LAMBERT, PIERE, MARIE
LAMBERT, oux eiifunts. ■ — Vous allez me faire le plaisir de rester ici et surtout de ne pas pleurnicher comme ça... Jouez-là sans faire de bruit.
MARIE. — Nous n'avons pas envie de jouei'.
LAMBERT. — Eh bien ! lisez, regardez les images, faites oe que vous voudrez... mais surtout restez trajiquilles, vous m'avez compris ?
Le Torrent
Xes enfants vont sans bruit chercher un grand livre -lue Marie ouvre sur ses geiaoux. Pierre s'asied à côté d'elle et tous deux semblent s'occuper à regarder les images ; Lambert se promène à grands pas dans le salon, puis s'installe à l'autre bout de Ih pièce, à une table. Il commence une première lettre qu'il déchire,
MARIE. — Je ne sais pas.
PIERRE. — Quand est-ce qu'elle reviendra?
MARIE. — Je ne sais pas.
PIERRE. — Si nous allions la retrouver?
MARIE. — Nous ne savons pas où elle est.
VALENTINE - .Vdiev, mes pauvres petits, adiev
puis il en écrit une autre, et quand il parait bien absorbé dans cette besogne, les enfants 3'enhardissent à parler tout bas.
PIERRE. — Où qu'elle est, maman.
PIERRE. — C'est vrai.
LAMBERT, levout lu télt. - Chut ! Parlez plus bas!
MARIE. — Papa est méchuut... c'ebt Iji
Le Torrent
qui fait pleurer maima.n, c'est lui qui l'a rencoyec. Je le déteste, je ne veux plus qu'il m'embrasse.
PIERRE. — Moi non plus.
MARiK. — Tu dis ça et puis tu te laisseras faire, tu es moins entêté que moi d'abord, parte que je suis une fille. Moi, je ne me laisserai pas embrasser.
i»ikrrp:. — Oui, mais moi, quand je serai grand, j'aurai un fusil, et je défendrai maman.
marie. — En atteiidant, tu ne «ais pas ce qu'on va faire?
piERRj;. — Non.
MARIE. — On* n'apprendra plus ses leçons ; on ne fera plus ses devoirs, on désobéira tout le temps... on sera insupportables.
PIERRE. — Oui, oui, c'est ça.
MARIE. — Il ne faut pas dire oui, oun, et ne pas le faire... Jure-le-moi.
PIERRE, très fjrave. - — Je te le jure? [Il fait le signe de la croix et crache en étendant la main; mais pris d'un scrvpule:) Estce qu'on sera aiussi méchant avec l'abbé Bloquin?