LE PROTESTANTISME
11 est peu de pays où la religion se mêle autant aux actes de la vie. Elle inscrit les naissances, fait les mariages, règle l'esprit de famille et préside continuellement aux élections, où le reproche d'irréligion est d'ordinaire fatal aux candidats. Le protestantisme a fait ce peuple ce qu'il est; il lui a donné sa forme politique, et a inspiré jusqu'à sa législation criminelle.
Une multitude de sectes se partagent le territoire de l'Union.
Voici le nom des principales :
Les Baptistes.
Les Méthodistes abolitionnistes.
Les Méthodistes non abolitionnistes.
Les Presbytériens de la vieille école.
Les Presbytériens de la nouvelle école.
Les Congrégationalistcs.
. Les Épiscopalieus.
Les Universalistes.
Les Luthériens.
Les Amis.
Les Unitairiens.
Les Dunckers.
Les Swedemborgiens.
Les Membres de l'Église libre.
Les Chrétiens de la Bible, etc., etc.
Ainsi, voilà une foule de sectes sorties du vieux tronc catholique,- en moins de quatre siècles, grâce à la suprématie du sens privé. Plus de la moitié de ces Églises dissidentes ont reçu leurs croyances du vieux monde, de l'Angleterre surtout. Les autres, nées sur le sol même de l'Union, sont d'une origine toute récente. Les Mormons datent d'hier; le fondateur du Millérisme était encore, il y a quelque temps, à la tête de ses adhérents; les villages monastiques des Trembleurs s'achèvent à peine; il y a peu d'années, l'apôtre du campbélisme était engagé dans une grande et solennelle discussion religieuse avec Févêque catholique de Cincinnati; beaucoup d'Américains se souviennent d'avoir vu passer John Wesley par les villes et les hameaux, une Bible sous le bras, prêchant, comme en Angleterre, contre l'Église établie ; enfin une foule de gens ont eu occasion d'entendre l'un des premiers orateurs de l'unitérianisme, M. Fornex, nier, comme Arius, la divinité du Christ. N'y eut-il pas, au mois de mai 1845, à New- York, une grande assemblée dans laquelle on attaqua ouvertement, non pas le catholicisme en particulier, mais le christianisme en général, au nom de la civilisation, dont cette secte nouvelle l'accusait de contrarier la marche? Je
ne parle pas d'une multitude de ministres qui, pour de petites raisons de doctrine ou d'intérêt particulier, sortent chaque année des grandes communions protestantes, et se bâtissent à part une Église qui ne doit jamais durer plus qu'eux. C'est chose fréquente aux États-Unis, dans les grandes villes principalement, que d'entendre désigner les temples par les noms des ministres; et, en effet, le dogme qui s'y prêche se distingue, par quelque point, de tous les dogmes connus. Un prédicateur baptiste, M. Burrows, ayant été censuré par l'autorité ecclésiastique de sa secte pour avoir pris part aux émeutes de Philadelphie contre les catholiques, se sépara incontinent de ses coreligionnaires, condamna leurs croyances, et, de son autorité privée, ouvrit une nouvelle Église. Elle fut bientôt remplie de fidèles; car, aux États-Unis, il n'y a pas d'enseignement religieux si absurde qui ne trouve des disciples de bonne foi.
Pourquoi cela? Parce que le protestantisme, qui domine en Amérique, est impuissant à remplir le cœur de l'homme. 11 ne sait pas lui donner la certitude de son avenir. Celui-ci quitte une secte pour en suivre une autre; celui-là imagine une nouvelle croyance; la plupart courent à ce qui est nouveau, dans l'espoir d'y trouver l'appui qui manque à leur foi ; c'est en vain : la nuit continue toujours à les envelopper.
L ACTKE MONDK 20«
Le Uroil de libre examen règne par toute Union» Les conséquences donl il était gros étonneraient Tort aujouru"hui 3 ce me semble, ceux qui jadis le professai eut 1rs premiers; même Luther, qui écrivit contre Carlostadt; même Calvin, qui lit brûler Servel. 11 a marché pltti vile 1 Amérique (pu partout ailleurs; sous le régime répulieu in que sutis l'ancien régime colonial; dans les nouveaux États de l'ouest que dans les vieux Étala de l'esl ri u sud. Les libres penseurs (/) pullulent parmi les populations des vallées de l'Oluo et du Mississipû Là naissent les théories les plus étranges, les pratiques les plus hizunvs; là sont les Munnum, les Tremhleurs, les Campbèlistes ; les Whodhtes y ont leurs bruya n g& ; lu èert wen y
mda Nevv-Hannony., et les rouriéristes y eurent plus d'un phalanstère. Tout y est possible, tout s'y fait, parce qu'il '\ a jamais eu ni autorité ni tradition.
Les états de l'est et du sud n'oul pas subi en vain Y influence européenne avant la révolution; ils ont gardé quelque chose de ce contact Les mœurs y sont plus calmes, les habitudes plus lixes; mais partout règne une sombre inquiétude, un désir continuel de changement; personne ne reste en place, personne n'esl content de son sort. C'est une agitation sans lin dans le monde moral connue dans le monde physique; ils essayent SOCfi cesse de 'aux systèmes et sent toujours en roule; il se sont xmnifiés dans deux inventions éminemment américaines : la \apeui et la télégraphie électrique,
ries, il faudrait être peu habitué h rapporter les eon-
oi\ principes pour attribuer cri état de chose
i in (orme seule du gouvernement. Le gouvernement lui-
même n'est qu'une conséquence d'un principe plus ancien que lui : la négation de l'autorité. Le peuple est trop gouverné 1 , voilà la maxime du parti qui a élevé M. Pierce à la présidence. Les théories protestantes contre la suprématie spirituelle ont fini, on le voit, par envahir le temporel. L'indépendance est entrée à leur suite dans la famille aux dépens de l'autorité du père, et dans l'État au préjudice de Tordre public. Elles exercent une influence énorme sur toulc la société, atteignent chaque génération, et s'emparent de l'homme à chaque station importante de la vie.
Il est impossible d'étudier la marche du protestantisme sans se demander d'où il vient. La carte de l'Europe à la main, je le trouve fortement enraciné au sein de presque toute la famille germanique, tandis que les peuples d'origine slave ou romaine lui ont échappé. C'est que le protestantisme était dans les mœurs des Germains bien avant Luther. Tacite avait déjà remarqué leur esprit d'indépendance, leur goût pour l'isolement. L'individu construisait sa demeure au milieu des bois, loin de tout voisin*; le
1 Le Globe, de Washington, organe officiel du président Martin van Buren, portait ces mots, en forme d'épigraphe, à côté de de son titre.
2 L'émigrant allemand est fidèle à ce passé. Il se fait remarquer, entre tous, par son penchant pour la solitude. Il est rare qu'il s'arrête dans les villes ; il s'enfonce dans la grande forêt avec 8a famille, bâtit sa cabane bien loin, au bord dp quelque cours
guerrier suivait le chef de son choix. La société, au lieu de s'appuyer sur l'autorité, se conservait par la puissance des mœurs.
Celte sorte de souveraineté de l'individu dans les choses matérielles était un acheminement à l'empire que l'auteur de la Réforme lui fit usurper dans le domaine spirituel. Gomment expliquer sans cela l'imiriense succès de la révolution religieuse chez tous les peuples de même origine? Elle s'empara presqu'à son début de la plus grande partie de l'Allemagne, de toute la presqu'île du Nord, de la Suisse et de l'Angleterre, tandis qu'elle n'a pu s'établir ni en Espagne, ni en Portugal, ni en Italie. Elle a perdu beaucoup de terrain en France; les provinces qu'elle y a conservées sont, pour la plupart, d'origine germanique.
Ce désir d'indépendance est allé croissant depuis l'émancipation des âmes décrétée dans la Confession d'Augsbourg. I^es sectes l'ont entretenu sans. relâche, comme si elles savaient d'instinct que leur avenir en dépend. Ses conséquences ont profondément marqué la société en Amérique.
Les liens de famille sont faibles; j'ai eu déjà l'occasion. de le faire remarquer. Les époux peuvent à leur gré faire entrer le divorce dans le ménage. Le père n'a pas d'autorité sur le fils; les mœurs et la loi s'accordent à l'en dé-
d'eau, et passe sa vie à cultiver laborieusement son champ. Cette vie solitaire est l'îudépendance absolue, une sorte de protestantisme complet. Les Irlandais, au contraire, ne peuvent supporter l'isolement; ils se fixent dans les villes et travaillent en commun. La même influence de race agit sur les Français. Volney a écrit, à propos de leurs pauvres établissements d'Amérique, qu'ils étaient trop sociables pour réussir dans la solitude.
pouillcr. Le fil* dit à son père monsieur; il n'app;
bien souvent ni à sa religion ni à son parti. 11 entend
dire dans son temple celui où son père va prier : ifc
presque rien de commun. Le père, de son côté, tra
fils comme un étranger. Si celui-ci gagne de l'arg
lui fera payer sa place à taole et son coin au foyei
se dépouillera jamais pou" aider à son établissent
son mariage, comme à toutes les autres époques de
il l'abandonne à ses propres ressources. 11 le pousst
lontiers à aller chercher fortune ailleurs : au Texa
TOrégon ou en Californie. Ils sont à peu près cert
ne plus se revoir, et ils ont les yeux secs en se se]
tant ils sont restés moralement étrangers l'un à l'ai
Les relations de la mère avec la fille sont pires i
L'opinion publique est toujours pour celle-ci conta
là, qui ne pourrait viser à la surveillance sans ena
blâme général 1 . La mère ne doit pas même songi
compagner sa fille au bal ou dans ses visites : elle r
pas reçue dans le monde où va son enfant. Force
donc de se résigner à la voir maîtresse absolue de
tions, marcher sans guide, sans soutien naturel, r<
destinée toute seule, bien souvent malgré tous.
La domesticité n'y revêt pas le même caractèi Europe. Le serviteur, s'il est Américain, se c< comme s'il était l'égal de son maître. Il récla égards*; il regarde certaines parties du service
* Les ménages franco-américains y sont rarement parce que le Français ne peut souffrir de ne pas avoii contrôle de sa famille.
' Le maître lui dira sir (monsieur); mais cela n'imp
LWirntE monde m
Indignes «le lui, en sa qualité d'homme libre. Il n'est nulle part domestique dans l'acception du mot; il y a même .. des tëlaU où il n'eu soutire pas la qualification : à la Pfoils-Orléans, les domestiques libres s'appellent mgù 16 pareille organisation «le la famille donne à Ittat membres difficiles à gouverner, Cuits de leurs droits, rants de leurs devoirs, incapables d'aucun sacrifice à «iieni mu à l'intérêt national, H n'y a pas un seul emploi gratuit, une seule fonction honorifique dans toute la iérarchie ^«»u\erncinentale. Lises l'histoire de ce peuple : est-il jaimiis dévoué à quelque grand principe d'humanité? A-t-il jamais sacrifié ses intérêts matériels au triomphe d'intérêts plus grands? Il s'est toujours hattu pour de l'argent. L'indépendance est née d'une question ul ; hy gUGlTe de 1813 était une guerre au prolil de> pitaux. Si la irance n avait payé vingt-cinq millions, il «ns scrupule et sans remords attaqué la France. me ne \eut être soldat ni matelot dans un pays sujettissements de la discipline soiH
lavage déshonorant. L'armée el ta
arinc se recrutent parmi les éli eu et
ns lendemain, pour la plupart appelés snus le drapeau
par TappAt du salaire. Mais l'élan et 1 intrépidité, qui sont
les vertus des mercenfttrefl de tous les pays^ ne sauraieoi
remplacer toujours le renoncement de sui-même en fa\eur
grand tout, seule hase sur laquelle une armée |
re organisée. Si les Américains avaient lu folie de rtfh
tnoimlrc po&teflSCj car l'Américain
et ion u?tlave.
gager dans dans une guerre sérieuse, ils s'apero bien vite dé cette vérité.
Mais il y a une autre raison qui éloigne les Yai métier de soldat. Hommes d'affaires ayant tout, ils mieux travailler pour eux derrière un comptoir qui servir l'État sous le drapeau. Le culte des intérêl HgIs est consacré en Amérique par une religion dieu n'est ni le dieu des armées, ni celui du sacrif cime nation civilisée n'a moins de défenseurs p* propres enfants. Ses officiers ne sont même pas 1 tifs. Ceux qui lui appartiennent sont assez som héros d'insubordination, des célébrités de cou tiales.
L'indépendance individuelle est un levain angl que le protestantisme a fait fermenter dans la fa dans l'État. Le jeune homme, émancipé avant \ contrôle domestique, est plus entreprenant, plus au que l'Européen; il travaille par lui et pour lui d heure; sa capacité, dont il est seul juge, suit ain: ture et devance les lois 1 ; mais le sentiment de s* personnalité l'aveugle : il n'y a que son ignorance chez lui à la hauteur de sa vanité.
La famille se déplace comme l'individu, sans reg la pierre refroidie de l'âtre. Les routes, au printem couvertes de leurs charrettes et de leurs troupeaux d< conduits par des hommes armés de carabines. Lei
1 Aussi la loi commune, dans sa partie criminelle , ex qu'on prenne pour règle la capacité de l'individu et non Blackstone mentionne plusieurs enfants de huit et dix an pour meurtre et incendie.
1,'AUTKE MONDE ill
a laissent le toit patenul pour se joindre au\
jui.Mils, continuellement en marche 1 a, La mobilité de la famille luit naître ainsi t l "iMkjn-nush 1 , dans Le désert américain, une foule d'États duul non? avons à peine le temps d'apprendre 1rs notas» lion, qui peuple et défriche 1 ni ion paya jusqu'à la nier Pacifique, est h maille pas pour elle. Elle D |ue l'instrument d'une occulte et puissante volonté, Quand ille uira p Mitas chose* Hia&étiriteneatj elle I
a une société nouvelle et supérieure» qui viendra, innée d'idées justes et de principe- tues, choses qnr udle-l.i h i jamais connues.
ujus tenons encore à la glèbe par habitude i ribh ni- ,i des lions de ménagerie qui ne savent Dftix de leur cage ouverte. Les familles sont iinniouu petit nombre d'individus savent à peine se déi sol. ,1e me trompe, ce n'est pas un détacheaenl, mais plutôt un déplacement auquel l'esprit de lonne un caractère ordinairement momentané.
: éprouvons-nous beaucoup de difficultés à attirer nationaux, en nombre suffisant,, pour occuper nos coloci vilement, c'est-à-dire utilement. L'Algérie doit à la i f Allemagne, la plus grande partie de sa population agricole, la seule qui sache prendre à jamais posm du pays. Sans le» étrangers, nous n'y auiions que
sans cesse prit de retour.
des Auh LCeptkm; leurs premiers
occupants, aventurier» hardia, condamnés par toutes les
US L'AUTBE MONDE
lois, furent forcés d'y rester, de s'y faire une patrie et du
doter ainsi la France de véritables colonies.
Il est juste de tenir compte de cette disposition inhérente à la société pour ne pas attribuer l'état relativement stationnaire de nos colonies aux fautes seules de l'administration métropolitaine.
Le gouvernement anglais est le gouvernement colonisa* tour par excellence. Loin de s'imposer comme le nôtre à ses colonies, il leur reconnaît une indépendance absolue dans le cercle de leurs intérêts locaux. 11 est allé jusqu'à abdiquer volontairement une partie de sa souveraineté sur un riche et beau pays, en faveur d'une compagnie célèbre, pour la récompenser d'y avoir créé des marchés toujours ouverts aux produits de la Grande-Bretagne. Elle a gagné au détachement des États-Unis; si cette question de politique commerciale n'était pas bouffie d'une question d'amour-propre national, les Anglais pourraient la résoudre sainement : aucune de leurs possessions ne vaut le marché américain.
On ne colonise plus à la façon romaine, pour étendre le territoire, mais pour étendre les relations. Chaque peuple cherchait autrefois à planter son drapeau sur des plages lointaines, afin de réunir sous son ombre un noyau d'hommes rattachés à la métropole par le triple lien du sang, de la langue et de3 mœurs. On revient de ces préjugés, et on comprend que la langue et les habitudes seules donnent à la mère-patrie une influence autrement durable que sa propre administration. Un jour de révolte, la colonie peut briser celle-ci, tandis qu'elle ne pourra pas vivre sans les idées que sa langue lui apportera toutes
les objets de consommation dont
laites du dehors, ni sans j elle aura contracté te besoin K
Les If il i dis sentent leur dépendance, cl ils s'en in digucnt sans pouvoir j échapper* Ce seniimmit épique la rudesse de leur goimnienHiit dans ses relations avee la Grande-Bretagne. Il a nié san- nient son droit
de visite, ses litres au territoire de rorégou et à une partie du l'État du Maine ; il a annexe le TeXûJ malgré lui; il laissa mettre un officier anglais m jugement par l'État de New-York, sans aucun égard pour la cour de Saint- James, qui déclarait couvrir l'accusé de sa responsabilité. Cette fille, qui bat ainsi sa mère pour se venger de son
I ascendant, ne traite pas mieux ses bienfaiteurs. Notre pays a lieu de se souvenir des vingt-cinq millions et du message menaçant du président Jackson. L'ingratitude de copie de marchands affligea h» France, qui oublia de rire de sa jactance et de ses colonels 1, Si ce gouvernement est sourd à la justice et aveugle au danger, il ne foui pas s'en étonner : rien de moins libre que l'administration d'un peuple libre. Elle doit se jeter, si le peuple l'exige, dan> Ions Ils hasarda de la politique la plus aventureuse.
1 Ces idées naissent d'elles-mêmes > la vue de eu Amérique, où l'Angleterre, malgré Li déclarât! le l'indépendance., règne encore par les idées et ks écus* La république de Lîbérie, l'établissement belge fin Brésil, lis efforts de M* le prince de Bohns, au Texas, démontrent que les peuples modôi cherehent jiluiùt à crier îles marché* djuc des colonies.
1 II n'y a pas de pays, y compris FEspugiu', ou il j ail autant l'inels qu'ans. États-Unis. Ai-je besoin de dite que la plupart sauraient bien mieux se servir d'une aune que d'une égéeî
Son premier devoir est d'obéir à son souverain impérieux. Une fois sa volonté connue, elle doit l'exécuter sans hésitation : sa popularité, c'est-à-dire sdn salut, est à ce prix. Cette manière brutale de gouverner tient à la fois aux hommes et aux institutions; elle tient surtout aux hommes qui font fonctionner celles-ci. La faiblesse des liens domestiques, en faisant sortir de bonne heure l'enfant des liens de la famille, le jette dans la vie politique à l'âge où l'on commence en Europe sa vie civile. Au Congrès, dans les législatures particulières, à la tribune des meetings, partout enfin où il s'agit de diriger le peuple, les jeunes gens sont en majorité. Ils forment la classe active et éminemment éligible; eux seuls ont assez d'audace et d'ambition pour se poser devant les masses et accepter le périlleux honneur de les conduire. Ils sont à la tête des partis dans chaque comté; ils forment les clubs; ils commandent la milice, haranguent le peuple, donnent aux élections l'intérêt, presque le caractère, d'une bataille, et la décident. Tout se fait par eux et beaucoup pour eux; ils remplissent les conseils de la nation * et donnent à la politique cette façon d'agir, cassante et aventureuse, qui a rendu célèbre, et quelque peu ridicule, le nom américain. Leur âge leur permet de suivre les élans du peuple sans se laisser devancer. Des vieillards seraient trop prudents, ils ne pourraient exécuter à la lettre, et à lettre vue, le programme toujours changeant des volontés populaires. Ils seraient en arrière de la besogne, ou ils succomberaient sous le feix.
« Ceux qui ont vu le Congrès ne peuvent s'empêcher de trouver nos députés bien vieux.
L'AUTRE MONtfE lift
La jeuflâsMj j'aime à eu convenir, est ènihitinnuM it prouiv a flaires. La monarchie et la république lui doivent leurs Lies époquet. Les gouvernements couatitutiormels ne pourraient se soutenir aane elle. En An* ûù cette vérité est passée dans la pratique, la jeunesse s'occupe de bonne heure des :i flaires publiques. Beaucoup de parents. ,i IVvemple de lord Chatliam, prénfanls aux luttes de la tribune et aux difJieultës de la dip La politique* au lieu d'être un résultat d 'impressions sans enchaînement, est. pour Btll une science armée de traditions invariables ^ remplie iomes inflexibles. Ils apprennent nu collège l'histoire philosophique des événements, l'origine, les tendances Ac^ is et le rôle «le la Grande-Bretagne di lis questions extérieures. L'intelligent modes ch
a la solidarité de caste, leur donne cet etprii de reux dans la politique anglaise. Il v a en de l'autre eolc de la Manche, beaucoup d'hommes d'État de vingt, ans, initiés à luus h
pus à toutes les manœuvres A*'- partis, préparés à la publique par leurs études, affamés tle pouvoir autant «pie peu soucieux d'argent. Ils sont dispensés par leur lialune de tous les soucis de la vie matérielle^ ils n*oni besoin ni d'un emploi ni doue profession, et peuvent ainsi litique leur vie entière et leur intelligence dans tafltgflfl verdeur.
Bn Amérique, il linsi Qumd un -atvon
deulei . il sait tout ce qu'il Tant savoir.
;i. Homme politique pas accident, deohe.
.m service de 1 Lt.ii à Page 0C1 aucune leçon ne
ÏIC L'AUTRE MONDE
proûte. Sans études, sans plans, sans préparations, il se croit propre à la vie publique par droit d'élection, comme s'il ne fallait pas de talent pour régler l'administration de la fortune nationale, pour surveiller la politique extérieure, pour activer l'industrie du pays et lui donner des débouchés !
La différence des hommes explique la différence des choses dans les deux pays.
l'égalité.
On dit souvent aux États-Unis qu'un homme en vaut un autre. C'est un mot de JefTerson maintenant passé en proverbe. Cette maxime n'a ni l'histoire, ni la Bible pour base ; car d'un côté l'histoire est pleine d'inégalités, et de l'autre on ne soupçonnera pas JefTerson, le disciple avoué de la philosophie française, de s'ôlre inspiré des livres saints 1 . L'évêque catholique de Richmond disait un jour, à son sujet, qu'aucune religion ne put prospérer en Virginie tant que ce voltairien vécut. C'est dans les livres de
1 JefTerson eut toujours une grande sympathie pour la France. Washington avait inauguré la politique américaine, politique d'égoïsme et de neutralité, en manquant de reconnaissance envers notre patrie. Adams, son successeur, avait accordé toute la faveur des traités à l'Angleterre ; Jefferson, seul, lorsqu'il fut devenu président, s'est souvenu.
nos philosophes qu'il faut chercher les théories d'égalité* radicale; c'est là que Jelferson les ;i trouvées. Personne n'y avait vu jusqu'alors que desspécidations de publier Jeflerson les introduisit dans la pratique du gouvernement. Il les publiait , le 4 juillet 1770, comme des vérités incontestables et les faisait signer par le congrès assemblé : JVe hold thoselruths ta ùe self évident, ihatalimen are created equal, etc., etc.
Voilà les premières lignes, tant soit peu roides, de la déclaration de l'indépendance, ce soufflet audacieux: donné par Jeflerson à la face encore rouge de la vieille Angleterre. Champion de l'égalité, il lutta toute sa vie pour sou triomphe; il lutta contre Alexandre Hamiltou, contre Aoron Huit, conta Washington lui-même, dont le cœur était rempli de doute et d'inquiétude sur l'avenir de la démocratie. Si Washington lut le père de son pays, Jef-
«id eu fat l'apôtre; l'un lui donna la vie, l'autre lui t donne* la foi, si la foi était une vertu qui piM être connue des Américains.
11 y a bien dans la société quelques individus qui souffrent de cette égalité, les gens de talent, par exemple; lis ils doivent taire leurs griefs et cacher leurs opinions, as peine d'impopularité. Véhémentement soupçonnés l'aristocratie par leurs égaux politiques, ils ont déjà beauoup de peine à arriver au pouvoir. IL suffi! de parcourir liste des présidents élus depuis M olisson, pour s assurer ne le peuple a toujours Invariablement préféré un homme iiédiocre à un homme de talent. M. IN'lk.undes derniers its, homme inconnu et sans antécédents, a été référé par les démocrates aux trois hommes les plus con-
i18 L'AUTRE MONDE
sidérables du parti, Calhoun, Benton et Buchanan; et le peuple de l'Union, fidèle aux mêmes instincts, a donné une immense majorité à M. Polk sur Henri Clay, le candidat des whigs; à l'homme sans valeur politique, sur l'orateur éprouvé par de glorieux services. Les whigs s'étaient déjà conduits comme les démocrates dans k grande convention tenue par eux dans l'État de rOhio en 18i0. Ils avaient à choisir entre le môme Henri Clay et le général Harrisson, un homme nul, qui avouait sa propre incapacité en donnant d'avance la responsabilité de sa présidence à MM. Clay et Webster : il fut l'élu de son parti d'abord et du peuple ensuite.
Enfin, pour parler du président actuel, personne ne connaissait M. Pierce avant son élection. U ne l'en emporta pas moins de la plus belle majorité qui ait jamais été obtenue; et cependant il avait pour concurrent le général Scott, la première illustration des États-Unis.
La même remarque pourrait s'appliquer au personnel du congrès et des législatures des États. Le peuple partout affectionne les intelligences qiû ne s'élèvent pas trop audessus de son niveau. Ceux qui aspirent aux emplois publics sont soigneux de cacher leur capacité et même fout souvent parade de leur ignorance. Le premier citoyen du Kentucky.se vantait publiquement d'ignorer le latin 1 ; cela
• Henri Clay. Voici une note écrite sur lui en 1841 par un Havanais, qui a bien voulu me la communiquer; je la traduis:
« 24 octobre. Passé la journée avec Henri Clay cbez le colonel » Break. M. Clay me paraît un homme d'esprit sans portée; il » se croit homme d'État parce qu'il a réussi à boucher quelques » trous à l'occasion. Il parle bien, dit-on, et de façon à dominer
m 3 rappelle Périclès, qui, au rapport de Plutarque, se cachait des Athéniens pour aller entendre les philosophes.
La puissance et les emplois lucratifs venant du peuple, chacun s'étudie à lui faire sa cour, en se tenant au niveau de ses vices et de ses préjugés. Au Texas, dans le sud et dans l'ouest, les candidats doivent boire outre mesure, un jour d'élection, et boire avec tout le monde. Dans le nord, il est de leur intérêt de mêler l'Écriture sainte à la politique. Partout les ambitieux sont obligés de refléter le peuple, de prendre ses habitudes et surtout les termes de son vocabulaire; en un mot, de descendre jusqu'à son niveau au lieu de l'élever jusqu'à eux, en supposant qu'ils vaillent mieux que lui.
Cette tendance générale est peu encourageante pour l'instruction libérale; le nombre des collèges diminue sensiblement. Les familles riches qui y envoyaient autrefois leurs enfants se voient forcées, dans l'intérêt de leur ave-
» une assemblée délibérante. Je l'ai vu dans un petit cercle, et je » me suis convaincu qu'il sait au besoin colorer ses discours de » ce ton vulgaire qui constitue l'éloquence du peuple. La nature » a fait immensément pour lui; il est déplorable qu'il ne Tait » pas davantage secondée. Aucun des admirateurs de Clay ne » voudra le croire, mais il ne sait ni le latin, ni le grec, ni l'his- » toire, ni aucune langue vivante, quoiqu'il ait demeuré en France » comme ministre. Je l'ai entendu maltraiter le président, et le » mot locofoco lui vient souvent à la bouche. 11 boit du whimkey » dans les tavernes, quand il y a du monde américain; nais il » préfère le lérès quand il est en bonne société. Il a une haute » idée de Louis-Philippe et méprise la révolution et les répuhli- » cains français. Je crois qu'il aime à poser et à discourir longue- » ment. Il s'écoute parler, mais il aime surtout à être écouté. Il » a une voix magnifiquement timbrée et une haute taille ; il sait
nir, do les faire participer à l'égalité de l'instruction primaire. Le peuple se méfie des grandes fortunes et des grandes intelligences; il semble craindre de trouver dans ces distinctions accidentelles la source d'une aristocratie. 11 ne reste plus aux riches que deux partis à prendre, s'ils veulent continuer à vivre dans la république : se résigner d'avance à n'avoir aucune place dans les conseils de la nation, et c'est ce qu'ils avaient fait jusqu'ici, ou bien renoncer pour leurs enfants aux avantages d'une forte éducation et les envoyer à l'école primaire, afin que les fils d'artisans consentent à les accepter pour égaux, et c'est ce qu'ils commencent à faire. Doit-on s'étonner maintenant si les hommes dont l'éducation se fit avant l'époque de l'indépendance sont demeurés supérieurs à leurs descendants. La démocratie, qui ne cherche qu'à niveler les intelligences, n'a pas produit un homme dont le nom pût être glorieusement opposé à ceux de la forte race qui naquit et
» cela, je crois, car il ne parle guère qu'en se promenant. Ne jus » se mêler des affaires européennes est sa maxime, et il la pousse » jusqu'à demeurer complètement ignorant de ce qui se passe ou )) a eu lieu sur l'autre continent. Sa trempe d'esprit est gaie, sa » parole lente et sonore; sa figure a une coupe cadavérique, ses » narines sont larges, ses yeux petits et sans expression; mois en » revanche il a une belle lèvre, qui se retourne, quand il parle, » de la manière la plus dédaigneuse. Il est chauve, et les rares » cheveux qu'il possède sont noirt», quoiqu'il ait soixante-quatre » ans. Il porte de gros souliers comme M. Dupiu, et un habit » d'élection très-peu élégant. Il se mêle avec le peuple et use vis- » à-vis de lui de la plus insultante familiarité, parlant à chacun, » comme le ferait un roi, de ses affaires personnelles, de sa femme, » qu'il ne connaît pas, de ses enfants, de ses terres, etc. Il se cure » les dents à table, avec son couteau, en présence des dames. »
«e développa MHB le joug anglais. Le temp ments ne lui ont pourtant pas manqué, Elle a eu devant elle près de trois quarts de siècle et de grands intérêts à soutenir. Il n'est pas encore sorti de son sein un seul bomrac qui se puisse comparer à Washington h Madisson, à Jcflcrson, à ticorge Hamitton, à Clinton» au vieil Adam s, h arles Carroll et à tant d'autres. La dernière présidence un peu glorieuse est celle de Jackson, le dernier Anglais rèoolU qui ait occupé la MàiêonrSkmch» i ,
Dans chaque assemblée publique, il v a presque i jouis quelque homme du peupla appelé à la tribune, et
Ia parole n'est pas la moins écoutée- Les présidents et les râleurs du nativisme, à New*York et à Philadelphie , taient pour la plupart des ouvriers. Quelques mois avant élection de If. Polk, les whigs promenèrent sur toute la urface de l'Union deux ouvriers, un cordonnier du Kenlucky et mi forgeron de l'Ohio, gagés à tant par mois pour haranguer le peuple* Leurs discours, remplis de redites et de lieux communs, étaient plus que médiocres, malgré me certaine hardiesse de style, habituelle aux gens de ouest. Et cependant le peuple, p m b entendre, se pofto.it eu IVmle partout où ils passaient, avec le même ornement qu'il eût mis à aller visiter le musée de Dan icc ou la ménagerie de fnn Ambtirgh
i Mai$Qn~Bkw:Mj demeure du président à \Va*bin
m lofait suivant d'une persoano tçâ \*$ entendu racocrmirc de Pfailadelptaia. Il se npfr
i de l'ulih. el <r i % ii î a petmft k , Ce for ut a F'iiibi.'
Los citoyens riches qui ne peuvent souffrir de n'avoir aucune part au gouvernement et qui aiment trop leurs fib |K»ur faire le sacrifice de leur développement intellectuel à la méfiance du peuple, n'hésitent pas à changer de patrie. Chacun a pu observer l'échange de population que tait. rKumpc avec le Nouveau-Monde. Elle envoie chaque année, à travers l'Atlantique, des centaines de mille d'eiiiigi'iiiils, pauvres ou malheureux, tous en cherche d'une condition meilleure. Les États-Unis ne lui retournent, |K>ur leur part, qu'un petit nombre de ses citoyens; mais t >us sont riches et ne quittent leur pays que pour se procurer du loisir et des jouissances. Ce double fait prouve que si les institutions européennes chassent le pauvre, celles de ITnion éloignent le riche. Leur position respective, en effet, n'est pas tolérable : ici, parce que la misère
et a^.iit, dans un premier meeting, obtenu un succès d'enthousiasme. Le parti démocratique, effrayé, répandit le bruit que co champion des whigs n'était pas un travailleur, mais bien quelque avocat déguisé. Beaucoup le crurent; les masses n'auraient pas manqué de s'indigner si on leur avait laissé le temps de se croire dupes. Il fallait une preuve concluante, éclatante! On installa une forge avec tous ses accessoires sur la plate-forme qui servait de tribune aux harangues. Le meeting avait lieu en plein air, sur la \ilice île l'indtyewlance; et il y avait un monde immense qui demandait et attendait répreuve. Peu de houmhi saluèrent le jeune ouvrier lorsqu'il parut; du reste il s'en fut, sans mot dire, droit à la forge et endossa son tablier de travail. Ceci fut fait avec tant d'aisance que les ouvriers le reconnurent pour un des leurs et l'applaudirent. Leurs cris redoubleront en le voyant à la besogne, martelant et forgeant un superbe fer à cheval, qu'il montra ensuite orgueilleusement au peuple. La joie des whigs ne connut plus de bornes; ils portèrent leur orateur en triomphe : la classe ouvrière les suivit et vota plus tard avec eux.
arrête le prolétaire dans toutes ses aspirations; là-bas, parce que son or même est un obstacle dans la voie de l'homme fortuné.
Je viens d'examiner une partie des institutions que Ton doit à l'égalité, ce principe nouveau sorti de la philosophie française. Le protestantisme, qui passe sa vie à maudire et à livrer aux railleries du peuple cette philosophie, n'en a pas moins donné une sorte de consécration religieuse à la doctrine de l'égalité, en se mettant à la tête du mouvement abolitionniste. Tous les hommes sont égaux à ses y eux, non pas en vertu de la déclaration de l'indépendance et de la constitution, mais grâce à l'Ancien et au Nouveau Testament. Cette opinion, descendue d'abord de la chaire, a pris dans la société de profondes racines. Un sénateur, M. Archer, s'écriait jadis en plein congrès : « L'Union est, non pas généralement, mais essentiellement protestante! » Il disait malheureusement la vérité; mais ce qui est vrai aussi, c'est que les sectes ne savent pas faire fonctionner un principe social sans le rendre anàrchique. Depuis que les méthodistes, les presbytériens, les baptistes et les quakers ont pris la défense des noirs, ils ont compromis leur cause ! ; et je suis loin de m'en plain-
1 La Virginie était disposée, il n'y a pas longtemps, à abolir l'esclavage dans toute l'étendue de l'État; mais les déclamations des reprends effrayèrent les slan-holders, et l'œuvre de l'émancipation des nègres fut ajournée.
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dre, car, certes, je ne suis pas abolitionniste; ils o: duit un élément nouveau, le fanatisme, dans la lut suivie jusqu'ici contre l'esclavage. Ils veulent vain épargner le temps plus que le sang ; le pays a < sans relâche, la terreur semée au sud, le fanatise fié dans le nord, la haine répandue partout. Qu'il k péché de V esclavage doit être puni par la mort tre, s'il le faut 1 . Le lien fédéral est en danger: s'habitue tous les jours à se séparer du nord, dev lard de ses ressource» et ennemi de ses institut protestantisme n'a que faire de ces considérations, grès doivent être les égaux des blancs, et si, poui à ce résultat, il faut détruire la constitution, eh bie criflera ce catéchisme national 2 .
En attendant ce résultat, le maître vit dans la c l'esclave dans la peur. Tout le monde souffre s
1 Les prédicateurs protestants confondent l'abolition d vage avec l'égalité, qui ne peut être accordée qu'après h Ils soutiennent théoriquement que l'esclave est régal di mais en réalité ils ne reconnaissent point l'égalité des turcs devant Dieu, puisqu'il y a dans chacun de leurs une place à part où l'on parque les nègres. Est-ce une quence? est-ce de la mauvaise foi?...
* Les abolitionnistes s'attaquent maintenant à la con: MM. Cassius Clay, Burley, Garrisson, et autres chefs de c< sade, prêchaient, il y a quelques années, la Bible à la : dissolution de l'Union. Us publièrent par millions d'exe: la lettre de l'abolitionniste anglais Th. Glarkson, dans celui-ci invitait, au nom de h religion, les États du nord parer de ceux du sud, et à briser le lien politique qui les entre eux. Vous verrez avant peu ce que cette question * d'orages et de bouleversements dans ce pays.
L'AUTRE MONDE îîti
ivre île l'abolition se trouve plus avancée. Au contraire, tiou des prédisants contre les maîtres a provoqué de la art «le ceux-ci une réaction fatale aux esclaves. En définitive, ces créatures y ont perdu tout le bien-être maté- Kclqui mettait en danger les droits du propriétaire. Voilà :e que le protestantisme a produit en se mêlant dïntéréts ui ne le regardaient pas !
11 a aussi trouve le moyen de rendre odieuse l'ass
des Américains de naissance en voulant la diriger» jta société célèbre, organisant une coalition indigène iilre les étrangers, s'était proposée de faire apporter quelques cliaugemcnts aux luis qui réglementaient la nauraiisaliori. Rien de plus impoli tique, mais aussi rien de plus légitime. Les Étals confèrent le droit de cité aux émigranls, après cinq ans de résidence. 11 faut le dire, cette Licililé des Ajnéricainfl ouvrait la porte à bien des abus, d'étrangers ignorants sont naturalisés ai fraude de lu /o/, a la veille de chaque élection, et en vu j es aux poils* Us y vont par milliers; on en charge des bateaux à vapeur. 11 y a dans toutes les grandes villes des imités de naturalisation et. d'élection chargés de ces soies dallai j
de na issano', qui revivent aujourd'hui DOS te n.iin de kuoir-nofking, voulurent mettre lin à cet État de choses en obligeant l'étranger à vingt et un ans i fonce, avant de lui accorder le droit de sur- \ C'était leur droit; beaucoup de bons esprits partageaient leurs vues, et des membres du Congrès s'étaient déjà engagés à demander le rappel des lois sur la naturalisation. L'élection du maire de New-York et d'un représen*
tant du peuple à Philadelphie avait prouvé la puissance d'un parti qui s'emparait ainsi à son origine des dm premières villes de la république. Tout semblait lui présager de glorieuses destinées. Eh bien! il a suffi de quelques ministres pour gâter un tel début; l'élément protestant est entré dans la question, l'a absorbée, Ta changée de telle façon qu'il s'est plutôt agi du triomphe de la Bible que du rappel. Les Américains de naissance exigeaient d'abord une plus longue résidence de la part des étrangers, avant de leur accorder l'exercice des droits politiques; les protestants, plus tard, soutinrent qu'il y avait grand danger pour les États à investir de ces droits les catholiques' irlandais. Les sujets spirituels du pape ne pouvaient avoir, disaient-ils, aucune liberté. On ne leur épargna aucune injure, aucune calomnie; on insulta les femmes dans les rues, on frappa publiquement les sœurs de charité, on leur cracha à la face. 11 y eut des scènes comme au temps de nos guerres de religion ; des ministres protestants se montrèrent dans les rues, au milieu de gens avinés; au lieu de faire entendre des paroles de paix, ils criaient partout anatfiême contre le» papistes* ! On doit à ces forcenés les scènes affreuses de Philadelphie, l'incendie de trois églises, d'un collège et de soixante-dix maisons; la mort d'un grand nombre de citoyens, la ruine de
1 Toutes les libertés fleurissent aux États-Unis. M. Chambers, ministre presbytérien dont l'église est située dans Broad stmt, k Philadelphie, est un homme renommé pour la virulence de son langage. Un jour, il taxa publiquement d'impiété le président Taylor, le directeur général des postes, M. Wickliff, et tons leurs subordonnés, parce qu'ils laissaient faire le service de la malle
plusieurs familles, et le trouble de toute une grande ville. Le parti des Américains de naissance a été écrasé sous les ruines qu'il a faites au nom de la Bible et à la voix de ses prétendus ministres.
Le protestantisme soutient le pour et le contre : l'égalité en faveur des nègres, le privilège au préjudice des catholiques. L'inconséquence de sa conduite n'étonne personne, dans un pays qui est lui-même tourmenté par l'inconséquence de ses institutions; où l'-on voit l'esclavage en face de la liberté illimitée, l'incapacité politique des Indiens à côté de la déclaration de l'indépendance. C'était un crime à Rome de battre de verges un citoyen ; en Amérique, s'il est soldat ou matelot, il est fouetté sans égard pour sa dignité d'homme, reconnue par les lois. Il n'y a pas d'avancement pour lui; le soldat n'arrive jamais à Fépaulette, le matelot garde toute sa vie sa chemise d'uniforme et son chapeau goudronné. I^eur aptitude est méconnue, leur mérite nié : ils doivent obéir au privilège légué par les traditions anglaises, après les victoires de leurs pères contre le privilège 1 .
L'habitude du franc-parler enlève à la vie de relation
le saint jour du dimanche. Dans le même sermon, il injuria violemment un journaliste, M. Chaud 1er, et traita de misérable empoisonneur un cabaretier voisin de son église, parce qu'au lieu de tenir une maison de tempérance, il persistait à vendre des liqueurs à ses habitués II attaqua de cette manière, sans précautions ni paraboles, une foule de personnes, en appliquant à chacune d'elles son nom, suivi le plus souvent d'une riche épithète.
1 Je ne crois pas que les choses aient changé depuis la présidence de M. Polk, époque à laquelle il faut rapporter une partie de* faits consignés dans ce chapitre.
une grande partie de ses agréments. 11 règne un ton déplorable dans les salons. La perfidie, d'homme à homme, ce vice qu'on devrait laisser aux esclaves, y est fort répandue, et sur ce point les Yankees pourraient en revendre même aux Italiens.