles honnêtes et chastes qui res-w tent stupéfaites en lisant les obscénités grossières que leur main a écrites sans les prévenir: le fait est banal et tous ceux qui se sont occupés de ce problème l'ont signalé. Mais voici un individum qui croit à la puissance des esprits et les invoque sérieusement dans une circonstance grave de sa vie; il s'attend à une réponsem sérieuse, et il y pense. Il est indigné des plaisanteries que les Esprits lui répondent et qui sont en opposition avec son atten= tion expectante. Malgré lui, la main du médium ne fait que des plaisanteries d’un goût douteux, dessine des arabesques, signe « Pompon la Joie », etc.; le médium d’un caractère sérieux pro teste que ces sottises ne sont pas de son fait : « Mon caractère, dit il,ne peut changer ainsi, quelque bonne volonté que j'y mette; il m'est impossible de comprendre ces variations mentales subites« etextrèmes se renouvelant dix ou quinze fois dans une soirée, sous

‘ Myers, Automatic writing, Proceed. S. P. R., 1885, 8.

l'influence d’une cause aussi simple que celle-ci, toucher ou ne. pas toucher le bord d’une planchette !. » Ailleurs on voit que,au lieu de répondre sérieusement aux questions, le crayon s'occupe à faire des petits dessins et, quand on insiste, il répond qu'il à bien le droit de s’amuser?, ou bien, une autre fois, au lieu de répondre comme le médium le désire il écrit : « It is time to go to sleep, go to bed *», « Va te coucher. » Cette opposition de caractère entre un médium et son esprit peut aller jusqu'aux reproches réciproques et jusqu'aux disputes violentes. L'abbé Almignana a grand’peine à répondre aux sottises que lui adresse sa propre main *,et ne s'explique pas comment il peut se trouver en lui deux êtres aussi antipathiques l’un à l’autre. D’autres espris ne se gênent pas pour expliquer leurs erreurs par la bêtise de leurs médiums auxquels ils reprochent de n'être pas assez passifs et de déranger leur écriture 5. Ce mécontentement, plus ou moins légitime, peut s’exaspérer et aller jusqu’à la colère ; non seulement l'esprit est alors distinct du médium, mais il le persécute etle martyrise de mille manières; on se trouve alors en présence de ces obsessions qu'Allan Kardec trouve très naturellesf, et qui sont des cas de folie malheureusement trop réels7.

Une seconde catégorie de preuves, relatives à l’inconscience des phénomènes médianimiques, nous sera fournie par les observations si intéressantes recueillies par M. Myers. Le médium sait si peu ce que sa main écrit qu'il ne peut pas se relire et qu'il est obligé de faire appel à d’autres personnes pour comprendre ce que contient son message; ou bien, ce qui est plus curieux encore, il est obligé de prier l'esprit de répéter et d'écrire plus lisiblement, ce que ce dernier fait d’ailleurs avec assez de bonne volonté; ou bien encore, le médium se trompe en lisant le message, il lit par exemple J.Celen au lieu de Helen‘, et l’esprit est obligé de le reprendre et de rectifier. Dans d’autres cas, l’écriture à la planchette se permet des plaisanteries bizarres ; ainsi

{ Revue spirite, 1818, 250.

? Myers. Op. cit, 1885, 20.

8 Myers. Op. cüit., 20.

+ Journal du magnétisme, 1855, 164,

5 Mystère de la danse des tables, 21,

s Allan Kardec. Le livre des médiums, 310.

* Mirville, II, 84,

* Myers. Automatic writing. Proceed. S. P. R., 1885, 37.

elle intercale, sans prévenir, un mot grec auquel personne ne

comprend rien. On lit avec surprise le mot CHAIRETE et l’on est .

assez longtemps sans comprendre que c’est le mot grec xalpsrei. Ou bien la planchette, au lieu de répondre sérieusement, embrouille ses lettres et fait des anagrammes. L'histoire de l'esprit qui s'intitule lui-même Clelia ? forme réellement un document psychologique dont on ne saurait exagérer l'importance. Une personne qui essaye l’écriture automatique et qui, selon la coutume, pose des questions à l'esprit, n'obtient comme réponse qu'une série de lettres juxtaposées en apparence sans signification « What is man? » demande-t-elle; « Tefi Hasl Esble Lies » fut la réponse. « How shall i believe? » « neb 16 vbliy ev 86e earf ee », et ainsi toujours, quelle que soit la question. Cependant, quand on insiste, quand on demande à l’esprit si c’est un anagramme, la planchette daigne répondre « Yes ». Ge n'est que le lendemain et après bien des efforts que le médium put disposer les lettres de manière à leur donner un sens à peu près intelligible « Life is the less able » « believe by fear even 1866 », et la planchette se déclara à peu près satisfaite, quoique, dans certaines interprétations, elle indiqua une autre disposition des mêmes mots. Y a-t-il rien de plus curieux que cet individu qui se pose des problèmes à lui-même et qui ne parvient pas toujours à en trouver la véritable solution? Toutes ces observations deM.Myers, qui sont fort nombreuses, mettent parfaitement en lumière l’indépendance des deux séries dephénomènes conscients, ceux qui forment l'esprit ordinaire du médium, et ceux qui se manifestent par l'écriture de la planchette.

Enfin, pour admettre cette inconscience des phénomènes spiritiques, je crois qu'il faut nous en rapporter au témoignage des médiums eux-mêmes que nous ne pouvons pas récuser légèrement. Il faudrait répéter ici tout ce que M. Ch. Richet disait autrefois à propos du somnambulisme, quand il voulait démontrer son incontestable réalité. J'ai vu des personnes très honnêtes écrire à la façon des spirites et elles m'ont assuré qu’elles ne savaient pas Ce que leur main écrivait. Quand on aurait cru leur parole sur des sujets plus graves, peut-on la mettre en doute

" Myers. Automatic writing. Proceed. S.P.R., 1885, 26.

*Id.Ona telepathic explanation of some so called spiritualisticphenomen«. Proceed., IT, 226.

maintenant ? Or ce sont des milliers d'individus qui, depuis trente ans, répètent la mème affirmation, commentle même mensonge

peut-il se prolonger si longtemps en Amérique, en Allemagne,

en France, en Angleterre ? On peut prendre ces paroles de Des Mousseaux comme l'expression sincère de ce que pensent et disent tous les médiums : « Lorsque mon esprit semble me parler du sein de la table, j'ai donc perdu la conscience de son action, puisque je n'ai ni le sentiment de ce qu'il éprouve en son domicile additionnel, ni de ce qu’il y pense, puisque j'ignore, au moment même où j'attends les faveurs de sa parole,et ce qu'il va me dire et s’il daignera me parler ou opérer! » D'ailleurs, il est facile de le comprendre, c’est précisément ce caractère qui à fait la fortune de la religion spirite. Un mouvement involontaire en rapport avec nos propres pensées, comme dans les expériences de Cumberland, n’eût pas autrement surpris; mais Ce qui à paru inexplicable, ce sont ces calculs, ces réflexions, ces discours étrangers à la conscience du médium. C’est, après avoir senti l'impossibilité de rattacher d’une manière quelconque ces manifestations intelligentes à l’intelligence normale du médium, que l’on a cru nécessaire de faire appel à un esprit différent du sien. On comprend alors pourquoi les explications de Chevreul, comme celles de Faraday et de Carpenter,

ont été raillées par les véritables spirites, c’est qu'elles res-

taient aussi au-dessous de la question principale.

La supposition que faisaient les spirites, de leur côté, étaitelle alors nécessaire et, s’il fallait une intelligence autre que celle du médium pour expliquer les messages, devait-on forcément invoquer les âmes de ceux qui ne sont plus ? Si une hypothèse ne doit pas être au-dessous des faits, elle ne doit pas non plus être au-dessus, et celle-là dépasse infiniment le problème que l’on veut expliquer. Comment les lecteurs de ces messages ne se sont-ils pas aperçu que ces élucubrations, tout en présentant quelques combinaisons intelligentes, sont au fond horriblement bêtes et qu'il n’est pas nécessaire d’avoir sondé les mystères d’outre-tombe pour écrire de semblables balivernes. Corneille, quand il parle par la main des médiums, ne fait plus que des vers de mirliton, et Bossuet signe des sermons dont un curé de

‘ D’après Gasparin, II, 508.

396 | IIe PARTIE. — AUTOMATISME PARTIEL

village ne voudrait pas pour son prône. Wundt, après avoir, assisté à une séance de spiritisme, se plaint vivement de la dégénérescence qui a atteint, après leur mort, l’esprit des plus grands personnages, car ils ne tiennent plus que des propos de déments \ et de gâteux !. Allan Kardec, qui ne doute de rien, évoque tour à tour des âmes qui habitent des séjours différents et les interroge sur le ciel, l’enfer et le purgatoire. Après tout, il à raison, car c’est là un bon moyen d’être renseigné sur des questions intéressantes. Mais qu'on lise la déposition ? de M. Samson ou de M. Jobard, de ce pauvre Auguste Michel ou du prince Ouran, et l’on verra que ces braves esprits ne sont pas mieux informés que nous et qu'ils auraient grand besoin de lire eux-mêmes les descriptions de l'enfer et du paradis, données par les poètes, pour savoir un peu de quoi il s’agit. Le même auteur, toujours intrépide, consacre un chapitre à l'évocation des suicidés par

amour. On peut lire par curiosité les doléances de M!° Palmyre,

ainsi que l’histoire lamentable de « Louis et de la piqueuse dem bottines * » ; mais, après cette lecture écœurante, il est nécessaire“ de réciter les beaux vers sur les lugentes campi... « hic quos durus amor crudeli tabe peredit » et de revoir la grande ombre de Didon « Illa solo fixos oculos aversa tenebat... » Voilà qui est bien plus vrai, quoique l’auteur n’ait évoqué personne. Ce serait vraiment à renoncer à la vie future, s’il fallait la passer avec des individus de ce genre.

Que les spirites n’invoquent pas, pour leur défense, les noms dont l'écriture automatique signe ses messages, les changements d'écriture ou de style, la conformité des déclarations avec telle ou telle opinion. L'écriture de la planchette est extrêmement » docile et elle fait tout ce que l’on veut, elle correspond à la pensée des personnes présentes et répète toutes leurs doctrines. . Chez des catholiques, l’abbé Bautain voit une corbeille se tordre comme un serpent et s'enfuir devant le livre des Evangiles qu’on lui présente, demander des prières et des indulgences “. Chez des protestants, les tables n’ont plus peur de l’eau bénite, n’ont plus de respect pour les scapulaires et annoncent avant dix ans la chute de la papauté. M. Des Mousseaux, qui voit des démons

‘Wundt. Spirilismus. Revue philosophique, 1879, I, 666.

* Allan Kardec. Le ciel et l'enfer selon le spiritisme, 1869, 4° édit., passim. $ Id. Zbid., 364.

* Mirville, II, 76.

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partout, interroge ainsi : « Est-ce toi qui as tenté la première femme ? — Oui, répond la planchette. — Est-ce sous la forme du serpent ? — Oui. — Es-tu du nombre des démons qui entrèrent dans le corps des pourceaux ? — Oui. — Qui tourmentèrent Madeleine ? — Oui. » Il aurait demandé avec le même air de conviction : «Es-tu Achille», ou « Es-tu Don Quichotte», que la table aurait encore répondu « Oui ». Chez ceux qui croient à l'ancienne magie noire, les esprits obéissent aux formules magiques et tremblent devant les triangles sacrés. Il est vrai, comme l’a vérifié Morin, que l’on peut, au lieu de réciter les formules fatales, déclamer des vers d'Horace et que l’on obtient le même succès.

Cette intelligence, qui existe certainement et qui se manifeste par l’éeriture de la planchette, devient tout ce que l’on veut; n’en faisons donc rien de trop relevé et ne mélangeons pas avec une question de psychologie positive les problèmes les plus troublants de la métaphysique et de la religion.

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