SCENE IV
CLAIRE, MADAME ERNSTEIN, MA- DAME LACORTE, MADELEINE, MA- DEMOISELLE CHOSCOXESCO, HEY- BEXS, PRABERT, UN JEUNE HOMME,
etc., etc.
Prabert entr^" par la porte de droite, suivi de deux domestiques poussant une sorte de traîneau sur lequel sont disposés les accessoires du cotillon.
PRABERT, a\ix domestiques. — Tenez...
mettez ça là... et puis, vous irez chercher les corbeilles... vous les mettrez sur le canapé et sur les fauteuils.
Les domestiques exécutent les ordres de Prabert. M™- Ernstein descend l'escalier avec M"" Chosconesco.
MADAME ERN.STEIN, apercevant Prabert. — Ah ! mademoiselle Chosconesco, voici votre conducteur. (.4. Prabert.) Vous préparez vos petites affaires. Vous avez tout ce qu'il vous faut. ?
l'RABERT. — Oui, oui, madame, je vous remercie.
MADA.ME ERNSTEIN. — Dans combien de temps serez-vous prêts?
PRABERT. — Oh ! dans dix minutes, un quart d'heure, nous pourrons commencer.
(.1 .!/"« Chosconesco.) Vous voj'ez, mademoiselle, tous les accessoires sont là... Nous serons près de la porte et on nous les passera au fur et à mesure.
MADEMOISELLE CHOSCONESCO. — Par qUoi
commeiicerons-nous ?
PRABERT. — Par les arceaux fleuris...
Vous avez votre liste?
MADEMOISELLE CHOSCONESCO. — Oui...
oui...
PRABERT. — Si vous voulcz, uous allous revoir tout ça ensemble.
Cependant, M'"<> Lacorte est entrée suivie d'Heybens.
M.\DAME LACORTE, cu possaiit ouprès âc Prabert. — Comme vous êtes beau, Prabert ! c'est donc vous qui conduisez le cotillon ?
PRABERT. — Oui... oui... ce n'est pas pour mon plaisir, je vous assure.
MADAME LACORTE. — Ni pour le micu. Je vous en fiche mon billet.
Et, poursuivie par Heybens. elle vient s'asseoir.
HEVBENS, très excité. — Oui, c'est bien compréhensible, mettez-vous à ma place... j'ai été si longtemps sevré. Alors, ce bal, cette musique, ces lumières, ces fleurs, ces épaules, ça me grise, ça me grise ! et pour avoir causé seulement une heure avec vous qui êtes si jolie, si sipirituelle et qui devez être si bonne...
MADAME LACORTE. Surtout !
HEYBENS. — Je VOUS aime ; il n'y a pasd'autre mot. Je vous aime avec tout ce que ce sentiment com}x>rte.
M.\DAME LACORTE. — A la bonne heure, vous ne perdez pas de temps, vous n'y allez pas par quatre chemins.
HEY'BENS. — Il n'y en a pas quatre non plus.
MADAME LACORTE. — VoUS êtcS prCSsé...
Ça pourrait s'appeler le retour du prospecteur. Il n'y a donc pas de femmes là-bas?
HEYBENS. — Il y a les congaïes.
MADAME LACORTE. — Qu'cst-cc que c'est que ces animaux-là?
HEYBENS. — A'ous tlitcs bien... Ce sont des petits animaux, des petits êtres passifs €>t sans intérêt... et puis, elles sont jaunes.
MAD.\ME LACORTE. — Oui, je Comprends, je vous fais l'effet du i)n\n blanc après le siège.
HEYBENS. — Du pain très blanc, si l'on en juge par ce qui est en montre.
MADAME LACORTE. — Voilà uu joli compliment de colonial.
HEYBENS. ■ — C'est votrc faute, vous êtes à moitié nue.
MADAME LACORTE. — Vous exagérez.
HEYBENS, plongeant. — Accordez-moi pourtant qu'entre ceci et un corsage montant, il y a un abîme.
MADAME LACORTE. — Il suffit de le remplir.
HEYBENS. — Vous le coniblez, vous nous comble^'..
MADAME LACORTE. — Comme vous avez dû souffrir ! Mais je croyais, au contraire, que dans ces pays d'oîi vous venez, l'amour était un art très perfectionné.
HEYBKNS. — OÙ avez-vous pris ça':'...
MAi).\MË L.\coiiTK. — Duus Ic Kaiiia-Souiva.
HKYHK.NS. — Oh! le Kanui-Soutia, d'aboid c'est très vieux et puis c'est dans les Indes qu'on pratiquait ainsi l'amour. Mais moi, je vous parle de l'Annam et je vous assure que les congaïes ne sont pas des artistes.
MADAME LACORTK. — Je voulais VOUS demander si c'est vrai que, dans ce pays-là... Oh! non, je n'oserai pas.
HKYBENs. — Mais si, osez!
MADAME LACORTE. — Eh! bien... oh! non, je ne peux pas.
HEYBENS. — C'est doiic si effraj-ant?
MADAME LACORTE. — Approchez- vou.s alors... je vous le dirai tout bas.
Elle lui parle à roreille, derrière son éventail. Cependant Madeleine avec son jeune danseur est entrée dans le petit salon et vient auprès de sa mère.
MADELEINE. — Ah ! maman, je te cherchais. Est-ce que Freydières est parti ?
CLAIRE. — Oui. il vient de partir.
M.\DELEiN'E. — Monsicut m'a invitée pour le cotillon, je n'ai jamais dansé le cotillon... Alors je vais être très maladroite.
LE JEUNE HOMME. — Vous VOUS en tirerez très bien... 11 faut d'abord vous familiariser avec les accessoires.
MADELEINE. — C'est ça... Allons prendre une leçon de choses.
Tous deux vont examiner les accessoires. Cependant, Al^ïe Lacorte a cessé de parler bas à Heybens.
MADAME LACORTE. — Oh! VOUS êtes dégoûtant !
HEYBENS. — C'est VOUS qui m'avez demandé.
MADAME LACORTE. — Qucllc liorrcur ! on me l'avait affirmé, mais je n'aAiais jamais voulu le croire. Vous me dites la vérité?
HEYBENS. — L'impure vérité.
M.^DELEiN'E, OU jeuiie homme. — Ah! j'ai oublié mon éventail... je dois l'avoir laissé sur la cheminée du grand salon.
LE JEUNE HOMME. — Je VOUS le rapporte clans un instant.
Madeleine restée seule, continue de regarder les accessoires du cotillon. A ce moment, elle se trouve à deux pas de M™*^ Lacorte et d'Heybens.
HEYBENS, à -1/'"^ Lacorte et regardant ^Jlaire qui cause avec 3/"® Ernstein. — Di-
tes-moi donc? il n'est pas à plaindre, Freydières.
MADAME LACORTE, qui seut Madeleine dans son dos. — A quel propos ditesvous ça ?
HEYBENS. — Parce que je regarde la personne qui cause avec M™" Ernst«in.
MADAME LACORTE. — Quel rapport cela at-il ?
HEYBENS. — Comment, quel rapport?...
lïADELEINE — Est-ce que Freydières