‹ L'autre dangerChapitre 22 sur 88 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

FREYDIERES, MADELEINE

MADELEINE. — Vous devricz venir avec nous chez les Ernstein.

FREYDIÈRES. — ■ Oh! nou... îl faut que je rentre chez moi... j'ai à travailler.

M.\DELEiNE. — Vous avcz fait un bon voyage ?

FREYDIÈRES. — Très bou.

MADELEi.vE. — Votie mère se porte bien ?

FREYDiÈiŒs. — Aussi bien que possible.

MADELEINE. — • Je VOUS remercie des chocolats que vous m'avez envoyés dans une magnifique boîte... beaucoup trop belle même.

Venez ici que je vous gronde bien fort. Non. sérieusement, vous m'avez gâtée.

FREYDIÈRK.S. — Vous ui'avez déjà remercié : vouK m'avez écrit une lettre charmante.

MADKLKiNK. — Oui, jc crois qu'ellc était elinrmante. Je suis contente de vous revoir; VOU.S n'avez pourtant été absent que huit jour» et il me .semble qu'il y a beaucoup plus longtemps que voiis êtes parti. C'c^st étcmnant comme votre absence a fait un vide ici. Je .suis tellement habituée à vouvs voir, à caiiser avec vous. Alors, vous me manquez... Et puis, vou>s êtes mon ami... n'est-ce pas?

FUKYDiÈKKs. — Mais Certainement. Et «vez-vous reçu beaucoup d'étrennes?

MADELEiNK. — Je n'ai pas à me plaindre. D'abord, maman m'a donné une très jolie bague. Tenez, regardez.

FREYDi'ÈBES. — Eli effet, elle est très jolie.

MAOELEiNE. — Oli ! mauiaii a tant de goût. Papa, lui, m'a. donné un très bel album avec mon chiffre et un fermoir en or, un album qui ferme à clé.

FREYDIÈRES. A clé ?

M.A.DELEINE. — • Oui, c'cst poxir écrire mon journal.

FREYDiÈUEs. — Votro jourual ? Marie Bashldrtseff.

MADELEINE. — • Connais pa.s.

FREYDIÈRES. — Et qu'allez-vous écrire làdedans, sans indiscrétion ?

MADELEINE. — Dauvc, mes pensées, mes imprécisions.

FREYDIÈRES. — Vous avez donc des impressions ?

MADELEINE. — Je ne sais pas... je crois... vous vous imaginez peut-être que je pousse comme une salade.

FREYDIÈRES. — Oh! oh. oli ! une salade... la grossièreté de ça!

m.vdeleinï;. — Mais vous devenez insolent!

FREYDIÈRES. — Alors, VOUS avez décidé c{u"à partir du premier janvier de cette année, vous penseriez, vous sentiriez?

MADELEINE. — A partir du premier janvier exactement, vous l'avez dit et vous ne saviez même pas si bien dire. Oui, j'ai des sensations nouvelles... des pensées sérieuses, graves luèm^... je n'envisage plus la vie comme avant.

FREYDIÈRES, sourictnt . — Vous évoluez?

MADELEiNTi. — Oui... il ne faut pas sourire. Je sais bien que vous me considérez toujours comme une petite fille.

FREYDIÈRES. — Oh! quelle idée. Je n'oserais pas... Quest-ce qui peut vous faire croire ça ?

MADELEINE. — Si, si, VOUS me traitez toujours en backtisch.

FREYDIÈRES. — Oli! oh ! en backlisch... qu'est-ce encore que ce mot-là?

MADELEiNi-;. — C'est un mot allemand qui signifie poisson frit., et c'est par ce mot-là cju'on désigne en Allemagne les jeunes filles dans l'âge ingrat, ou si vous aimez mieux

MADELEINE

.Te n'ai pas a me plaindre.

dans l'âge bête... vous savez les jupas courtes et les nattes dans le dos. Je ne suis plus cette personne-là. Je peux entendre des chc^ ses graves.

FREYDIÈRES. — Je n'en doute pas. Et qu'est-ce qu'on vous a donné encore?

M.ADELEiNE. — Graud'mère m'a donné un bronze, pour orner ma chambre... un bronze artistique, pui.sque ça représente un amour qui fait des bulles de savon. Je l'ai mis sur mon bureau, mais quand graud'mère sera partie, je le fourrerai dans une armoire... Je ne connais rien de plus laid.

FREYDIÈRES. — Ce ii'est pas si laid qu3

Le voulez-vous?... Jo vou:

ça.

MADELEINE

le do7ine.

FREYDIÈRES. — Oh! IIOU.

MADELEINE. — Vous voyez bien. Une bulle de savon en bronze, c'est tout de suite ié' ger... ça a l'air d'un biscaïen.

FREYDIÈRES. — ■ Calmez-vous.. . calmez \ ous !

MADELEINE. — Oui, je le fourrerai dans madeleine

une armoire et ne l'eu retirerai que lorsque plus vieille, grand'mère reviendra. You comprend?

FRETDiÈRES. — Oh ! parfaitement.

M.ADELEINE, V imitant . — Oh! parfaite

ment!

Elle éclate de rire. Claire entre.

Je ne rirai peut-être pas

CLAIRE. — Eh bien ! nous partons.

MADELEI.NE. — Ancllamo!

CLAIRE. — Alors, vous dînez avec nous demain, Freydières?

MADELEINE. — Oli ! quel boiihour ! il dîn(» avec nous.

CLAIRE. — Mon Dieu! comme tu es gaie!

Tu as bien raison, va, tu ne riras pas plus Elle sort, puis Claire suivie de Freydières. Rijeune, deau.

PRABERT. — Qu'est-ce que vous faites la ?

RCTE TROISIÈME

Dix-huit mois après, chez les Erjistein. — U7i petit salon très éléjjant; porte-fenêtre à tjauclie donnant siir le jardin; dans le fond, un escalier par lequel on monte à une (falerie conduisant à la salle de bal. Porte à droite.

Au lever du rideau, deux jeunes gens. Lui/nais et C'icmentier, causent près de V embrasure de la porte-fenêtre qui donne sur h jardin; un troisième, Prabert, vient lu rejoindre.

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