‹ L'autre dangerChapitre 18 sur 88 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

CLAIRE, FREYDIERES

CLAIRE, voijdut que Freifdièrcs fait un ■nouveinent vers elle. — No», nou, ne t'approche pas, je viendrais dans tes bras et sur tes lèvres et, ici, tout s'y oppose.

FitEYDiÈiiES. — Ma chère petite Claire !

CLAIRE. — Ah! mon Jacques, toute cette longue semaine sans te voir... il n'y a cependant que huit jours que tu es parti, il me .semble qu'il y a des mois. Jamais le temps no s'est aussi lamentablement traîné ! Ah ! je suis heureuse de te revoir ! Et toi ! t'es tu bien ennuyé au moins? Pensais-tu à moi làbas?

FREYDIERES. — J'ai passé, moi au.ssi, une triste semaine et surtout un jour de l'an transi... Quoi donc?

CLAIRE. — Rien, je croyais qu'on venait.

FREYDIERES. — Votre mari est là ?

CLAiRJO, cV^in ton officiel. — Oui, je l'ai fait prévenir de votre visite. Vous êtes resté -eul avec votre mère?

FREYDIERES. — Pendant quatre jours nous avons eu des oncles, des tantes, des cousins, que sais-je? un tas de parents soi-disant éloignés et qui sont toujours là, dans ces circouistanccs. Alors, il a tallu s'occuper de tous ces gens; on est distrait de ses plus chères pensées... c'est un supplice.

CLAIRE. — Oui, lorsqu'on est foicé d'être séparés, la seule chose à désirer, c'est la solitude. Certes, il est cruel de ne pas se voir; mais il est plus cruel encore de ne pas se penser.

FRLYDiÈRES. — Et VOUS, Comment avezvous passé ce jour affreux?

CLAIRE. — Ah! mon pauvre ami, mon mari étaot de mauvaise humeur, ma sœur pleurait, ma bollc-mère était ma belle-mère... je voas assure que ça n'était pas gai.

FRKYDikiiEs. — On a bien raison de dire : jour de l'an, navrant quand on n'a pas de famiUe, odieux quand on en a.

CLAiRB. — Ecoutez donc... Est-ce qu'on n'a pas sonné?

FREYDIERES. — Si, je CIOIS.

Voix d?,ns l'antichambre.

CLAIRE, prrtatit VoreiUe. — C'est quelqu'un pour JCtienne... on n'est pas très tranquille ici.

FREYDIERES. — Voiis u'êtes pas du tout sortie ?

'CLAIRE. — Nou... c'ciit-à-dirc que nous

sommes allés finir l'année chez les Ernstein.

FREYDIERES. — C'est vrai... au fait. Racontez-moi. Comment ça s'est-il passé "-^ ^jme Ernstein avait-elle donné suite à son projet de café-concert ?

CLAiRK. — Mais OUI. M""* Lacorte a dansé une valse renversée avec le jeune Listel, comme s'ils n'avaient fait que ça toute leur vie.

FREYDIERES. — C'était Un joli numéro.

CLAIRE. — M°'^ des Trembles a chanté des chansons gaillardes : M. Loriot l'accompagnait au piano.

FREYDIERES. — Et M""^ Ernstein n'a pas fait sa partie dans ce café-concert ?

CLAIRE. — Elle a ciianté et dansé avec M. de Meillan une jota aragonaise.

FREYDIERES. — H y a eucoae des Pyrénées.

CL.\iRE. — Elle avait un costume qud lui allait à ravir, une jupe trè^ courte.

FREYDIERES. — Naturellement... dans cet ordre de plaisanterie.'^, les plus courtes sont les meilleures.

CLAIRE. — De Meillan était en toréador.

FRETDiÈRFS. — En garde! Ça devait être amusant toutes ces folles qui cabotinaient avec leurs amants-

CLAIRE. — Amusant, non. c'était plutôt attristant !

FREY'DiÈREs. — Ail ! il ii'y a pas que les valses qui soient renversées dans ce milieulà. Pourquoi riez-vous?

CLAIRE. — Je ris pvnrce qu'il y a eu pourtant une chose réellement drôle. Toutes les personnes qui avaient ainsi chanté et dansé se trouvaient tellement bien dans leurs costumes qu'elles les ont gardés après, entre autres la petite M'"'= Plo'tter qui s'était habillée (>n petit tambour de la République, pour chanter des rondes enfantines.

FREYDlkRES. — NoU ?

CLAIRE. — Je vous le jure.

FREYDIERES. — Mais c'est la femme de soixante ans !

CLAIRE. — Oui, et cet accoutrement était si peu en rapport avec son âge qu'il eût paru ironique de lui faire des compliments... Alors, pendant toute la soirée, on a fait .semblant de ne pas s'en apercevoir. Elle a vraiment touché le fond du ridicule.

FREYDIERES. — On VOUS a fait la cour?

CLAIRE. — Oh! non. Lorsqu'une femme aime un homme comme je vous aime, elle est isolée; il y a autour d'elle une atmosphère qui la protège contre toutes les tentatives, comme il y a en elle une force qui la protège contre toutes les tentations. Les gens ne s'y trompent pas.

FiiEYDiÈRES. — Pouit^uit, Einstein est toujours très assidu nuprès de vous?

CLAiiiK. — Oui, quaJKl vous n'êtes pas là. Que voulez-vous? Il a counnencé, il continue sans espoir, c'est un délicat hommage qu'il me rend.

FIIEYDIÈRES. — Oh ! sans esjx>ir. Ernst-ein est de ces hommes qui ont des théories géncs raies sur les femmes : il attend toujours l'heure du muletier.

CLAIRE. — On attend flieure que l'on peut. A^ous n'êtes pas jaloux?

FREYDiÈREs. — Nou... il uo faut même pas, vous, lui en vouloir.

Sur ces derniers mots, Etienne est entré.

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