TOME XV. — JUILLET
la Déclaration des Droits de rkomme et sur les principes de liberté yeulent faire du commerce sans satisfaire aux conditions de maitrise et dans les doléances de ceux-ci contre les exigence de celles-là. Abolies par Tédit de Turgot de février 1776, qu'abrogea bientôt Tédit du 28 août suivant, les maîtrises et les jurandes se trouvaient, en principe, comprises parmi les privilèges dont la Constituante avait prononcé la suppression; la liberté de gagner sa vie par l'exercice d'une profession, d'un commerce ou ce' un métier était, pour la plupart des hommes, au moins aussi importante que la liberté des opinions, des croyances ou de la presse. Mais les corporations animées de l'esprit de protectionnisme et de restriction, luttaient avec acharnement pour la défense de leur m(»iopole et les procès-verbaux du comité donnent de curieuses indications sur cette résistance que la loi du 2 mars 1791 parvint péniblement à briser.
Parmi les questions d'ordre général que le comité eut à examiner pendant la période dont les procès- ver baux sont publiés, figure celle du régime des mines. Les comités de constitution, d'agriculture, des finances, des impositions et des domaines avaient formé une commission chargée de préparer le projet de décret. Le rapporteur fut Begnauld d'Epercy. Les procès-verbaux ne donnent pas l'analyse de la discussion. Ils nous apprennent seulement que deux rédactions furent présentées. Dans l'une, les mines « font partie de la propriété foncière; mais pour llntérêt général elles ne peuvent être exploitées que du consentement de la Nation et sous la surveillance de l'administration nationale ». Suivant l'autre, elles <( sont à la disposition de la Nation et elles ne pourront être exploitées qu'à la charge d'indemnité envers les propriétaires de la surface ». Ce fut la première rédaction qui fut adoptée et qui a passé dans le décret du 27 mars 1791. Les temps du collectivisme n'étaient pas encore venus.
A l'instigation du comité de mendicité que présidait Larochefoucauld-Liancourt, il arriva plus d'une fois au comité d'agriculture de proposer l'exécution de travaux publics ou de discuter des projets d'établissement de manufactures, non pas parce que ces ouvrages répondaient à un besoin, mais dans le but d'occuper les indigents. L'intention était bonne; mais, dans la pratique, elle a conduit aux ateliers nationaux, au droit au travail et à la mise en train de beaucoup d'entreprises dans lesquelles les finances publiques ont été et sont encore gaspillées.
Sans suivre le comité d'agriculture et de commerce dans toutes
les études qu'il poursuivit, il convient de mentionner son intervention dans une affaire qui concernait surtout le comité des moimaies. Par Tédit du 30 octobre 1785, Galonné avait élevé à 15 1/2 le rappoi*t de For à Targent, antérieurement fixé à 14 5/8. La refonte des monnaies d'or avait porté sur 650 millions qui avaient été remplacés dans la circulation par 603 millions de monnaies nouvelles. Le bénéfice de l'opération avait été partagé entre le Trésor qui gagna 7 millicms et les détenteurfi de louiâ d'or qui en recevaient trente-deux nouveaux pour trente anciens. Dans sa requête aa Boi, de 1787, Calanne défend la mesure qu'il avait prise en ezpoeamt que la Franee était le seul pays d'Europe où le rapport de Tôt à l'argent fût de 14 5/8 à I. Partout ailleurs, il était d'environ 16 à 1. Les contemporains jugèrent l'opération désastreuse. Suivant eux, la proportion n'existait plus entre la valeur de l'or et de l'argent; elle ne pouvait être rétablie que par une refonte totale des monnaiee. Mais fallait-il augmenter la valeur de l'argent, ou diminuer celle de l'or, ou pratiquer le système de compeneatioa en augmentant l'un en diminuant l'autre dans une faible mesure 1 C'est pour cette solution que le comité des monnaies se prononçait à l'unanimité .Dans la séance du 29 octobre 1790, à laquelle assistait Dupont de Nemoure, Qoudard et Qillet rendirent compte au comité d'agriculture de leurs conférences avec le comité des monnaies, et combattirent le systèn e proposé. Ils firent valoir que la refonte pourrait bien rétablir la proportion entre Tor et l'argent pour les transactions intérieures. Mais, dans les opérations avec l'étranger, les espèces n'étant acceptées que pour leur valeur réelle, tout changement dans les proportions et les titres serait désavantageux, surtout si la valeur conventionnelle était augmentée, puisque l'étranger nous paierait sur la base de cette valeur conventionnelle, tandis que nous devrions le payer sur la base de la valeur réelle. Les délégués ajoutaient que le seul bon système consistait à n'attacher aux lingots d'or et d'argent ou à leurs fractions que leui* valeur réelle, augmentée des seuls frais de fabrication. Le procèsverbal constate que le comité reconnut que ces principes étaient les seuls bons sur le système monétaire. J.-B. Say, Ch. Coquelin, Joseph Garnier les ont soutenue à leur touv. Il est intéressant d'en saisir ici une plus lointaine manifestation.
Georoeô de Nouvion.
Droits et Dbvoibs oifc fermiers et agriculteurs, cultivateurs ET MÉTAYERS. Manuel de jurisprudence rurale, par F.- A. d'Erski. Un volume gr. in-18. Librairie H. Daragon, 30, rue Duperré, Paris.
Connaître ses droits, ses devoirs, semble une chose simple, toute naturelle aux autorités des divers pays puisque a Nul n'est sensé ignorer la loi ». Cependant, quand il s'agit de passer de la théorie à la pratique, c'est une autre affaire, non seulement parce que le public en général ne fait pas les études destinées à le tirer de cette ignorance, mais aussi parce que les législateurs, surtout pendant les dernières années, ont tellement réglementé et légiféré, qu'il est devenu très difficile de savoir au juste si tel acte, commis de foi-t bonne foi, est licite ou non. Les lois « de sentiments », à la mode maintenant, n'ont pas amélioré la situation, car, établies sous l'influence de considérations politiques, elles ne tiennent aucun compte des lois naturelles et sont, par cela même, peu justes, souvent inapplicables, tout en exigeant une foule de dispositions réglementaires, ayant principalement pour but d'atténuer leurs défauts. M. Mascart a cité, à la séance du 15 mai de la Société nationale d'agriculture de France, à propos du manque de suite et de clarté de certaines lois, la loi Griffe qui dispose à l'article premier : « Il est défendu d'alcooliser les vins », et à l'article 3 : « Un règlement d'administration publique déterminera les conditions dans lesquelles un vin est suralcoolisé. » Cet article 3 avait été ajouté sur de nombreuses réclamations de viticult-eu^s du Midi dont les vins ne sont pas transportables sans avoir subi l'alcoolisation. Comme il n'était pas possible de concilier ces deux articles, la loi est tombée en désuétude avant son application. Le livre de M. F. -A. d'Ërski vient donc à son heure, il résume bien les droits et devoirs des populations rurales, fournit des rcnseignements précieux sur les usages employés et donne les décisions rendues par les tribunaux en matière de jurisprudence agricole. L'auteur s'occupe d'abord de la propriété, laquelle est, aux termes de l'article 544 du Code civil, le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements.
La propriété d'un fonds soit mobilier, soit immobilier, donne droit sur tout ce qu'il produit et sur ce qui s'unit accessoirement, soit naturellement, soit artificiellement. C'est ce qu'on nomme le droit d'accession, dont le développement comporte un chapitre plein d'intérêt. Le contrat de louage, divisé en contrat des choses et en contrat de l'ouvrage est traité ensuite d'une manière approfondie. Les différents baux, à loyer, à ferme, à cheptel, à métayage et à comptant sont étudiés en détail, le louage d'ouvrage également. Celui-ci' comprend :
V Celui des gens de travail qui s'engagent au service de quelqu'un ;
2** Celui des voituriers tant par terre que par eau qui se chargent du transport des personnes ou des marchandises;
3*» Celui des entrepreneurs d'ouvrage par suite de devis, marchés ou prix faits.
Ls louage des gens de travail est un louage d'ouvrage entre personnes possédant la capacité de s'obliger. Ainsi, un mineur oU une femme mariée ne peuvent louer leurs services sans le consentement du tuteur ou du mari. En outre, l'engagement dodt toujours être temporaire : on ne peut, dit l'article 1780 du Code civil, engager ses services qu'à temps, ou pour une entreprise déterminée. L'article 15 de la « Déclaration des Droits qui précéda la constitution du 5 fructidor, an III », stipulait que tout homme pouvait engager son t^mps et ses services, mais qu'il ne pouvait se vendre ni être vendu, sa personne n'étant pas une propriété aliénable. Un maître peut, toutefois, s'engager à garder un domestique chez lui tant que celui-ci vivra ; sa liberté n'est, en effet, pas aliénée.
Au sujet de la responsabilité des entrepreneurs de transports, M. d'Erski fait remarquer que les voituriers, bien qu'en déclarant soit par des prospectus ou affiches, soit par des clauses serées dans les récépissés remis aux expéditeurs, qu'ils n'engagent pas leur responsabilité pour les objets dont le transport leur a été confié, ne sauraient cependant échapper à la responsabilité qui leur incombe. La Cour de Cassation a décidé que la responsabilité du voiturier en cas de faute était l'essence même du contrat de louage. De plus, la Chambre des Députés a, dans sa séance du 20 mars 1902, voté une proposition de loi tendant à rendre nulle toute convention contraire aux termes de l'article 103 du Code de commerce. Cette proposition fut adop-
134 JOURNAL DBS ÉCONO|«STES
tée par le Sénat le 14 mars 1905, à la maiorité de 209 voix contre 24. L'article 103 du Code de oommerœ est ainsi conçu : « Le voiturier est garant de la perte des objets à transporter, hors le cas de force majeure. Il est garant des avaries autres que celle» qui proviennent du vice propre de la chose ou de la force majeure. » Il a été complété par le paragraphe additionnel suivant : <c Toute clause contraire insérée dans toute lettre de voiture, tarif ou autre pièce quelconque est nulle. » Les compagnies de chemins de fer, il est bon que le public le sache, n'ont donc plus aucun moyen légal pour échapper à la responsabilité que rarticle 103 fait peser sur le voiturier.
Après avoir passé en revue les servitudes ou services fonciers, l'auteur indique, dans un chapitre consacré à la vente, les obligations du vendeur et de l'acheteur, puis montre aux cultivateurs ce qu'ils sont en droit d'attendre des pouvoirs publics en cas de calamités agricoles. Les syndicats, les assurances mutuelles, les caisses régionales et locales de crédit agricole ne sont pas non plus oubliées. La création de syndicats professionnels agricoles pour la défence des intérêts des agriculteurs a été autorisée par la loi du 21 mars 1884. Le nombre de ces associations s'est rapidement accru, puisque de 5 qu'il était en 1884, il s'est élevé à 1.902 en 1894 pour atteindre 3.000 actuellement. L'administration de l'agriculture a encouragé et dirigé le mouvement syndical, lequel compte environ 800.000 membres.
La législation rurale concernant la grande et la petite voirie, la conservation des campagnes (chasse, destruction des animaux et végétaux nuisibles à l'agriculture, protection des animaux utiles, parcours, vaine pâture, délits contre les propriétés, les récoltes, les animaux) et les questions se rapportant à la police sanitaire des animaux donnent lieu à des considérations pratiques qui «seronii lues avec profit par nos cultivateurs. Ces considérations terminent le travail de M. d'Erski dont la publication était vraiment nécessaire. Ainsi que nous le voyons dans la préface : (( A côté des droits de chacun, il existe des charges, entraves et prohibitions qui peuvent les modifier et même les snspendre. Les agriculteurs doivent s'instruire à fond des droits et prérogatives attachés à leur qualité afin de ne pas compromettre leur fortune ou leur repos par des prétentions exagérées. »
Maubice de Molinabi.
BauMWOLLPBODUKTION and PfLANZUNO WIST8CHAFT IN DBN NOBO
AMEBIKANISCHBN Staaten {La Production cotonnière et Vorganûation des Plantations dans les Etats de V Amérique du Nord, Deuxième partie : La Guerre de Sécession et la Période de Re^ construction 1861-1880 par Ernst von Halle. Leipzig, Duncker et Humbloi 1906 (Forschungen de Schmoller et Sering) :
Le premier volume de cet ouvrage a précédé le second de neuf années. Celles-ci ont été employées à en rafisembler les matériaux et à les mettre au point ; une année a été consacrée à les compléter par des recherches personnelles dans les bibliothèques américaines et à les éclairer au moyen d'entretiens et d'enquêtes auprès des survivants de la terrible époque. Tant de persévérance a été couronnée de succès : donnant infiniment plus que le titre ne promet, ce livre nous fait assister en détail à l'effondrement d'une société et à la première phase de la gestation de la société nouvelle qui s'est élevée sur les ruines de l'ancienne.
Le volume suivant racontera les débuts* du nouveau Sud, c'està-dire du Sud industrialisé et modernisé ; à la date oîi, M. van Halle nous quitte, ayant à peu près réussi à se dégager de l'étreinte avide des aventuriers politiciens du Nord, le Sud n'aspirait encore qu'à cultiver en paix et à exporter 1© coton qu'il s'était remis à produire malgré le bouleversement total de son organisation économique.
« La fortune sourit aux audacieux », prétend un proverbe latin. Avec bien d'autres l'exemple des Etats rebelles prouve qu'elle n'aime pas les audacieux dont l'audace est faite d'infatuation indolente et de présomption vaniteuse ; l'audace n'est permise qu'aux actifs et aux esprits réfléchis, qui savent se garder du vertige. Le Sud s'imaginait ou bien que le Nord n'oserait pas essayer de le reconquérir ou bien s'il s'y hasardait, que l'Europe affamée de coton, interviendrait pour lui barrer le passage. Le Nord écrasa le Sud et l'Europe laissa faire.
Otte évocaticMi d'une irrémédiable défaite militaire n'a plus qu'un intérêt purement historique; ce qui conserve un intérêt permanent, c'est le spectacle du retour lent, mais progressif, à la vie économique d'une population en quelque sorte pulvérisée et anéantie par l'immense désastre qui s'était abattu sur elle. « Les anciens Etats confédérés auraient tout perdu, même leurs terres, notait un observateur sarcastique, si les gens du Nord avaient
eu des épaules assez solides pour les emporter ». Encore ces terres dévastées avaient-elles perdu presque toute leur valeur : les plantations avaient été ravagées et souvent systématiquement détruites avec leurs canaux d^rrigation et les digues qui les protégeaient ; il restait à peine un tiers de la matière imposable, tant mobilière qu'immobilière, qui existait en 1860. Entre belligérants ordrnaires, le traité de paix stipule même pour les vaincus un ensemble de garanties ; les vaincus d'une guerre civile sont à la merci d'un vainqueur exaspéré. Sans doute Lincoln et son successeur Johnson étaient enclins a la modération, mais l'assassinat du premier et les maladresses du second vinrent donner un libre cours aux appétits des politiciens radicaux régnant en maîtres au Congrès ; ils assurèrent leur domination en faisant accorder le droit de vote aux nègres émancipés d'hier, encore aux trois quarts barbares, presque tous absolument ignorants et à qui, dans leur intérêt même, il eût fallu n'accorder que les droits civils. Leurs anciens maîtres eux-mêmes reconnaissaient que Foctroi de ces derniers était devenu inévitable^ tandis que l'octroi de l'égalité politique creusa le fossé béant qui sépare encore les deux races. Au règne des carpet-haggers ou porte-besace accourus du Nord pour s'enrichir les blancs opposèrent le Ku Klux clan^ les Chevaliers du Camélia Blanc et les autres sociétés secrètes qui, aux promesses et aux objurgations des premiers à l'adresse des noirs, opposèrent une sorte de terrorisme occulte agissant sur leur esprit supertitieux et craintif, et au besoin leur faisant infliger des corrections corporelles par les mystérieuses patrouilles nocturnes de leur « Cavalerie Noire )). Ce n'est pas que les plans de reconstruction^ plus ou moins pacifiques fissent défaut ; chaque publiciste bien intentionné avait le sien, mais aucun ne fut admis et entre-temps le pays se débattit pendant plusieurs années dans les luttes sourdes d'une anarchie à la fois morale et matérielle. En fait, M. van Halle reconnaît que l'autorité publique ne réprima que les excès les plus flagrants et qu'en fin de compte c'est l'agitation entretenue par le Ku, Klux clan et les associations similaires qui l'a emporté : en 1876 elle avait atteint son but en assurant à peu près dans les Etats du Sud le rétablissement de la prépondérance sociale, économique et politique de la race blanche. Les résultats obtenus démontrent, à son avis, que seule elle avait su discerner les moyens propres à conduire au but raisonnable qu'elle avait en vue. Aux grands maux les grands remèdes ; même aux peuples, la bonne souffrance apporte donc de salutaires leçons. D'ailleurs plus d'un carpet hag-
ger heureux avait investi ea nouvelle fortune dans l'exploitation d'une plantaticm et désireux d'être toléra dans les rangs aristocratiques des anciens propriétaires du sol, avait renoncé à s'appuyer sur les nègres pour se convertir aux principes du « Sud- Uni » ; honnis et bafoués, les autres malchanceux furent peu à peu contraints de s'éclipser et de disparaître du théâtre de leurs peu glorieuses prouesses. Aujourd'hui quiconque dans le Nord comme dans le Sud tient au titre de gentleman, doit encore éviter de se compromettre avec des concitoyens de couleur. Far contre, dans le Sud, il 'n'est plus déshonorant d'exercer un mélier manuel : une moyenne bourgeoisie considérée a pris la place des petits blancs méprisés d'autrefois.
Au travers du sombre dédale de ces vingt années de crise sociale tantôt aiguë et tantôt chronique, M. van Halle est un guide impartial, consciencieux et renseigné à fond : le lecteur désireux de s'instruire ne pourrait se confier à une direction meilleure et plus* sûre.
E Castelot.
Les Industbibs a domicile en Belgique. Vol. YIII, Lebègue et Cie, Oscar Schepens et Cie, éditeurs, 200 p. grand in-S*». Bruxelles 1907.
Cette publication de l'Office du Travail belge est composée d'une série de monographies très complètes et très intéressantes. Le volume YIII est divisé en trois parties: 1^ L'industrie du meuble à Malines; 2** la broderie sur linge; l'industrie du cod, du corset, de la cravate et de la chemise; l'industrie du vêtement confectionné pour femmes, à Bruxelles; 3® Tindustrie de la corderie.
P Cette première monographie a pour auteur M. Georges Beatu, chargé de cours à l'Université de Gand. Ainsi que nous l'i^pprend l'auteur, la population de Malines comprend « une fraction bourgeoise d'importance numérique très faible, à côté de laquelle se place sans groupements intermédiaires,la masse des petits exploitants et des artisans ». Depuis longtemps, ses sculpteurs étaient renommés non seulement dans le Royaume, mais encore à l'étranger. Le chapitre le plus intéressant de cette étude, nous «emble être l'organisation commerciale. I>3puis plusieurs siècles, la ville fabrique particulièrement le meuble sculpté... Mais quand
138 JOURNAL DBS ÉCONOMISTES
pjtflBa le souffle révolutionnaire, cette industrie pei^dit bob penmn ^UiÉan. On txouvw Aaam 1& yille deux eatégoriee d'ouvriers: les M-euhelmahers ou ébénifites et letf B^eldhouwtrs ou sculpteurs. Le& sculpteurs et les ébénistes, travaillant chez eux, sont cependant en minorité, la majorité de la classe ouvrière travaillant à l'arsenal •de l'Etat. De là vient sans doute qu'un bahut, payé jadis à l'ébénifite 24 ou 25 fr., rapporte aujourd'hui 16 ou 17 francs (1)^ des travaux valant il y a encore quelques années 20 fr. environ, ne sont plus payés que 5 ou 7 francs à un sculpteur. Toutefois cette catégorie de travailleurs a besoin d'aides, qu'elle paye de 0 f r. 09 à 0 f r. 20 l'heure. Le chapitre II a trait à l'organisation de l'industrie. Les fabricants recrutent leur personnel parmi la population ouvrière. On compte environ 700 ouvriers sculpteurs, dont 150 à domicile et 1.500 autres ouvriers, parmi lesquels SD3 travaillent aussi à domicile. Quant au salaire, un sculpteur à domicile gagne de 4 à 5 francs par jour et il paye ses aides entre 0 fr. et 0 fr. 20 l'heure ! L'ébéniste à domicile se fait de 3 à 4 francs par jour.
2° Le travail féminin du vêtement, dont l'auteur est M. Vermaut, docteur en sciences politiques et sociales, est divisé en deux parties, aussi intéressantes l'une et l'autre: la broderie sur ling^; le col, la cravate et le corset; l'industrie de la chemise; et le vêtement confectionné pour femmes. C'est, on le pense bien, une industrie purement féminine: en 1906, on comptait en Belgique environ 300 brodeuses sur linge à domicile. Les grands centres de cette industrie sont: Swereghem (où elle fut introduite par deux Suissesses, Amia Koch et Maria Hassler, d'Appenzell), Moorseele et Bellem. Cette industrie à domicile, Verlag System ou Hausindxistrie en allemand, dénommée par Le Play « fabrique collective », consiste dans la production pour un entrepreneur, dont la fonction est commerciale.
3** L'industrie de la corderie, par M. Charles de Zutbere, est, je crois, la monographie la mieux comprise du volume .
A ce trop court compte rendu, nous avons pensé qu'il serait utile d'ajouter les quelques renseignements sur l'industrie à domicile en Belgique.
L'industrie à domicile comprend 94.334 exploitations appartenant presque toutes à la petite industrie et occupe 132.122 personnes (2).
(1) Page 7.
(2) Ministère de Tlndustrie et du Travail. Recensement général des^
IL yerhaeipan dans la Béforme sociale de juin 1902 noue montre 1& décadence de la dentelle à la main en Belgique: le nombre de ces dentellières serait tombé de 150.000 en 1850, à 47.000 en 1896. Enfin le personnel (1) des industries à domicile, qui était d'environ SOO.OOO travailleurs en 1846, est desoendu à 118.000 en 1896, soit encore 17 p. 100 de la population ouvrière. Cette diminution considérable tient à la disparition totale des fileurs et fileuses à la main, qui étaient 115.000 dans les Flandres il y a un demisiècle. Pour les autres industries, au contraire, il y a eu accroissement.
Albin Huart.
Histoire de Seize ans, par M. Jules Arboux. Paris, librairie
Fischbacher.
M. Jules Arboux eaft un fervent de la Mutualité ; Histoire de seize anSy c'est le résumé de tous les incidents plus ou moins intéressants, plu9 ou moine instructifs qui ont précédé ou suivi la formation de la Ligue de la prévoyance et de la mutualité donc il est le secrétaire général.
C'est Hippolyte Mase qui fut k principal fondateur de cette ligue, l'inspirateur de ses actes initiais et son premier président. Il s'agissait de donner une direction permanente au mouvement mutualiste, de créer une école où se pratiquerait le véritable enseignement de la doctrine et d'en assurer la diffusion. Mais si Maze fut le chef avoué de cette nouvelle église, on peut dire que M. Arboux en fut Tapôtre le plus zélé et le plus enthonsiaste. Après la mort de Maze, il sut rallier autour de lui tous les disciples du maître et continuer son œuvre de propagande et d'aide mutuelle.
Son seul tort, qu'on lui pardonnera facilement, — car il est de bonne foi, et il y a autant de chapelles qu'il y a de desservants du culte mutualiste, — c'est de croire que l'institution n'a obtenu d'incontestables résultats que du jour où le troupeau des affiliés a hasardé ses premiers pas sous la houlette de ceux qui alors le conduisaient M. Arboux suppose que, de 1870 à 1907, la
industries et des métiers, du 31 octobre 1896, cité par M. Bourguin, Les systèmes socialistes et révolution économique, Annexes, p. 894. (1) Idem., cité par M. Bourguin, Annexes, p. 413.
mutualité a vraiment marqué son action parmi nous. Il ne le dit pas textuellement, mais il le laisse sous-^ntendre.
La mutualité date de plus loin. Elle a eu des commencements difficiles et des propagateurs qui, comme Tauteur de VHt'stoire de seize ans, ont connu les découragements et les succès. Ils ne sont plu» ; toutefois, leur empreinte n'en demeure pas moins visible sur Tœuvre collective dont nous constatons aujourd'hui le plein épanouissement.
M. Arboux nous dit bien que de 1852 à 1882, époque où il est entré dans le mouvement mutualiste, il ne s'était fondé en France que 4.000 sociétés environ, alors qu'à Theure actuelle, oto compte 17.000 sociétés approuvées et plus de 3 millions de membres. Notre auteur oublie que la période des débuts est toujours la plus pénible à traverser et qu'ensuite, sous la poussée de l'opinion, le travail des esprits, l'impulsion donnée par les diverses personnalités agissant dans chaque groupe, les principes se dégagent, les formules se précisent, l'action devient plus* sûre et plus énergique, et que ce résultat n'est dû, nous le répétons, qu'à l'effort collectif des propagateurs de l'idée.
Nous dirons plus : à ce propos, il y a comme une échelle des mérites, et notre avis est que les premiers champions de la doctrine, en tant qu'organisateurs de sociétés ou défenseurs de leurs intérêts communs, sous Napoléon, la Restauration, la monarchie de Juillet et la République de 48, tek : Delessert, qui fonda la première in^ituticm philainthropique de Paris ; Lamennais, qui rêva d'union et de solidarité dans les milieux ouvriers ; Proudhon, qui fut un incomparable vulgarisateur des idées d'association mutuelle ; Bethmont, qui présida, au début de l'ère républicaine, la commission nommée ponr rechercher les mesures propres à favoriser le développement des mutualités en général ; Créraieux, qui défendit souvent la cause des associés devant lès chambres et les tribunaux, sont tout aussi dignes, et peut-être plus dignes d'être l'objet de la reconnaissance des générations nouvelles que ceux qui, venus après eux, (cela dit sans vouloir nier en rien l'utilité de leur concours) n'eurent qu'à profiter du terrain acquis et à imiter leur exemple.
Certes, aujourd'hui, il y a beaucoup de médecins de talent : il n'en est pas moins vrai qu'Hippocrate fut le père de la médecine et que Galien, Dioclès, Asclépiade, Celse et Dioscoride, venus ensuite, ne firent que suivre sa méthode. Il en est de même pour les mutualistes : ils ont eu d'illustres prédécesseurs, et ils continuent leura traditions.
Ceux-ci ont fixé les principes, élargi leur champ d'action ; et leur œuvre ne fut pas vaine, malgré les entraves apportées à son développement, car on sait que la Constituante de 1791 supprima toutes les associations mutuelles* ou autres. L'Empire les vit renaître. Déjà, sous la Restauration, bien qu'elle fussent soumises encore à une étroite réglementation, on comptait 132 sociétés avec 11.000 membres. Sous» Louis-Philippe, grand partisan des mutualités régionales, le mouvement s'accentua : en 1845, il y avait à Paris seulement 262 sociétés comprenant plus de 20.000 membres. Pas d'époque plus floris-sante, pour les associations mutuelles, que celle qui s'étend de 1830 à 1848.
Sous le second Empire, le mouvement reprit ; mais les sociétés devinrent, on le sait, un instrument de propagande gouvernementale, sous la direction des* bureaux. Elles furent constamment sujettes à l'ingérence administrative. Il y eut, cependant, une heureuse tentative d'émancipation avec la société des Invalides civils de France, qui avait pour président un ardent mutualiste, le marquis du Planty.
Insistons-y, durant ce large cycle qui va de 1806 à 1882, il y eut de fervents propaga1>eurs de l'idée mutuelle, n'en déplaise à M. Arboux, des hommes qui restèrent inébranlablement fidèles aux principes de solidarité que la Ligue de la prévoyance et de la mutualité défend aujourd'hui avec une grande vaillance. Ils furent vraiment les ouvriers de la première heure, les infatigables pionniers de cette œuvre de civilisation et de paix.
Mais revenons à V Histoire de seite aiu. Le livre de M. Arboux est rnstructif et plein de remarques judicieuses ; il est écrit avec beaucoup d'esprit et d'humour. C'est l'exposé, nous l'avons dit, de tout ce qu'il a fallu de patience et d'efforts pour s'imposer à la foule des coopérateurs éventuels, car il importait de choisir des collaborateurs utiles ou des proteceturs avoués. Aussi, que de démarches souvent vaines, que de diplomatie déployée en raison des obstacles, que de sollicitations adressées aux représentants des pouvoirs publics, qui n'avaient pas toujours l'oreille attentive aux désirs exprimés ! C'est encore toute la série des réunions conférences, congrès, visites, etc. dont nous entretient M. Arboux; c'est la poursuite en reconnaissance d'utilité publique ; c'est la peinture des mœurs de nos bureaux et la mise en relief de certaines physionomies de fonctionnairesL II y a là des pages pleines de verve et d'ironie, des jugements sévères sous une apparente bonhomie qui dissiiâule l'amertume des échecs et des déceptions éprouvées.
142 JOmXMAL DÊd ÉCONOMISTES
Liiseï le livre de M. Arboux, Histoire de seize ans. L'auteur est un lettré ckmblé d'un humoriste et d'un observateur sagaoe. Nous s(Mnmes permiadé que vous ne regretterez pas le tempe passé à cette lecture,
Eugène Rochetin.
Annuaibe-statïstique de la Ville de Pabib. — Moisson et Ci«, libraires-éditeurs, Paris.
Nous venons de recevoir V Annuaire-statistique de la riiîe de Paris, un fort volume in-8® publié par les soins du service de la statistique municipale, que dirige M. le D' Jacques Bertillon.
Cet annuaire, daté de 1904 et contenant des renseignements pour 1906, arrive un peu en retard, selon nous. Le distingué fonctionnaire chargé de sa publication nous fera valoir, sans doute, d'excellentes raisons pour justifier ce retard ; il nous dira qu'il a dû chercher à réunir ses éléments de statistique avec toute la conscience désirable et la méthode la plus rigoureuse ; qu'il ne lui a pas toujours été possible de les obtenir an jowr et à l'heure où il lui aurait plu de s'en servir pour la confection de ses graphiques et de ses tableaux, etc. Nous lui répondrons que c'est là une pure question d'administration intérieure, c'est-à-dire d'organisation, et que si les grandes publications dont se charge l'industrie privée, arrivent à paraître à l'époque voulue, cela vient tout bonnement de la diligence qu'y mettent les éditeurs et leurs auxiliaires, intéressés à en assurer la vente ainsi que la distribution.
Cette simple critique faite en passant, nous devolns constat-cy que VAnniuiire de la ville de Paris renferme des données précieuses, un ensemble de documents capable de nous renseigfner d'une façon très complète sur tous les services de la cité et des administrations particulières qui en dépendent, comme l'Assistance publique, FOctroi de Paris, la Caisse d'épargne, la Préfecture de police, le Mont de Piété, etc.
L'ouvrage est divisé en trois parties : la première comprend la Météorologie, la Voie publique, les Eaux, la Navigation, les Vidanges, les Egoûts et l'Assainissement de Paris ; la b5conde, la Démographie, c'est-à-dire les résultats statistiques ayant trait aux unions, à la mortalité, à la morbidité et au dénombrement de la population. C'est de beaucoup la plus intéressante, à cause
des nombreux tableaux et des diverses classifications de malap dies (ëpidémiques et autres) relevant du service de médecine et d'hygiène. La troisième partie coticeriie ks Finances mumeipales^ les Droits d'octroi et d'entrée, les Contributions directes, les Halles et marchés, les Pompes funèbres, la Circulation, FËnseignement, les Expositions, TAssistaikee publique^ etc.
A probes de TAsAÎstance publique, nous ne comprenons pas pourquoi les tableaux de morbidité se rapportant à cette administration ont été placés dans la troisième partie, au lieu de figurer dans la seconde, oà. se trouvent tous les autres tableaux ee référant à la mortalité et au relevé des maladies contagieuses.
Cet annuaire est très contact ; mais il abonde en documents de réelle valeur pour les statisticiens et les sociologues, et nouff ne pouvons qu'en recommander la lecture à tous ceux qu'intéresse le grand mouvement de la ville de Paris, tant social qu'intellectuel.
Eugène Rochetin.
Coup d'œil sub le développement de l' Egypte au cours des der- NiiRES ANNÉES, par M. Pierre de Boissieu. 1 vol. in-8<*, Bonvalet-Jouve, 1906.
Le moit coup cTœil est tout a fait bien choisi pour cette étude. M. de Boissieu a, en effet, restreint son appréciation dans des bornes qui permettent de saisir l'ensemble de la question, et si, après la lecture de son petit livre, on a besoin d'approfondir quelques pointe secondaires, on possédera cependant une idée claire, nette et précise de la situation atituelle de l'Egypte.
Voici d'abord le Nil qui fut de tout temps T élément de la prospérité agricole de l'Egypte, mais le Nil approprié à son rôle, le Nil qui par les grands travaux d'Assouan et de Syoui et les procédés modernes d' irrigation, centuple les récoHes et la valeur des terres. Et tout, à cet égard, n'est pas encore fait. Nombre de projets sont dès maintenant à l'étude pour donner en abondance Peau aux contrées qui en manquent encore.
Voici la culture du coton, la principale richesse de l'Egypte. Sa production a presque triplé depuis 30 ans et atteignait en 1904-1905, 6.352.000 kant^rs. Sa culture occupe 625.060 hectares, soit environ le quart du domaine agricole du pays. Comme producticm elle occupe le troisième rang, venant immédiatement
après les Etato-Uni&r et les Indes anglaises. Elle exporte presque tout — tissant très peu — après les opérations sommaires de régrenage et du pressage en balles.
Voici les cultures secondaires, céréales, riz, maïs, fèves, pob, lentilles, etc., qui alternent avec les cultures du coton et du sucre, et qu'il ne faut pas 'négliger de signaler, puisque dans le cas de terres fertiles, elles sont considérées ccunme payant les frais de culture de la t-erre, de sorte que la récolte cotonnière apparaît comme un produit net.
La canne à sucre occupe 52.312 feddans. Ici, on trouve, à côté de la culture, l'industrie sucrière complète, fort compromise malheureusement ces dernières années par la faillite de la Société des sucreries et raffineries d'Egypte. Il faut espérer un relèvement de cette industrie. Mais on ne peut guère encore le prédire.
C'e&t là un accident qui ne compromet pas la prospérité gé> nérale. Aussi la richesse croissante a-t-elle provoqué la fondation d'un grand nombre de sociétés foncières et de sociétés immobilières. La plus-value des terrains attire leur activité. Le commerce se développant avec la richesse, a exigé la création de banques qui répondent à tous les besoins, quoique gênées souvent par l'intervention gouvernementale. Les sociétés anonymes se sont considérablement accrues. Dans la période qui va de 1856 à 1899, on compte la création de 74 de ces sociétés avec £ 14.981.200. Pour les cinq années seulement de 1900 à 1905, on relève 82 sociétés avec £ 20.402.100.
L'industrie reste en arrière par suite du manque de combustible sur place et par la mauvaise qualité de la main-d'œuvre.
Une prospérité survenue si promptcment, puisqu'elle ne date guère que de dix ans, ne renfermerait-elle pas, à cause de sa rapidité même, quelque vice caché ? Ne faut-il pas craindre un recul ? Et les excès de la spéculation qui est en grand honneur aux bords du Nil ne présentent-ils aucun danger 1
M. de Boissieu répond par les paroles suivantes qu'il emprunte à lord Cromer : « La richesse de l'Egypte a, de tout temps, été proverbiale, mais, malgré tout ce qui a été dit à ce sujet, je doute que l'on se rende pleinement compte des avantages naturels de cette contrée si favorisée. En outre, on oublie peut-être qu'à travers le long développement d© l'histoire égjrp tienne, ce n'est que dans le dernier quart de siècle que la nature, secondée un peu par l'homme, a eu l'occasion de montrer les facultés productives du sol. Yoilà pourquoi la hausse soudaine du
niveau de prospérité générale se présente comme une surprise «t une révélation au monde. Le public croit malaisément qu'une croissance comme celle-ci puisse être saine. Il me parait toutefois que si l'on prend en considération l'histoire de l'Egypte, a& condition unique et les circonstances actuelles, la chose cesse de paraître aussi surprenante, n
Quant aux excès de la spéculation, ils ne peuvent, dans un pays aussi riche que l'Egypte, être qu'éphémères, et sont à redouter seulement pour ceux qui s'engageraient témérairement dans des entreprises aléatoires.
Je n'ai que du bien à dire de ce livre qui m'a beaucoup plu et intéressé. Je ferai cependant une légère critique de forme : c'est que l'auteur, dans ses chiffres, mêle un peu trop feddans «t heciarei^ hantars et hilogrammeg^ livres égyptiennesy piastrestarif, livres sterling et francs. Le lecteur, à tout moment, a besoin de son crayon pour ramener ces données au système qui lui est le plus familier.
Maubice Zablet.
Etude juridique bub les sociétés coopératives de conbiomma- TiON EN Allemagne, par Alfred Nast. 1 br. in-8®, F. Pichon et Durand-Auzias, 1904.
Il existe, dans l'Empire allemand, une loi du 1^ mai 1889 sur les Coopératives. Il parait qu'elle est gênante pour ces Sociétés, et M. Nast a jugé bon de lui dire son fait. « Nous exposerons d'abord, dit-il, les restrictions qui ont été apportées directement à l'exercice de l'entreprise coopérative. Cet exposé comporte lui-même deux diapitrcs distincts. L'un relatera la situation spéciale et rigoureuse faite aux sociétés de consomma tion — c'est de celles-là que s'occupe M. Nast, — pour les soustraire au courant régulier de l'activité commerciale. Le second — dans un contraste frappant — décrira les procédés admis coup sur coup pour assimiler les coopératives aux commerçants ordinaires. » Ne pouvant suivre l'auteur dans son commentaire juridique, nous extrayons de sa brochure les lignes précédentes qui paraissent bien être l'expression exacte et rigoureuse de sa pensée.
Je n'éprouve pas un enthousiasme chaleureux pour les coopératives. Mais en use qui voudra : la liberté le veut ainsi. Je
TOm XV. — JUILLET 1907. 10
146 joumiRL oes âoonqiiistes
ferai seulement observer que les coopératives lussat des bénéfices, puisqu'eUee ofnt Im préAeaitvMk, eiMOve injnatàfiée poar moi d'aÂlleurs, de vendre leurs produits, à quatibé égale, meiUeiir mwxhé que les commerçants ordinaires, qu'elles font en général profiter leurs adhénents de xistoctmes en fin d'année, il n'y a aucune raison de les mettre en dehors et au-dessus du droit commun oommercial. L'assimilation avec les eommet^nts ordinaii^s semble natniToite et jmstifiée et les restrielions, dont on parle, à l'activité commeroiaie des coopératives, si elles «zietent, n'ont d'autre but que d'amener cette assimilation de plus en plus «ompl^te. C'est la justice môme. M. Nast va plus loin : il parie d'une » croâsade à armes inégales, dans laqn^le les sociétés de consommation, sans jouir des mêmes avantages que les commerçants, sans avoir la même liberté d'aihire, subissent les mêmes charges et des eharges pires... » Dh ! bien, j'ai cher* ché, dans l'argumentation même de l'auteur, quels scHit les avan< tages des commerçants, et je n'ai rien trouvé, rien que ceci, c'est que les coopératives réclament ces privilèges dont elles accusent leurs concurreniB d'user contre elles. Et ici, j'ai bien envié d'enfermer M. Nast dans un dilemme : ou les coopératives ne peuvent tenir la concurrence, et alors que nous raconte-t-on de leur prospérité et des bienfaits qu'elles répandant ? ou elles le peuvent soutenir la concurrence, et alors que nous raconte-t-on de leur mêmes.
Quant à la loi allemande, je ne nie pas qu'elle n'ait ses imperfections. Si jamais j'en trouve une bonne ou à peu près bonne, je Tirai dire à Rome. Aussi mon opinion bien nette est qu'il faut traiter Tépicier du corn et les coopératives sur un pied d'égalité, et supprimer une loi dont alors on n'aura plus que faire.
Maubice Zablet.
Annuaire financier et économique du Japon. Sixième année, 1906. Tokio, Imprimerie impériale.
La lecture de ce document, fort bien établi et très intéressant, ne peut être que recommandée. Il est regrettable que oee sortes d'ouvrages ne puissent s'analyser. Tout au plus peut-on en extraire quelques chiffres, mais on n'a pas une vue d'ensemble du mouvement. Faisons ce que nous pourronià. Ceux qui ont suivi
COMPTiig ilËNDUS 147
cette statiatique depuis ks six ans qu'dle parait, saiia remo&iber plus haut, oui pu suivre ràEKKrme développemeskt des affaire» japonaises. Mais si leff chiffrwi qai Tiadiquent augmentent du bon côté, ils augmentent aussi du mauTais^ C'est ainsi que les dépenses ordinaires du budset pour 1006*1007 sont «a augmentation sur Tannée précédente de 416.637.990 francs, mais avec une diminution de 259.074.900 francs pour les dépenses extraordinaires. Soit une augmentation nette de 157.563.000 francs, ou 14 0/0 sur le budget précédent qui était de 1.120 millions environ. Notons que ce budget n'était, il y a une douzaine d'années, en 1805-lâ06y que de 85^7.170 yen, avec un excédent de 33.115.541 yen. Je n'ai pas besoin de rappeler que le yen vaut 2 fr. 583. En 1904-1905 il était arrivé à 277.055.68» yen ; en 1906- 1906 à 433.733.128 ; en 1906-1907 il est de 494.704.707 yen. On voit le cbemin parcouru.
Les frais de la guerre, y compris le fonds de réserve pour dépenses éventuelles qui est de 235.770.000 yen, se sont élevés au chiffre formidable de L 982. 190.000 yen ou 4.119.500.000 francs Sans compter ce qu'il faudra encore dépenser pour la réfection des armements^
Les comparaisons de chiffres ont leur intérêt. Je veux en douner une encore qui me semble fort significative : c'est celle de l'augmentation des prix des marchandises. Le pomt de départ est Tannée 1900.
Or donc depuis 1900, les salaires des ouvriers en tabac ont progressé de 25 0/0. C'est la plus forte hausse et la seule de cette importance. Ceux des garçons de ferme et des fabricants de blagues et de bourses indiquent 20 0/0. Les cordonniers profitent de 19 %, les compositeurs d'imprimerie de 17. Dans toutes les autres catégories, l'augmentation est à peine de 5 0/0 en moyenne. Même les pêcheurs et les tisseurs x>erdent 15 '%.
D'autre part les marchandises ont augmenté dans une proportion beaucoup plus grande. Le riz — en prenant pour point de départ le chiffre 100 — est monté à 114, l'orge à 151, le seigle à 148, le froment à 121, les fèves à 124, les lentilles à 132, le thé à 126, le tabac coupé à 156, la viande de bœuf à 120, le cruere blanc à 125, le pétrole à 106. Sur 64 ajrticles du tableau donné par la statistique, 25 seulement présentent une légère diminution. Notons que nous signalons ceux qui concernent plus particulièrement la consommation alimentaire.
Je ne veux pas nier les progrès réalisés, à divers points devue, par le Japon. Mais de ce que je viens de dire, on peut
conclure que les impôts à payer sont à peu près sextuples de ceux de 1895, que les salaires, sauf cinq ou six exceptions, sont moins élevés, et que le prix des denrées a augmenté dans une proportion plus considérable que les salaires. La grandeur se paie. Les Japonais paieront la leur.
Maubicb Zablet.
HlBTOIBE DES BYSTÈlOfS ÉCONOMIQUES ET SOCIALISTES, par HeOTOB
Deni^. Vol. II, Les Fondateurs, In-8®. Paris, V. Girard et E. Brière, 1907.
Le premier volume de cette Histoire a paru en 1904 ; il en a été rendu compte dans le Journal des Economistes de décembre 1904. Le second, un bon tiers plus gros que le premier, n'embrasse qu'une période de 30 ans : entre la publication de la Justice Politique, de Godwin, celle de l'Esquisse, de Condoroet, et celle de la Distribution des richesses, de Thompson. En marchant de ce pas, M. Hector Denis ne nous paraît pas près d'avoir terminé son ouvrage. Il est vrai que cette période a été féconde en théories, en projets et même en expériences politico-sociales; mais il est vrai aussi que, de nos jours, nous n'avons plus guère le temps de nous plonger si profondément dans les études rétrospectives.
Nous aurions du moins aimé — et, probablement, les lecteurs et les étudiants seront du même avis — que T auteur donnât un résumé synthétique de la période étudiée ; mais nous ne trouvons que 5 pages et demie de Considérations finales, qui ne sont pas suffisantes pour présenter une idée d'ensemble. Le peu que nous y trouvons n'en a pas moins sa valeur.
« Dans l'intervalle, dit M. Denis, on a vu successivement l'Economie politique, achevant de s'isoler de la sociologie, se constituer comme science abstraite des richesses, l'Economie sociale et humaine s'ériger contre elle, l'Economie coopérative et socialiste s'affirmer théoriquement et pratiquement, ramenant l'une et l'autre à des conceptions sociologiques nouvelles; un cycle prodigieux d'idées a été parcouru dans le même temps que s'accomplissait une transformation industrielle, et en connexion avec elle. »
La séparation de l'économie politique d'avec la sociologie n'a pas été un mal en soi, comme incline à le croire M. Denis. C'est
une applicatiod de la loi de division du travail. Le tort qu'ont beaucoup d'économistes de cette époque, c'est d'oublier que la di* vision du travail n'est que la moitié d'une opération, qui doit être complétée par la réunion des parties ainsi divisées. Plusieurs ont raisonné comme s'il suffisait de fabriquer des têtes d'épingles, d'un côté, des pointes, de l'autre, pour obtenir des épingles entières sans prendre la peine d'assembler les têtes et les pointes en un seul corps.
M. Denis a donc raison de reprocber à beaucoup d'économistes de l'époque étudiée de «'être trop occupes de la richesse et pas assez de l'homme, d'avoir subordonné même l'éthique à la science économique ; mais il va trop loin à son tour lorsque, renversant la thèse, il veut subordonner l'économique à l'éthique. C'est coordonner qu'il faut dire. Avec toute la bonne volonté du monde, il n'est même pas possible de subordonner l'économique à l'éthique. C'est ce qui est énergiquement exprimé par plusieurs proverbes populaires tels que celui-ci: Ventre affamé n'a pas d'oreilles.
Si certains écanomietes politiquee? — pas tous — ont subordonné l'éthique à l'économique, les économistes sociaux et socialistes se sont jetés dans l'excès contraire, qui est encore pire : Du sentiment, ou plutôt du sentimentalisme plus ou moins sincère, des analyses superficielles des phénomènes économiques et sociaux et, par conséquent, des synthèses précipitées, fausses, dangereuses. Et ils De se découragent pas.
H. Denis reproche à l'Ecole du laisser-faire et spécialement à Bicardo de nier les ruptures générales d'équilibre économique, les crises générales. « Les seules qu'il (Ricardo) reconnaisse sont dues aux erreurs de l'intérêt personnel et ne peuvent être corrigées que par cet artisan exclusif de l'équilibre. » Et, naturellement, M. Denis félicite Malthus, Sismondi, Owen, d'avoir admis « la généralité des crises ».
Il y aurait peut-être moyen de s'entendre. A notre avis, Ricardo a eu raison de nier les crises générales. Dans l'hypothèse d'un libre échange absolu, qui est la sienne, elles sont manifestement impossibles, puisque la concurrence est à la fois l'aiguillon, le frein et le directeur de la production. Les crises partielles mêmes ne rompraient pas plus l'équilibre général qu'une goutte d'eau ne ferait déborder l'océan. Où Ricardo se trompe, c'est lorsqu'il suppose que les crises partielles sont dues a aux erreurs de l'intérêt personnel », à moins qu'il n'ait voulu dire de l'intérêt personnel et aveugle des gouvernants, qui croient
160 JOUBNAI. DBS ÉCONOMISTES
faivo wvmnctT le efaar dn progrès en ponssaxit d'une roue, ce qui ne peut éyidemment que le détourner de BOt» dMmin natureL
M. Denis approuve beaucoup « l'élargissement des fonctions de l'Etat qui s'élève de la Justice négativie de Bmith à la Justice positive. » Il ne voit pas que c'est cette préteoduœ justice positive qui est Torigine des crises et de toutes les autres ruptures d'équilibre économique et moraL La raison en est que l'Etat n'est guidé que par son intérêt personnel, si pressant qu'il ne le voit même pas et se nuit à lui-même eu même temps qu'aux particuliers.
Nous engageons donc les étudiants à liiv V Histoire dcê Syitèmei économiques^ pour les documents et renseignements sur les hommes et les choses qu'ils y trouveront rassemblés et qui sont souvent du plus haut intérêt, mais nous leur conseillons de mettre dans cette lecture tout leur esprit critique.
BOUXEL.
Emigbazionb e colonis {Emigration et Colonies). Vol. II, Asie, Afrique, Océanie. In-8^. Borna, 1906.
Ce livre est le tome II de la collection intitulée Emigration et Colonies, Il contient les rapports des agents diplomatiques et consulaires italiens en Asie, en Afrique et en Océanie. On a observé, autant qu'il a été possible, Tordre géographique dans la disposition des rapports. La plupart de ces documents ont été rédigés dans les années 1901 et 1002, mais on les a complétés par des notices plus récentes. Les rapports les plus complets et les plus intéressants sont, naturellement, ceux qui regardent les pays où les colonies italiennes sont plus nombreuses et plus prospères et vers lesquels affluent toujours plus les émigrants. Ce recueil, publié par le commissariat de l'émigration, dépendant du ministère des affaires étrangères, ne peut être résumé; V avertissement que nous lisons en tête du volume dit que ce serait trop long; il faut peut-être ajouter: et peu utile. Chacun doit y choisir oe qui lui convient. Disons seulement que le 3* et dernier volume, en préparation, contiendra les rapports sur les colonies américaines. Nous n'avons pas reçu le 1^; il contient sans doute les rapports sur les colonies italiennes en Europe.
ROUXEL
OttiONaguE 151
SoioiAiBB. — La crise de la viticulture et ses remèdes* — La oonlérenée de La Haye. — L^ libéralisme ooloniaU -^ Th&vail blanc et
• traoratf jaune. — Vh article èe M. Luazatti sur les trusts et les cartels^ — Jhmxq^ok les ocauneiçaiits usent peu des renseignements officiels. — La réi^emaatation des ebcnsns d» fer aaz £tats-UnîSé — Le caciqpisme espagnol.
Comme le r^narque notre collaborateur, jVL Zablet (voir plus haiH, le mouvement fLQan<:ier), c*est le proiectiorniisme qui a ag^ gravé sinon créé La crise de la viticulturei en encourageant à la fois la production du vin et en restreignant ses débouchés. Mais à celle cause économique il convient d'ajouter une cause morale: ruBprévoyance. A Texemiple de leurs cigales, les viticulteurs du Midi n'ont paa songé, à se faire au temps chaud, des provisions pour les jours de bise ; ils ont dépensé dans les bonnes années, sans épargner pour lea mauvaises. Comme d'habitude, ils oat demandé au gouvernement de venir à leur aide« Le gouvernement qui n'a pas le cœur dur de la fourmi avec laquelle il n'a d'ailleurs que des rapports lointains, s'est empressé, en attendant mieux, de leur faire cadeau d'une loi. Cette lol„ destinée à empêcher le mouillage et le sucrage, n'aura peut-être pas toute Tefficaciié nécessaire pour empêcher les yiticukeurs peu scrupuleux de mettre de l'eau dans leur vin, mais en soumettant, sous peine d'une amende de IjOOO fr. à 2.000 fr. les producteurs, propriétaires, fermiers et métayers à déclarer le montant de leurs recettes, le restant du stock antérieur, la somme et le poids d^ kors expéditions, de leurs vendanges fraîches, brel en les assujetisaant aux formalités de l'exercice, celte loi, disons-nous ava certainement pour effet d'engager les producteurs à laisse^ leurs terres en frkhe pkitût qu'à ^'exposer à la tyrannie des ga-
belous et des rais de cave. Ce sera un remède radical aux souffrance des viticulteurs, car il emportera les malades.
La seconde conférence de La Haye s'est réunie le 15 juin. Quarante-huit Etals y sont représentés par 216 délégués. Mais dès le début, le président a engagé cetlc importante assemblée à n'être pas trop ambitieuse « N'oublions pas surtout, a-t-il dit, qu'il y a toute une série de causes où l'honneur, la dignité et les intérêts essentiels sont engagés pour les individus comme pour les nations, et, où les uns comme les autres ne voudront jamais, quelles qu'en soient' les conséquences reconnaître une autre autorité que <ielle de leur propre jugement et de leur sentiment personnel.» On pourrait se demander en quoi consistent les atteintes ù l'honneur d'une nation, et même s'il y en a d'autres que celles qu'elle se porte à elle-même en refusant de payer ses dettes ; il serait intéressant de rechercher encore en quoi se reconnaissent les intérêts essentiels des non essentiels, et finalement, si en concédant aux « hommes » le droit de faire prévaloir sur le code civil ou pénal leur propre jugement et leur sentiment personnel, on ne tomberait pas en pleine anarchie. D'une autre part cette seconde conférence a suivi le conseil de son président en renonçant à poursuivre l'idéal embarrassant quq s'était proposé la première. « Le maintien de la paix générale et une réduction possible des armements excessifs qui pèsent sur toutes les nations, déclarait celle-ci, se présentent dans la situation actuelle du monde entier comme Tidéal auquel devraient tendre tous les efforts de tous les gouvernements ». Non seulement la réduction mais la limite des armements a été écartée du programme des quatre commissions entre lesquelles s'est partagée l'assemblée actuelle, et qui ont, en sus de l'arbitrage pour objet l'examen des usages de la guerre. Ce programme l'occupera jusqu'au mois de septembre et il donnera lieu certainement à des discussions copieuses, sinon à des engagements dépourvus de sanction. Peut-être la conférence servirait-elle mieux la cause de la paix en examinant les motifs des guerres qui ont désolé le monde depuis cent ans, en recherchant si elles étaient déterminées par des atteintes à l'honneur et à des intérêts essentiels, en calculant ce qu'elles ont rapporté aux vainqueurs et ce qu'elles ont coûté aux belligérants, sans oublier les neutres,
plutôt q\i*en se livrant à des débats académiques sur les moyens de perfectionner la guerre et de la rendre moins impopulaire.
Nous trouvons avec une vive satisfaction dans l'Echo de Madagascar ces réflexions et cette opinion libérales :
Nous 8(Hnmefi les victimes des mille et une complications des règlementaftions avec lesquelles Thumanité s'est ficelée depuis le commencement des âges. La pensée qu'il est un homme, dou^ de pensée et de jugement, libre d'agir à sa guise pourvu que cela ne gêne pas son semblable, paraît aujourd'hui aussi monstrueuse à un républicain qu'elle le paraissait jadis à un sujet. Ces esclaves séculaires ont gardé le goût du fouet, comme le collégien le besoin de la féruk.
Nou9 sommes bien obligés de constater que cette conception de r£tat a pour elle le nombre et la tradition.
L'opinion contraire, c'est-à-dire notre opinion, est toute récente : Considérer l'individu comme maître de lui-même, regarder le gouvernement non comme un maître, dont il faut mendier les faveurs et redouter les disgrâces, mais bien comme le conseil d'administration d'une compagnie d'assuranœs ; vouloir le moins de lois possible, le moins de tutelle possible, le moins d'autorité, de Providence possibles
Seulement, le gouvernement radical-socialiste de Madagascar ayant jugé à propos d*y importer lanli-cléricalisme métropolitain a fait supprimer trente écoles de missions norvégiennes avec l'approbation de VEcho ; ce qui nous permet de douter un peu de la solidité et de l'étendue du libéralisme colonial.
La supériorité de la race blanche sur la race jaune paraît incontestable... aux blancs. Cela n'empêche pas les ouvriers blancs do se faire protéger contre la concurrence des ouvriers jaunes. Au Transvaal ils ont réussi, grâce à Tappui du parti libéral ! à faire expulser des mines les ouvriers chinois, en lés accusant de vices honteux. Au témoignage d'un directeur d'une mine de Birmanie, le plus abominable de ces vices, quoi qu'il ne soit pas contagieux pour les blancs, serait l'assiduité au travail
154 JOURNAL Des ÉCONOMISTES
et U tidélfté à remplir leurs engagements, même en l'abeence d*un «ontret.
On a, dit-il, beaucoup parlé en Angleterre de la main-d'œuvre chinoise : on en a parlé comme de quelque chose de répréhensible et d'odiemaL Ot^ ^ j^BjAênt en eoaatdfiaaim ôb, cm»^ puiflque nous avons Texpérâenoe du travail chinàb depuis des années, ezpérienee qui porte sur des milliers d'individus, il n'y a pas d'ouvriers plus honnêtes, plus moraux et i»lus digBieB d'i^iérèt, que les ouvriers diinois. Je ne orsinB pas de metikne au déft qnieonqve ayant qualité pour en pajtler de nier f^H «a sott ahnL Ua de mes amis personnels, homme qui a la direction de la Hongkong and Shanghai Banh\ est prêt à déclarer devant vous que la parole d'honneur que donne un Chinois a, pour lui, la valeur d'un contrat formel et signé. »
AwHis-nous besoin d'ajouter que nos ouvriers syndiqués sont parfaitement à l'abri de la contagion de ces vices chinois. Leur préoceupation dominante consiste à rechercher dans quel moment il est le plus avantageux non de conclure le contrat de travail mais de le rompre, et voici le conseil pratique que leur donne à cet égard un rédacteur de VHumaniié :
Il y aura lieu de se rendre compte s'il n'y a pas pénurie de travail, si les commandes abondent, si aucune des livraisons à faire n'a de retard et aussi quelles pourraient être les succursales de rétablissement, tant en France qu'à l'étranger ou bien enooore des c(mstructeurs similaires, qui pourraient entreprendre les travaux laissés en souffranoe. Dans un autre ordre d'idées, il y aura également lieu de connaître le crédit qu'a le patron, c'est-à-dire quelle est sa situation financière.
Autrement dit, c'est au moment où l'employeur a le plus besoin de travail et où il lui est le plus difficile de s'en procurer qu'il faut l'en priver, et rompre le contrat de travail, ou pour mieux dire le suspendre. Car ce contrat ne lie que l'employeur, tandis que l'ouvrier demeure libre de le reprendre après la grève. Dans la dernière grève des ouvriers boulangers, un patron s'étaat avisé de remplacer les grévistes, ceux-ci lui ont intenté un pnK ces pour « la rupture brusque du contrai de travail ». A la vérité, ils ont perdu leur procès, mais no prendront-ils pas leur revan^ che quand la justice sera soctalisëe t En attendant les syndicala
inlerdisent le travail non syndiqué el préconisent au besoin le sabotage. Voilà comment le travail blanc manifeste aujourd'hui sa supériorité sur le travail jaune. Les employeurs ne seront-ils pas excusables de lui opposer quelque jour la concurrence vicieuse des Chinois ?
M. Luzzatti a publié dans // Sole un article contre les prîmes d'exportation qu'ont ressuscifées en Allemagne les trusts et les cartels. « Les Anglais, dît l'illustre économiste italien, ne possédant pas de tarifs de protection ne peuvent pas, même sUs en avaient le désir, former des syndicats en vue de créer des primes à Texportalfon.
D'après lea calcals anglais, les primcfi à l'exportation de l'acier allemand varient entre 15 et 20 shillings par tonne, et les tarifs de transports allemands sur les fers et aciers finis sont plus bas que ceux de l'Angleterre de 20 à 25 shillings pour l'Afri* que et de 30 à 35 shillings par tonne pour le Levant. Comme on le voit, il ne s'agit pas d'une différence médiocre, et, étant donné la supériorité absolue de' la sidérurgie allemande dans les produits fins, il n'est pas douteux qu'elle réussira bientôt à s'installer en maîtresse absolue dans le trafic oriental et africain.
L'industrie de Tacier allemand n'efirt^ qu'une unité parmi d'autres : l'étude de ce qui se passe pour l'alcool et les autres productions fournit des constatations non moins suggessives.
L'organe de M. Méline, la Rélorme économique j en reproduisant cet article avec de justes éloges pour l'auteur, se pose la <]uestion suivante :
Si les anciens traités de commerce défendaient avec raison, aux gouvernements de concéder des primes à l'exportation, estoe que les nouveaux traités de commerce ne devraient pas étendre eettie prohibition également aux primes fournies par les syndicats qui violent les obi tça lions assumées par leur Gouvernement
Et la Rélorme économique demande qu'il soit répondu à cette •cfuestion, par des hommes compétents en ]a matière. Celte réponse le journal de M. Méline ne s'est pas aperçu quMl Ta faite
156 JOURNAL DES ECONOMISTES
lui-même en reproduisant avec la compétence qui lui est propre Tarlicle de M. Luzzalli : c'est en supprimant à l'exemple de l'Angleterre, les tarifs protectionnistes.
La même Ré{orme économique se désole en constatant que le Moniteur oUiciel du commerce ne compte que 868 abonnés et se trouve par conséquent loin de faire ses frais^ Cependant cet organe de l'office national du conmierce extérieur renferme des renseignements intéressants quoique un peu tardifs. Peut-être aussi les consuls dont il publie les rapports ne possèdent-ils pas toujours l'instrument indisupensable pour se les procurer : la langue du pays où ils fonctionnent. Témoin cette anecdote que publie dans le Journal un ancien ministre, M. Pierre Baudin :
— Monsieur le consul général, je suis boureux de vous saluer ici. Voufi représentez notre pays dans une cité admirable, curieuse, artiste, commerçante, libérale, et qui, aseez rapprochée du Rhin, a de tout temps entretenu avec la France des relations très actives d'affaires et de finan^s.
— Ah ! monsieur le député, quelle ville intéressante et quelle prospérité ! Mais^ laissez-moi vous faire mes doléances. Je suis ici malgré moi.
— Vous m'étonnez, monsieur le consul général. Ce poste est fort enviable.
— J'en conviens, monsieur le député, et je m'en satisferais si j'étais un fonctionnaire indifférent.
• « J'aime à me rendre utile et... »
— N'en avez- vous donc pas le moyen en un pays où tant de Français fréquentent, où nous avons tant d'avantages à récolter ?
— Et voilà bien ce dont je souffre. Je sais ce qu'il y aurait à faire et je ne le puis.
— Je ne connais pas l'allemand. Je parle couramment trois langues : l'anglais, l'espagnol et l'italien. Mais j'ignore l'allemaiid.
— Ke connaît-on pas cola au quai d'Orsay ?
— On le sait. Je l'ai dit. Je ne voulais pas venir ici. Mais on ni^y a contraint en me conseillant, dans mes relations avec les Allemands, de me faire aider par çion chancelier.
— Ce n'est pas la même chose. Que le chancelier connaisse la langue du pays, c'est fort bien, mais il ne peut parler pour vous.
— Sans*Qoute. Mais le cas est pire que vous ne pensez : mon chancelier ne peut même pas parler pour lui. Il ne sait que le Français 1
L'industrie des chemins de fer, développée aux Ëlats-Unis sous un régime d'entière liberté en a créé 340.000 kilomètres, (1), un cinquième de plus que n'en possède l'Europe, malgré les subventions, rinlervention et la réglementation des gouvernements. Mais la liberté n'est pas impeccable ; elle a ses abus, et,aux Etats- Unis comme en Europe le public demande au gouvernement de faire des lois et des règlements pour les extirper. Les gouvernements dont c'est le métier de légiférer et de réglementer ne demandent pas mieux ; les Etats particuliers et l'Union se sont fait concurrence pour satisfaire à la demande du public ; ils ne se sont pas contentés même d'obliger les compagnies à renoncer au rabais qu'elles accordent aux gros expéditeurs au détriment des petits, à interdire l'usage des permis gratuits, etc., etc. ils ont établi un rate bilt /ixant un maximum de 2 cents par mille. Les compagnies dont les dividendes ne dépassent pas en moyenne 3.80 0/0 ont réclamé, en affirmant qu'il leur sera désormais impossible de se procurer les capitaux nécessaires pour alimenter, perfectionner et étendre leur industrie. De l'avis des hommes compétents, elles ont besoin en ce moment d'un supplément de capital d'un milliard à 1.500 millions de dollars pour pourvoir à l'insuffisance de leur réseau et remédier aux défectuosités qu'on leur reproche, tels que le mauvais état de leurs voies et de leur matériel, et la qualité inférieure de leur personnel. Il se peut, sans doute que l'intervention des gouvernements particuliers et du gouvernement fédéral ait la vertu de mettre fin à quelquesuns des abus dont se plaint le public américain, mais il est fort à craindre que la réglementation et le rate bill ne privent les compagnies des moyens de lui rendre des services plus utiles que les abus ne lui sont nuisibles.
(1) Voir un article de notre collaborateur, Daniel Bellet, dani le noméro de décembre 1905.
Le régime représentatif a été fort simplifié sinon perfectionné en Espagne : c'est le gouvernement qui nomme lui-même les représentants chargé de le contrôler. Le parti conservateur actuellement au pouvoir s'est naturellement attribué la majorité,mais en dépassant la mesure ordinaire. Il n'a accordé que 25 voix au parti libéral. Celui-ci en a réclamé 60, en menaçant de faire grève.
L'accord a fini toutefois par se faire, sous l'influence de la crainte qu'inspire aux politiciens espagnols la oonstitntion d'un troisième parti dit de la solidarité catalane, qui s'est proposé pour but, la suppression du caciquisme. Qu'est-ce que le caciquisme ? Un écrivain espagnol, M. Salmeron y Garcia en a donné au Courrier Européen cette esquisse pittoresque :
La monarchie espagnole n'est même pas une autocratie plua ou moins déguisée ; c'est le régime du booi plaisir, du hasard aveugle, de T inconscience ; c'est un système de gouvernement inconnu dans la science politique et qui s'appelle le caciquisme^ du nom que donnaient les indigènes de TAmérique aux chefs des bandes guerrières et pillardes. Le caciquigme, c'est la clef de voûte de Tédifice social et politique de TËspagne : le roi, c'est le chef des caciqttes ; les ministres, ce sont des caciques; les députés, même la plupart des députés républicains et surtout eeux qui s'appellent radicaux («ic), sont des caciques ; chaque province a un ou plusieurs gros caciques^ et chaque ville, chaque village a son petit. Ces bandes, commandées par leurs caciques respectifs, se partagent le pays; cela est tout simple, peu compliqué et n'exige guère de grandes facultés chez les gouvernants. Les? affaires publiques deviennent les affaires privées des cc^ques de tout acabit, du haut en bas de T échelle. Le peuple croupit dans l'ignorance, la misère, la servitude; il manque de volonté, de persévérance, d'esprit de suite; il est la proie des caciques d'en haut et des meneurs démagogiques d'en bas, il est accablé par l'impôt, assujetti aux caprices des puissants.
Il y a depuis la Eestauration de 1875 deux grands groupes de caciques, appelés, à l'instar des célèbres partis anglais, le parti conservateur et le parti libéral. Ils ont subi depuis lors plusieurs transformations dans leur personnel, mais non point dans leur structure ni leurs procédés. Tous les deux ou trois
ans Tan d'eux cède le pouvoir à l'autre et la première chose que font les nouveaux ministres, c'est de se distribuer les provinces de l'Espagne ; le parti au pouvoir prend le plus grand morceau du butin, sans trop condamner à l'indigence l'autre parti, qui fera de même quand son tour sera venu. Tous les deux ou trois ans le Pazkmeirt ohancpe de minorité, uu moment que c'est le gouvernement et non pas les électeurs qui élisent les députés et sénateurs.
Il n'y a pas en Espagne d'autre politique que la politique personnelle ou de groupe des caciques et la presse elle-même est au service plus ou moins déguisé de cette institution fondamentale du caciquisme, qui monopolise tout, toutes les fonctions de la vie du peuple, depuis la politique jusqu'à la vie économique.
Espérons que le caciquisme ne s'avisera pas de traverser les Pyrénées...
G. de M.
Paris, 14 juillet 1907 .
160 JOURNAL DES ECONOMISTES
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
Lcè richesses du Portugal^ par de Pernheim. — I11-I6, Paris, Dujarric, 1907.
Quaiorzième congrès du crédit populaire, — In-S**, Paris, Félix Alcan, 1907.
Sténo-calcul de la nvultiplication, par Piguet et Delacroix. — In-8**, Paris, Paulin, 1907.
Les sociétés de secours mutuels et V organisation des retraites pour la vieillesse en France et en Belgique^ par P. Clekc. — In-8^ Paris, Rousseau, 1907.
Le rachat des chemins de fer^ par G. Phicb. — In-16, Paris, Dunod, 1907.
Du dépôt de titres en banque^ par M. Jobabd. — In-S**, Paris, Rousseau, 1907.
Essai d'une psychologie de V Angleterre contemporaine. Les crises politiques^ par Jacques JÔardoux. — In-S**, Paris, Félix Alcan, 1907.
Helvétius. Sa vie et son œuvre, par Aldebt Keim. — In-8**, Paris, Félix Alcan, 1907.
Le ministère du travail, par Ch. Drouilhet. — In-8**, Lyon, 1907.
Eoman économies conditions, par L.-H. Oliver. — In-8**, University of Toronto librairy, 1907.
Tarif réciprocité/ and foreign trade, — In-8*', Philadelphie, 1907.
Die Théorie des Versicherungnwertes in der F énerver sicherung, par O. Pranoe. — 2 vol. m-8*», léna, Fischer, 1907.
Le Garanti F^ix ALOAN.
••i>oj:riip.»iie A. DAW, 52, rue Madame, Paris — Tilèphont.
H. DABAaON, Éditeur, 30, rue JDuperré, Paris.
Vient de paraître :
RAbert FLUOD