‹ L'automobile est-elle une richesse?Chapitre 37 sur 87 · HYPOTHÈSES ET FAITS · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSES ET FAITS

L'article Rodbertiis contre Basliat (1) n'a pas complètement satisfait M. E. Châtelain, à qui je reconnais le mérite de s'acharner sur une question. C'est ime qualité que j'estime d'autant plus de la part d'un contradicteur, qu'elle vous oblige de contrôler ce que vous avez dit vous-même*

Je rappelle que M. Châtelain est plein de dédain pour la formule suivante de Bastiat ; « A mesure que les capitaux s'aecroissent, la part absolue des capitalistes dans les produits totaux augmente, et leur part relative diminue. Les travailleurs voient augmenter leur part dans les deux sens. » U y oppose la formule de Rodbertus : « L'accroissement de la productivité du travail entraîne la réduction du salaire de la classe ouvrière à une fraction de plus en plus petite du produit social. i>

J'ai soumis l'assertion de Rodbertus au contrôle des faits fournis par le Census américain. M. E. Châtelain me répond par une note dans laquelle il se préoccupe peu des argiunents que j'ai donnés. Cependant il se sert des chiffres des census en les reprenant de la manière suivante :

Beproduisons ceux des deux dates extrêmes, seuls utiles pour la discussion.

(1) V« Jowmal des Economistes du 15 juillet 1907.

ENCORE BODBEKXUS CONiaS BASTIAT 228

CaptlAl

Mlariéf

saUira

\9iéUUÛML

prodttit

railfîont de «Mlars

miUiowd^dtoHH»

iaS79

ai5«.ooo

Il ressort de ces données que Ton a affaire à un cas auquel s'applique la proposition de Bodbertus.

Je ferai observer en passant que, ni étant servi de ces chiffres dans la ScUnce Economique^ à propos de Tinduslrie de la laine, M. £. Châtelain avait déclaré qu'ils ne s'appliquaient pias à la proposition de Rodbertus. Maintenant, il n'a plus ce dédain pour eux.

M. Châtelain estiraye qu'à la seconde date il faut considérer une partie seulement de la population ouvrière, égale à la population ouvrière de la première époqne.

Il faut faire subir» en conséquenoe, aux autres nombres de la seconde époque une réductioi^ proportéonneli^y c'est-à-dire ne coDsidérei, quant au capital, au montant des salaires et à la valeur dea produits, que la quotité correspondante à 1.311.000 av lariés, au lieu de 6.152.000.

Valeur Iloabre dm ^ai^a^Di. lU*tanl Au^neot. des A«ga.

•ttUrié» C»piUl O/g du mU«« 9/o froduitf O/o

Ce tableau nous indique que la part du capital a augmenté éa 198 •/„, que les salaires ont aîugmenté <l© 69 % et que les produits ont augmenté de 90 '/o-

Par conséquent, la valeur des produits a augn>enté de 108 0/0 moins rapidement que le chiffre du capital : donc, la part reçue par le capital pour sa rémunération dans la vent© des produits est de 103 0/0 inférieure à ce qu'elle était en 1860, tandis <iue la part du travail est de 6 0/0 plus élevée.

Par conséquent, la part relative du capital a diminué, tandis que la part relative ei absolue du travail a augmenté.

Cependant ce n'est pas ainsi que M. Châtelain pose la question, et, entre parenthèses, je ferai observer que M. Chatdain, qui ne voulait pas considérer le taux du revenu du capital comme un élément du problème, le fait intervenir comme le principal coefficient de son ai^gumentation. Seulement au lieu de prendre im revean réel, il prend un revenu imaginaire.

Il pose la formule suivante*:

Si Ton représente par R le total du revenu du capital, par S le montant total du salaire, le revenu 60ci«w est R+S La grandeur relative du revenu du capital s'écrit ;

R R+S et la grandeur relative du salaire:

Laquelle de ces deux fractions a diminué f (ou, ce qui revient au même, laquelle a augmenté?)

Tel est, encore une fois, le problème auquel se rapportent les deux propositions inverses de Rodbertus et de Bastiat.

M. E. Châtelain simplifie beaucoup trop la question. Le revenu social ne se compose pas seulement du revenu du capital et des salaires. J'ai démontré dans la Science Economique^ qu'en matière industrielle, il ne fallait pas parler des bénéfices du capital, niais des bénéfices obtenus par la direction de Tentreprise. Le revenu « social » doit comprendre aussi tous les bénéfices qui résultent des courtages et commissions, qui ne sont pas des revenus du capital et qui sont des revenus de l'activité humaine. Mais je cite la démonstration de M. Châtelain :

On peut, semble-t-il, admettre vraisemblablement une liaison ou un rapport entre le capital et le revenu du capital. Telle est ridée courante d'un toAix moyen général du revenu des capitaux, dont le niveau et les variations sont reflétées par ce que Ton appelle le tanjus (moyen, usuel) de l'intérêt.

L'abaissement du taux de l'intérêt est, en outre, considéré avec raison comme étant en général l'effet et l'indice de Taccroissement de la productivité.

Admettons donc que le taux du revenu du capital était, en 1860, de 10 0/0 et que, de 1860 à 1905, il se soit abaissé de 10 0/0 à 8 0/0.

Cette supposition nous permet de calculer, aux deux époques, le montant du revenu du capital ^ en nous servant pour cela des nombres qui représentent le capital, soit:

Rerenu AuraeDi

Capital Taux du capital O/o

En 1860 1.009x0,10 = 100,9

En 1905 2.956x0,08 = 236 134

ENCORE RODDERTUS CONTRE DASTIAT 261

En ajoutant respectivement ce montant du revenu du capital ftu montant du salaire des années correspondantes, on obtient le montant total des revenus des deux catégories:

Rerau Augmt&Ution

R S global(R+S) O/o

En 1800 100,9+ 379=479,9 »

En 1906 236, + 642 = 878 83

On a en définitive les résultats suivants : 1^ Le revenu du capital a augmenté absolument; 2^ Le salaire (montant des salaires) a augmenté absolument; L'augmentation du revenu du capital est de 134 0/0; L'augmentation du salaire est de 69 0/0; 3^ L'augmentation du revenu global est de 83 0/0; 4^ Le TAUX du revenu du capital a baissé de 10 0/0 à 8 0/0; 5® Le salaire moyen par tête a augmenté absolument de 69 0/0. Mais on trouve, en même temps, que la part relative du salaire a diminué, c'est-à-dire que le salaire est devenu une frac-

tien moindre du revenu global qui était en 1860 — et

R+S iOO

qui n'est plus en 1905 que Zl!! •

iOO ' en revanche le revenu du capital (montant des revenus) a augmenté proportionnellement, c'est-à-dire qu'il est dejvenu une

fraction plus forte du revenu global. 9. qui n'était, en 1860

qae JL e«t devenu î?l?

Toute la démonstration de M. Châtelain repose sur cette conjecture que le capital engagé dans l'industrie, a rapporté 10 0/0 en 1860 et 8 0/0 en 1905.

Mais cette conjecture ne résulte pas du Census. Le Census a constaté simplement, d'après les documents obtenus, l'augmentation du capital.* Il n'a même pas fait, et il ne pouvait pas la faire, la distinction entre le capital sérieux et le « walered capital », le capital dilué.

Pour montrer l'imprudence de la manière de procéder de M. Châtelain, je prends l'exemple d'une des plus formidables entreprises qui aient eu lieu aux Etats-Unis, VUniled States Steel Corporation^ et die est parmi celles qui ont le mieux réussi.

Son Common stock, c'est-à-dire ses actions ordinaires, se monte à 508 millions de dollars.

âtt JOCRBIAL DES ËCONOMtStES

Son Cumulative preferred slock, c'esl-è-dire ses tctkms privilégiées dont TintérW de 7 0/0 doit être reporté sur les années suivantes, s'il ne peut pas être payé une année, se monte à 360 mtUioas de dollars.

De 1901 à 1900, rinlérôt de 7 0/0 pour le preierred stock, a été régulièrement acquis; mais en 1901. et 1900, le cammon stock a reçu 4 0/0, en 1903, 3 1/2 0/0, et en 1904 et en 1905, il n'a rien reçu î Comme le « common stock » représente 58 0/0 du capital, le revenu moyen pour Tensemble du capital a été de 4,27 0/0.

Si, prenant l'hypothèse de M. Châtelain que le taux fût à 10 0/0 en 1800, j'opérais comme il le fait, le revenu du capital en 1905 aurait été de 125 au lieu de 236 ; il n'aurait, par conséquent, augmenté que de 25 ''/o au lieu de 134, et Taugmentation du R + S aurait été de 59 0/0.

Le taux d'intérôt hypothétique prouve, seulement, que M. Châtelain a changé de méthode. Il ne voulait pas qu'on parlât de Faugmentalion du capital, ni qu'on parlât du taux de Tintérôt. Maintenant il n'éprouve plus ce dédain pour la première colonne du tableau, et il dédaigne si peu le taux de l'intérêt, que, n'en trouvant pas le montant dans le Census, il en a nnaginé un.

A-t-il fait la démonstration de la certitude de la proposition de Rodbertus que je rappelle :

« L'accroissement de la productivité du travail entraîne la réduction du salaire de la classe ouvrière à une fraction de plus en plus petite du produit social ? »

Pour que M. Châtelain renonçât à la thèse de Rodbertus, il faudrait que le capital pût augmenter indéfiniment et que le r^ venu global restât stationnaire. Or, il n'en est pas ainsi. Si le capital augmente, le taux peut diminuer ; mais, comme l'a dit Bastiat, le revenu global peut augmenter.

M. Châtelain conclut :

Oes nombres nouveaux ne sont, pas plus qte oeux qui cooomtnent rindustrie ' textile seulement, des faite qui déi»enèen4( la proposition de Rodbertus. Il se peut que oette j^roposition soit fausse. Mais la preuve de cette fausseté n'est pas faite.

M, E. Châtelain ne parle plus « de débarrasser définitivement l'économie politique du sophisme flagrant et intolérable » de Basliat. » Il ne se porte même plus fort pour la formule de Rodbertus. Il admet qu'elle puisse être fausse. Relativement à sa restriction « que la preuve de cette fausseté n'est pas faite »,

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