SCENE III
ERXSTEIX, HEYBEÎ^S
ERNSTEIN. — Vous êtes là tout seul, Heybens?
HEYBENS. — Mais oui...
ERNSTEIN. — Vous lie VOUS amuscz pas beaucoup, peut-être?
HEYBKNs. — • Je ne m'ennuie pas. Comme M™" Ernstein a bien chanté! J'ignorais qu'elle possédât ce beau talent !
ERNSTEIN. — Comment, vous ne saviez pas?... C'est vrai, au fait, vous n'êtes plus Parisien.
ni'.YRENS. — Dame, parti depuis huit ans et arrivé d'avant-hier...
ERNSTEIN. — C'est juste... Eh bien! oui. ma femme est passionnée de musique et elle chante gentiment.
HEYBENS. — Elle chante tout à fait comme une artiste. Ça doit être bien agréable pour vous.
ERNSTEIN. — Agréable, oui... il y a les gammes... les gammes. On n'arn.o pas à ce
L'Autre Danerer
résultat-là sans faire beaucoup do gammes Tout se paye.
HEYBENS. — Dites-moi... il nie semble que jo lonnais cet hôtel... est-ce que ce n'est pas l'hôtel de Juliette d'Herblay-'
ER.\STEiN. — C'est lui-même. A l'époque où je mo suis marié, elle a épousé un Roumain qui l'a emmenée dans son pays. Alors, j'ai acheté son hôtel.
UEYBENS. — Oh! mais alors, je crois bien que je le connais. J'y ai fait la fête dans cet hôtel. Vn soir... je me rappelle... on aA'ait 'oien dîné... Un Anglais complètement ivre aA-ait parié de danser en tenant dans sa bouche le canon d'un revolver chargé. Il est tombé, tenez... là... près de cette porte. Le coup est parti et l'homme ne s'est pas relevé.
BR.NSTEIN. — Oui, oui, je sais... on s'y est bien amusé... Vous ne venez pas prendre quelque chose au buffet?
HEYBENS. — Merci, je vais m'en aller... Je suis un peu dépaysé... vous comprenez, après quelques années d'absence... c'est étonnant comme tout change à Paris... Je ne connais plus personne.
ERNSTEiN. — Restez donc. Je vais vous présenter à ma nièce .. c'est cette très jolie personne que vous voyez là, qui a l'air d'un Van Loo.
Il désigne M™^ Lacorte.
HETBENS. — En effet.
ERNSTEIN. — Ail ! ah ! Vous ne voulez plus vous en aller, à présent. D'ailleure, vous l'avez connue quand elle était jeune fille : Floumoune, on l'appelait Floumoune...
HETBENS. — Ah ! c'est Floumoune ! Je ne l'aurais pas reconnue.
ERN'STEiN. — Elle est mariée, elle s'appelle Sl^^ Lacorte. Venez, je vais vous présenter ou plutôt vous représenter. C'est une adorable bavarde, elle vous mettra vite au courant.
Il entraîne Heybens auprès de M™^' Lacorte.