SCÈNE IV
ELSIE, JEANNE, nmenée par MEG- ELSIE.
C'est vraiment vous qui venez de la part de ma belle-mèro?
Oui, madame.
ELSIE
Laisse-nous , Meg. (Meg son.) Comment vous nommezvous, mademoiselle?
JEANNE
Jeanne Fayet. J'ai été élevée au château de Mérangis. Je suis la fille d'un vieil intendant, mort au service de la famille. Madame la comtesse a bien voulu me donner elle-même un peu d'instruction et faire de moi la gouvernante de sa maison. Voici ma lettre de créance.
ELSIE, lisant.
Oui, vous êtes bien la personne qu'elle m'annonçait. Elle a toute confiance en vous. Elle vous estime, elle vous aime. Comme elle parait bonne, madame de Mérangis!
JEANNE
Oh! oui, bien bonne ! Aussi on l'aime !...
ELSIE
Elle est pourtant... très-rigide?
J EANNE.
Pour elle seule.
l'KOLOGUK 'à
ELSIE
Sa dévotion...
JEANNE
N'est que tendresse el charité.
Elle aimera mon Hélène?
JEANNE
Elle vous chérit ij'-jù toutes deux.
ELSIE, troublée.
Je voudrais vous taire une question... Je no sais si vous pourrez y réjtondre, si vous croirez devoir. ..
JEANNE
Je crois pouvoir répondre à tout.
ELSIE
Eh bien... est-ce qu'elle a été heureuse en ménage, ma belle-mère ?
JEANNE
Non, madame.
ELSIE
Ah! son mari, le père du niien...V
JEANNE
Fut infidèle publiquement. Je ne trahis point un sccrei.
ELSIE
Et... elle lui pardonnait""^
JEANNE
Elle l'a lendremenl soigné et jamais elle ne s'e.-t plainte.
Ni vengée ?
Oh ! madame!.,.
KLSIE.
Pardon 1 J'ai la fièvre, je ne sais pas toujours quels mots j'emploie. Je voulais dire qu'elle ne s'est jamais découra- £îce?...
JEANNE
De respecter ses devoirs? Jamais ! Mais Texpériencc du malheur lui a donné la sublime indulgence.
ELSIE
Oui. Ses lettres m'ont toujours rassurée et consolée. Elle m'appelait, elle nrattendait aussi. Ah! si je pouvais partir avec vous ! Dites-moi^ c'est un beau pays, la Provence ?
JEANNE
Il y fait chaud, même en celte saison.
ELSIE
Est-ce que, si je mourais sans revoir nm fille?... On necontrariera jamais son inclination, n'est-ce pas?
JEANNE
Au nom de ma chère dame que je connais bien, je vous jure que non.
ELSIE
Et l'entanl ne s'ennuiera pas ? elle ne sera pas trop seule?
JEANNE
Elle aura un protecteur, un compagnon, le jeune Marcus de Mérangis, petit-neveu de madame, orphelin qu'elle a recueilli et qu'elle élève. Nous ne sommes qu'à une lieue de la ville. Le médecin, le précepteur, le maître de musique viennent tous les jours. Votre fille sera soignée, instruite, aimée; et, au printemps prochain, vous serez plus forte, madame, vous viendrez vous assurer de tout cela. S'il faut revenir vous chercher, voilà que je connais le chemin et je vous soignerai avec tout le dévouement que vous savez inspirer à première vue.