INTRODUCTION
Il y a un demi-siècle, les routes françaises ne présentaient guère la physionomie qu’elles ont aujourd'hui. Balayées plus souvent par la rafale que par le cantonnier, rapiécées plus souvent que chargées de neuf, elles voyaient surtout infiniment moins de monde. Le tourisme n'existait pas encore; le mot était même inconnu de nos dictionnaires. L'activité entre les villes se manifestait principalement par les trains plus ou moins lents, qui faisaient que la route était de plus en plus désertée.
Aujourd’hui, au contraire, les chemins ont repris leur figure ; il semble que la vieille route se soit réveillée. Sillonnée de plus en plus par de nombreuses machines, elle permet d’entrer dans les villes non plus par des gares éloignées, placées dans les quartiers reculés et laids, qui vous font prendre de suite en horreur la ville où vous arrivez, mais par des allées séculaires, entre les maisons plus ou moins
anciennes, sur le chemin qui nous permet de nous
EG
rendre compte de suite de l'importance de la ville, de ses monuments, de son pittoresque, et qui nous la fait apprécier. Quel est le génie qui a ainsi mélamorphosé la circulation : c'est l’automobile.
Ce qui ressemble moins encore à ce qu’elle était autrefois, c’est surtout l’hôtellerie. L'industrie hôtelière subit en France une transformation profonde, pour le plus grand bien du voyageur, pour le plus grand bien aussi des hôteliers eux-mêmes et du pays en général. On est assuré aujourd’hui de rencontrer, mème dans les plus infimes villages, une maison sinon confortable, du moins suffisamment propre qui vous permet de séjourner quelque temps dans un paysage que vous vouliez connaître et que vous étiez cependant obligé de quitter à regret, parce que vous ne trouviez pas le moyen d'y coucher ou parce que l’on vous offrait un abri vraiment trop rudimentaire,pour ne pas dire plus. Quel est le génie qui a ainsi métamorphosé l’hôtellerie : c’est l'automobile.
On voit aujourd’hui aux portes de toutes les grandes villes, de vastes usines, de somptueux et larges magasins, où s’agitent de nombreux ouvriers, de nombreux employés, tous travaillant avec ardeur. Ces usines distribuent annuellement près de 50 millions de salaires aux ouvriers qu’elles emploient; elles permettent à notre industrie nationale de faire annuellement un chiffre respectable d'affaires, puisque
les estimations les moins opiimistes le placent à
re 150 millions environ. Quel cst le génie créateur de toutes ces richesses : c’est l'automobile.
Et cependant, on ne peut nier que celle déesse charmante qui ne devrait avoir que des adorateurs, a aussi des critiques nombreux et singulièrement durs. On a voulu et on veut lui imputer toutes sortes de méfaits, qui ne sont souvent que la rançon du progrès ; on veut envelopper de restrictions, de réglementations si sévères celte industrie naissante et si florissante qu'on se demande si on ne va pas l’étioler et la faire disparaitre définitivement, précisément à un moment où elle cesse d’êtreune industrie de luxe, pour devenir une industrie essentiellement utile aux applications commerciales bienfaisantes, un instrument démocratique.
Commentexpliquer ce contraste? Peut-être y a-t-il de la part des contempteurs de l’automobilisme un peu d'envie, beaucoup de regrets, nous ne voulons pas insister.
Pour nous, qui croyons fermement au triomphe définitif de l’automobile, parce qu’elle est une puissance qui s'impose, nous avons voulu connaître quelle était sa réglementation dans deux pays où cette industrie a pris un essor considérable, les États-Unis et l'Angleterre. C’est le résultat de nos recherches que nous donnons ici, pensant qu’elles seront peut-
être utiles pour la solution du problème en France.