SCENE IV
MADAME JADAEN, MADAME CHENEVAS
MADAME JADAIN. — C'e.-t qu'cllo a l'air vraiment contrarié. J'ai sans doute touché juste. Vous ne trouvez pas que tout ce qu'elle a dit correspondrait assez au signalement de M. Freydières?
MADA.MK ciiENKVAs. — Oh! je ne sais pas. Non, pou/i-quoi ?
MADAME JADAIN — Vous l'avez euteudue ; elle ne tient pas à épouser un tout jeune homme, niai^ quelqu'un qui soit quelqu'un et, d'un autre côté, en fait d'hommes, elle ne voit guère que M. Freydièa-es dans rintimité. car il vient fréquemment ici.
MADAME cHENEVAs. — Oui, il s'occupe de mon divorce et coiinme j'ai élu domicile chez ma sœur, il vient assez souvent dans la maison.
Madame Chenevas. — Vous croyez?
MADAME JADAiN. — 11 v vcuait aiussi a\ant; jo l'ai toujoui-s vu ; il no serait pas impossible que la petite l'eût remarqué et se fût monté la tête pour lui.
MADAMF, ciiENî^vAS. — Vouii croyez ?
.M \!)A.\tE JADAIN. — V0U6 uo VOUS êtes aperçuo d« rien ?
MAUAMK CHENEVAS. Non.
MADAME JADAIN. — Il est Vrai que vous êtes absorbée dans vos préoccupationis. Mais il est évident que Madeleine fait le plus grand cas de ce M. Freydières ; elle en parle volontiers. C'est un homme distingué, séduisant, célèbre... Quel âge peut-il avoir?
Trente-quatre, trente-cinq ai\ti?
MADAME CHENEVAS. Oui.
MADAME JADAIN. — Pour uu liomnie, c'est encore jeune, et une telle union ne serait pas invraisemblable.
MADAME CHENEVAS. — Il a VU Madeleine toute petite et il la considère toujours comme une enfant.
MADAME JADAIN. — Mais elle le considère comme un homme ; il y a peut-être là un danger, surtout si, lui, ne songe pas à l'épouser. Tout ceci entre nous et je vous en parle, c'est le cas de le dire, parce que vous êtes là... Je n'en parlerai même pas à Claire... bien que nous soyons en excellents termes, c'est ma belle-fille et elle entend que je ne me mêle de rien... Après tout, je nie trompe peut-être. C'est égal, elle est devenue rouge comme une pivoine.
A ce moment, une femme de chambre introduit Freydières dans le petit salon.