ACTE DEUXIÈME
Laissez, au gré de Dieu, laissez errer les mondes; S'il couvrit leur secret de ténèbres profondes, Si pendant cinq mille ans nul œil ne l'a vaincu, On peut bien vivre encor ainsi qu'on a vécu. Quand il en sera temps, le maître des étoiles. Comme il sut les baisser, saura lever les voiles; Ne prenez pas un soin que Dieu s'est ménagé. Et veillez sur l'enfant dont il vous a chargé. Quoi! vous avez chez vous ce charme, cette grâce, Et vous vous souciez des choses de l'espace ! Ah! plutôt qu'une larme obscurcisse ses yeux, S'éteigne le soleil et s'écroulent les cieuxl
A.NTONIA.
C'est assez, Taddeo; n'accusez pas mon père; Il se doit à son nom et fait ce qu'il faut faire; Ou, si vous l'accusez, condamnez-moi d'abord. Car je suis sa complice et nous marchons d'accord. — Va, mon cher Taddeo, va; suis ta destinée. Et laisse-nous la nôtre à l'honneur enchaînée. Nous étions deux enfants, mon ami, qui, tous deux, Suivions ingénument la pente de nos vœux ; Nous ignorions alors qu'on n'est pas sur la terre Pour le rêve attrayant, mais pour la lutte austère.
68 GALILÉE
Il m'aurait été doux, Taddeo, d'être à toi;
La fortune en ordonne autrement; mais, crois-moi,
Elle lui tend la main.
Cette main n'ira pas dans celle d'un autre homme. Adieu. Sois courageux. — Et nous, mon père, à Rome!
TADDEO, à Antonia.
Quoi ! de ce coup mortel vous frappez nos amours ! Vous !
A Galilée , après avoir attentivement regardé Antonia.
Voyez sa pâleur, qui dément ses discours ! Elle se sacrifie ! Ah ! cœur trop magnanime !
A Galilée.
Osez-vous accepter, cruel, cette victime!
G.iLILÉE.
Qu'il est heureux, celui qui voit le droit sentier, Et peut au devoir clair offrir un sang allier ! Dieu ! quels rudes combats il faut que je me livre ! Mis entre deux devoirs, quel des deux faut-il suivre? Je ne puis me tourner vers l'une ou l'autre loi, Sans blesser la nature ou sans trahir ma foi : Ma fille d'un côté, la vérité de l'autre, Me font ou mauvais père ou déloyal apôtre.