LA NEW-YORKAISE
11 y a bientôt trois ans, le brick français V Espérance. mettait à la voile pour New-York. Parmi les passagers qu'il emportait en Amérique se trouvaient deux jeunes hommes unis par la plus sincère amitié, bien que de goûts et de caractères opposés.
On leva l'ancre au chant des matelots, et bientôt après, grâce à une fraîche brise de sud-est qui enflait les blanches voiles du léger navire, on perdit de vue la terre de France pour se retrouver le lendemain matin longeant les côtes d'Angleterre.
Après quarante et un jours de pénible traversée, Richard et Julien débarquèrent dans la première ville de l'Union. Ils tentèrent à la fois de vivre et de travailler ensemble y mais, au bout d'un mois, l'enthousiaste Julien, fatigué de la vie occupée et sérieuse qu'il menait de concert avec Richard, reprit sa casquette de voyage et sa légère valise.
t L'AUTRE MONDE
11 avait hâte de s'échapper de la poudreuse cité, et d'aller respirer dans les vertes savanes un air libre et pur. Il s'attendait aux émotions brûlantes, aux rencontres merveilleuses, aux aventures inouïes; il voidait surprendre les secrets de l'Indien, et vivre sous la même cabane, indépendant et fier comme lui ! 11 serra, non sans une vive en otion, la main que lui tendait cordialement son compagnon d'enfance, et s'éloigna avec ses rêves poétiques, laissant Richard supputer le bénéfice probable de ses opérations à la hausse sur le sucre et le café.
Dix-huit mois plus tard, deux hommes se rencontraient dans Broadway, à New-York. L'un avait l'apparence libre et jeune, l'allure franche et presque heureuse; il portait la barbe longue et le cou dégagé; ses vêtements, d'une mode inconnue, annonçaient par leur ampleur l'enfant du caprice et de la fantaisie.
L'autre contrastait en tout avec cette riante physionomie. La préoccupation et le calcul perçaient dans ses traits, l'ordre et l'économie dans son costume. Sa figui i ronde et blanche, entièrement rasée, ressemblait à un zéro; il y avait presque des chiffres dans son regard.
En s'apercevant, deux exclamations s'échappèrent simultanément de leurs poitrines :
— Richard!./.
— Julien!...
Et les deux jeunes hommes s'embrassèrent avec effusion.
— Eh ! mon cher Richard, voilà deux jours que je te
nu monde h le raconter!..* Omimeni vasen;* il Julien pana s'inquiéter, >n habitude, do ta réponse <le son ami.
— Rt loi, te voilà donc revenu de chez les sauvages* eutundu Kicliard don ton demi-amical, demi -ironique*
— Oui, M .je suis sût il 'avoir mieux eiuplo\é le temps toi!
— J'en doute.
— Allons donc! (Ju'as-tu fait depuis que nous nous
lu a* vécu; tu es \ miwmiu peut«étl
oVuv mille piastres qui tonnaient nlors (un
apital, et Delà eu tra\ aillant comme un vieux cheval de
ni! comme on vit ici : eu toute on en
n*ai que ce genre d "existent*? va h tes
Irre. Ifoij fa! li.ibilê avec les ludions
lloi b ions • de
fait l'amour avec une belle tille du Wli-
«, sur les bonis du lae MioLngan. J*ai dormi dans «le
nues, dont le suc cuisait sous
Icîl; dans de belles et sombre* IbrèU, pleines
«lu laiivs brillant Sj is fan-
les pirogues qui deseen-
mme Lt flèche «les tegf0fC#*&U3 boni
une sur lep.-mU\ les pietotel mture, le
iieau àdeui traitchaiitfl au eùié, j*ai toujotoi maivM ?v;mt moi, capricieux, insouciant et libre, ei sentant
ulenail. J\u toujours trouve 4 es fruits le I heinins, «ni gihjflC «buis |ei taillis et
élites rivières à travée
des sources d'eau vive dans les bois! Oh! qu'il est facile de vivre quand on aime le soleil, les grands horizons, et qu'on fait comme l'oiseau, qui se conûe à la Providence, et qui se contente de ce qu'il trouve au bord des fleuves ou sur la lisière des forêts! Et qu'il est beau de vivre ainsi, indépendant de toute autorité comme de tout travail, et de pouvoir, quand il vous plaît, vous coucher à l'ombre d'un arbre magnifique, ou vous étendre, au grand soleil, sur l'herbe des prairies ! Oh ! l'être le plus intelligent de la création, ce n'est pas l'homme, c'est le lézard!
— Voilà bien l'extravagant incorrigible ! reprit Richard en souriant à la fois de la boutade artistique de son ami, et en consultant un petit agenda de maroquin noir qu'il tenait à la main. Les voyages, loin de la rendre sage, ont rendu encore plus légère, je crois, ta folle tête de poète ; mais, malgré tout le charme de ta conversation pittoresque, me voici obligé de te serrer la main jusqu'à ce soir. Sixième avenue, 21, mon cher Julien ; là, il te sera permis de divaguer tout à ton aise, et je te promets une attention soutenue, tout en parcourant la dernière page du Herald*
— Ah çà! est-ce que ton vieux sournois de caractère n'aurait fait que croître et embellir depuis que je t'ai quitté? Voilà deux ans que je ne t'ai vu, et...
— Allons, allons ! un discours? Tu me diras cela chest moi en prenant le thé. J'ai hâte d'aller à mes affaires.
— A tes affaires! Et quelles affaires?
— Nous causerons ce soir, te dis-je, adieu, !
— Je ne te lâche pas ; je vais t'accompagner.
— Cest inutile; j'ai plusieurs courses à faire du côté de la Batterie; cela t'ennuierait.
- Eli ï quand même cela m'ennuierait ?
— Eh bien î alors, viens; niais batons-nous, A trois lires, il me faut avoir payé à la Banque d'simêriqtip
fc 1 de trois mille piastres ; à quatre heures, jai à
réparer l'expédition de deux mille sacs de cacao pour le
[avre, puis à surveiller le déballage de vingt-cinq CaifBQfl
arrivant de l'Inde, et renfermant des cachemires qui doi-
Ivent être dirigés des cette nuit vers les cités de l'intérieur. — Hein ! fit Julien en relevant la tête j un cketk de trois mille piastres, deux mille sacs de cacao, vingt-cinq caisses de cachemires !... d'oii lircs-lu ces richesses? — De ma maison.
— De ta maison ? Diable ï mon cher, tu as fait du chemin, et je ne m'étonne plus de ce parfum de. piastres qui s'exhale de ta personne et que je me plais à savourer.
— Avoue que ce parfum-là vaut mieux que celui de les us? répondit Richard en souriant, taudis que ion
ami, les mains dans Les poches de son gilet, l'examinait mme il eût pu le faire d'un lingot d'or.
en causant, nos deux amis étaient entres dans
f? all-sirrçt, la rue mille fois millionnaire de New-York.
croyable est le nombre de compagnies d'assurance*, de
publiques et particulières, de bureaux de change
autres établissements financiers que renferme cette ri-
i de la ville, Entre tous les autres bâtiments,
ui de la Banque de New- For k est remarquable par sa
UCdetir et 1 enorinilé des blocs do granit employés
ustruclinii. Uien qu'à voir ce palais de la finance, on
làllfl qu'une préoccupation de voleurs et de pince- de
lii.iiicUl
fer a poursuivi l'architecte qui en a fourni et fait exécuter
le plan.
Richard, qui était entré à la Banque d Amérique, eut bientôt rejoint Julien. Après plusieurs autres courses et l'expédition du cacao et des cachemires, nos deux jeunes gens montèrent dans un omnibus et se dirigèrent vers les salons du Chevet de New-York : Robelin.
Robelin n'a pas de restaurant ouvert à toute heure. Il ne prépare les dîners que sur commande. Bien différente de la cuisine américaine, qui ne sent rien, qui n'a goût de rien, la cuisine toute provençale du traiteur de Grandstreet réjouit autant l'odorat que le palais. Aussi est-il en train de faire fortune.
Richard et Julien se mirent à table.
— A la bonne heure ! s'écria Julien, voilà une cuisine d'hommes intelligents! Ah ! mon cher Richard, quel triste pays pour les gourmands que l'Amérique ! Toutes les fois qu'il m'est arrivé d'aller dans les villes, depuis la Nouvelle- Orléans jusqu'à Albany, je n'ai trouvé partout qu'une nourriture fade, insipide et réchauffée. On dirait du foin, de la paille et du son cuits à l'eau et sans sel, absolument une nourriture de cheval. Entrez dans une maison américaine à l'heure du dîner : au lieu de ce parfum appétissant qui se répand à la même heure dans toutes nos maisons de France, votre odorat n'a pour se délecter que la vapeur nauséabonde de l'eau chaude qui va servir à préparer la boisson de famille. Et vous appelez ya un peu-
pie intelligent? un peuple qui ne sait pas manger; un peuple qui déjeune à sept heures du matin et dine à trois heures dans l'après-midi ; qui, en fait de potages, ne connaît que la soupe aux huîtres; qui mange au bout du couteau ; qui casse les œufs dans son Terre ; qui place le jambon au-dessus des perdreaux truffés, et le whiskey* au-dessus du vin de Bordeaux; qui ne soupe jamais ; qui, pour douceurs, ne connaît que les tartes aux pommes? Allons donc ! On voit bien que c'est un peuple neuf, trop occupé encore à se bâtir des maisons et à défricher des forêts, pour avoir pu songer à sa cuisine. Parlez-moi plutôt de la France !
— Bravo ! avec toi on est toujours sûr de voir revenir le refrain :
Ah! qu'on est fier d'être Français...»
— Oserais-tu nier ce que je viens de dire ?
— C'est une peine que je ne me donnerai pas. Cependant je t'apprendrai une nouvelle qui répondra à toutes tes déclamations contre ce pays. 11 y a déjà quelques mois, j'ai fait mon application 1 pour devenir citoyen américain, et j'espère, en effet, jouir avant peu pleinement de ce titre.
— Quoi! tu renierais ta patrie? et cela pour devenir Yankee / Mais qu'est-ce qui t'a donc forcé à pareille monstruosité ?
— Rien, sinon que je veux me fixer dans ce pays.
' Whiskei/j sorte d'eau -de-vie faite avec du mais. ' Faire une application, locution francisée en Amérique, siguitiaat aârmer me demande.
iO L'AUTRE MONDE
de la bonne musique & entendre, on est sur de les voir briller par leur absence. Il a fallu le génie de Barnum pour les amener à assister en masse aux concerts du rossignol suédois; mais, alors même, ce n'étaient pas des amateurs venus pour admirer un gosier prodigieux, mais bien des oisifs d'occasion* fiers de se pavaner à des places payées un prix extravagant, et glorieux de se presser dans la caque que leur avait tendue l'habile faiseur, leur compatriote.
— Où irons-nous à présent? demanda Julien à Richard à la fin du spectacle.
— Prendre une glace, si tu veux, chez Taylor ou chez Maillard.
— Chez Maillard. C'est un établissement français; tout y doit être plus soigné et plus fin qu'ailleurs ; allons là !
Il n'y a pas de pays où l'on prenne plus de glaces, où Ion mange plus de gâteaux, où l'on croque plus de bonbons qu'en Amérique; aussi, ne peut-on faire cent pas dans les grandes villes sans rencontrer un pâtissier ou un confiseur. Voilà, certes, une prédominance de goûts des plus louables. C'est si beau d'être gourmand, et surtout du l'être avec intelligence î Malheureusement, ce dernier cas n'est pas celui des Américains. Ils ingurgitent d'énormes gâteaux aux pommes, aux fraises ou aux groseilles, d'incroyables quantités de candi, et laissent vieillir misérablement, dans les bocaux ou les vitrines, les plus fines productions des Marquis et des Félix de New-York. N'é-
(aient des confiseurs français établis en Amérique, on ne connaîtrait là-bas que la tarte aux fruits, genre de gâteaux lourds et communs, qui convient parfaitement aux estomacs américains.
Richard et Julien étaient donc allés chez Maillard; ils s'étaient attablés dans un coin du salon et prenaient silencieusement un beau granit à la fraise. Presque toutes les tables étaient occupées, et les physionomies comme le langage étaient généralement français.
— Ah çà! s'écria Julien, il me paraît que nous sommes entourés de compatriotes ; si j'offrais un punch à tout ce monde-là?
— Il l'accepterait en se moquant de toi, répondit Richard en haussant les épaules.
— Ne connais-tu personne des gens qui sont ici?
— Pardon, mais nous ne nous voyons pas.
— Et pourquoi cela?
— Ce n'est pas l'usage.
— Eh quoi î parce que vous êtes en Amérique, vous vous croyez tenus de vivre à l'américaine , sans société, sans relations? Je croyais que les Français faisaient partout les mœurs et ne les subissaient pas.
— Au contraire; nous avons tout ce qu'il faut pour devenir cosmopolites ; nous nous approprions en un jour les habitudes, les intérêts et jusqu'aux antipathies du peuple parmi lequel il nous plaît d'aller vivre. Les plus fervents Américains des États-Unis, ce sont les Français qui y ont fixé leur séjour !
— Cela ne fait pas leur éloge. Je comprends bien qu'on se fasse Grec par amour du jeu ou de l'antiquité ; j'admets
qu'on se fasse Turc dans l'espérance de devenir pacha ; mais Américain! U n'y a qu'un amour déréglé du jambon, du tabac ou des femmes libres * qui puisse porter à un acte aussi extravagant! Mais, dis-moi, connais-tu cette femme assise à la table la plus voisine du comptoir qui est de ce côté?
— Oui, certçs,
— Qui donc est-elle?
— C'est mm Sarah Cardwell, une de nos dégante» et fashionables ladies*
— Et... parle-t-elle français?
— Très-bien; dans les riches familles américaines, tu dois savoir qu'il est tout à lait de mode de ne parler que notre langue.
— La connais-tu assez pour me présenter à elle ce soir?
— Certainement.
— Quel est ce jeune homme qui semble si empressé auprès d'elle?
— William Barnelt, un clerk de la Banque de l'Union.
— Mais c'est qu'elle est admirablement belle! Voyons ! mon nœud de cravate est-il droit? Mes cheveux ne sontils pas défaits? Allons, monsieur l'Américain, venez me présenter à votre charmante compatriote.
Un instant après, Julien était admis dans l'intimité de miss Sarah, qui semblait prendre un vif plaisir aux boutades poétiques du jeune Français.
1 Les Bloomérûtes sont en faveur dans quelques parties des États- Unis.
L'AUTRE MONhF
Fra
CardwelJ avait dix-neuf ans, sa famille élaîl plus riches et des plus considérables de New- York. La mu tanéricaine, déjà renommée pour son luxe et m udigalité, étaiL intelligente et belle; belle de Dette beauté femmes de son pays : taille i égulière, cheveux spiendiregard provoquant, allure déterminée, peau blanche et , bouche éclatante, tous ces charmes enfin qui font des New-Yorkaises de très-jolies femmes depuis l'âge de quinze ê jusqu'à celui de vingt-cinq. Après cette époque, où la ran- tire, voit sa beauté mûrir et se déve-
lopper, il ne reste plus à LAnu'a içaiue qu'une laideur à peine supportable. L'usage excessif des gâteaux et du pain lu niants a bientôt perdu leurs dents d'ivoire, et l'abus PS du monde flétri leur peau rosée et fané leur teint transparent.
Julien, ou Ta vu, avait un de ces caractères mobiles et enthousiastes qui revêtent de passion et de fougue jusqu'à la plus légère de leurs sensations. C'était, suivant le choc recevait son âme, une imprécation vivante ou un dithyrambe animé. Bien [l'égalait la chaleur et le pittoresque de son débit Je ne me souviens pas bien de la ville il il avait pris naissance; mais s il n'était pas de Marseille, i assurément d'en cire. Il eut pu, les trois quarls du temps, h 1 dispenser de parler, tant ses gestes étaient nombreux et îm;<
Il \ a dô8 gens qui n'aiment pas les populations du midi de la France, à cause de leur pantomime; moi, j'uime au
contraire ces natures tout en dehors qui , éprouvant sans cesse le besoin de se passionner, n'en dévoilent que mieux leur âme; natures de feu qui vibrent et résonnent sous tous les souffles sympathiques ! Pourquoi les femmes de presque toutes les nations aiment-elles généralement les Français? Eh! mon Dieu, la raison en est bien simple! C'est que, chez eux, il y a plus détonateur, de démonstrativité que chez les autres hommes.
Les femmes sont les mêmes par tous pays ; elles aiment qu'on s'occupe d'elles , qu'on les flatte et qu'on ait l'air non-seulement de penser ce qu'on leur dit d'aimable, mai* aussi d'y prendre le plus vif plaisir.
La conséquence naturelle du caractère de Julien dans ses rapports avec les femmes, c'était de le rendre d'une bizarrerie, d'une originalité et d'une véhémence dans la conversation, qui le faisaient l'homme du monde le plus amusant aux yeux des femmes du Nord, habituées à ne rencontrer chez leurs compatriotes que des manières froides et sérieuses. Parlait-il à une femme jolie , il en devenait inévitablement amoureux. De là aussi une exagération de langage qui ne manquait pas de plaire à celles qui l'écoutaient.
L'impression que fit Julien sur sa charmante interlocutrice fut sans doute favorable, puisque la jeune miss, lorsqu'elle se leva pour se retirer, lui dit en lui tendant la main :
— Eh bien! à demain donc! Messieurs, ajouta-t-elle en se tournant vers William et Richard; demain, vous le savez, je donne un grand bal aux jeunes gens, mes amis. Je vous préviens d'avance qu'à cette soirée monsieur Julien sera mon cavalier favori.
L'AUTBE MONDE 15
— Ah! fit Richard avec malice) la France triomphe de 1 Amérique ; dites, William, qu'allez-vous devenir?
— Hélas ! répondit celui-ci avec reproche, voilà donc le prix de trois jours d'attachement!
— Pauvre William I dit miss Sarah d'un ton libre et cavalier, consolez-vous : c'est votre tour ce soir, ce sera votre tour encore après-demain.
Et là-dessus, saluant Richard et Julien, elle sortit au bras de PPilliam pour se diriger du côté de Washingtonplace, tandis que nos deux amis regagnèrent en se promenant le numéro 21 de la sixième avenue.
Les salons de miss Cardwell resplendissaient de lumière el de fleurs, lorsque, le lendemain soir, Richard et Julien se présentèrent chez elle. Les plus belles Américaines et les plus gracieuses créoles s'étaient donné rendez-vous dans ce centre jeune et animé. C'était à qui serait la plus belle, la mieux parée, la plus fêtée. L'Américaine étalait orgueilleusement ses longs et vaporeux cheveux blonds, sa carnation rosée et ses épaules blanches ; la créole du Sud lissait ses bandeaux de jais, riait pour montrer, la coquette, l'émail humide de ses dents de perles, faisait onduler sous le feu des lustres sa riche et souple organisation, et montrait en valsant, dans son bas de soie, son tout petit pied mutin que jalousait l'Américaine.
Jamais la flirtation n'avait été aussi séduisante; jamais les corting-chair n'avaient réuni couples plus amoureux et plus élégants. Le salon de flirtation était d'un goût dé-
licieux, et rien n'était propre aux rêves poétiques comme cette douce lueur habilement ménagée , qui tombait en vagues rayons dans ce voluptueux boudoir.
Que se murmure-t-il pendant ces longues heures de tête-à-tête , alors que les deux visages sont tournés l'un vers l'autre, que les cheveux se touchent presque, que les respirations se confondent?
J'ai demandé à une enfant rose et blanche , aux doux yeux bleus, aux bras mignons, une jeune fille à peine :
— Qu'est-ce que flirter?
Elle m'a regardé avec moquerie.
— C'est le mot d'un secret maçonnique, me dit-elle.
— Mais, repris-je, parmi les nombreux beaux qui vous entourent et avec lesquels vous faites de la flirtation, vous ferez sans doute bientôt un choix?
— Non, dit l'enfant rose et blanche, pas avant vingtcinq ans ; mes beaux de New- York me fatiguent déjà, et j'irai passer l'hiver prochain à Boston â . Je n'ai pas fait ma vie de jeune fille, ajouta-t-elle gravement.
Elles disent toutes ma vie de jmne fille, absolument comme on dit en France ma vie de jeune homme.
— Voilà de beaux projets, fis-je en souriant; mais pouvez-vous répondre de garder votre indépendance aussi longtemps que vous vous le promettez?... Vous êtes trèsjolie, vous allez être entourée de tout ce que Boston offre de gentlemen accomplis...; encore une fois, jeune fille, pouvez-vous répondre de votre cœur?...
L'Américaine me jeta un regard que je n'oublierai ja-
1 Boston est considérée comme Y Athènes des États-Unis.
niais. Il était en même temps plein de mépris et de pi Lié. — Hépoudre de mon cœur, lit-elle en haussant ses charfiwh sa, il faut bien être créole ou Française pour
ire de ces questions-là!
lit elle s'éloigna de moi, ne me jugeant plus digue de voc elle, 11 parait que j'avais commis une énori lui supposant un cœur.... Je restai stupéfaite, thi reste, les quelques jeunes Français «pie j'ai vus lanla société américaine Raccommodaient très-bien on, et prétendaient même que c'était la chose l plus agréable du monde. Les jeunes kidies > si réservées de nous, le sont beaucoup moins à l'égard de ecs< oui lesquels elles se montrent très-gracieuse!! aillantes. La plupart des jeunes gens de ma imaissance ont appris l'anglais et la /hrîation jai les itelligents dune belle et élégante miss qu'ils eonnt le soir au théàtre ? au concert, à la promenade, >er dans un de ces riches restaurants dont nim lie New-York. C'est l'usage; c'est plus encore mode. Huant au père et i la mère, ne me demandez ii'iJs deviennent... Je ne les ai jamais vus. Mon linionji leur égara est qu'ils n'existent ua>.. +
Julien et Richard traversèrent des lluls de lemmes riées, debout dans les salons, causant a haute •ix et échangeant de bruyantes exclamations avec îesnouleur connaissance.
BfOU liaient les Américaine* en ri
éclats,
diatement fermer les portes amies. Si une jeune fille a été trompée par un homme, on la plaint et on la console, tandis que son séducteur est abandonné de tous. L'Amérique est bien réellement le royaume des femmes; néanmoins, pour nos rêveuses françaises, Quimper-Corentin vaudrait encore mieux que New-York.
— Adieu! disait vers trois heures du matin Julien à miss Sarah, adieu, vous si belle et si aimable !
Et lui serrant tendrement la main en déposant un furtif baiser sur son front :
— Est-ce là de la flirtation? ajoutait-il en souriant.
— De la flirtation! fit-elle en minaudant, nous n'en avons point fait encore.
— Ah I se dit en lui-même le poète, je lui ai serré la taille et baisé le front; j'ai effleuré de ma main et de mon souffle son col et ses cheveux, et ce n'est pas encore de la flirtation! Qu'appelle-t-elle donc flirter?
— A demain, reprit miss Sarah; venez me prendre à sept heures. On joue à Niblo : je veux y aller.
Julien rejoignit Richard en murmurant :
Elle est ù moi, divinités du Pinde !
Tandis qu'ils se retiraient paisiblement, nos deux amis causaient ensemble de la jeune New-Yorkaise.
— Sais-tu, disait Julien, que cette femme m'a paru aussi intelligente que belle?
— Oui, intelligente... répondit Richard d'un ton goguenard, assez pour faire de toi comme de tant d'autres qu'elle a mis de côté après trois jours de connaissance.
!. aIïm MONDE u
— Pettt-êti
— Ne vas-tu pas ttmaqiner qu'elle esl unnuireitse tto ta
— Et panique» pas? Je k* suis bien d'elte.
— Belle raison en ettei ! Ya>-iu pas habité quelque ille «lu nord?
Non, je ne connais que te nid, l'ouest et le Canada : iptunl aui États du nord, je n'ai fait qu'y pa&
— Alan rapprend re les oxEurs de nos jeune*
rue rie: unes.
— Je 1<s connais, je sais qu'avec elles h>> choeefl qui |
ni le plus compromettantes en France ne soni pas
insidérées ici comme de grande conséquence, J'ai appris
ssi <pie. sous leur air libre et prompt, leur allure Iran -
lâchent une profonde dissimulai ion
range égoïsnie; mais il n'y a point de
sur trois mille Américaines il s'en rançon-
l-nble d'aimer, pourquoi ne. la trouverais-jo p
Sarah, je dois l'avouer, m'a paru bien supérieure à
iompatrioteB) i] m'a semblé voir flotter sous li* pru-
etlc de i Américaine un monde d*amou? et de rê-
lamlis que je lui parlais, elle avait de Moitié nt>\\ peut inspirer que la plus profonde coquette- [itiflieill suave qui précède ou suit InmiHM . .'I
- de ce paya comprennent si dUKrenainenl Ou je me trompa fort, ou eeltc à droite ei a gauche, m manderait pas mieux que de Bxerson coeur quelque pari
ne lui ai pas paru réaliser son idéal ? < ;o en-
Bn, ajouta Julien en jetant sur sa personne un regard dV-
itistaetion. je <uis loin d*ètre un cavalier li
î? L'AUTRE MONDE
gréable. Toutes mes maîtresses m'ont dit que j'étais beau et que je savais aimer. Je gagerais que Sarah déjà me voit et méjuge comme elles!
— C'est ce que tu verras, dit Richard à Julien ; en attendant, comme nous voici arrives et que le déraisonneraient d'ailleurs n'est pas contagieux, je t'offre de venir coucher chez moi. Viens; seulement tu me pardonneras de changer de conversation.
Lorsque le lendemain Julien se réveilla, le soleil déjà haut dans l'azur du ciel envoyait dans sa chambre, a travers les bandes mobiles de ses jalousies, de longs et lumineux rayons. 11 appela Richard; celui-ci, livré à des habitudes laborieuses, avait quitté la maison depuis plusieurs heures.
Julien se leva, mats n'ayant rien à faire qu'à songer à sa rencontre de la veille, il sortit et monta dans l'omnibus qui se dirigeait vers Broadway.
Broadway est le boulevard des Italiens de New-York. C'est le rendez-vous des élégantes oisives qui vont de magasin en magasin visiter les plus belles étoffes, choisir les bijoux les plus nouveaux; elles appellent cela chopper. Une New-Yorkaise qui n'aurait pas quelques centaines de dollars à jeter par mois dans ces courses se considérerait comme très-pauvre et par conséquent comme la plus malheureuse femme du monde.
Une Américaine dîne rarement chez elle. Son mari, occupé dans la partie basse de la ville, tic rentre que le -soir
îftmts
L'AUTRE MONDE ÎS
laisse • • = 101^ nmi» 1 sa lit) ■r\ : \ Kl
profite. Alors la ma» fâwbttftëc
Boni grtJrfiSj ou
te candi pu leur h Mrs* tant qu'ils restent M pour l'Américaine, c'est la vie, r/e-
ont monotone et cnnuy.ors qu'on na point envie d'aller an spectacle ou que le us garde au logis, ôn ne connaît ^oint là-!»
Ltîotisdê famille, l'intimité do coin du feu. Le mot de M. de Talleyrnnd : «Les Aruéi fenl
S d'enfants elles font des jardfi encore toute sa
Un on faut de quatorze nus. déji sauté-ruisa 3 un magasin où sa mère dépense par an cinq ou
*n nourriture dans la niais. m
aternrllo, ou la quille pour vivre en gr n. Si
ailleurs il lui rencontres un
! h la bâte qu'il échange tjnel-
iuil demande : Bote i$ tftê otd tfmn
nient va le vieux?)
prit donc l'omnibus de Broadway, et il éiaii îi
lallo qu'une femme à l 'allure déterminée, aux
pais.au Iront proéminent, entra dans le véhi-
de. A Ni \Y-Y<uk\ il n'y a poiul d ,< urs pouï
lettre réeritu.m complet . et pour aider les darn»
à descendre. La lariy jeta un rapide eoupd'œil I ne distinguant point de place libi — 1 m -elle û Julien d'un Ion du
Juin l'inconnue a va il
quette. Quel fut son étonnement quand il la vit s'installer tranquillement à sa place sans lui accorder le plus simple merci, une parole, un regard.
Julien ne savait trop -que faire de sa personne, et lançait à l'Américaine des regards furieux. Il se décidait en. fin à descendre lorsqu'il s'entendit appeler du fond de l'omnibus.
— Sir ! sir! criait une petite voix féminine.
Julien se retourna. C'était une très-jeune et très-jolie fille, mise avec goût et distinction.
— Venez vous placer ici, lui dit- elle en riant
— Mais il n'y a pas de place, mademoiselle, répliqua Julien.
— Never mind (ne faites pas attention), venez touj ours I
L'appel était trop gracieux pour qu'il n'y fût pas répondu. Julien s'avança donc vers la jeune Américaine. Celle-ci se leva, et donnant à son tour sa place à Julien :
— Mettez-vous là, lui dit-elle.
— Oh! miss... Non, je ne souffrirai pas... murmura le jeuue homme confus.
— fFhat a stupid fellwo ! (quel stupide camarade I) s'écria la jeune fille, en le [poussant avec impatience sur la banquette. Puis, carrément et résolument, elle se plaça sur ses genoux.
Avec cette- présomption qui caractérise le Français, Julien ne manqua pas d'attribuer la familiarité de la jeune miss à l'influence de son élégante tournure et à la fraîcheur de ses gants; il se trompait grossièrement : elle en eût fait autant pour le premier Yankee venu.
en là
Julien se promenait dans Broadway, lorgnant les jolies rnmcs, lorsqu'il fut frappa par la défliiîvoltUK U' ux jeunes Américaines qui marchaient devant lui. Il lui mbla reconnaître la démarche légère de l'une d'elles, son empressement à les dépasser égala sa curiosité.
— Abl dit ton! à coup l'une d'elles en se retournant et en montrant) souriante et éveillée, une fraîche figure en-
drée de soyeux cheveux blonds; c'est vous, monsieur ulicn? Étes-vous fatigué de votre nuit de bal? Julien s'inclina devant mm Sarab.
— Laissez-moi vous présenter à mon amie, lui dit-elle: Latffttj ajouta 1* Américaine, je vrais présente un Fraw
un cintre, un poète. — Et es- vous poète? — Un poète dont je n'ai pas lu les vers; mais ils doivent être rharils ressemblent à sa prose, reprit la jeune fille eu néant à Julien un malicieux regard.
— Je n'aime point les poètes français, dit mina Lmm tsmrance; ce sont eux: qui ont gâté vos Femmes.
— Comment cela? demanda Julien.
— Ils les ont flattées et encensées, reprit Laura; ils les
or on trône, t'est vrai, ruais ils les > ont ne chaîne, et leurs flatteries sentent le maître. ! tenez, le plus suave de vos poètes, Lamartine, a écrit monstruosités! Que signifie si GTQ2Ù M hoiltêlUC que vos lnumes s'enthousiasment pour une faltan qui les rabaisse? Que vous semble de cette
fille dont il se fait adorer, et dont il semble diriger le cœur... qu'il dédaigne et méprise ensuite? Où est la dignité de la femme; où est sa puissance ; où est son orgueil?
— Ouf! se dit Julien à part; c'est une bloomériste; va-t-elle parler ainsi longtemps?
Mais miss Laura semblait méditer profondément.
Elle avait à peine vingt-cinq ans; des yeux ardents et fixes, une bouche expressive, un teint légèrement jauni. Ses cheveux étaient coupés et tombaient en boucles brunes autour de son cou.
— Venez avec nous, dit Sarah, toujours légère et rieuse; nous allons prendre une glace chez Taylor, et pendant que je la mangerai vous disserterez avec Laura.
— J'aime mieux la glace ! pensa Julien. Et il suivit les deux jeunes femmes dans cet immense établissement, d'un luxe et d'une richesse inconnus en France. Néanmoins, malgré son apparence fashionable, ses glaces.de Venise et ses lustres aux mille gerbes, la fille de la verte Érin, rouge et luisante dans sa robe graisseuse, se place, le dimanche, sur le canapé de velours nacarat pour prendre, à côté des plus élégantes ladies, sa crème glacée à la vanille.
L'indienne ainsi fraternise avec la soie ; c'est une conséquence toute naturelle de l'esprit d'égalité qui règne aux États-Unis :
Quand on est démocrate, on ne saurait trop l'être.
Après avoir savouré leur glace et croqué quelques bonbons, les jeunes femmes, accompagnées de Julien, sortirent de chez Taylor.
I/AUTRK MONDK 27
— AJieu, dit mis* Lauiu à son amie; je vous quitte ici pour aller à la Tribune ; viendrez-vous ce soir à Coltaqr- Place?
— Je ne sais, répondit Sarah, j'avais envie d'aller à Niblo.
— Non, venez et amenez-nous ce jeune Français, fit l'Ame'ricaine en désignant familièrement Julien.
— C'est bien; je vous réponds de moi et de lui. Qui aurez-vous donc?
— Mais tous les nôtres../ excepté pourtant Lucy Stone, qui est maintenant dans le Kentucky. Elle rédige, avec Lucretia Smooth et Antoinette Brown, une pétition pour établir nos droits politiques : j'ai envoyé ma signature. Voudrez-vous en faire autant, Sarah?
— Je ne sais; nous en reparlerons.
— Voulez-vous aller réellement chez elle? dit avec appréhension Julien à l'oreille de miss Sarah. 11 sentait déjà l'envelopper comme une lourde atmosphère de dissertations.
— Certainement, Laura est une femme très-supérieure, et vous verrez là tous nos avancés. Ce sera pour vous une excellente étude; vous pourrez dire à vos Françaises ce que sont les Américaines : des femmes au cœur fier et a l'esprit sérieux, qui se font indépendantes et libres, tandis qu'elles sont encore esclaves et enfermées dans un cercle d'cfroits préjugés. Oh ! s'écria miss Sarah avec véhémence, j'aimerais mieux, je crois, être la fille d'un Indien que la femme d'un Français, fût-il duc ou marquis !
— Pourquoi cela? demanda Julien.
— Pourquoi? parce que vos femmes sont lâches et
vaines, et que leur unique plaisir est de se déchirer entre olles et de se trouver en faute. Nous autres, filles anglosaxonnes, nous nous soutenons mutuellement, avec persévérance et courage, et nous sommes ainsi fortes et grandes. Si une de nous s'est laissée entraîner au delà des bornes, loin de la dédaigner, de la repousser avec mépris, comme vous le faites en France, nous l'appuyons de toute notre âme. Selon nos mœurs plus simples et plus vraies, nous n'infligeons pas l'opprobre et le châtiment à la victime, mais au séducteur/
— Oui, je sais que vos lois protègent la femme, dit Julien.
— Sans doute, reprit miss Sarah, et nous n'en sommes que plus aimées et honorées. . . mais j'anticipe sur la soirée, fit la jeune fille en riant, et sur les droits de miss Laura... J'ai failli, je crois, vous faire un discours ! Adieu ! à ce soir !
Et les deux Américaines, continuant encore ensemble leur promenade, s'éloignèrent rapidement.
11 était à peine deux heures. Julien, pour hier le reste de l'après-midi, fut faire une visite au Palais de Cristal.
On parle beaucoup de l'esprit d'entreprise des Américains ; on dit :
« Rien n'égale leur audace et leur énergie en matière d'industrie et de commerce. Dans une période de temps relativement courte, ils ont fondé de grandes choses et réalisé d'étonnants progrès. A peine existent-ils depuis
« AI THE MONDK «9
<»«> 'piarts de BÎdctej «I déjà ils sont t-n !>»utes rlioses à la
: unies de l'ancien monde*.. »
niais loin de lien voir à cela d'extraordi-
>is, au contraire, surprenant qu'il n'en
fiinsi.
[/Amérique est un pays nmi^cauj qui a profité de bute
éjà ancienne et glorieuse. Vers ses riva-
iient chaque année, non-seulement un peuple
laborieux émigrants, mais aussi les individus de lou-
> li^ parties de L'Europe, uni, soit à cause de leurs eri-
nes, de leurs mauvaises affairée ou de leur curieux lilé, ne peuvent ou ne veulent plus rester dans leur patrie, C'esl là, après lotit, ^élément le plus vivacc de la silisrUii.ii américaine. Pons» par ce Ilot de
ius, qui arrivent ;\wr I anf de passions, d'inïi\ers. les Américains cèdent peu à pen ou bien restent dans leurs villes potir ce les étn ■ même de
qui trouvera la voie la plus rapide pour l'aire H d'ambitieuse émulation, dans un ni au monde entier, doit à la fois développer l'inlrlli un monde d'entreprises, dinsli tuproduits. Eu effet, je ne crois pas que, pow le» il y ait in» peuple mieux doue que celui de .
heureusement de la précipitation qu'ils apportenl
entalives pour arriver h la fortune. Leurs
exemple, presque tons construits sur
une seule soie, ont te des essais de chenu u?
30 L'AUTftE MONDE
de ter que des ligues définitives, le wwpœnàxm tek dan» les États de l'ouest, où les voies ferrées sont le seul moyen de prompte colonisation, et où Ton a le plus grand intérêt u. faire vite et à bon marché ; mais, dans les États du nord et de Test, la majorité des chemins de fer déshonore la civilisation américaine. Les lignes télégraphiques sont généralement ou mal organisées, ou mal entretenues ; et je connais vingt 4épêches, envoyées de New-York vers le Kentucky ou l'Ohio, qui ne sont jamais parvenue?.
C'est que, sûrs qu'ils étaient d'avoir un public qui ai» merait encore mieux être transporté ou servi mal par eux, que de ne pas l'être du tout, les actionnaires fondateurs de toutes ces entreprises n'ont cherché qu'à économiser le plus possible sur leurs frais d'installation. Puis, la hausse étant venue, ils ont repassé leurs actions k de» capitalistes moins habiles, qui auront à refaire toute la besogne au bout d'un certain temps.
De cette hâte apportée dans presque tout œ qu'il? établissent, peut résulter, sans doute, un élan favorable à tous les genres de spéculation ; mais rien de grand, de monumental, ne saurait naître sous l'influence d'intérêts aussi pressés.
11 me serait facile d'accumuler les preuves de ce que j'avance ; mais, pour ne parler ici que du Palais de Cristal de New- York, voyez déjà la différence énorme avec ce qui a été fait dans cette voie en Angleterre comme avec ce qui va être tenté prochainement en France ! Quoi de phis pauvre, par comparaison, de plus froid, de plus désenchantant? Et cependant, rien n'a été négligé pour faire )wumr ce bâtiment qui, bien loin d'avoir été le Palais,