‹ L'autre dangerChapitre 40 sur 88 · JE NE LE CROIS PLUS · texte numérisé non relu

JE NE LE CROIS PLUS

Icment, elles résonnaient en moi. C'était l'écroulement du plus tendre idéal en toi et du plus doux rêve eu lui. Ah! ces paroles, je les aurais entendues toujours ou plutôt j'en serais morte... oui, morte!

CLAiRK. — Ne dis pas ça.

MADELKiNE. — Ail! il n'y a qu'une heure encore, je t'assure que je ne tenais pas beaucoup à la vie... Je me rappelle, ce soir-là, j'étais si heureuse! je venais de causer avec lui et, pour la première fois, j'avais eu la certitude qu'il m'aimait.

CLAIRE. — Comment?

MADELEINE. — Oh! il 116 1118 l'a pas dit... Il est bien trop délicat pour ça, mais tu sais, nous autres femmes, nous ne nous y trompons pas... ça se Sent, ces choses-là; et puis, figure-toi, il m'a fait une scène... oui, une scène de jalousie à propos d'un imbécile avec qui j'avais dansé... un nommé Prabert... Prabert, je te demande un peu... c'est fou ; il s'est repris tout de suite, naturellement... N'empêche qu'il s'est mis en colère... et j'étais si contente... Et puis, quelques minutes après, il a fallu que ces gens... Ah! c'est affreux. Alors, je m'expliquais sa réserve avec moi, sa froideur depuis quelque temps et pourquoi il ne venait plus si souvent à la maison, comme s'il voulait m'éviter, me fuir... Et puis, surtout, cette pensée qu'une chose pareille était l'obstacle à mon bonheur.

CLAIRE. — Mais tu ne le crois plus, maintenant ?

MADELEINE. — Nou, je ne le crois plus.

CLAIRE. — Ah! tu ne le dis pas bien.

MADELBiN-E — Nou, ça ii'est pas vrai, ça n'est pas vrai... ïu me l'affirmes... tu me le jures?

CLAIRE. — Oui, je te le jure.

MADELEINE. — Sur ma vie?

CLAIRE. — Oui, sur ta... (Elle se reprend et dit :) ou plutôt sur ton bonheur, car, vois-tu, la vie sans bonheur, ce n'est rien, sur ton bonheur...

MADELEINE. — Mais moii bonheur, c'est d'êti'e sa femme !

CLAIRE. • — ■ Puisque tu l'aimes et qu'il t'aime, tu seras sa femme... me crois-tu maintenant?

MADELEiN'E. — Oh! oui, maman... je te demande pardon. Ah ! si tu savais quel poids de moins j'ai là. Je respire, je revis, je vais bien me porter, je le sens, je te le promets. Tu n'auras plus de chagrin à cause de moi, je ne te ferai plus jamais pleurer.

A ce moment, la femme de chambre entre.

MARIE. — Madame, c'est M. Freydières qui désire parler à madame.

CLAIRE. — Dites à M'"" Clienevas do venir... on fera entrer M. Freydières quand jo sonnerai.

MARIE. — Bien, madame.

Elle sort.

MADELEINE. — C'est lui, lui, je ne veux pas le voir... je me sauve. Que vas-tu lui dire?... Surtout interroge-le adroitement... n'aie pas l'air de me jeter à sa tête. Enfin, je m'en rapporte à toi. ]\Ion bonheur est entre tes mains.

CLAIRE. — Tu poux t'en rapporter à moi.

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