SCÈNE II
TADDEO, absorbé dans sa rêverie; VIVIAN, ALBERT; Groupes, au bout de la rue.
ALBERT, allant à Vivian, qui est arrêté dans la rue.
Que fais-tu , Vivian , et dans ce carrefour Que font tous ces gens-là?
VIVIANj montrant la tour au fond du théâtre.
Nous regardons la tour.
ALBERT
Qu'y voit-on?
VIVIAN
Un spectacle auguste : Galilée Plongeant son télescope en la nuit étoilée.
ALBERT
Bah! ce n'est qu'un morceau de verre, un hochet vain.
VIVIAN
C'est un tube magique, Albert, un œil divin
Qui , dans les profondeurs des cieux inaccessibles ,
Révèle aux yeux humains les mondes invisibles
14 GALILEE
Sache que la lueur des astres découverts Éclaire d'un vrai jour Tordre de l'univers : Jupiter nous instruit; ses lois nous sont communes; Comme autour du Soleil il tourne avec ses lunes, Notre Terre , qu'emporte un mouvement pareil , Avec sa Lune aussi tourne autour du soleil.
ALBERT
Mais Aristote affirme...
Eh! qu'importe Aristote?
Faut-il jurer par lui, même quand il radote? Il pensait librement; faisons donc comme lui, Et voyons par nos yeux, non par les yeux d'autrui.
ALBERT
Ami, sur ces hauteurs je n'ose pas te suivre;
J'y crains cet air trop vif dont ton poumon s'enivre;
Où ton esprit s'exalte un vertige me prend ,
Et pour mes faibles yeux l'horizon est trop grand.
Prends garde, en t'clevant par-dessus toute chose,
De franchir les confins que l'autorité pose, ,
Et songe, retenant ton bras déjà tendu,