ACTE PREMIER. Il
T A D D E 0 . avec un soupir.
Amants aériens, peut-être qu'où vous êtes
II' n'est point de fâcheux pour déranger vos fêtes !
Nul théologien ne vient vous désoler;
Vous pouvez librement vous voir et vous parler.
ANTONI.V
Oh! s'il est vrai, montons où le bonheur habite! Dans un rayon d'étoile emporte-moi bien vite ! Viens ; cherchons cet Eden ; soit vers les régions Où l'œil de Sirius lance de bleus rayons, Soit vers la Lyre d'or, soit aux rives où nage, Parmi les flots Lactés, le Cygne au blanc plumage ! Et vous, accueillez-nous, soyez-nous bienveillants, Hôtes mystérieux de ces mondes brillants! Sans doute on voit chez vous tant et tant de merveilles. Qu'à peine dans un songe on en voit de pareilles: Des cercles de rubis ceignent vos horizons ; Des oiseaux inconnus chantent sous vos buissons ; Un vent frais, murmurant dans les nuits échauffées. Fait frémir les roseaux où chuchotent des fées ; La lune, toujours pleine en un ciel toujours pur, Change en frissons d'argent les plis des lacs d'azur;
12 GALILEE
Une langueur descend des cimes vaporeuses ;
Le silence du soir prend des voix amoureuses ;
L'air enivre; la source exhale des soupirs;
Et dans les creux vallons, hantés par les zéphirs,
Des parfums, des clartés molles, des harmonies
Enveloppent l'hymen de deux âmes unies.
— Quel rêve, Taddeo! quel malheur, n'est-ce pas?
Qu'il referme son aile et retombe ici-bas!
Ah ! la réalité nous entoure et nous presse ;
Les groupes plus nombreux se rapprochent sans cesse.
Adieu, mon bien-aimé.
Elle sort.
TADDEO, la suivant des yeux.
Va, ma chérie! Adieu!
Que la Vierge et les saints te suivent en tout lieu ! Tu pars, en me laissant un bien-être céleste; Le soleil disparaît ; le crépuscule reste ; L'endroit où tu n'es plus est encor plein de toi; Je garde ton image et ton accent en moi, Et je veux me plonger en moi-même et m'y clore , Pour n'y voir que toi seule et t'écouter encore.
11 va s'asseoir sur le banc.