‹ L'automobile est-elle une richesse?Chapitre 41 sur 87 · DU MENAGE · texte numérisé non relu

DU MENAGE

Art. I*'. — Sous tous les régimes, et à peine de nullité de toute clause contraire portée au contrat de mariage, la femme a, sur les produits de son travail personnel et les économies en provenant, les mêmes droits d'administration que l'article 1449 du du code civil donne à la femme séparée de biens.

Elle peut en faire emploi en acquisition de valeurs mobilières ou immobilières.

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£ile peut, sans l'antornution de eon isam, laliëiMr, ii titre ani- J6UZ, ke biens ainsi .«iqiiSB.

La validité dc8 utàm imiim par ia ifomme seia «aboHlamée à la -muLÏe «jOBtificaikioix, :faiÉe psor un ac*» de aeèeriâté, on ^ar -tMt votre moyen mentioané dans la conmentioft, qn^eUeeaene pevswnellement une profession distinote ide JBelle *âe msbb noiari*;; la irasponsabîlité dee tâers, a^tec le«|nck '«Ile i& (tawâté^gn lenr Janraisssnt cette juBtifioation, n'«Bt pas -engagée.

Les dispositions qui précèdent ne -ufat ifias rapptiTTiiAin aux gains fësultant du trarail commmi des d&a^ ^ép^moL*

ÂTt. 2. — En cas d'abus p«r la femnse des pouToin qui lui sont conférés, dans Tintérôt du ménage, ï>ar Tartiole pvéeédsnt, notamment en cas de dissipation, d'impmdenee on de ^mao^adte gestion, le mari pourra en faire prononcer le i«tndt «oit en tout, soit en partie, par le tribunal civil du demioile^eB épeuz, statuant en chambre du Conseil, en présence de la iemme, en elle dûment appelée, le ministère public entendu.

En cas d'urgence, le président de ee tribunal peut, par ordonnance de référé, lui donner l'autorisation de s'opposer 'soz actes que la femme se propose de passer, avee un tien.

Art. 3. — Les biens réservés à l'administration de la femme pourront être saisis par ses créanciers.

Ils pourront l'être aussi par les créanciers du mari qui ont contracté avec celui dans l'intérêt du ménage, alors que, d'après le régime adopté, ils auraient dû, antérieurement à la présente loi, se trouver entre les mains du mari.

La preuve que la dette a été contractée par le mari dans l'intérêt du ménage incombe au créancier.

Le mari n'est responsable ni sur les biens ordinaires de la communauté, ni sur les siens des dettes et obligations contractées autrement que dans l'intérêt du ménage par la femme, même lorsqu'elle a agi dans la limite des droits que lui confère l'article 1^', mais sans autorisation maritale.

Art. 4. — En cas de contestation, la femme pourra, tant vis-àvis de son mari que vis-à-vis des tiers, établir par toutes preuves de droit, même par témoins, mais non par la commune renommée, la consistance et la provenance des biens réservés.

Art. 5. — S'il y a communauté ou société d'acquêts, les biens réservés entreront dans le partage du fonds commun.

Si la femme renonce à la communauté, elle les gardera francs et quittes de toutes deftes autres que celles dcmt elles étaient

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■antérieurement le gage, en vertu de Tarticle 3 de la présente loi.

Cette faculté appartiendra à ses héritiers en ligne directe.

Sous tous les régimes qui ne comportent ni communauté ni société d'acquêts, ces biens sont propres à la femme.

Art. 6. — La femme poura ester en justice sans autorisation, dans toutes les coatettalpiotig relaâwîft aux ijx>its qui lui sont reconnus par la présente loi.

Art. 7. — Faute par Tun des épotix du subvenir spontanément, dans la mesure de ces facultés, aux charges du ménage, l'autre époux pourra obtenir du juge de paix du domicile du mari, l'autorisation de saisir-arrêter et de toucher des salaires ou du profit da travail de Bon conjoint une part en proportion de ses besoin*.

Art. 8. — Le mari et la femme seront appetés devant le juge de paix par un simple avertissement du greffier, ea la forme d'une lettre missive recommandée à la poète, indiquant la nature de la demande.

Ils devront comparaître en personne, sauf les cas d'empêchement absolu et dûment justifié.

Art. 9. — La signification du jugement rendu en conformité de Tarticle 7 qui précède, faite au conjoint et aux tiers débiteurs à la requête 'de l'époux qui en bénéficie, lui vaut attribution des Bomnes dont la saisie a été autorisée, sans autre procédure.

Art. TO. — Les jugements rendus en vertu des articles 2 et 7 de la présente loi seront exécutoires par provision, nonobstant opposition ou appel et sans caution. Ils pourront, même lorsqu'ils seronrt devenus définitifs, être modifiés, si la situation respertiv© le justifie.

Art. 11. — Les dispositions de la présente loi pourront être invoquées même par les femmes mariées avant sa promulgation.

Fait à Paris, le 13 juillet 1907.

A. Fallièbes.

Par le Président de la Bépublique :

Le garée des êreanjj, minintre de la JuBtice, Ed. OrYorr-DEssATGNE.

La Démocbatie individualiste, par Ï'ves Gutot. 1 vol. in-16 de la Collection dés doctrines politiques, Paris, V. Oiard et E. Brière, 1907.

Ycici assez longtemps que, sous les espèces du solidarisme, du socialisme, du collectivisme, du communisme, on n'eatend prêcher que des théories subordonnant chaque jour davantage, dans l'ordre économique comme dans Tordre politique, l'individu à TEtat Les fonctions et les prétendus droits de celui-ci s'étendent sans cesse, trop lentement, trop timidement encore au gré de ceux pour lesquels l'individu est le moyen et l'Etat la fin.

On a imaginé une formule qui répond à tout: « Lee droits supérieurs de l'Etat ». C'est le « fait du prince » ou la raison d'Etat de l'ancien régime, avec cette circonstance aggravante que la monarchie de droit divin donne au souverain des droits et des privilèges spéciaux, tandis que le régime démocratique doit, par son essence même et par définition, garantir à tous les individus, l'égalité et la liberté.

La liberté est une notion générale à laquelle, malheureusement, un très grand nombre d'esprits sont réfractaires. Elle comprend la liberté des transactions, la liberté du travail, la liberté du commerce, la liberté d'acquérir et de posséder. Mais les opprimés de jadis ne comprennent la liberté que comme une revanche du despotisme dont ils ont souffert. Ils font intervenir les droits de l'Etat pour s'immiscer dans les transactions, dans les questions de travail, de commerce, de propriété. Par l'inégale répartition des impôts, ils émettent la prétention de corriger l'inégalité des conditions et de contraindre les riches ou supposés tels à contribuer à l'adoucissement du sort des malheureux.

L'égalité, telle qu'ils l'entendent, n'est pas l'égalité des droits de tous, laquelle est la suppression des classes dans la nation et

par conséquent inséparable de la liberté; c'est une opération de nivellement pratiquée, prétend-on, au nom des principes démocratiques, par la majorité. Cette assertion fût-elle exacte, elle De légitimerait pas les atteintes portées à l'égalité et à la liberté. Le nombre ne fait ni le droit ni la justice. Il n'use de sa force que pour substituer à la tyrannie d'un despote unique, souvent contenu par le sentiment d'une responsabilité morale et par la réflexion, la tyrannie irrespcmsable, excitée par les sommations et les menaces des plus agités, aveuglée par la peur, des assemblées. Mais les majorités des assemblées politiques ne peuvent même pas soutenir qu'elles reflètent exactement l'opinion de la moitié plus un des individus composant la nation et que, par conséquent, elles expriment fidèlement la volonté populaire. Le compte a été fait bien souvent et toujours il a donné ce résultat que les majorités parlementaires ne représentent que l'opinion d'une minorité du pays. Encore ne parlons-nous que de Topinion exprimée par le bulletin de vote et convient-il d'ajouter que ncm seulement il y a toujours environ un quart d'abstentions, mais qu'en outre les femmes, qui paient leur part d'impôt, ne sont pas admises à donner leur avis sur l'usage qu'on fait de leur argent.

L'exemp4e le plus frappant de cette divergence entre la nation et ses représentants est donné par la Convention qui, ainsi qu'il résulte de la démonstration de M. Yves Guyot, « ne fut jamais le gouvernement de la majorité ». Ayant commencé par la proscription des Girondins qui annihile la part de souveraineté de leurs commettants, elle partage sa propre souveraineté avec la commune de Paris, avec les Jacobins ; elle abdique en faveur du Comité de salut public ou plus exactement du triumvirat Robespierre, Saint-Just et Couthon et ces deux derniers songeaient à proclamer la dictature de Robespierre, lorsque survint le 9 thermidor. Ainsi donc la « souveraineté une et indivisible » avait pour organes un triumvirat sans majorité dans la Convention, les Sections, les Jacobins, la Commune de Paris, les vingt et un mille comités révolutionnaires répartis sur le territoire français. Chacun de ces groupes confisquait à son profit une partie de la souveraineté une et indivisible. La mise à exécution de la Constitution de l'an III avait été ajournée jusqu'au rétablissement de la paix. La Convention réunissait le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Un tel gouvernement ne peut passer pour celui d'un souverain fort. « C'est le règne de l'anarchie », comme le constate M. Yves Guyot.

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Le KQavacaemeat vraiment démocxstiqae, iont dîiéieBt éB U démagogie où une partie de la nation oppnaM Tanti», est le régime où la figuration de» pouvoirs est fortement man]iiée et où le rôle de TEtot est délimité avec netteté. Ce rôle eonsiste à assurer lee services d'intérêt général (|iii sont l'ordie et la sûreté au dedans et la sécurité extérieure tans kwinek il n^ m moyen ni de travailler, ni de vivre. Maïs «ette fonctioo reoq^lity l'Etat n'a pas, sous le prétexte de proté^^Mr de» individus on des intérêts particuliers, à intervenir dans lee rai^^orts des heanneB entre eux. Il n'est pas chargé de faire notre tranheur, même malgré nous et Ton peut ajouter que moins il s'en mèiturm, pins nous avons de chance d'être heureux. Il ne peut s'en occuper en eftet qu'à la conditicm d'étendre ses fonctions et pac conséquent d'empiéter sur cet individualisme dont le développement a été le but des efforts constants de l'humanité et dont M. Yves Guyot donne cette heureuse définition : u Doctrine politique d'après laquelle l'individu est la fin et l'Etat, le moyen. » U né nous en coûte pas de convenir que ces idées ne sont pas en très grand honneur et que dans la plupu^t des cas, au lieu d'agir nous-mêmes, nous invoquons cette entité confuse qu'on appelle l'Etat, comme jadis on invoquait la bonté du roi. Il faudra de grands efforts et une vigoureuse réaction pour qu'elles prennent faveur. Mais cette réaction-là, c'est l'affirmation de la liberté contre tous les systèmes oppresseurs et contre le plus tyrannique de tous, le collectivisme. Si c'est être réactionnaire que de défendre la liberté, soyons réactionnaires !

Oeokges de N'ouvion.

Histoire du Mouvement syndical en- France 1789-ld069 par Paul Louis. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque (VhiUoire contemporaine, Paris, Félix Alcan, 1897.

M. Paul Louis a voulu dissiper l'erreur de ceux qui seraient tentés de croire que le mouvement syndical est une nouveauté... ou à peu près. Il montre qu'au contraire il a commencé à se produire aussitôt après la suppression des maîtrises et des jurandes prononcée par la loi du 2 mars 1791. Des associations professionnelles avaient tenté de se constituer sous le régime du décret du 21 août 1790, lequel reconnaissait aux citoyens le droit

CMMMnrES RENDUS 27V

•«viiira en l'aort. de la- ckaspente^ qurr Tifaait à relever* k» b»> pac rétdbliaeeoMBt du eontrat eoUeetif fut ctmaiéM» mena^Huto pour* la paix publique eb c^eet en gfuode pai»^ tia k csuae d'elle quer hub rotée la oélàiiro loi Le Ghap^er qui iBtevdtaait le rétaèlkeement des CDrpovatîxNMi dëfiMïdatt aux t^ toyteas d^nut mâme état» ou prafbseioa d» pmndhB^ des délibératdone ou* former des règlemaiifeB sur leurs pttét»iidu& intérêts oommune el prohibatt lea coalitions.

Cette loi est Torigine des articles du Code' pénal qui, jusqu'en 1664, ont fait de la grève un délit et il est intéressant de suivre le tableau» que trace M. Paul Louis des effïMrts eonstants des cms vriers poun se eoiMerter, en dëptt de la loi, sur leurs intérêUi communs.

La commoaaaté d'intérêts entSB hommes esergant la même p^^ fession ou des industries oomplémentairee les unes des autres est évidente et il est non moins évident qa^il j a un avantage- à ce que, d'une part, les onvrieirs s'entendent sur les conditions du travail qu'ils propoesnt eà, que> d'autre part, ils se mettent d'a^ cord aweo les patrons sur ces conditions comme le v^ideur et l'acheteur se mettent d'aoeord sur le prix et les conditions d& vente d'ime denrée quelconque. De tels accords, nettement dé* finis, loyalement exécutés^ pour une durée ou une besogne dé* terminée, écartent toute prévision de conflit entre patrons et ouvrievBi De part et d^autne, on sait ce que l'on fait et où Ton va; on a la sécurité du lendemain) condition essenfTelle pour la régulavité d^ travail.

Les syiidicats ouvriers et les Bi^urses du- travail auraient rendtr de grande services s'ils s'étaient proposé pour tâcl^, depuiis que la loi de 1864 a donné un commencement de liberté, accru par la loi de 1884 sur les syndicats professionnels et étendu jusqn^à l'entière liberté par la loi de 1901 sur les associations, de discuter les intérêts prdessionnels et d'être les intermédiaires entre les vendeurs et les acheteurs de travail. Mais ce rôle leur a paru in» digne d'eux. Ils ont préféré set donner la mission de réfoniier le monde et se constituer en foyers révolutionnaires. Le syndicair entretient chez ses adhérente l'ardeur révolutionnaire; la Bourse du travail l'entretient chez les syndicats et la Confédération gêné* raie du travail plane au-dessus dé ces ongamsmes locaux et régio naux.

Ees syndicalistes — dont est M. Paul Louis — se montrent pleins de dédain pour les pÀlee conceptions de ceux qui, plue

OU moins beureuaement, ont •cherché à concilier les revendici^ tions ouvrières avec l'état, social existant. Les co(^ération8 de crédit ou de production, « nées de, Tenthousiasme intempérant d'un prolétariat trop livré à Tutc^ie ou suggérées par les ha-» biletés d'un gouvernement soucieux d'enrayer une poussée autonome », ne leur apparaissent que comme des procédés mesquins. Ca mutualité ne fait pas mieux leur affairei Elle n'est pas ce une fin en elle-même n. C<»stituée professionnellement, « elle se subordonne au syndicat, dont elle forme un service annexe au même titre que le bureau de placement ».

Ce que veulent les syndicalistes — eux qui se piquent de ne pas verser dans l'utopie — c'est l'organisation du prolétariat en parti de classe, poursuivant l'abolition du salariat et pensant sur les conditions de la production à laquelle, dans l'état actuel^ le récent manifeste socialiste reproche son a aveuglement » et son (( dérèglement » et de laquelle il dit « qu'aucune statistique certaine ne T éclaire et qu'aucun plan concerté ne la mesure ». Pour cette entreprise pratique, exempte de toute suggestion chimérique ou utopique, le syndicat est le premier instrument. Mais a la lutte locale contre le patronat n'a pas tardé à apparaître illusoire et stérile ». L'action corporative s'est étendue par la Fédération internationale et par les Bourses du travail qui a réunissent sous des statuts communs tous les syndicats ouvriers d'une même ville ». M. Paul Louis a soin de nous prévenir que cet organisme joue en France un rôle particulier, qu'il assure » la prédominance des intérêts généraux du prolétariat sur ks intérêts strictement corporatifs )> et qu'il a contribué dans une très large mesure à façonner la mentalité de la plèbe ouvrière de France « arrachant des centaines de milliers d'hcHnmes à la conception trade-unioniste qui n'envisage proprement que les visées immédiates, spéciales à tel ou tel milieu et ne s'élève jamais à l'intelligence des conflits de principes ».

Avec la Confédération générale du travail, nous arrivons à la dernière étape, à l'organisation centrale du prolétariat corporatif qui se donne pour but l'abolition du salariat, seule ci^P^^^ de « restituer au travail sa liberté » avec la grève générale c(»nme moyen. M. Paul Louis nous affirme que l'idée de la grève générale a conquis en France des masses énormes qui voient en elle la forme la plus complète, la plus saisissante de l'action directe. On ne contestera pas qu'en suspendant délibérément le labeur à un jour dit, les ouvriers mettraient l'ensemble de la société dans un grand embarras. Mais en leur persuadant « qu'ils saperaient le

système social par la base », on leur persuade une absurdité. Ils seraient les plus éprouvés par cette perturbation et, à moins de pousser l'héroïsme de la résistance jusqu'à la mort de tout ce qui ▼it sur la terre, il faudrait qu'ils reprennent rapidement le trar vail aux c(Miditions qui leur seraient faites et non pas à celles qu'ils dicteraient. Il n'y a pas là de quoi effrayer beaucoup ceuJc qui réfléchissent. Mais ils ne peuvent que déplorer les illusions que l'on fait naître dans l'esprit des ouvriers par la confusion des aperçus qu'on leur ouvre sur « les groupements humains de l'avenir ». On voudrait connaître enfin cette société future qui réalisera le bonheur universel. Mais les semestres s'écoulent et M. Jaurès ne nous apporte toujours pas la charte libératrice de l'humanité. Nous ne savons encore pas si l'on peut ce approuver les communautés socialistes qui permettent à leurs membres de s'approprier les produits des jardins fruitiers et potagers rattachés à leur maison d'habitation » et nous restons perplexes devant la liberté qu'on nous promet et à laquelle on arrive régulièrement à d<»ner l'engageant aspect d'une chiourme.

Qeoeges de Nouvion.

Les écoles économiques au xx* siècle. L'école individualiste. Le socialisme d'Etat, par A. Bechaux (A. Rousseau et F. Alcan, éditeurs, Paris, 1907. Un vol. in-8^, 390 pages).

Nous avouons que grand est notre embarras au moment de rendre compte de ce livre, et en finissant sa lecture : nous voudricms faire saisir la masse considérable d'idées, de recherches, d'études qu'il contient ; et nous ne le pourrons certainement pas dans le peu d'espace que nous sommes autorisé à prendre. Conseiller tout simplement de lire le livre, ce serait une façon d'analyse un peu trop sommaire, quoique ce soit en somme la conclusion à laquelle nous amènerons le lecteur. L'auteur connaît de façon remarquable les choses et les gens dont il parle, et il sait exposer avec méthode et clarté, autant que dans un style soigné et élégant sans prétention. Il y met du reste une impartialité voulue qui, à des passionnés, semblera parfois trop indulgente.

Un premier livre est consacré à l'évolutic»! moderne de l'Eco-

'Mit JOURNAIb DBS ÉCOMOaUSTES

Bomie politwiue : M. Béchaux, qui oonju&t fort bieA le noMb étoaogor et les écoie» économiques étrangères, montre coBunnut se sont «eeueées les tendAnces des éooaomistes freaçak oonteiDr perains, «eouBent ausei s'est créée TEcottomie politi<|«o de U duâse, qnelfi résultats donna TettseigiMment de rËoooomie politôqise dans 1«b Ecoles de Droit IrangaiscB; comneot» d'aatve pcurt, une réaction s'est faite en Allemagne, eontre Téeele indi- Tidnaliste, et «et a|>p«ru& cette tt^aWle écob historique ou éthique que Tauteur caractérise fort bi«Dy avec ses. Meharches mîcrologiques. Puis il suit la formatieti et les pvogvès du Socialisme d'Etat, et il n'oublie pas non plus hà. socsalisme tout eouart. Il met bien en lumière les efforts des jeunes^ qui se piéboeupeni des contingences eommereiaies et industrielles, bien plus que des discussions. Il étudie ensuite T Economie poiitiquia oa plus exactement, les économistes ea Angleterre, parmi lesquels Tintervention de TEtat a malheuiteusement, à notre avis, trop de partisans. Il n'oublie pas davantage les Aiaéricains; il met en lumière T illogisme fréquent de quelques-uns d'entre eux, partisans qu'ils sont de la libre concurrence intérieure, mais du protectionnisme en matière de commerce extérieur. Et après avoir parcouru toutes ces écoles, en distribuant d'une plume légère les critiques qu'il faut deviner sous la forme ironique, il insiste assez longuement sur cette école de Le Play, qui a eu une inânenee si considérable sur beaucoup des éconemiatea de la France actuelle. Il passe enfin au crible des doctrines sociidistes, pour montrer précisément comment les Economistes ont dû. se livrer à des travaux nouveaux, à des enquêtes, à dfesi discussions méthodiques pour réfuter l'évangile moderne. Et il ne pouvait manquer, lui qui a étudié rinflliénoe que l'enseignement de l'Economie politique dans les Facultés de Drort a eue sur l'Economie politique telle qu'elle se montre en France, de signaler un dernier avatar de cet eneeignemet : sous la fiorme de l'introduction à l'Ecole Polytechnique d'un cours de socialisme, fait par un homme conrarncu sans doute, màâs qui n'en considère pas moins comme un avenir radieux la socialisation des moyens de production. Et l'auteur conclut, ce dont nous ne pouvons que le féliciter, à la nécessité d'enseigner l'Economie politique et comme une science et comme un art, science de Tordre économique et des richesses, dont il faut vulgariser les notions, dont il faut rendre l'enseignement populaire. Son deuxième livre est consacré à l'Ecole individualiste, dont

COMPTES HEra>Va 283

il imit mm historique tsès vivant. Noos lai reprochedroDB peutêt«e éè tvop mi&xmer que les oaraietèrea de cette écok indivÎMioar liste «st de s'attBeher spécialement m la loéthode déductive : saat 4Mit6 OB y rcoourt; mais la ffCOoaniy«aacc des lois naturelles a été dàe à œ que ks esyrito des créateurs de oette éoode s'étaieat éreiUés ea face d'observaiioBS de faits; ils ont aégli«fié de les rapporter, voilà tout. M. Béchaux montre d'ailleurs fort Inen les foodemeiits divers de la doctrine individualiste ; et il cite comme la vraie base des distinctions à faire en la matière de rintervention de TEtat, oeW» «nécessité du rôle de TEtat •dans un certain domaine », si bien mise en lumière par M. de Molinari. Signalons au passage qu'il -semble un peu indulgent à ceux qui reprochent aux économistes classiques de conseiller la satisfaction des besoins matériels. Néanmoins, il accuse toutes les qualités de cette doctrine individualiste, et, pour notre compte, nous le rangerions volontiers sous notre bannière.

Son livre troisième traite du socialisme d'Etat, toujours avec la même abondance de documentation qui fait un des grands intérêts de «oo ouvrage. U expost et caractérise ks cauaes philoaoj^hsque» et autres de cette manifestation sentimentale ; il passe ea revue avec nne grande justesse les diverses f<»ines de socialinae, sans oahliMr le diristiaaifliBe aooiaL Et, eoa le lisant, on trouve ra^sportées toutes les o^^inlons, toutes les thèses, aussi bien qae les maniiestations plus ou moins masquées da aooia^ Ikme d'Etat,, en France tout particulièreineat. Soa livre contient notamment une revue tout à lait remarquable des q^featiaoB les plus aetuelles, déduis la rëglemeatati«s du travail, la légîslaAioii sur le repos ou les salaires, jusqm'aax lots oa projeta qui onÉ poar bût de réformer la répartition des fortunes o«i da parter atteinte k la pn^riété. An premier abord, il semble que œite partie fait un peu double emploi avec une portion du vohune ocncnacrée à rév«Antion de l'Economie politique; naîJSy en r^échÎBsant, oa vi»t que l'auteur a suivi l'évolution des idées, et qu'ensuite il s'est attaqué aux faits.

Et ce que nous aînoBs dans cet ouvrage, en dehors des qualités di?€ises que naua avons indiquées, c'est une <^positit» bimi nette à toutes les doctrines, à toutes les écoles, à toutes les lots OB réglementations qui font appel à l'Etat en lui subordonnant l'ÎBidivîdhi; c'est aussi la compréhension large des devoirs du l>fofiiS8eur d'EccHiomie politique, du professeur courageux, qui ne ae contente pas de bien enseignes* et d'une naaiëre vivante,

284 JOURNAL DES ÉCONOIUSTES

mais encore tient à conclure, à faire sentir aux jeunes qui récoutent qu'il est convaincu. Et nous nous permettrons de regretter que ce professeur ne fasse plus que des livres et point de cours, car ses élèves l'entendraient démontrer « les erreurs et la témérité des pionniers du socialisme », et présenter uoe défense éloquente « des droits individuels et de la personne humaine ».

Danhbl Bellet.

Deux années au Setchouen. iLe Far-West chinois). Récit de voyage, étude géographique, sociale et économique, 1 vol. in-16, par le D' A.-F. Leoendee, médecin-major de 1** classe des troupes coloniales, directeur de l'Ecole de médecine impériale de Tchentou (Setchouen). Ouvrage accompagné d'une carte et de gravures. Pion, Nourrit et Cie, éditeurs, Paris 1906.

Apprécier le Chinois à sa juste valeur, s'efforcer de le faire aimer et, en démontrant les raisons de l'extrême pauvreté générale, attirer sur les énormes richesses du sol et du sous-sol, jusqu'ici gaspillées ou inexploitées, de la Chine l'attention des capitalistes, des ingénieurs, des industriels, des négociants, tel a été le but de l'auteur de ce très intéressant ouvrage en racontant les péripéties de sa montée et descente sur le Yang-Tsé, ses voyages ou le temps de son séjour au Setchouen.

Envoyé en mission médicale en 1902, le D' Legendre s'occupa de la création à Tchentou d'une école de médecine que fréquentent actuellement de nombreux lettrée. Pendant les deux années qu'il y résida, il put à loisir (sa connaissance de ^a langue du pays aidant) étudier les habitants, voir de près leurs coutumes, démêler leurs qualités et leurs défauts, enfin dégager ce qui datis leunr errements séculaires est susceptible de transformation. Son livre est divisé en quatre parties: la première traite de la montée du Yang-Tsé et du voyage de Tchong-Eing à Tchentou à travers une contrée merveilleuse ; la seconde partie est consacrée au Setchouen occidental, à la région alpestre, à la montagne sainte d'Omi — le Sinai des bouddhistes — au sol, aux habitants, aux races aborigènes, etc., la troisième partie explique la civilisation chinoise, la famille, les classes sociales, leur culture générale, les arts, l'industrie l'agriculture, etc. ; la quatrième partie décrit les races

du Setchouen, tellement éloignées du vrai chinoiB, les prodno^ tions du sol et du sous-sol, l'un si fécond, l'autre si riche.

Faute de pouvoir entrer dans des détails suifisants, nous n'entreprendrons pas de suivre notre auteur dans ses allées et venues; nous transcrirons seulement de ci, de là, en bloc, ses appréciations sur les gens, le paysage et les villes, u En jetant on coup d'œil rétrospectif sur notre traversée du Yang-Tsé, écrit*il, l'impression dominante est que nulle part au monde voyage plus attrayant, plus émouvant et aussi plus instructif ne peut être accompli. Pendant trente-trois jours ce fut un défilé ininterrompu des plus beaux spectacles naturels, riants ou sévères, gracieux bu majestueux, souvent grandioses, terribles quelquefois à donner le frisson ». L'escalade de la montagne d'Omi, en hiver, ne lui laissa pas des souvenirs moins vifs. Les desservants du sanctuaire vénéré n'eurent pas à ses yeux l'attrait du paysage: ce Les moines sont une caste de mendiants, de parasites aux moeurs dissolues tombés dans le scepticisme général de la nation et devenus incapables d'éduquer le peuple, dit-il. Si parmi les grands maîtres du sacerdoce il existé des esprits fins, déliés, vraiment intelligents, la masse des bonzes, recrutée généralement dMis la classe la plus vile et la plus misérable de la société, est d'un niveau moral et mental très bas. Ignorants avant leur entrée au monastère, ignorants on les maintient. Ils semblent vivre dans l'engourdissement et leur vénalité est extrême ». (Mais sans les pagodes et les monastères, la Chine serait absolument privée de grands arbres.)

Quant aux villes, en dehors de celles qui ont subi l'influence européenne, il semble, à en juger par les descriptions du docteur, qu'on doive difficilement s'accoutumer à y vivre pour peu qu'on ait le nerf olfactif sensible. A vrai dire, comme il en va de même dans la campagne cultivée, le mieux est de prendre son parti des choses jusqu'à ce qu'on les puisse modifier. Kouei-Fou, prféecture du Setchouen oriental, grand centre de ravitaillement de la batellerie de tout le haut Yang-Tsé, est, à cause des sommets calcaires qui l'entourent de tous côtés, la ville la plus chaude de la province. La température est si pénible que l'aumînistration locale a décrété qu'à partir de dix heures du soir jusqu'au matin, la circulation est défendue aux hommes dans toute la cité; ils doivent rester claquemurés au fond des maisons, afin que les femmes puissent s'étendre tout à leur aise sur la terre ou les dalles des rues et des places. Fong-Tou est célèbre par ses belles pagodes où Ton vient en pèlerinage. A Tchong-King, fort pittoresquement

3B6 JOURNAL Mtô ÉCONOMISTES

B, aiAuieàà Im mmicthmtïdiwt» du Hawia^ouge^ da Kooei- Tchéou «t dtt Yimnan; «tt y fait le coaunero» de l'opimm» du tafa«<;, àa mMe, de U «oie, du ris, du ^d, de la hMÛU^, dee mëtaux «tft. De là partent 4oum Im pveëaits «urefiéeBft pear riyonnfr dane le Far-Weai ChinotB. AnginÂg, AUenaiMiA, Italiens, Japo- «aie e* méoie FvançBÛ y oat dee comptoirs dont le leademeiii aenot bioK plaa élevé, prétoad-oo, ai les aégnmanta eiropéeaa y étaient plus moiohrotàJL. Loui-Kiaiig est le oeatce d'un diatciet partioalièiemeBt ri^» ea caisoii de la cultafie de la caane à sor ère. Kiatia^, admiraMemeni placée, est, après Teheotou» la cité oommereiaU la plus eoasidérable de la vallée du Miu; c^^t la ville de la soie et de la cire blancbei, Â Ii»ng-Ichéy ie CaAtonaaiA règne en maâtre; aa traâe de l'opium et <lea cetoaaadeB, il jotnl ealui da rharhenet de Talcool de eor^io ou de maie reBsembiant k du TÎtcioI. A Ya-Tckéou ob s'occupe de la préjMtmrioa des paquets et de l'espéditiûQ du thé au Thibet. A Kiang-lViiéoUy TixiduBtrie principale censisie en la labricaiâoa du papiar; cette ville est saiioat conuae par la turbuienee de ses faabitaïUs. Plus loia, laag-Tchangy grand maicbé de la région, est u& vrai repaiiv de Bandits^ Mei-l\:héou et Foulia sont entourées de vallées vemar- <|aablemeiit fertiles, moins, pourtant^ %tte la anecveilleiiee plaioe de Tcbeatou connu dans toute la Chine par sea éUxwante léeoodité qui lui a valu le nom de Jardin du Boyausie-FleurL L^expressicA Eoyaume-Fkruri désigne le Setohouen, De fait, t^MUa la centrée depuis Ichong-Kiog, c'estnà-dire sur oae diatanee de 400 kilomètres, nous avait produit la plus délicieuse impresaloii par sa fertilité et sa beauté, dit l'auteur. Ëxtrêmeiaent accideatée, elle serait incomparable si le déboisen^ent, cooiplèteineait «ëaliaé aujourd'hui sur tous les points, ne lui avait enlevé aan pilus ridk» décer et quelque peu de sa prospérité.

Le Setchouen est la plus vaste et la plus riche province de la Chine. Située à l'extrême oaest de l'enqûie, adossée an Tkibet, confinant au Yunnan, d'une superficie un peu supérieure à celle de la France, elle est occupée psf une population de 86 4 40 millions d'âmes. Le Setchouen se divise en deux parties bica distinctes: la région montagneuse à l'ouest, la régies des terres roages, des plateaux et des plaines à l'est Les fleuves — dont les priaeipaux sont le Min et le Kialing-Kiang — foraaent, avec kcLia nombreux affluents, un véritable réseau dont les mailles ont été multipliées à l'infini par les travaux de l'homme. Toutefois, par suite du déboisement, le sol sèche parfois et les belles r^eoltes s'éticriest sur pied. Cependant, grâce à la fécondité du sol et à la dovtceur

COMPTES AE\Dt& 28Z

âe iatwpératii», ^tant pomma AéwbaliiemeBt au fietdiMiea ^ si la i^igiMi rifi hiïiimnr aa xBÛiâi ptt^ 1^ CÊmmù i ancre «st da balle vouie; réhif yi du var à soie y «afe èaa«a>iii^ #liia facile qu'ea Bf opa» l'inkrodadzkm 4a la méfthori^» yaaàemrèwMift 4éa«placaife la. pcodnatka. La ré^^mi ààwlmm}é^ BaaBÎai-<Ba«ge «ai paut^bre la -pisa léacnda du nmckaw Basa la plaf»art ées ytliAiTi ai lêiaa sur ka pfaÉaaux aatfaaaBaeafi anroaés, il €bI pûBaibla 4a iaiaa trois téoallaapar aa.

Teh^HlCHi — cai^xtale da ScÉchoueBi — ^ ém JuJ^ôiaiUs f oct paiiiiiiiwi: jaaiBiw 4e coofn^ t»afa|Bfift caria ci ohamaillftnMi. La police j aivdte 4e8 miema, il eat 63K>eaat)veDMiit rara ^u'an daiye vacbercbar da iiaHwria&. Dans aa joie t aaa ammamaiatB, la <^!liiaaia 4e Itefaantoa aootoa togjiwira le zoèma cabne» la même aéiéaitéi r«aiaat ^mk nureiMat kmgraat «m tapagenr JTimta ca maaMoba me ae aanBKB que la iafur où radméoiistraÉioa yaiit augnantaor lea olMucsea déjà trop lourdes qui pèaaiii sur alla.

La riz «afe tenjoui la déniée préférée du fiat(dimiea et le Chiaoia n'«cbète da ealakte 4e frcsieat que loraqu'il a'a pas lea. mojpaiis da aa proeuror le bol die riz lévé. Ce qui dait arriver saomaot, car la faculté d'aofaaide la nsBae est dea plus réduites: xma aavatte, un nav«^ se vcndest au défcail, va cfaoa aa dëyèaca vingt» teaata movœau; pour ne rien paidre on ae fait pas d'éphi^msas «t celies des gaau aiséa aa voat pas aaz bêtca. maas aux affamés qm las gneMant caasaie pitaaea Men^enae, aînai ea «st panr r<aait de tniaaaii du riz, des liégunies, bieo qa'osi fasae à peine ouxia ceio-Gi poar m'en point trop perdpe. Suivant le IK Legeadrc, il n'est pas da eharogae infeoie qmale Chinoia liésita à mamger, tant eat grande safadm.

Nmi n'ignore qve les salaires sont daa |^us bas. A T^Mutou, le fûlleur 4a mazt» dont la rôle est de première nécessité, reçoit mue iigatove et demie par mois (4 ir. dO emyiron). Fanni las mille pcitits métiers de la me, l'un des plus bicoaÉifs mOk oaimi de lenteur de pipe ^conteaazKt en tabae la valeur d'une demi^garatte), qni gagne paar jour de 80 à 100 sapèques (9 à 10 sooa) ; celui de ramaaaeur de crottes de chien paie déjà moins et plus infiaia encove^ la ramaaseur d'herbes. Mais voâei venir les agents d'une industrie prospère, dont le aeaux de bots, peu étanches, non recourerts et enlevés au muieu du jour, portent aux fermifers et maraîchers le vrai stimnlani de tonte fécondité. A l'insdgation d'Européens, un préfet de Tchong-Sling ordoana aux porteurs de couvrir lenra. récipients; oe fut nn haro général, aucun citadin n'en sentait la nécessité : dans la rue, les restaurants, les maisons de thé, per-^

Bonne ne se dérange si, en transportant le produit malodorant, le préposé en laisse tomber an passage. A Tehentcm (non plus qu'ailleurs dans les localités purement chinoises), il n'existe le moindre système d'égoùts ou de voies d'échappement pour les eaux, les rues, rarement dallées et sans trottoir^ sont aux jours de pluie de véritables mares. Les métiers même les plus malpropres et ks plus dangereux pour la santé publique s'exercent en plein air; tous les déchets et résidus sont jetés dehors. Les cadavres des misérables — si quelque association charitable trop surmenée ne les enterre immédiatement — ^ y sont laissés jusqu'à complète décomposition. Les bœufs utilisés pour le transport dans les régions m<Hitagneuses campent dans les rues des villes comme en pleine campagne et, dans certains quartiers, ohiena et porcs se disputent les détritus de la voie. En dehors de la brouette qui ne peut être employée partout, le moyen de transport usité autant pour les gens que pour les matériaux est l'homme.

Il ne faudrait pas juger d'après l'extrême activité déployée par le coolie dans les ports ouverts, de ce qu'elle est à l'intérieur du pays. Le labeur continu est insuppcMrtable au Ohinois qui l'interrompt par tous les moyens.La quantité de travail fournie en un temps donné est infime comparée à celle de l'ouvrier blana L'ouvrier est si peu actif, si peu consciencieux que son ouvrage est souvent grossier, rarement achevé lorsque la surveillance n'a pas été minutieuse. Quoiqu'il ait une grande adresse naturelle, sa négligence et son inattention paraissent irréductibles. Etant paresseux, le fils de Han en est rapidement venu à vouloir supprimer toute concurrence en s' associant à l'extrême, en limitant la production industrielle au strict nécessaire, en s' imposant la fabrication indéfinie des mêmes modèles. Un artisan, un industriel veulent^ils s'affranchir un jour de la tyrannie des guildes, ils sont promptement réduits à l'impuissance par leur brutale intervention. Aussi ce que nous appelons la mode, par suite des change ments nécessités pour la suivre, n'a-t-elle pu s'implanter dans le vieil empire. Fabrication, couleurs, formes sont les mêmes depuis des centaines d'années. Cette paresse se manifeste par la répugnance des gens aisés à tout exercice physique; aux heures de loisir on reste ailcMigé ou accroupi dans sa maison.

A rencontre de l'opinion généralement admise, le D' Legendre remarque avec justesse que le Chinois n'est pas agriculteur, qu'il n'est que jardinier: sa connaissance des terrains, de leur composition, de leur valeur propre, de leur adaptation à telle ou telle culture est des plus restreintes. Le paysan du Setchouen utilise

la moindre bande de terre, il juge même les routes trop larges et s'en adjuge une petite parcelle de temps à autre. Afin de ne pas perdre le moindre coin, il ne creuse un fossé, n'élève un talus que contraint et forcé. Pour la même raison il n'a point conservé a' emplacement d'élevage et, sans se rendre compte des désastres qu'il pouvait attirer sur ses précieuses cultures, il a déboisé à outrance. Et ces récoltes tant soignées — de céréales, de légumes ou de fruits — il a si grande hâte de les posséder qu'il les enlève avant maturité complète, empêchant ainsi leur conservation. Au moment des moissons,pluB encore que le f i8C,les brigands— qui forment en Chine une association puissante et redoutable, capable de nuire même aux mandarins — les pillent sans merci. Le sort du paysan est donc peu enviable; c'est pourquoi notre auteur ne se croit pas le droit de le juger trop sévèrement si, à certaines époques de l'année, les réserves étant épuisées et la future récolte s' annonçant médiocre, le malheureux abandonne les toutes petites filles ou les vieillards au dehors: mourir de froid en une nuit lui semblant moins pénible que de périr lentement d'inanition. Mais c'est la misère seule qui induit les parents à agir de la sorte car, à part les exceptions, les parents chinois — bien que le père soit dans la famille presque un demi-dieu et l'épouse peu de chose — ne sont pas plus dépourvus qu'ailleurs de sentiments affectueux •envers leur progéniture.

Si pauvre qu'il 'soit, le laboureur n'est pourtant point au dernier degré de l'échelle sociale : après lui vient le perruquier, parce qu'il est obligé de travailler debout alors que son plus minable client reste assis. Au-dessous du perruquier est placé le mendiant (paresseux invétéré plutôt qu'infirme, constituant la lie de la population) puis, le plus méprisé de tous, l'acteur qui la plupart du temps mérite bien la place qui, dans la hiérarchie sociale, lui a été réservée

Au-dessus de tous plane la classe des lettrés ; c'est elle qui détient le pouvoir et son autorité n'a nul contrepoids du côté (tes citoyens. Jalousie et rivalité mutuelles sont les seules causes de sa faiblesse. Le mandarin n'a aucun rapport social avec les autres classes; il vit entièrement dans son clan, n'a de condescendance que pour ses employés et surtout ses domestiques qui se permettent avec lui des familiarités surprenantes. Jamais un représentant de la caste des marchands, tout riche et instruit qu'il soit, ne peut prétendre à quelque parcelle d'autorité. Sa fortune lui assure seulement un peu d'indépendance et une influence modératrice sur l'arbitraire mand^rinal, grâce à la vénalité régnante.

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Dans les posts ovi^rts, le sort dbM traf iqnjnteehiaoâa, kour ■écanté iinancdèj^ sont moins inoertftins que «Luis ie Mste éàsBL fiaps.. j> fils do Han est U9 commerçant passé Jiaaitre depuis imigtfimps, bbmâs il il reste un petit commeçant. Il «at loin d'avoir le» mémefi af>1itiides pour les grandes «ntrepris^ son oenveau ne semUe pas or- *^anisé pour les vastes combinaisons. Mais une fois la vcÂe traoée, il devient un ezeellent agent sur la loyauté duquel r£aropéen (beaucoup plus que le client indigène) peut compter, le résultat de ses tentatives de fraude d'autrefois — entre autses pour la rhubarbe que la France et TAngleterre obtiennent du Setcbouen — lui ayant servi de leçon. La circulation d'argent est des plus leduites hors des ports : à Tchentou la plus grosse des banques dispose de 200.000 taëls (700.<XX> francs) ; dans les villes de moindre importance une maison disposant de 90 à 100.000 taëls est l'exception.

Et cette pénurie a pour principale cause, aux yeux de notre auteur, l'utilisation mal comprise du sol et l'absence presque complète d'exploitation du riche sous-sol de la £)hine. Il faudrait donc installer d'abord, en grand nombre, nos moyens de transport, plus rapides et moins coûteux ; procéder ensuite à la transformation du système d'éclairage (on en est encore à l'huile de colza et cette culture enlève au moins un sixième de la surface arable du Setchouen); remettre en honneur la sylviculture; fonder des écoles d'agronomie, des écoles industrielles; puis enseigner l'exploitation rationnelle du sous-sol, des fleuves et cours d'eau. C'est une œut ic à lointaine ëchéanco, mais on ne doit pas toujours agir en égoïstes qui ne voient que l'intérêt immédiat et se refusent à la collaboration sincère avec le possesseur. Avant tout il faut inspirer confiance au Chinois, vivre un peu de sa vie; le traiter en égal, en civilisé qu'il est vraiment (si différente de la nôtre que soit sa civilisation) ; s'efforcer de dominer son immense orgueil par le raisonnement et non par la force des canons; lui démontrer qu'au Heu de lui enlever ses moyens d'existence, les modifications et transformations si nombreuses qu'il faut réaliser augmenteront son bien-être et accroîtront ses sources de jouissance. Déjà à Tchentou, les mandarins et les notables parlaient des améliorations possibles comme de choses désirables; il vaudrait donc mieux tenter les essais dans cette province voisine de nos possessions, dont la population plus douce et moins xénophobe qu'ailleurs se montre beaucoup moins réf ractaire à la pénétration européenne. Le Setchouen et le Yunnan sont d'importance vitale pour le développement futur et complet de notre grande colonie indo-

chinoise. Notre épargne est considérable, il y aurait là un vaste champ ouvert à T énergie française. Le Chinois est suivant notre auteur un grand calomnié. Quand nous aurons changé d'attitude à son égard, il nous écoutera, nous laissera l'instruire, car c'est un avide de science il a un profond respect pour elle et pour ceux qui la lui inculquent. Qu'on ne se laisse pas rebuter par ce qui dans le caractère, les habitudes, la tenue de la masse éloigneraient de prime abord ; qu'on se souvienne que la misère générale engendre bien des insouciances et que nouB-mêuïes ae jouissons pas depuis si longtemps de tous les raffinements matériels dont nous sommes ai fiers.

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