LA DERNIÈRE FEUILLE DE MON CARNET
4 septembre 1885.
Nous allons prendre le paquebot du retour. Les manifestations du départ revêtentle plustouchant caractère. Je défierais le plus sceptique de se défendre contre l'émotion devant ces adieux en vers et en prose, avec ou sans musique, dans la rue, dans la presse ou à table, qui s'adressent à tous et à chacun, qui se répêtent en groupe et isolément, sur le port aussi bien qu'au palais du Gouvernement et à la
Mairie.
La Nouvelle-France nous crie, par cinquante mille bouches : « Ne nous laissez pas oublier par la grande France! Dileslui, vous qui retournez à elle, combien l'aime sa jeune sœur! »
Hélas ! des affections et des souvenirs, voilà tout ce qui nous reste ici! Cette pensée tourmente le cœur, quand on s’éloigne des cités amies, qui nous saluent de leurs tendres et brillants adieux!
Ces frères si affectionnés,nous les avons perdus !
Et quels frères!
« Jamais, écrivait le dernier gouver- « neur français du Canada, le marquis de a Vaudreuil, aux ministres du Roi, ja-
« mais peuples n’ont élé aussi dociles,
« aussi braves et aussi attachés à leurs « princes! »
Le vapeur siffle.
Un membre du Parlement fédéral, M.T..., me jette ce dernier mot, qui, dans sa brièveté gracieuse, résume toutes nos pensées :
— Au revoir, ami, au revoir, ici ou en
France : — deux chez-nous !
LA BIEE
Pages.
AVIS AU LECTEUR I I. L'accueil . 5) IT. La Capitale. — Le Gouvernement. 17 LIRE Cost hbErIé 33 IV. La colonisation. — Le Roi du Nord. 49 V. Comme en France. 63 VI. Québec. — Le clergé. — La littérature. 75 VII. Montréal . | 99 VIIT. La nature. — Les sauvages. -— Riel. 412 La dernière feuille de mon carnet. 147
Paris. — Soc. d'impr. PAUL DUPONT (CL) 130.1.86.