DU COMMENCEMENT ET DE LA FIN DU MONDE
Les athées et les matérialistes contemporains prétendent que la matière est éternelle et infinie, et ils nient l'acte créateur de Dieu. La science démontre, au contraire, que le monde n'est ni infini, ni éternel, qu'il a eu un commencement et qu'il aura une fin. Voici, d'abord, le témoignage et la savante argumentation de l'illustre Cauchy (1) :
« Mais cette proposition fondamentale qu'on ne saurait admettre un nombre actuellement infini, ou une suite tellement composée d'un nombre infini de termes, peut être démontrée par les mathématiques de mille manières différentes, et si ceux d'entre vous qui s'occupent plus particulièrement des sciences abstraites, désirent connaître plu-
(1) Augustin Cauchy, Leçons de physique générale professées à Turin, en i83î'
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sieurs de ces démonstrations, je me ferai un plaisir de les leur indiquer. Les propositions fondamentales ci-dessus énoncées s'appliqueraient aussi bien à une série de termes ou d'objets qui auraient existé nécessairement, ou môme à une série d'événements qui se seraient succédé les uns aux autres, qu'à une série de termes dont l'existence est simultanée; et, dans ces deux cas, il est également impossible que le nombre de ces termes, de ces objets, de ces événements, etc., soit devenu actuellement infini (ou ait cessé d'être fini). Ainsi, par exemple, nous pouvons affirmer qu'il n'existe en ce moment qu'un nombre fini d'étoiles; il n'est pas moins certain que le nombre des étoiles qui ont existé, en suppposant que beaucoup aient disparu, est pareillement fini. Ce que nous disons du nombre des étoiles, on doit le dire également du nombre des hommes qui ont vécu sur la terre, du nombre des révolutions de la terre dans son orbite, du nombre des états par lesquels le monde a passé depuis qu'il existe; clone il y a eu un premier homme, il y a eu un premier instant où la terre a paru dans l'espace, où le monde lui-même a commencé, etc., etc. AU COMMENCEMENT, DIEli A CRÉÉ
le ciel et la terre. Ainsi la science nous ramène forcément à ce que la foi nous enseigne : la matière n'est pas éternelle ; et si le premier, le plus ancien de tous les livres ne nous avait
pas clairement révélé cette vérité, si nous ne l'admettions pas comme chrétiens, nous serions forcés de l'admettre comme arithméticiens, comme mathématiciens. »
« L'Arithmétique, disait le savant père et cardinal Gerdil, un des plus illustres professeurs de l'Université de Turin, dans une dissertation intitulée: Démonstration mathématique contre l éternité de la matière, fournit une preuve irréfutable de la fausseté de la thèse fondamentale de l'athéisme, l'existence nécessaire, par conséquent étemelle, de l'univers et des principes qui le composent. L'existence éternelle de la terre ou de l'homme exige la possibilité d'un nombre actuellement infini (ou qui ne soit pas fini) de révolutions et d'existences; or, cette possibilité est une chimère ou un non-sens. S'il s'agit de l'homme, le nombre des jours, des années, des siècles, etc., de son existence peut croître sans cesse, mais, à une époque quelconque, ce nombre pourra toujours être exprimé en chiffres, et sera toujours fini. Il en est de même de l'existence nouvelle que la Religion découvre à l'homme au delà du tombeau. L'homme est immortel , mais il n'est pas éternel ; l'éternité qui l'attend n'est qu'une durée qui croit continuellement, et au delà de toute limite assignable. Si, à un instant quelconque de cette éternité, il arrête sa pensée sur le temps écoulé depuis qu'il a commencé d'être, jamais il ne pourra dire T. 1. 22.
que ce temps soit actuellement infini (ou ne soit pas fini). On voit encore, par ce qui précède, disait en finissant le grand mathématicien, combien est contraire à la raison, même éclairée seulement par la plus élémentaire des sciences, l'arithmétique, l'opinion des philosophes qui osent soutenir que tout être vivant descend d'un autre être semblable à lui, et que l'état présent du globe terrestre a succédé à un nombre infini d'états divers. »
Voici les conclusions d'un mathématicien et mécanicien très distingué d'Italie, M. E. de Saint-Robert [Le Mouvement. — Revue scientifique, livraison du 22 juin 1875, p. 1135) : u Le mouvement a une tendance constante, par suite des résistances de toutes sortes, à s'éteindre. En disparaissant, il donne pou»? l'ordinaire, naissance à de la chaleur en proportions définies. Quelquefois le mouvement, en s'éteignant, donne origine, dans des proportions fixes, à d'autres agents physiques dont on faisait autrefois autant de fluides impondérables divers, savoir: lumière, électricité, magnétisme. Réciproquement, ces agents peuvent se convertir chacun en mouvement, par équivalent. Déplus, tous ces agents peuvent se transformer les uns dans les autres, suivant des rapports fixes, sinon directement, du moins indirectement. Dans un système de corps livré à lui-même, la somme de toutes les puissances,
mesurée par le travail mécanique qu'elle peut effectuer, est invariable, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas être altérée par l'action mutuelle des parties du système. Le mouvement perpétuel est donc impossible, parce qu'il suppose une création de puissance sans une dépense correspondante. L'homme peut puiser du travail mécanique dans le réservoir immense de la nature, le transformer selon ses besoins, mais il ne peut rien créer. De ce qu'aucune puissance ne peut s'anéantir, on ne peut conclure que l'univers soit invariable, et que tout y ait un cours circulaire. En effet, on constate dans l'univers une tendance de toutes les puissances à se transformer en chaleur qui se répand uniformément partout. Ainsi l'univers converge vers un état final où il n'existera plus aucune différence de température entre les corps, où par conséquent aucun phénomène ne sera plus possible, où toutes les activités de la nature se seront arrêtées, fixées dans un repos relatif éternel , à moins qu'il n'existe un procédé inverse par lequel la chaleur puisse se concentrer de nouveau et se reconvertir en d'autres puissances. Mais il parait que ce procédé n'existe pas et que même il est impossible. Cette dissipation progressive de la puissance nous fait envisager non comme prochaine assurément, mais comme inévitable la cessation de la vie sur le globe. »
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Ecoutons encore deux interprètes éloquents de ces grands faits, un physicien anglais, M. Tyndall, etun mathématicien belge, M. Folie.
« Si la planète Mercure tombait sur le soleil, la quantité de chaleur produite fournirait à l'émission solaire un aliment pour près de sept ans, tandis que le choc de Jupiter lui en fournirait pour trente-deux mille deux cent quarante ans; notre terre donnerait un contingent de quatre-vingt-quinze ans. Quel que doive être le sort de la théorie dynamique de la chaleur dont nous donnons une esquisse, c'est déjà beaucoup de pouvoir établir les conditions qui produiraient certainement un soleil, de pouvoir reconnaître dans la force de gravité (la force d'impulsion du fluide éthéré) qui agit sur une matière nébuleuse (ou dissociée) la source d'où ont pu dériver les astres du firmament; car, soit que le soleil ait été produit et son émission soutenue par la collision de masses cosmiques, soit que la chaleur intérieure de la terre soit le résultat de la chaleur développée par le choc d'astéroïdes froids et obscurs, on ne peut douter que la cause assignée ne soit capable de produire les effets qu'on lui attribue. La lumière solaire et la chaleur solaire sont latentes dans la force qui fait tomber une pomme. Gréée simplement par la différence de position dans les masses qui s'attirent, Fénergie potentielle de la gravita-
tion a été la source originelle de toute l'énergie de l'univers. De même que les poids d'une horloge, descendant à leur plus basse position, de laquelle ils ne peuvent plus remonter, à moins qu'une énergie nouvelle ne leur soit communiquée par quelque source qui ne sera pas encore épuisée; de même, à mesure que les siècles se succèdent, les planètes doivent tomber sur le soleil. Lorsque l'une d'elles arrive à quelques centaines de mille de kilomètres de sa surface, si elle est encore incandescente, elle doit fondre et se réduire en vapeur par l'effet de la chaleur rayonnante; quand môme la planète serait couverte d'une croûte, et serait froide et obscure extérieurement, elle ne pourrait échapper à son triste sort. Si elle ne devient pas incandescente comme une étoile filante, par le frottement dans son passage à travers l'atmosphère du soleil, le premier frôlement contre sa surface produira un immense développement de lumière et de chaleur. Enfin, soit du premier coup, soit après plusieurs bonds, comme un boulet de canon ricochant sur la surface de la terre ou de l'eau, toute la masse sera broyée, fondue, réduite en vapeur, par un embrasement qui produira en ce moment plusieurs millions de fois autant de chaleur qu'en produirait en brûlant une masse de charbon de la même dimension. Elementa ignis calore
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suivent ur ! » (La Chaleur, traduction de M. l'abbé Moigno, seconde édition.)
M. Folie (Du commencement et de la fin du monde, d'après la théorie mécanique de la chaleur. Lecture faite à la séance publique de la classe des sciences de l'Académie royale de Belgique, le 15 décembre 1873) : « Nous avons Vu que la seconde loi conduisait à ce double résultat : d'une part, qu'il y a plus de transformation de travail en chaleur que de transformation en sens inverse, de sorte que la quantité de chaleur augmente constamment aux dépens de la quantité de travail; d'autre part, que la chaleur tend à s'équilibrer, à se répartir d'une manière de plus en plus uniforme dans l'espace, et la désagrégation des corps à s'accroitre. 11 s'ensuit que l'univers se rapproche fatalement de jour en jour, en vertu des lois naturelles, d'un état d'équilibre final de température, dans lequel les distances entre les molécules des corps seront arrivées à leur extrême limite, et qui rendra toute transformation nouvelle impossible. Alors, suivant une expression mémorable, les éléments seront dissous par le feu. Tel est donc le terme fatal du monde. Sorti du chaos, il rentrera dans le chaos, avec cette différence, toutefois, qu'il ne sera plus animé de ce mouvement de rotation qu'avait le chaos originaire (qaando certa lege et gyro vallabatabyssos), et qui lui a permis de se sépa-
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rer en différents groupes d'attraction : ce mouvement de rotation aura lui-même été converti tout entier en chaleur. Le monde finira donc, sans qu'il lui soit possible de se reconstruire au moven de formes naturelles existantes; et la science positive, surtout, n'a pas le droit de supposer que ses forces puissent avoir manifesté auparavant, ou qu'elles puissent un jour manifester des lois différentes de celles qui ont été reconnues par l'expérience (démenti donné à M. Glifford). Il y a plus encore, non seulement le monde finira, mais il a commencé. Et, en effet, s'il existait depuis toute éternité, il y a une éternité déjà qu'il aurait dû finir, puisque la tendance à l'anéantissement de tout travail et à l'équilibre final de température, agissant de toute éternité, aurait dû se réaliser entièrement depuis une éternité déjà. On est donc en droit d'affirmer scientifiquement que l'univers, constitué avec les lois physiques que nous lui connaissons — et il est interdit à la science positive d'en supposer d'autres — n'existe que depuis un temps limité, quelque long" du reste qu'il puisse être. Et quelle cause l'a ainsi constitué dans le temps? Une cause inhérente à lui-même ? mais ce serait absurde, car cette cause aurait dû agir aussi de toute éternité. Cette cause ne peut être que le fait d'une volonté libre, et la création se trouve ainsi démontrée physiquement, j'allais dire mathématiquement... »
TABLE DES MATIERES