‹ L'autreChapitre 47 sur 150 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

pouvez pas; d'ailleurs, vous ne sauriez prouver que vous êles le père...

MAXWELL

Malgré vous... malgré moi, d'autres le prouveront.

D'autres?

La preuve existe.

JEANNE

Quelle preuve ? Il n'y en a pas !

MAXWELL

Il y a des lettres surprises, volées peut-être, par Hilda Sinclair, la seconde femme du comte.

JEANNE

Mais le comte ne s'en est pas servi, il ne s'en servira pas. 1 craignait trop le ridicule...

MAXWELL

Sa veuve s'en servira !

JEANNE

Sa veuve?

MA XWELL.

Il est sérieusement malade, et je ne pourrai pas détourner le coup fatal qui menace la prétendue grand'mère... On la forcera de désavouer Hélène, il faut donc que je sois là, moi qui ne veux pas la désavouer, mais qui suis prêt à dire, dès qu'elle sera menacée: « Rendez-moi celte enfant, elle est à moi, je la veux, je l'adore, je la réclame et je l'emmène ! «

JEANNE

Ah ! c'est cela ! vous voulez nous la prendre, j'en étais sûre! Mais nous ne le voulons pas, nous, elle est à nous qui

o2 L'AUTRE

l'avons élevée, à moi qui l'ai sauvée... Ahl vous prétendez l'aimer autant que nous !

MAXWELL

Plus que vous mille fois! car vous avez vécu d'elle, et moi, je n'ai vécu cpie pour elle !

JEANNE

Vous?esl-ce que, pendant dix ans que vous n'avez pas reparu, vous songiez à elle?

MAXWELL

Ah ! vous voulez savoir ce que je faisais pendant que je vous laissais croire à ma mort? levais vous le dire, Jeanne! je me faisais une existence. Je souffrais et je travaillais pour elle. C'est pour elle que, pauvre et seul, j'ai résisté à une longue agonie, au désespoir, à la folie! pour elle que j'ai combattu l'épuisement, l'obscurité, la misère, toutes les douleurs, tous les obstacles! Dieu m'a aidé, j'ai tout supporté, tout vaincu, la mort et la vie! En dix ans, je me suis fait une fortune et un nom ; je me suis fait libre et puissant dans le monde; et tout cela pour elle seule, pour elle qui l'ignore et ne peut m'en tenir compte... Ah! ma. tendresse vaut bien la vôtre, et, s'il faut que je vous cède l'amour et la reconnaissance de ma fille, c'est à la condition qu'elle ne subira pas une autorité nouvelle, et que vous ne lui donnerez pas pour maître un homme incapable de l'apprécier.

JEANNE

Mais elle l'aime ! j'en suis sûre, moi ! elle l'a aimé dès son enfance.

MAXWELL

N'est-ce pas vous qui le lui persuadez? Jeanne, je vous semble ingrat, et le ciel m'est témoin, pourtant, que vous êtes dans mon cœur à côté de ce que j'ai de plus cher! mais, quand il me semble que voire bienveillance s'égare et que votre lumière ne suffit plus, je reprends mon droit, et, dusséje briser le doux passé que vous avez fait à ma fille, je m'op-

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