‹ L'automobile est-elle une richesse?Chapitre 42 sur 87 · M. LB · texte numérisé non relu

M. LB

Die F££IN Oewerksoeaften seit 1890. *^Les Syndicats ouvriers allemands depuis 1890), par Otto Heilborn, juge suppléant, lena, Qustav Fischer, 1907.

£n Allemagne non plus, ks syndicats ouvriers et les politiciens ne sont pas toujours d'aocord et les Congrès retentissent du bruit de leurs débats. Instruits par leur contact pins direct avec les réalités, les premiers «ont portés à s'accommoder de l'organisation présente «t à préférer des avantages palpables et actuels à des rêves de reconstruction totale de la société. Les plus importants <d>s|KM«nt «ujonrdfiiai de reesonrces considérables : rien ne calme comme le souci d'une caisse bien garnie, dont on tient à ne risquer qu'à bon escient le précieux contenu.

M. Heilborn déroule sous nos yeux une revue claire et rapide des arguments — et des compliments négatifs — qu'on a échangés, depuis une quinzaine d'années ; il estime que tôt ou tard, les sjmdicats se détacheront du parti satiaidémocratique pour former un quatrième état, composé des ouvriers relativement aisés, qui refuseront de suivre pins longtemps la bannière des révolutionnaires et des fanatiques du bouleversement intégral. Les ssmdieats sont devenus une puissteinoe en Allemagne et tant qu'ils respecteront les bases de la société, le gouvernement n'aura d'après M. Heilborn, aucune raison d'entraver leur indépendance.

E. Castelot.

Studien zur Bbvoelkerunosbewegung in Deutschland in de»

LETZTBN JaHRZEHNTEN HIT BE80NDEBER BeBUBCKSICHTIQUNG DEB

population en AlUm€tgn€ pendant les^ dernières périodes déeennalesy notamnuent au point de tue de la jiconditt conjugale)y par Paul Mombert, privât docent à TUniversité de Fribourg-en-Brisgau. 1 vol. Carlsruhc, C. Braun, 1907.

Il y a quelques années déjà, les esprits clarvoyants ont prédit que r accroissement de Taisanoe générale et des idées de prévoyance aurait sur la natalité la même influence en All^nagne qu'en France et en Angleterre. Les statistiques confirment leurs prévisions, et la tendance décroissante va même en s' accentuant, puisque de 361 pendant la période 1891-1900, le taux moyen de la natalité par 10.000 habitants y est tombé à 347 pour les années 1901-1904. Et cependant, à n'écouter que les doctrines d'autrefois, toutes les circonstances devaient favoriser l'essor de la population: augmentation de la richesse générale, diminution de rémigration, relèvement de la nuptialité.

Dans l'intéressant volume que nous recommandons aux lecteurs du Journal^ M. Mombert serre le phénomène sous toutes ses faces et arrive à la conclusion, qu'en Allemagne comme ailleurs le relèvement de l'aisance et le progrès de la civilisation font baisser la natalité conjugale ; ce phénomène auit même de légers changements dans la richesse générale. Le phénomène n'est pafi circonscrit aux grandes viles: en Prusse, la décroissance de la natalité s'accuse dans les circonscriptions où les caisses d'épargne ont le plus de succès.

Si la proportion des naissances ne fléchit pas dans certaines régions industrielles, comme la Westphalie, où les salaires se sont élevés, cela fient à ce que leur élévation même y a attiré une foule d'ouvriers originaires de pays arriérés et lointains; ils n'ont pas eu le temps de perdre leurs habitudes de prolificitë irréfléchie. A ce point de vue spécial, la Westphalie joue en Allemagne le rôle que joue en France le département du Nord; par contre les régions slaves de l'Est correspondent à notre Bretagne. Pour celles-ci, ce n'est pas, d'après M. Mombert, une question de race, car la natalité est tout aussi exubérante dans les parties pauvres, mais essentiellement germaniques du Palatinat.

COMPTES RENDLS 293

a Rien ne peuple comme les gueux; c'est le seul plaisir qui ne coûte rien », constatait déjà Diderot cité par M. McMnbert. N'en déplaise aux mÂnes de MM. de Qobineau et Woltmann, cet iH;>horisme serait donc vrai pour la race élue des Germains, comme pour les rejetons des prosaïques et médiocres Celtes, Ibères et Italiotes.

£. Gabtelot.

L'ouvBiàBE EN France. Sa condition phébente. Les B^FORims né- CBBSAIBES, par Caboline Milhaud. 1 vol. in-16. Paris, Félix Alcan^ 1907.

L'invention des machines a eu pour effet, dans un grand nombre de cas, de retirer aux femmes les travaux qu'elles faisaient autrefois à la maison, tout en soignant le ménage et les enfants: filage, tissage, tricotage, couture, broderie, etc. Tout se fait aujourd'hui à la machine. Il est donc naturel que les femmes soient allées chercher leur travail où il se trouve, et que les usines et manufactures soient peuplées de femmes presque autant que d'hommes dans bien des industries.

C'est ainsi que, sur les 38 millions d'habitants de la France, et une population active de 19.715.075, on compte 12.910.565 hommes et 6.804.510 femmes. L'agriculture occupe 5.517.617 hommes et 2.658.952 femmes La domesticité 223.861 hommes et 791.176 femmes. Les professions libérales 226.561 hommes et 173.278 femmes. Dans l'industrie, les hommes sont au nombre de 3.695,213, et les femmes 2.124.642. La fraction salariée de la population industrielle comprend 2.350.819 hommes et 927.705 femmes. Le travail à domicile occupe 679.568 hommes et 906.512 femmes. Au total, la population ouvrière masculine est de 3.030.387, et la population ouvrière féminine de 1.834.217.

On sait que le salaire des femmes dans l'industrie est inférieur à celui des hommes. On a calculé, ou du moins on l'a dit, que « le salaire industriel moyen maximum de l'homme est de 7 fr. 50, tandis que le <( salaire maximum de la femme n'est que de 3 fr. 20 »; mais le salaire de l'ouvrière tend à augmenter, même plus rapidement que celui de l'homme. En 1890, le gain moyen de l'ouvrier n'était que de 4 fr. 36; en 1904, il est de 6 fr. 57. En 1890, l'ouvrière ne recevait en moyenne que 2 fr 18;

en 1904, elle reçoit 4 fr 93; soît pour Thomme une augmentation de 50 0/0 et pour l» femme une augmentation de 76 Of^.

Mme Milbaud ne note pa» que, dans ce laps de tenps, les grèves d« femmes ont été bien pkis rares que eeiles d'boramet, mais ce n'en est pas moins vrai, et il est permis de se demander, d'après cette constatation, si les grèves conDribuefit bo*iieoap à la hausse, même simplement nominale des salaires.

Mme Milhaud convient que la condition des ouvrières s'est sensiblement améliorée depuia 50 ans, A qui ou à quoi F ouvrière en est-elle redevable ? « C'est grâce à l'intervention des Pouvoirs publics et de l'initiative privée qui exercent leur action comnuine ou simultané priacipakfnent depuis l'avèiœiDent de la Troisiètne République: »

La condition de l'ouvrière n'est cependant pas ce qu'elfe devrait être. Si les Pouvoirs publics ont beaucoup fait, ils doivent &ire plus encore. Mme Milhaud a une très gran<le confiance dans 1& mère Loi (comme oo dit dans les ateliers de coutuie et de modes). La proèectioa légale est une excelkate chose, nais elle est insuffisaDte ; elle est même moâns qu'insuffisante, elle ait illusoire. « On peut dire, en un mot, que toutes les préemptions légales,, en ce qui concerne les tolérance» de 1» veillée, soAt illnscMres. » Bien entendu, Mme Milhaud ne se borne pas à dire cela, elle le prouve.

Si la protection légale est illusoire po«r les ouvriers, elle ne l'est pas pour le personnel de l'inspection. On ne saturait donc tit^ l'étendre. « C'est par une interventioci plus large des pouv(Hrs publies qu'il faut compléter l'œuvre commencée, »

« La législation protectri«e du travail présente bien quelque légers inconvénients ; il est évident, par exemple, que les prohibitions légales qui enlèvent aux femmes, pour épargner leur santé, la liberté d'exeroer des métiers qui tuent, leur nuiiest momentanément en leur enlevant leur gagne-pain de l'hemre. Ma» cet inconvénient n'est que temporaire. »

En effet, la faim peut, tout aussi bien que \b métier, tuer bm bcHnme — oq sa femme.

Un emploi tout indiqué de la protection légale, c'est l'enseignement professionnel. L'initiative privée, plu» ou moins subsidiée, a déjà créé une foule de cours professionn^. Mme Milhaud dite que les ouvrières ne veulent ni peuvent suivie ces cours et que <( les femmes qui suivent les cours professionnel» appartiennent pour la plupart à la petite bourgeoisie ». B» cours et des écoles pvo^sionnels organisés par FEtai se feront

COMPTES RE5»U» 29fi

donc aux dépexu de tout le moode, ^r compris .icr4Miyii軫8, et au profit des petites bourgeoiees.

Voici qui est eneore plus fort Les Belles Dams» Ottt rei^s la dentelle à la mode. La dentelle est ehèm et obit Fêti«r psur couvrir les frais de produetion : il faut quatre ou cinq ans d'apprentissage pour les points de France.

Voilà done les Belles Daines dans un gvand embarras. » Les dentelles sont rares, chères ; pourtant il nous^ en fafnt. »

Ne vous désolez pas, mesdames, ont dit queiqwis dépvtës démocrates ; nous alloois faire une loi prescrivant ^enseignement de la dentelle dans les ée(^es primaires des départements dentelliers. Et cette loi a été votée. Bientôt la Fvaaoe v» êtire couverte de dentellières et de dentelles. JElors^ la mode ohan»gera, les Bdlea Dames ne voudront pins de dentelles, ee sera trop' commun. Elt les dentellières diplômées des écoles primaires, que deviendront-elles, après leurs cinq années d' apprentissage, rien que pour les points de France î

A la louange de Mme Milhaud, disons qu^elle n'a pas une confiaaoe illimitée dans la législation oiwmère, même améliorée ; on peut en juger par son mot de la fin. c< Tant que la société sera organisée sur Les bases actuelles, tanè que l'antagonisme du capital et du travail existera, tant qu'il y aura des dasses, l'ouvrière sera exploitée. Elle pourra l'être moins ; «lie le seva tonjonxs. Son exploitati(Mi ne cessera que dans le socialisipe. A vrai dire, toutes les réformes dont on a parlé y acheminent. »

Effectivement, toutes ces réformes acheminent vers le socialisme. Reste à savoir si, dans ce régime, beau de loin. Fourrière ne sera pas encore plus exploitée que maintenant; Itsu réponse à <»tte question est d'ordw prophétique et non scientifique.

H. BouÈT.

American Finance (Les Finances américaines), par M. W.-R. Lawson. 1 vol. in-ie, London, Blackwood et fifîs, 1906.

Les finances américaines ont, comme toates choses, commencé petitement. Les f ondateuors de la B^épublique étaient peu experts dans l'art financier et n'ont pas été les fondateurs de ses finan^ ces. Lors de la déclaration de l'IndépendcMicc en itTS, ^ A*mé^ ricains n'avaient ni financiers, ni ressources financières, ni organisaèioft financièm. La jieune République passa par d^s période

périlleuses, surtout de 1783 à 1789 et, plus tard, par les jours du <i chat sauvage n (wild cat days).

Mais les temps sont bien changés. Il y a quelques années seulement, New- York était un satellite financier de Londres. Qui sait si, bientôtj Londres ne deviendra pas un satellite de New- York 1 u L'Union Américaine, dit M. Lawson, est maintenvit la plus riche nation du monde. Elle a aussi la plus grande somme de monnaie en circulation, aussi bien que la plus grande variété de monnaies. » Si les trois billions de dollars qu'elle possède étaient partagés, le peuple américain aurait une moyenne de 35 dollars par tête. Il n'y a que trois nations au monde qui lûent une plus forte circulaticm : ce sont la république de Cc^ombie, qui a une moyenne de 190 dollars, pap-ier compris; ensuite l'Argentine avec 69 dollars, et puis la France, avec 37 dollars. Le pauvre Royaume-Uni n'a que 20 dollars par tête. Les deux nations les plus mal parlagées sont l'Italie, 9,26 dollars, et l'Autriche-Hongrie, 9,04 dollars.

M. Lawson incline à croire que les Américains ont même trop de monnaie. A la fin de 1895, le stock d'or des Etats-Unis était estimé à 636 millions de dollars, et le stock d'argent à 626 milliona En 1900, l'or dépassait le milliard ; en 1905, il ibrrive à 1.325 millions ; bref, la somme de <( hard money » est aujourd'hui de 2 milliards de dollars. M. Lawson se demande si la pléthore d'or ne pourrait pas présenter autant d'inconvénients que la pléthore du papier.

Au point de vue de la production des métaux monétaires, les Etats-Unis se trouvent dans une bonne situation, ils produisent l'or et l'argent en grande quantité, et ils ne rencontrent aucune dffficulté dans leur approvisionnement monétaire. Une rareté d'or et d'argent, telle qu'on peut l'éprouver à Londres, est presque impossible à New- York.

M. Lawson suit les finances américaines depuis leur origine jusqu'à nos jours : leur évolution, leur organisation, leur puis* sance créative et destructive.

La puissance productive des Etats-Unis est grande. Les salaires sont plus élevés qu'ailleurs, mais le travail est aussi plus efficace et les employeurs y trouvent leur compte.

On croit généralement que la grande production est plus profitable que la petite. M. Lawson ne considère pfts cette opinion comme démontrée. Le grand vacarme qu'ont fait les trusts ne Teffraie pas. La plus jeune et plus gigantesque de ses combinai, le steel-trust, a déjà, dans sa courte carrière, éprouvé plusieurs

vic^ntes secousses, a Quand on fait la balance enti« ses « hauts » et ses c( bas », que reste-t-il pour le public ? Les industries du fer et de Tacier auraient-elles gagné plus ou moins dans les anciennes conditions, bien moins coûteuses ? »

La question des chemins de fer est du plus haut intérêt aux Etats-Unis. Ces grands organismes ne sont pas sans inconvénients ; mais M. Lawson estime qu'ils ont été au plus haut degré productifs de. richesse. La banque est un autre rouage de la production. M. Lawson trouve que c'est un bon serviteur et un mauvais maître. Il faut donc se garder d'abuser du crédit, il en est de même de la capitalisation, autre créative power. Elle a du bon, mais elle peut avoir lieu sans ajouter la moindre commodité au stock existant.

Le pouvoir destructif de la finance, qui fait l'objet du livre IV et dernier, est le plus actuel et le plus suggestif de l'ouvrage.

M. Lawson y montre que l'Amérique est très bien partagée au point de vue des ressources naturelles ; mais qu'elle les gaspille abominablemnt. Les Américains usent et abusent de leurs ressources minérales et autres avec une iuicidal rapidity. Une autre puissance destructive est le « millionnaire moloch ». Il y a, dit l'auteur, l'anarchisme d'en bas et l'anarchisme d'en haut ; et le plus dangereux n'est pas celui qu'on pense. Au Mbioch millionnaire, M. Lawson ajoute le miatrusted trust qui ne vaut pas mieux, puisque c'est à peu près le même.

Les pouvoirs créatifs dépassent-ils, dépasseront-ils longtemps les pouvoirs destructifs? Si M. Lawson ne le dit pas, il fournit des matériaux qui pourront être utilisés par ceux que tenterait la s(^ution de ce problème.

H. BOUBT.

The lodginq housb pboblem in Boston (La question du logement à Boston), par Albert Benedict Wolfb. 1 vol. in-8*, Boston, Mifflin, 1906

Autres temps, autres mœurs. Il n'y a pas encore bien longtemps que les hoarding-houses étaient à la mode. Les boarders (pensionnaires) se connaissaient ; ils mangeaient à la même table, aux mêmes heures ; ils causaient ensemble pendant et après les repas ; ils passaient la soirée ensemble, au parlor ; ils y faisaient leur partie, etc. Une femme ou une jeune fille pensionnaire pouvait recevoir ses parents ou amis au parloir ; la

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landlady (maîtresse de pension), s'intéressait à ses pensionnaires, guidait les jeunes, les reoommandfiMt, les dégrossissait quand ils arrivaient de la campagne.

Aujourd'hui tout est changé. Les lodginy-lifruses oot détrôné k' hoarding. Comme l'indique leur nom, les lodgings logent, mais c'est tout. La landlady ch* lodffing vous dcmne une chambre et rien de plus ; c'est là que jeunes filles et jeunes gens recevront leur monde s'ils veulent en recevoir, car il n'y a plus de salon. L«es repas se prennent au calé' ou au restaurant. Là on mange presque en silence. On se rencontre, on cause, mais on ne se lie guère ; le besoin àt. so«iaiwlité n'est que peu ou point satisfait, et^ ccHume il ne l'est pas plus au lod§ing qu'au café, le? lodgers restent isolés au milieu de la foule, dans les quartiers les plus peuplés : grandes villes,, grandes solitudes !' L'existence devient erémitiqne: il n'y manque que la haire et la dificipline. Pour être juste, il faut ajouter que le nouveau régime présente quelques avantages sur l'ancien. Les eafés et restauranrs^ qui progressent encore plus rapidement que les pensions ne reculent (en raison de l'afâuence des populations dans les villes) nourrissent leurs clients plus ou moins mal, mais à bien meilleur compte que les pensions ; la carte est plus variée, on trouve à manger à toute heure au lieu de s'astreindre à arriver à heure fixe ; (Ml ne paie que ce que l'on mange; si l'on est invité quelque part, on fait une petite économie.

Mais ces avantages ne suffisent pas, d'après M. Wolfe, pour compenser les inconvénients du nouveau système. Le grand défaut des lodgingn est qu'on s'y trouve en contact avec toutes sortes de gens. Les mieux tenus sont exposés à donner asile au crime et à la ptostitution. Ce voisinage est très dangereux surtout pour les jeunes gens des deux sexes, qui viennent de leur village pour se faire une position dans les villes.

La vie de lodging et de café fait perdre à la jeunesse le goût du mariage et de la famille ; elle favorise le nomadisme : qui n'a rien se déplace facilement ; elle facilite le vice et la prostitution. M. Wolfe remarque que, dans les quartiers consacrés aux lodgingsy les mariages sont rares, le taux de la natalité très bas ; la population des lodgings ne se reproduit pas eiiemême. Mais il faut observer que, en général, ceux qui se nM^rieim quittent le quartier des lodgings qu'ils ont habité jusqu'alors. Quoi qu'il en soit, M- Wolfe trouve que la somme des inconvénients du nouveau sstème dépasse de beaucoup celle des aivaniagest et il cherche à améliorer le système moderne, à rapprorfitr, amtaoc

<iue poesible, le lodging du b&arding II voudrait que, dans les lodginga, il y eut salons, salles de bains, bibliothèques, etc. Il ne s'agit pas de supprimer les lodgingê^ ils sont trop nombreux et répondent d'ailleurs aux nouveaux bescnns qu'a fait naître le progrès industriel, mais de les réformer.

Pour opérer cette réforme, Fauteur fait appel à la phiIanthro> pie, à une philantropie éclairée et son à la charité. Il croit que les établissements réformés pourront couvrir leurs irais et qu'ib n'y a qu'à donner le premier élan. C'est ce que peut faire l'initiative privée par des souscripUons.

Le problème des lodging houêes est trûté spécialement en vue de Boston, mais les considérations présentées p^a Fauteur intéressent aussi bien les autres vilke du Nouveau et du Vieux Monde.

H. BouîT.

La Orève des Elhctbicienb, par Yves Guyot, br. in-8<». Parie. Félix Alcan, 1907.

La grève des électriciens, du 8 mars dernier, a été une répétitition de détail de la grève générale. Pour empêcher de se produire la répétition d'ensemble, s'étendant aux serviees du gaz, dee eaux, des tramways, et éviter la représentation du drame social : le Grand Soir, il s'agit de déterminer à qui incombent les responsabilités. C'est ce que fait M. Yves Guyot dansf cet opuscule.

D^abcMrd, l'électricité est-elle un service public ? Noriy disent les socialistes, qui confondent toujours volontiers le but et les moyens et qui soutiennent, quand il^ y ont intérêt que les tramways sont un service public. Ouij répond M. Yves Guyot.

Qui doit donc être responsable de cette déclaration de grève instantanée, par surprise, sans préavis ? Dans le Royaume-Uni, dit M. Yves Guyot, les auteurs d'une grève comme celle des électriciens tcMnberaient sous le coup de la section lY du Conspiracy and protection property act de 1871 qui complète le Tradeunion ad de 1871. Aux Etats-Unis il en est de même. « Les Américaine n'admettent pas les grèves qui arrêtent le service public comme les moyens de transport n. Si une grève éclatait, comme celle de Paris, privant New-York ou Chicago de lumière électrique, arrêtant les ascenseurs des sky-crapers, les railways, VBfevated et le Suhway, immédiatement la question serait por-

tée devant les tribunaux et les responsabilitéB seraient engagées.» Et en France ? Sur le papier, il en est à peu près de même, mais cest tout. Nous avons une police formidable, doublée du service de la Sûreté ; elle ne soupçcHinait même pae un acte qui avait été décidé dans une réunion tenue la veille à la Bourse du travail, qui avait fait l'objet d'une circulaire adressée le matin à plusieurs centaines d'hcMnmes.

Nous avons aussi des tribunaux et une magistrature : le percepteur ne nous laisse pas oublier tout cela ; maisr (c nous avons Pair en France de supporter que les tribunaux n'existent pas quand il s'agit de faits de grève, que les organisateurs et me^ neurs de grève sont tabou ; et nous voyons apparaître un nouvel ordre de privilégiés au-dessus de la loi. »

Nous pouvons ajouter que la police et la justice font bien de se tenir tranquilles. Les bons bourgeois, qui souscrivent en faveur dee grévistes, qui subventionnent» les bourses du travail afin qu'elles puissent orgaaiiser les grèves ces bons bourgeois feraient certainement un mauvais parti à la justice et à la poiice, si elles voulaient contrarier leurs vues philanthropiques.

ROUXEL

Des principes du ooli«3TIVisiie, par Yves Quyot. br. in-8*, Paris

Les logea maçonniques s'occupent des questions sociales et elles font bien. Elles permettent, ce qui est encore mieux, qu'on y expose le pour et le contre des diverses doctrines. Cest ainsi que le F. :. Marcel Sembat ayant fait l'apologie du collectivisme, que, le . :. Yves Guyot a pu lui répondre et c'est cette réponse,, publiée dans V Acacia, qui vient d'être extraite en une brochure de 16 pages qui en valent bien 30.

Le F. :. Sembat a déclaré que tout le monde était socialiste et que, par conséquent, la théorie socialiste était la plus, la seule rationnelle et véritable.

Depuis quand, répond le F. :. Yves Guyot, a-t-on jugé des vérités d'après le nombre ? S'il en était ainsi, comme les catholiques sont plus ncMnbreux que les francs-maçons, ce sont eux quî détiendraient la vérité. « Lorsque Galilée proclamait la rotation de la terre, il était seul de son avis : la terre en était^lle frappée d'immobilité? EE aujourd'hui, si l'on faisait faire un plébiscite sur

COMPTES BENDJUS 301

cette question, êtes-vous bien sûr que la majorité ratifiât Topinion de Gallilèe 1 n

Avoir la majorité ne signifie rien ; avoir raison voilà ce qui importe. Or, il ne paraît guère que le socialisme ait la raison pour lui. Son histoire aussi bien que ses principes sont là pour le prouver. Il y a longtemps, par exemple, que les socialistes promettent la catastrophe finale. En 1867, Marx écrivait : <c En Angleterre, la marche du bouleversement est visible à tous les yeux. M En 1875, il répétait que (c TAngleterre sera le centre de l'explosion centrale. »

Non seulement l'Angleterre n'est pas devenue une nation socialiste, mais elle vient de débarquer le socialisme municipal. L'erreur marxiste est si patente que Engels lui-même Ta confessée : a L'histoire, dit-il, nous a donné tort à nous et à tous ceux qui, pensant comme nous, ont cru en 1848, au triomphe du prolétariat dans un avenir très proche, h

L'histoire ayant démenti la théorie socialiste, il est évident que les principes de cette prétendue doctrine sont erronés. Ce sont les faits qui confirment ou renversent les hypothèses. D'ailleurs, où sont et quels scxit ces principes t Personne ne le sait ; « à tel point qu'on pourrait dire qu'il y a presque autant de socialisme que de sotcialistes, de sorte qu'on aboutit à cette conséquence bizarre d'avoir des socialistes individualistes. »

Pour tout observateur attentif et impartial, les socialistes ne wmt d'accord entre eux que pour détruire. Leur doctrine peut se réduire au prineipe suivant : a Ote-toi de là que je m'y mette. » C'est là, si l'on veut, une doctrine politique, mais nullement une doctrine économique ou sociale. Il faut même dire qu'elle est anti-sociale : La lutte des classes, la victoire aux gens batailleurs, u c'est une conception de caporalisme prussien. »

Cette conoeption n'a même pas le mérite de la nouveauté. M. Tves Quyot nous la montre dans la Politique d'Aristote. On la ^retrouve dans les républiques italiennes du moyen-âge et dans beaucoup d'autres.

Serrant la question de plus près encore, M. Yves Guyot ajoute : On ne connaît que trois mobiles des actions humaines : la contrainte, la séduction, la rémunération.

La contrainte, c'est le travail eervile. Travaille ou je frappe. La séduction des hautes situations, des galons, des décorations, des rangs protocolaires, des couronnes peut compléter la contrainte ; nous voyons ces deux moyens employés en^mble dans les écoles, les églises et l'armée.

302 JOURNAL DES-ECONOMISTES

Les socialifites, repoussant la rémunëratioo, le salaire, veulent généraliser la contrainte et la séduction, les faire passer de Técok, réglise et Tarmée dajiB toute la fiociété. u L'ordre, dans la 8q> ciété communiKte exi^ ks vertus des «ouvente et des casernes. Mais ces établissements coDsoniment et ne produisent pas ; et, de plus, ils ont éliminé la question de la fenmia et des enfants.»

La Direction de V Acacia engage ylvement les orateurs socialistes, qui ont soutenu la thèse exposée à celle de M. Yves Guyot, savoir les FF.:. Marcel Sembat, Bertrand-Yignes, Imbcrt et Sératzsky à imiter leur contradicteur, à reconstituer leurs discours et les donner à cette revue maçonnique, qui les publiera.

Espérons que la discussion continuera et que les francs-maçons feront tous leurs efforts pour approfondir les questions sociales et prendre une orientation rationnelle, au lieu de marcher dans tous les sens, au hasard des événements, comme ils ne Font que trop fait jusqu'ici. Les vrais libéraux ne sont pas nombreux dans les loges, mais il nV a pas à. s'en inquiéter : il ne faut pas beaucoup de levain dans la pâte pour faire de bon pain.

Rouxfiu

ËGALiTé ET Nivellement par Léonob Dupabc, br. in-8*, Annecy, imprimerie Hërisson, 1907.

L'égalité proclamée par la première République en même temps que la liberté, tend de plus en plus à annihiler celle-ci et à devenir le principe directeur de notre vie publique et privée. On ne se contente plus de l'égalité civile, ni de l'égalité politique; on veut réaliser l'égalité sociale par le nivellement des fortunes.

C'est là, dit M. Duparc, une profonde erreur et un grand danger.

C'est une erreur parce que l'égalité est une loi universelle, qui régit toute la nature, et cela est bien. Elle régit également le genre humain et cela est mieux.

C'est un danger parceque l'inégalité étant la loi de la vie physique et morale, naturelle et sociale, l'égalité poussée à l'excès, tendant au nivellement, c'est la mort.

Nivelez la terre, abaissez les montagnes et élevez les vallées, vous obtiendrez un marécage ou un désert Nivelez un solide., vous le réduirez à l'état de surface ; nivelez une surface, vous

la réduirez à une Jigne, nivelez uae ligne, elk deviendra un point, qui n'est qu'idéal, comme dit la géométrie.

On ne peut pas plus égaliser 1«6 hommes en société que les choses en nature. L'observation prouve qu'il y a dans les sociétés trois sortes d'hommes : 1° des hommes dont la recette eet inférieure à la dépense ; 2° d'autres dont la recette et la dépense s'équilibrent, mais qui ne savent, ou ne veulent économiser ; 3*» enfin ceux dont la recette est supérieure à la dépense, les prévoyants, qui économisent et par suite possèdent des rterves.

Il n'y a donc que deux moyens d'établir l'égalité : !• faire en sorte que les pauvres équilibrent leur budget et, pour cela, qu'ils travaillent davantage et que leur travail soit plus efficace et plus productif ; 2^ prendre aux riches pour donner aux pauvres.

De ces deux moyens on ne choisit jamais le premier et pour cause, on sait bien qu'il est impraticable ; <m ne peut forcer les gens à travailler et à avoir de l'ordre ; et, d'ailleurs, ce ne serait pas le moyen de se faire de la popularité. Quant au second, on est toujours prêt à y recourir, mais conduit-il au but ?

Oui, si le but est le tombeau ; non, s'il doit être la vie, la prospérité, le progrès. Voilà ce que démontre M. Duparc, avec concision, mais avec précision. Et cette démonstration faite, il ajoute :

c( Parmi ceux qui affirment l'égalité des hommes, les uns sont de mauvaise foi, et ne propagent cette erreur, que pour flatter les masses populaires et s'élever au pouvoir en s^attirant leurs suffrages ; avec ceux-là, toute discussion est évidemment inutile ; les autres, gens de bonne foi, se figurent que toute inégalité eei une injustice, et qu'en réalisant l'égalité des conditions sociales» ils assureront le bonheur de l'humanité ; à ceux-ci on doit répondre et tâcher de démontrer l'inexactitude de letir théorie ; pour ce faire, il est le cas de rechercher si vraiment les inégalités sociales sont injustes, et ensuite de signaler quelques conséquences logiques du principe d'égalité, ainsi que de l'inégalité, puis de constater les résultats de certaines de ces conséquences qui onX déjà été mises en pratique. >»

C'est ce que fait M. Duparc avec une vigueur de logique peu commune. Il montre que l'inégalité n'est pas injuste et que l'ég»^ lité n'est pas juste ; il prouve que l'égalité exclut la liberté ; et pour faire mieux ressortir l'évidence de ses démonstrations, il • examine ce que deviennent la liberté, l'autorité, la propriété, etc. en régime égalitaire comme le veulent, par exemple, les collectivistes.

En collectivisme, il ne faut plus soager à la liberté de penser, de parler, d'agir : a la situation actuelle des officiors de Farmée de terre et de mer, quand ils veulent publier un écrit, est un exemple de Tindépendance dont jouitont tous les français sous un régime vraiment égalitaire.

D'ailleurs, ils seront bien empêchés de publier leurs écrits : TËtat, seul détenteur des* moyens de production, possédera naturellement les imprimeries, les fabriques de papier, etc.

Une fois embarqué dans ce régime, cm ne pourra plus en sortir, paradis ou enfer, il faudra y rester. « Les essais de révolte générale seraient rendus bien difficiles, puisque TEtat seul i-m primeur, seul transporteur, ne mettrait pas ses presses au service de ses adversaires, ne leur permettrait pas de publier des journaux, des placards et autres écrits séditieux, ni de les expédier pour se concerter ; toute opposition politique deviendrait à peu près impossible, ce serait la plus parfaite tyrannie qu'an despote puisse rêver. »

Mais d'un autre côté toutes les fonctions étant électives et régies par le suffrage universel égalitaire, l'autorité ne serait qu'imaginaire, tout au plus éphémère. Si tous les hommes sont égaux, nul d'entre eux n'a le droit de commander aux autres, tout commandement impliquant une supériorité. Le collectivisme l'égalitarisme détruit donc l'autorité et aboutit ainsi à se détruire lui-même.

Il est donc temps, grand temps, de réagir contre le courant égalitariste qui, d'un pas accéléré, nous conduit vers l'abîme. Mais qui le pourra ? Quel est l'organisme social assez puissant pour organiser la résistance !

M. Duparc, qui n'est pourtant pas franc-maçon, ne voit que la franc-maçokinerie qui soit capable d'entreprendre cette tâche. Jusqu'à présent elle a encouragé et pratiqué l'égalitarisme ; mais elle peut s'apercevoir que ce système se retourne contre ellemême et sera la cause de sa ruine si elle y persiste. Et alors, elle adoptera une autre ligne de conduite.

A part quelques petites ombres qui déparent le tableau, le travail de M. Duparc est un petit chef-d'œuvre. Nous ne saurions donc trop conseiller au public désintéressé — ou plutôt très io téressé, — de le lire. Malheureusement, il sera difficile ck se le procurer, n'ayant pas d'éditeur. Les doctrines égalitairistes en trouvent bien. Elles continueront donc leur chemin et Ton aper- ^vra trop tard le précipice qui se trouve au botit du fossé égsr litaire. KouxH.

COMPTCS RENDt'S 305

L'blemento qiubidico e morale della convenienza bconomica {Utiément juridique et moral de la convenance économique), par Alb. ZoBLi. 1 vol. iii-8'. Borna, 1906.

Dans ses Premiers éléments d* Economie sociale^ M. Zorli a soutenu que r Economie politique n'a pas seulement de simples rapports avec la morale et le droit, mais que le droit et la morale sont des causes fondamentales des phénomènes économiques et non moins importantes que l'élément utilitaire. Cette thèse n'avait pu recevoir, dans un livre élémentaire, tous les développements qu'elle comporte et toutes les preuves qui la confirment. Ce sont ces développements que l'auteur lui donne dans le présent volume; il y démontre l'influence de l'élément juridique dans tout le domaine économique: dans la famille, dans l'atelier, dans les institutions sociales du culte, de l'école, de la science, de l'art, etc. L'Economie politique, dit M. Zorli, doit étudier la cellule sociale et non l'at(Hne. Les économistes ont voulu appliquer la méthode des sciences inorganiques, la méthode atomistique à une science qui doit étudier des organismes. Pour les économistes, la richesse est tout ce qui a une valeur d'échange; avoir une valeur d'échange veut dire être utile et permutable. Au mot permutable^ ils donnent la signification d'utile au plus grand nombre, à la généralité des hommes.

Pour nous, ajoute M. Zorli, permutable ne signifie pas utile, mais convenable, et le mot convenable comprend tant le concept d'utilité que celui de juridiquement et moralement satisfaisant. « L'échange immoral n'est pas économique parce qu'il n'est pas conventible, »

La théorie que tous les phénomènes économiques dérivent de l'utile conduit, dit l'auteur, au matérialisme économique. Cette théorie serait vraie et indiscutable si l'on traitait de l'homme isolé, mais dès qu'il s'agit de l'homme en société, elle devient fausse ou du moins insuffisante. La théorie de la valeur basée sur l'utilité n'explique pas les phénomènes d'échange gratuit qui ont lieu au sein de familles et entre les familles, ou par raison philanthropique.

Tels sont, en résumé, les pnncipes de M. Zorli sur la convenance économique. Leur discussion serait trop courte ou trop longue pour trouver ici une place utile et convenable. Je me borne à l'exposer, afin d'appeler sur elle l'attention des lecteurs, partisans ou adversaires, pour la défendre ou la combattre.

ROUXEL

3IM JOURMiWL DES ÉGONOUISTES

Su LA vuatXA BHL OORTIIATTO sociKLR' (Sur la théorie du Contrai $0cial)^ pttrOltMtdto Del Vbcchto. 1 vol. mll8^, Bôlogna. Nicola Zanichelli, 1906.

Un auteur contemporain, Jellinek, nie abfiolameat tooAe leUk tiôn entre le Contrat social de Jean-Jacques JUxuaseau «t leB é^ clarations des droits de rhomme et du ciiojpen qui fureolfc io3> mulées par les révolutionnaâres français, et il aoutieiLt que eei déclarations dérivent purement et simplement des bills of righU des Etats qui composent T Union américaine, spécialement de celui de la Virginie (1776).

Il est certain que les hiUs of rights américains n'on pas été inconnus des réfotmateurB politiques français et qu'on n'a pas négligé de s'en inspirer. Les relations intimes et suivies qui ex» tèrent contre Thomas Payne et Oondorcet^ le principal rédacteur, presqxie le seul, de la Déclaration française des droits de rhomiM et du citoyen, suffiraient pour prouver rinôuenoe des constitutions américaines'sur la constitution française; mais il ne soit nullement de là que celle-ci dérive purement, simplement et exdnsivement de celles-là; et puis, en tofute hypothèse, il resterait à remonter à la source des bilh of rights américains.

^. Del Yecchio, qui a publié en 1903 un essai sur la Déclaration des droits dç l'homme et du citoyen sous la Bévolutiom française, où il démontre que les biUs of rights servirent bfien de modèle, dans une certaine mesure, à la Déclaration française, mais qu'en principe, la déclaration et les bilh eux-mêmes remontent à une source plus reculée, au Contrat social, M. Del Vecchio, dis-je, reprend ici sa thèse et donne contre M. Jellinek, 4e nouvelles preuves à l'i^ppui. Poussant plus loin sa démonstra^non, il suit la doctrine du contrat social, dans ses antécédents, depuis Althnsius jusqu'à Bousseau, en passant par Grotius et PuSendorf, Hobbes et Curaberland, Sidney et Loche, po^itr aboutir à Jean- Jacques, le dernier anneau de la chaîne.

Cette partie du livre est d'un grand intérêt, mais je n'en dirai rien ici, ayant déjà traité cette question à propos fTmn Irnne récent de M. Frédéric Atger (1).

J'ajouterai seulement, pour ceux qui croient que les théories

(1) W, Contrat politique et contrat économique, d'après VEssai sur VHistoirc des doctrines du Contrat social^ dans le Journal des Ecowmistes de janvier 1907, p. 78 et suiv.

C6AIPTE6 BSMWS " 807

politiques nous Wmbent du ciel et que nous n'avons qu'à tendre la main pour les recevoir, que le temps et les événements ont influé sur révolution de la doctrine du Contrat social et aussi sur les bilh of rights et sur la Déclaration. Les dérivations n© sont pas si simples que E^emble le croire M. Jellinek.

Ce qui me paraît suflouib dittfe ^..IblGir Fattention des lecteurs, dans le dernier livre de M. Del Vecchio, ce sont les rapports qui existent, et qu'il fait ressortir, entre le Contrat social de Jean- Jacques et ses autres ouvrages, notamment le Discours sur les causes dô V Inégalité, le Discours sur Ï€A Sciences, et VEmile, « Le Discours sur F origine et les fondements de lUInégaUté parmi les Jiommes (1753), est une introduction iiidifl|>ensable au C^yntrat soeial, » Notts pouvons ajo^tter que 1» fameuâé illumination de Vincennes est l'introduction indispensable au Discours sur V inégalité et à tous les ouvrages de J.-J. Rousseau. Cette inspirât ioQ fut en quelque sorte pour lui un phare qu'il ne perdit jamais de vue et dont on entrevoit la lumière jusque dans ses Lettres si nombreuses et si variées.

M. Del Yecchio se livre aussi à quelques considérations sur les CAjactères fonàamentaux ote la pèiilooo^ie politique de Boussea» qui trosbieront les positiviaâes dans leur quiétude, ou dans koT masie de tirer ks loti àcs faits, a II faut, dit Bomseau, savoir ce qni deôt èire^ pour kmtn jisfftr de œ qui est n De là la itécewité de distins^tr ce %Hi est naturel de oe qni est faetiee, de remonter de ku réi^ité emi^inque à son principe.

Les lois toot dkme supérietixes et antérieures a«x faiitsi N'en doutez pM. <t AvanI d'^observer, il faut se faire des régules pour ses obeerrations : il faut se faire une échelle ponr y riq>porter le^ mesures qu'on prend. Nos principes de droit politique sont cette échelle. Nos mesures sont les lois politiques de chaque. pay& » {Emile,)

Ces principes de philosophie politique et scientifique étaient eneore admis et appliqués par Claude Bernard ; mais aujourd'hui, ils soot rares ceux qui les comprennent et s'y conforment. Presque tout le monde juge de ce qui doit être par ce qui est. Un exemple: L'Etat donne l'instruction gratuite, donc il doit aussi donner le pain, le logement, le vêtement, le théâtre gratuits. C'est là une philosophie à la portée de tout le monde, aussi tout le monde est-il philosophe.

^OUZEL. '

SoMAiAiRB. — Apaisement de la crise de la viticulture. — Statistique des fonctionnaires et rouages administratifs. — Ce que coûtera le personnel du ministère du travail. — La Chaire d'histoire du travail au Collège de France. — Locomotives tunbiennes. — Chemins de fer de l'Etat belge. — Fin du conflit gréco-roumain. — Une éloquente protestation japonaise en faveur de la paix. — Dettes publiques et dépenses de l'Europe. — La protection de Fimpôt contre Témigration du travail en Espagne et Texportation du capital en France. — Victoires et conquêtes du protectionnisme. — La catastrophe des ponts de Ce.

Après avoir mis en ébuHition les populations du Midi, la crist^ do la viticulture commence à s*apaiser, les maires et les conseillers municipaux qui avaient puni le gouvernement du retarè qu'il apportait à empôclier le sucrage et le mouillage, en retardant les mariages et les divorces, sinon les décès de leurs administrés, ont consenti à reprendre leurs fonctions, le comité d'Argclliers lui-même se montre presque satisfait des réglementations et prohibitions destinées à remédier aux maux de la surabondance et à relever les prix. Il se borne à y ajouter lesrevendications suivantes :

Suppression du droit de transaction accordé à la régie en matière de falsification ; application de la loi du 1^ août 1905 intégralement par l'Etat, l'organisation actuelle étant illusoire et dangereuse ; inscription du degré par le négociant sur tous les titres de mouvement et sur tous les reçus ou factures le concernant ; abrogation du droit plein sur les vins de liqueurs et remontage des moûts uniquement par les moûts concentrés ou des sirops de raisins ; les sucres destinés au bétail dénaturés avec un dénaturant les rendant impropres à la fabrication de vin de sucre ; octroi aux unions d'Association ou de syndicats du droit d'avoir dans toute la France des agents assermentés chargés de déceler la fraude ; interdiction de la vente des vins non loyaux et non marchands, sauf pour la distillerie ; réduc-

tioD et unification des tarifs de transport ; application de toutes les lois viticol'.'s à FAlgc! ie.

Avec ce posUscriptum : « 11 est bien entendu que les revendications ci-des8\i8, limitées aux mesures essentielles, sont formulées sans préjudice de toutes celles dont la nécessité apparaîtrait ultérieurement. »

Parmi les mesures essentielles dont il est question, déclaralion des récoltes, somme et poids des expéditions des vendanges, réglementation des approvisionnements de sucre, etc., nous signalerons encore la prohibition des boissons dites de ménage, titrant moins de 2 degrés alcooliques et qui avaient été exonérées de tout impôt ; désormais les consommateurs de ces liquides inoffensifs et à bon marché, devront les remplacer par des spiritueux non mouillés ni sucrés, ou se contenter d'eau claire. Nous mentionnerons enfin Tinstitution des primes à la dénonciation du mouillage et du sucrage, que le Tocsin^ or* gane de la Ligue viticole annonce en ces termes :

La Société générale des viticulteurs de France, dont le siège social est à Nîmes (Oard), désireuse de voir disparaître toutes les fraudes vinicoles, de manière à fermer hermétiquement la porte laissée ouverte à la fraude par la dernière loi, fait connaître à la France entière qu'elle vient d'instituer cent primes de mille francs chacune qui seront réparties entre ceux qui feront connaître à ladite Société les marchands de vins en gros, les détaillants, restaurateurs, hôteliers et aubergistes et les viticulteurs qui vendent ou qui ont chez eux des vina mouillés ou des vins de sucre.

Les primes seront accordées aussi à ceux qui feront connaître à la susdite Société tous ceux qui font des achats successifs de sucre par moins de 25 kilos sans payer la taxe supplémentaire de manière à se constituer un approvisionnement de sucre pour faire de la chaptalisation à bon marché ainsi que des vins de sucre. L'avis ajoute que les personnes qui fourniront des renseignements à la Société des viticulteurs de France peuvent être assurées que leur nom ne sera jamais divulgué et elles peuvent compter sur une discrétion absolue.

Ces cent prîmes ne seront qu'un commencement.

Sans doute, la concurrence des vins mouillés ou sucrés aux vins purs ou prétendus tels constitue un délit, quoiqu'elle ne soit nullement nuisible à la santé publique, mais convient-il

d>le\'er 'Ce délii k la hauteur d'un crime et d'en encourager la dénonciation par des primes ? Ne peut-on pas se demander si cet encouragement aux habitudes de délation n'est pas de nature à causer un dommage moral supérieur au dommage matériel du mouillage et du sucrage ?

D'après la statistique officielle annexée au projet de budget pour 1908', la France a Tavantage de posséder : 1* 608.511 fonctionnaires et agents rétribués sur le budget de l'Etat ; 2* 262.078 payés sur les budgets départementaux et communaux. Total, 870.589 fonctionnaires.

On compte, parmi les fonctionnaires de l'Etat, 117.983 pour les finances, 12.331 pour la justice, un bon nombre d'entre eux nécessités par le maquis administratif, dont nous trouvons, dans le Siècle, un spécimen pittoresque :

Votre bonne, Justine, secoue un tapis par la fenêtre. Elle encourt, de ce chef, une amende de vingt sous dont voue êtes responsable. Le plus simple serait que l'agent de police encaisse les vingt sous, en donne un reçu détaché d'un carnet à souche et remette lee vingt sous au percepteur. Tout serait fini par là.

La justice de votre pays serait satisfaite. Vous laveriez la tête à Justine, vous lui retiendriez les vingt sous sur ses gages ou vous les paieriez généreusement.

Pas du tout.

A cette amende de vingt sous s'ajoutent une série de droits do timbre, d'enregistrement, qui s'élèvent, avec les décimes, le coût de l'extrait du j«gen>ent, etc., à 8 fr. 73, en exigcani fa coopération de plusieurs . variétés de fonctionnaires.

Jujstine aura mis en mouvement^ en secouant son tapia, indépendamment des microbes y contenus, un agent de police, un Cdumiasaire, le facteur porteur de l'avertissement, le greffier, 1« juge, le receveur de l' enregistrement, le percepteur, le receveur des finances, le sous-inapecteur (Je l'enregistrement, etc.

Tous ces measieurs payés de 4 à 25 francs par jour ne travaillent pas pour rien. On aura gâché du papier; on vous aura fait perdre votre temps et vous auriez oertainemeot préféré player dix francs iOat de suite.

Il n'estr pas étonnant qu'il faille tant de Êonctionnaiites ea

• CHRONI^E * • 311

France, puiaqme l'affaire la plus simple donne Heu à tant d'écritures inutiles.

Dans la môme statistique figurent 405 foncliomiaiçes pour le travail et la prévoyance sociale, nés récemment de la création du ministère du Travail, et dont le Journal o//icîe/ vient de fixer le contingent et d'arrêter les cadres.

L'adxmuistrajbixHi centrale du ministènB eomprend : 3 émploifi de direeteurs» ô emplois de chefa de bureau, 1 emploi d'actuaire, 9 emplois de sous-chefs do bureau, 2S emplois de rédacteurs on traducteurs, 25 emplois de commis ejqséditionnaires^ 23 emplois d'agents du service intérieur (chef et brigadier surveillant, huissiers, concierges, gardiens de bureau).

lies traitements et les classes de ce personnel sont ainsi fixés : Directeurs : 16,000 fr., 18.000 fr. et 20,000 francs. Chefâ du bu. eau :

1"» classe 10.000

2« classe 9.000

3* classe 8.000

4« classe 7.000

\otuAire : 5,000 à ...". 10.000

Sous-chefs de bureau :

1» tlnane 6.500

2* claaBe» 6.000

3* classe 5.000

4* classe 5.000

Rédacteurs ou traducteurs :

Principaux 5.000

l'« classe 4.500

2« classe 4.100

3* clasM 3.70»

^ «las» 3.300

6« classe 2.900

ÔP elMse-..v ....:.. 2:500

Commis; expéditionnaires r

Principaux de 1" classe 4.000

PrîhcTpaux de 2* classe 3.700

1" classe 3.300

2« classe 2.900

3« classe 2.600

4* classée 2.100

Personnel de service :

Chef surveillant 1.800 à 3.000

Brigadier sinrveillant 1.000 à 2.000

Huissiers, concierges,

Gardiens de bureau 1.500 à 2.400

par avahcements de 100 francs dans les conditions prévues par le règlement intérieur du ministère.

Les rédacteurs stagiaires et les commis expéditionnaires ieee> vront pendant la durée du stage une allocation annuelle non sujette à retenue pour le service des pensions civiles. Cette allocation est fixée à 2.000 francs pour les premiers et à 1.800 francs pour les seconds.

Soit, en y comprenant les 60.000 francs du Iraitcmenl du ministre, près d'un demi-million. C'est, à la vérité, un bien faible item à ajouter à notre budget de 4 milliards, mais le ministère du Travail ne demeurera pas inactif, et Dieu sait ce que coûteront aux contribuables les produits de son activité.

Une chaire d'histoire du travail vient d'être créée au Collège de France. Nous en félicitons volontiers le titulaire, M. Georges Renard, un socialiste notable. Il sera en bonne compagnie. Et pourra-t-il exposer l'histoire du travail sans subir la contagion des doctrines libérales de ses voisins, les professeurs d'économie politique ? A moins que la chaire du Collège de France ne soit destinée à maximer les pratiques du ministère du Travail.

Le gouvernement tunisien s'étant permis de commander des locomotives à l'étranger, le ministre des Affaires étrangères l'a invité à s'adresser exclusivement à l'industrie française pour celles dont il pourra avoir besoin à l'avenir. De plus, les locomotives étrangères ne pourront être mises en circulation qu'à la condition de ne contenir que des matières premières françaises. C'est un perfectionnement du système protecteur; et la Rélorme économique s'en montre satisfaite tout en se demandant comment il sera possible d'en assurer la pratique. Problème !

Aux partisans de la reprise des chemins de fer par l'Etat, nous recommandons cette statistique : En Belgique, le service des 4.063 kilorafètres des chemins de fer de TEtat exige 58.861 employés, soit 14 1/2 par kilomètre; en France, 201.773 employés sufÛsent pour 34.650 kilomètres, soit 7 1/2 par kilomètre, environ la moitié ; cependant les solaires et traitements figurent en France pour 64,75 0/0 du total des dépenses d'exploitation, en Belgique 60,60 seulement. Les Compagnies payent mieux leurs fonctionnaires et sont mieux servies.

Le protectionnisme religieux a causé pendant deux ans, entre la Grèce et la Uoumanie, une guerre à coups de tarifs, la situation géographique de ces deux pays leur rendant, à leur mutuel regret, impossible la guerre à coups de canon. Par un iradé du 23 mai 1905, le sultan ayant réconnu les droits politiques et religieux de l'élément roumain en Macédoine, la population roumaine a cessé d'appartenir au clergé grec et s'est mise à prier dans sa langue. Le patriarche grec ne s'est pas résigné à la perle de celte clientèle ; il a frappé d'excommunicalion les prêtres qui avaient l'audace d'employer la langue roumaine pour les offices ou la prédication, et aussitôt des bandes se sont formées qui ont sanctionné ses défenses à la mode usitée en Macédoine, par le pillage et l'assassinat. Le gouvernement roumain a rendu à tort ou à raison le gouvernement grec responsable de cette prohibition religieuee, et il y a répondu par la prohibition économique des marchandises provenant de la Grèce et par des représailles contre les sujets grecs résidant en Roumanie. Après de laborieuses négociations, les deux gouvernements se sont réconciliés, la prohibition a été levée à Bucarest, le 8 juillet, et le patriarche grec a dû faire son deuil do la perle de sa clientèle roumaine.

Au moment où les syndicats ouvriers de San-Francisco et leurs organes s'efforcent d'allumer la guerre entre les Etals- Unis et le Japon, M. Aoki, ambassadeur du J^pon, interwievé par un journal de New- York, a fait entendre celte énergique et éloquente protestation en faveur de la paix :

314 JOURNAL BBS ÉCONOMISTES

Beaucoup de personnes ont ét^pour ainsi dire prises de folie. Il ost tout à fait inconcevable de -bavoir où ces histoires stupides sont inventées ei d'oà p«rt«jut oea <uci& iaaesiséiv

Un psyclu^ogue trouiv^ait int^essftftt d'éittgUer, à œite em»r 6 ion, la fabrication dm menaan^ps. Une peraonn* irjresponsablc ici, déclare quelque chose à un journaliate égalemeaib irrespoosable. Ce dernier le publie. Un agitaèeur, toujours ixveBpoQflubK le télégraphie à un journal japonais jingoïste sans imptQvtantt. CVtte feuille le publie avsyi en reii£Ackra«k de «onuttentiuares tt d'interviews. Le tout verickit en Aaiérique démesurémeaè gvoMè et transformé, mais poréaenté comme Fexpretsioo dtt «entiaent universel au Japon.

Au fond, cela est ridicule. Cependant, lorsqu'on envisage les conséquences, c'est un véritable crime. Car rien ne pourrait être plu-s digne de réprobation que d'entraîner votre pays et le mien dans une guerre.

l*iiis le vicomte Aoki parle de Texpression si souvent entendue maintenant, la <c prédominance dans le Pacifique » :

Le Pacifiqae, dit-il, est un graoïd océan. Il «et aaaes grand pour nous deux. Il est tvop gvandt même. Il appsrtîmt an moa<te entier.

Le Japon ne cavesse aucunement l'ambition d'en être le « maître'». Pourquoi faut-il que l'Océan ait un maître t

Il y a la Chine qui a des intérêts aussi grands que Um nêtrei. Il y a la Rujsie, FAngteterre, la France «t l'Allemagne qui oo^ toutes da^ intérêts daof^ le Pacifique. On peut en d'ire autant de la Hollande et d'aoK^res nations.

Mai<^ l'ambassadeur se rend compte aussi bien que personne de <•(» qu'il y a au fond de toute celte agitation : la question de rare.

Nous ne devrions vraiment pas en parler, déclare-t-il, car c'est un point sur lequel chacun est très sensible. Mais, je ne crains pas de le dire, je crois qu'il est possible que la question de race se règle d'elle-même. Je conteste que la différence de race implique nécesairement une haine irrémédiable.

Je crois, au contraire, que la réunion de l'Orient et de l'Occident, dont il est donné à notre époque d'être témoin, aura poor résultat une contribution mutuelle à un idéal humain plus éfevé que lidéal actuel, ainsi que l'établissefment d'une civilisation plus haute, plus tolérante et plus riche.

CMRO^ifQUE •'^'X •', 31&

M. Alfred Neymarck publie, dans le . Àen/icr, Taperçu slalislique de la j progression des dettes publiques et des dépenses militaires de TÉurope depuis quarante ans. Nous le recommandons à ratlenllon particulière de la Conférence de la Haye.

Les dettes publiques européennes, d'après les chiffres officiellement constatés et publiés — car il y a dam lesbudt/etM ce que Pon voit et ce qu-e Voit ne voit pan et bien des dépenser militaire^a reMent inconnues potir le public — ont suivi depuis quarante ans la progression suivante ;

• I8H6.. 1870 i. M8T .. If06 Milliante

Capital nominal des dettes européennes 66 75 117 148

Dépenses du service des intérêts 2,4 3 5,3 5,9

Dépenses militaires 3 3,5 4,5 6,7

Depuis 1887 seulement, c^est-à-dire depuis vingt ans, le capital annuel des dettes publiques européennes a augmenté de 31 milliards, l'intérêt des dettes d'un demi-milliard, les char|;ea militaires annuelles de 2 milliards.

La préparation à la guerre coûte annuellement à l'Europe près d'un milliard do plus que Tintérêt des dettes contractées; Y compris Fintérêt de ces dettes, il faut que les budgets européens payent près de 13 milliards par an !

Depuis 1866, les deties publiques européennes ont plus que doublé :

66 milliards en 1866 ;

148 milliards en 1906 ;

Les dépenses pour le service de la dette, malgré les conversions ei les réductions d'intérêt, ont passé de 2 milliards 400 milUons à près de 6 milliards. Les dépenses nûlitaires ont plus que dottUé :

3 milHards en 1866 et 6 milliards 700 millions en 1906 !

L'augmentation des dép^i^ses publiques et les impots crois sanis qu'elles nécessitent ont provaqué en Italie et en Espagn*^ un mouvement d^émi^ralion qui menace de dépeupler des pvovinces entières ; en Fran<!(», il a suffi de lannonce de Timp^jC

sur le revenu pour délermincr un iiiouveiiicnt analogue d*éniigratioa des capitaux. Les gouvernements se sont naturellement émus de cette fuite des deux agents indispensables de la pro^ duction, partant du revenu qu'ils en tirent ; ils ont cherché et ils n'ont pas tardé à décou\ rir les moyens de l'empêcher. Il en est un (|ui a le mérite d'être infaillible, mais qui a été malheureusement reconnu comme impraticable, c'est de retenir les fuyards en améliorant leurs conditions d'existence, ou tout au moins en s'abslenant de les aggraver ; c'est d'alléger les charges exorbitantes et écrasantes des impots, par la diminution des dépenses de l'Etat. Mais pouvait-on demander à l'Etat de se couper les vivres à lui-même ?

Il fallait chercher autre chose. En Italie et en Espagne, on a ressuscité les vieilles lois féodales contre l'émigration. Tou4 en reconnaissant « le droit d'émigrer à tout citoyen espagnol », le projet de loi récemment déposé aux Cortès interdit le «lépart des mineurs, des jeunes gens encore sujets au service militaire et des filles célibataires de moins de 23 ans. Il institue un Conseil supérieur d'émigration de 33 membres, comprenant les sous-secrétaires de l'Intérieur et des Affaires étrangères, et des fonctionnaires de l'Agricultuw, de la Guerre, de la Marine, de rinstitut géogaphique et des Réformes sociales et du service de santé. Ce Conseil étudiera les causes et les remèdes de l'émigration espagnole, établira un bureau central d'émigration et des Comités dans les différents ports, et devra donner ou refuser son autorisation dans les cas d'émigration collective. En outre, le gouvernement pourra interdire temporairement l'émigration pour raisons d'ordre public, de salubrité ou autres, etc., etc.

Il est possible que ces mesures dictées, bien entendu, par tin sentiment philanthropi(|ue, aient une certaine efficacité, mais si l'on peut à la rigueur prohiber la sortie du travail, en empêchant les travailleurs de franchir les frontières, il est devenu bien difficile, sinon impossible, d'empêcher la fuite des capitaux. Ce sont des prêtées qui défient les douaniers les plus subtils. Les capitalistes ont donc pu se croire assurés d'échapper à l'impôt, en s'empressant de déposer leurs capitaux dans le voisinage, en Belgique et en Suîsse. Mais ils avaient affaire à forte partie. A la mobilisation des capitaux, le génial auteur <lu projet d'impôt sur le revenu a opposé la mobilisation de l'impôt. Et voici comment il a exposé, peut-être un peu tôt, son plan d'assurance internationale de l'impôt.

J'ajoate, a-t-il dit, qu'ils (les capitalistes) auraient peut-être tort de se croire entièrement à Tabri. Les Etats sont un peu comme les simples particuliers ; ils n'aiment pas beaucoup à être Tolés. Quand, au bout d'un certain temps, les divers Etats de l'Europe auront constaté qu'on envoie des titres en France pour échapper à VEinhommemieuer et aux impôts suisses, et qu'on envoie des titres en Suisse pour échapper aux impôts en France, il y a. quelque chance pour qu'une sorte d'assurance mutuelle s'établisse entre les pays.

Je n'ai pas l'habitude de crier très haut mes projets — qui sont ceux du GU)uvernement — ni les négociations que je pui«^ conduire ; mais j'engage ceux de mes compatriotes qui partiraient d'un pied léger, avec leurs titres sous le bras, pour la Suisse ou pour la Belgique, à n'être pas t^op étonnés si, dans quelque temps, ils éprouveraient une petite surprise.

Déjà celle assurance paraît avoir été amorcée, dès 1843, en Belgique, comme l'a découvert le directeur de La République frauçaise, M. Jules Roche. Si M. le ministre des Finances réussit à convaincre les autres Etats du mérite de son invention., le capital ne trouvera plus nulle part un refuge, l'Etat ne craindra plus d'être volé, mais pourra-t-on en dire autant de& capilailisles ?

Dans la fié/o/me économique, M. Jules Domergue se moquv au'réablemenl des prévisions optimistes trop hûlives de quelques économistes ; il constate avec satisfaction que l'élévation ucncrale des tarifs de douane a compensé le progrès des moyens (le communication et autres, il s'émerveille du développement accéléré de l'industrie des Etats-Unis et de l'Allemagne, sous la serre chaude du protectionnisme, sans se demander ce qu'il' en a coûté aux consommateurs qui ont fourni le combustible, sans s'arrêter davantage aux crises de surproduction provo- (|uées par la hausse des tarifs, enfin sans s'inquiéter de ce qu'il pourra advenir de l'accumulation artificielle de la richesse enlrc les mains des bénéficiaires, des trusts et des cartels. Cepcndanl les grosses fortunes improvisées par le monopole sont sujettes ù des accidents parfois mortels. Déjà M.. Roosevell,

en quèlQ.d'iMve pUit((*rm populaire, se préoccupe de limiter celles dçs riiilli4M*daii:eô. tQuisait :w le «oUectivifime ne se chargera pa^.çiuçlque jiOHr fie -corriger, les excès du preteclionaîsine ?

A Toccasion de la catas^roplie des l^ouis de Ce, on a remis au jour une excellente, circulaire de M. Yves.Guyoi à Tépoque où il était minisire des Travaux publics, règlemcniant la sui<veillancc et r.entrelien des ponts métalliques. M. Yves Guyol avait fait copstituer pour chaque pont un dossier historique mentionnant la dfite de sa construction, les matériaux employés, les procès-verbaux des visites périodiques, etc. Toutes les mesures étaient prises pour éviter les accidents. Seulement les poule si solides qu'ils soient finissent par s'user. 11 faut les réparer et les remplacer. C'est parfois une grosse dépense, à laquelle il faut pourvoir sans relard, et les crédits nécessaires ne s'obtiennent pas aisément el sans mardiandages de l'Etal, toujours à court de ressources. Les compagnies se tirent plus vite d'affaires par une émission d obligations, et elles sont d'ailleurf plus intéressées à prévenir des accidents qui leur coûtoit cher, en frais de réparations, dommages et indemnités aux victimes. L'Etat, soit qu'il s'agisse des accidents de chemins de fer ou des dommages el perles qu'il cause au public par les vices et les irrégularités du service des postes, est réfraclaire aux indemnités. Et la justice de l'Etat* se montre naturellement moins rigoureuse envers l'Etal, qu'envers les Compagnies. L'Etat, à son tour, ne se presse pas de se contraindre lui-même à payer ce qu'il doit. Ajoutons que les frais el indemnités que coûte uii accident, font une brèche plus large dans le petit budget d'une Compagnie que dans le gros budget de l'Etat, que les contribuables s'en ressenteaat nioins que les actionnaires et ne s'avisent point d'en faire peser la responsabiUlé sur cet impeccable personnage que l'on nomme l'Etat. Il y a, sans doute, des accidents à peu près inévitables, mais, comme le remarque le Journal (ks Débais j il n'y a pas lieu d'en tirer un argument en laveur de l'élatisalion des chemins de fer.

Paris, 14 août 1907.

G.wM.

Bt LLEJIN BlBLIOGRAPfiI0U£ '319

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