ACTE TROISIÈME. 8J
NICCOLI.NI.
Cédez!
LIVIE
Etes-vous donc de pierre, Que vous ne soyez pas touché de leur prière !
GALILëE, se levant.
Ah ! vous ne savez pas ce que vous exigez ,
Quel principe vital en moi vous égorgez !
Ce qu'on demande est plus que mon sang; c'est mon àme,
Ma force, ma raison d'être, ma foi, ma flamme.
Chaque vie a son but, et c'est pourquoi l'on vit;
Tout ploie et croule en nous , dès qu'on nous le ravit.
A Niccolini.
Supposez votre duc détrôné par le pape ;
A Taddeo.
Suppose, Taddeo, qu'Antonia t'échappe; Eh bien , le déshonneur du souverain chassé , Les transports furieux de l'amant remplacé, Rage, déchirements, honte, angoisses suprêmes. J'en ressens les effets autant et plus qu'eux-mêmes- J'ai comme eux ma maîtresse, et j'ai ma royauté : La Science ! J'adore à genoux sa beauté ,
82 GALILÉE
Et vous pouvez juger de quel coup l'on me tue.
Quand on veut, Dieu puissant, que je la prostitue 1
Comment, l'ayant vouée à ce public atlront,
Oserai-je paraître et relever le front?
Et dans quelle impudeur trouverai-je l'audace
D'aborder désormais mes disciples en face?
(( Le voilà, diront-ils. celui qui lâchement
Renia sa croyance et son enseignement ,
Et qui. pour prolonger d'un jour son agonie,
Souilla ses cheveux blancs de cette félonie !
Ee voilà l'apostat qui , des faveurs d'en haut
Tenant la vérité, vend ce sacré dépôt!
Par la honte attachée au gardien qui déserte
Il détruit tout l'honneur c|u'obtint sa découverte.
Va te cacher, vieillard, de qui les derniers ans
Enseignent le parjure infâme aux jeunes gens ! »
— Ils parleront ainsi; que pourrai-je répondre
Il montre l'acte d'abjuration.
Devant mon propre seing chargé de me confondre? Connaissez-vous l'écrit qu'on m'oblige à signer? Soupçonnez-vous à quoi je me dois résigner?
Lisant l'acte d'abjuration.
« Moi, Galilée... agenouillé devant vous... j'abjure, je maudis et je déteste les erreurs et hérésies susdites... »