‹ L'automne des lysChapitre 12 sur 13 · MM«M«MM^#*^^M · texte numérisé non relu

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Sur un vieux matelas que perce au coin la paille. Ses yeux rougis de pleurs, fixés sur les verrous, Le Royal Orphelin qui grelotte et tressaille Dans le Temple, ce soir, songe aux Noëls très doux.

Quand sous la cheminée au chambranle rocaille Il plaçait ses souliers de satin, vrais bijoux, Afin que PEnfant-Dieu descendu sur Versaille A TEnfant-Roi donnât un peuple de joujoux.

Des carillons joyeux enguirlandaient son âme, Et quand sur les chenets dorés mourait la flamme, La Reine y déposait le don cher et mignon.

Hélas ! en cette nuit que la haine désole.

Le Dauphin qu'à présent berce la Carmagnole,

A rangé deux sabots sur Tâtre de Simon.

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(Le dernier baiser

Dans la foule qui hurle et se rue autour d'elle, En charrette, la Reine, une dernière fois Avance, s'accotant au bord de la ridelle, Prête à la mort, Tesprit ailleurs, les regards froids.

Aux marches de Saint-Roch le cortège s'arrête, Et, comédien ignoble en ce drame sanglant, Grammont sur son cheval autour de la charrette Racole des hurleurs à ce trépas trop lent.

Hélas ! une clameur d'orgie immense et folle Poursuit dans son convoi celle qui va mourir, Et qui, sans qu'un baiser au départ la console, A, dans ses yeux usés, vu les larmes tarir.

Jusqu'au dernier instant, sous le couperet même. Le corps roidi déjà, ce seront là les cris Qu'en mourant percevra, dans un spasme suprême. Cette Reine qu'on tue au milieu de Paris.

i66 Les jours sombres

Mais rien ne lui fait mal, la fierté de sa race Sur elle fait glisser, sans y tenir, l'affront. Des coups qu'elle reçoit nul n'aura vu la trace. Le dédain de Thorreur a protégé son front.

L'orgueil a cuirassé son cœur contre la haine, L'injure qui la veut toucher vient de trop bas. Sur la charrette ainsi qu'au trône, c'est la Reine, Que l'assaut furieux du peuple n'atteint pas !

Sur les pavés, tandis que la charrette roule. Elle se tient altière et le port triomphant... Mais tout à coup ses yeux ont fixé dans la foule Une femme qui porte en ses bras un enfant.

Dieu, d'im enfant, beau lis oublié par mégarde, De la Reine qui meurt a fleuri le chemin.

Et le doux innocent voyant qu'elle regarde Envoie un long baiser, de sa petite main.

Et la Reine endurcie à l'insulte qui traîne Et dont le froid regard semble encore écraser Ce peuple qui la mène à l'échafaud, la Reine . S'attendrit au naïf élan de ce baiser.

Son cœur que pour la haine elle avait fait de pierre, Sous ce geste d'amour à nouveau s'est fondu. Sur ses yeux humectés a tremblé sa paupière ; Seul ce dernier baiser n'était pas attendu.

Le dernier Baiser i6j

Elle avançait déjà rigide, déjà morte, Fièrement impassible en sa sérénité, Et voici qu'un baiser jusqu'à son âme apporte L'effluve et le regret d'un printemps enchanté.

Tous les baisers d'antan figés sur sa main fine Par les beaux courtisans à Versaille, autrefois, Qu'avaient gaiement scandés ses rires de Dauphine, Baisers pour elle éclos sur les lèvres des Rois.

Elle revoit tous ceux qu*un souvenir estompe Qui voltigeaient près d'elle au soir des grands galas, Tous ceux qu'elle reçut jadis en grande pompe Et ceux plus désirés qu'elle n'accepta pas !

Et soudain rattachée ici-bas, sa pensée Qu'elle croyait enfin libre d'un lien cher.

Au regret ravivé d'une gloire effacée Sous le marbre du masque a fait rosir la chair.

Elle a laissé là-bas sans adieu, sans caresse. Le royal orphelin, chez Simon retenu .

Et le dernier baiser qui part à son adresse Dans le peuple, lui vient d'un enfant inconnu.

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^e (Livre des comptes

i6 octobre 1793.

Quand il eut étendu la chaux comme un linceul Sur la morte, le soir de ce jour lamentable.

Le fossoyeur revint à sa mansarde, et seul Fit son compte, le coude appuyé sur la table.

Ayant bien réfléchi s'il n'oubliait plus rien, De sa lourde écriture il marqua sur son livre. Orthographiant les mots en simple citoyen :

« Pour la veuve Capet : une bière,,,, six livre,»

Puis ses comptes finis, ses recettes au net, Sans erreur, et tranquille avec la République, L'homme au bonnet sanglant referma son carnet, Sans penser qu'il scellait une tombe historique,

Et que ces mots banaux, informes, dont sa main Par suprême ironie a faussé l'orthographe.

Pour l'Histoire attendrie allaient être demain D'un martyre immortel l'immortelle épitaphe.

(^ïont haut

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La Reine n'a jamais courbé sa noble tête Même sous le fardeau des poufs enrubannés, Même sous les vivats des jours de grande fête, Quand elle saluait les peuples prosternés.

Toujours elle a marché le front haut dans la gloire. Sereine dans sa grâce au milieu de sa Cour, Devant les courtisans comme devant THistoire, Elle a toujours marché le front haut dans l'Amour.

Elle a marché front haut devant la calomnie, Front haut devant l'émeute au matin du Dix-Août, Front haut devant la chute et devant Tagonie, Elle a marché front haut contre le dernier coup.

Tout courbait devant elle, et rien ne Ta courbée ; Libre, même en prison, très digne elle a marché. Si de son front, un jour, la couronne est tombée. Ce n'est pas que son front ait un instant penché.

ijo Les jours sombres

Elle a passé devant le flot des gourgandines, Impassible toujours et ferme comme un roc ; Elle n*a pas voulu, sous les Fourches Gaudines, Courber son front romain pour éviter le choc.

Mais elle a marché droite et fîère en ses disgrâces, Insensible aux douleurs, insensible à Taffront ; Aux basses passions comme aux portes trop basses, Pour ne pas le baisser elle a heurté son front.

Et comme elle montait les degrés de son trône. Un jour elle a monté ceux de son échafaud, Elle n'a pas voulu de pitiés en aumône.

Même sur la charrette elle a passé front haut.

Et c'est cette attitude imposante et sublime Qu'elle garde au-dessus d'un sort immérité.

Devant la foule encor, souveraine et victime. Elle marche front haut dans la Postérité !

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