LE SPIRITISME ET LES SCIENCES PHYSIQUES
Nous avons examiné le dogme, la morale et les pratiques du spiritisme dans leurs rapports avec la théologie. Mais cette religion nouvelle, avec l'appareil éclatant des prodiges dont elle est entourée, relève aussi de la critique scientifique et du contrôle des hommes qui font profession d'étudier la nature matérielle et ses lois. Tous ces phénomènes merveilleux affirmés par les adeptes fervents et enthousiastes du spiritisme sont-ils possibles, sont-ils réels? Ces adeptes sont-ils toujours le jouet de leur imagination, les victimes inconscientes et malheureuses d'une hallucination profonde et contagieuse? Il faudrait, alors, repousser par une négation sommaire, au nom des sciences naturelles, la doctrine spirite, expression bizarre et incohérente de la pensée des hallucinés.
Il n'en est pas ainsi. En Angleterre, en
Allemagne et en France, des esprits positifs, patients, versés dans la connaissance de la matière inanimée et de la matière vivante, assez dédaigneux des préjugés et du faux respect humain qui fait rejeter sans discussion les manifestations du monde merveilleux, ont essayé de constater les phénomènes prodigieux discutés par les théologiens ; ils ont examiné et analysé avec une rare patience et un esprit indépendant les phénomènes reconnus, et sans se prononcer ouvertement, et dans tous les cas, sur les conclusions rigoureuses de leur examen, ils ont affirmé ces deux faits qui serviront de base aux recherches ultérieures des théologiens : Les phénomènes merveilleux existent; ils sont l'effet d'une force qui nous est encore inconnue; ils sont soumis à des lois.
Les études les plus délicates et les plus patientes qui aient été faites, en Angleterre, sur le spiritisme et le merveilleux, sont l'œuvre de M. Grookes, membre de la Société rovale de Londres, physicien d'un rare mérite, connu dans le monde savant par la découverte du Thallium, du Radiomètre, et tout récemment de la matière radiante, découverte féconde que l'Institut français vient de couronner.
Constater les faits avec exactitude et dans tous leurs détails, décrire et déterminer avec précision leurs conditions d'origine, essayer de découvrir et d'exposer les lois qui les gouvernent; séparer le vrai du faux, le certain de l'incertain, et n'admettre le spiritisme au rang des sciences naturelles qu'après avoir réuni et groupé des preuves expérimentales d'une valeur incontestable et d'une précision absolue, telle est la tâche que le savant physicien s'est imposée.
« Mon éducation scientifique tout entière, écrit M. Grookes (1), n'a été qu'une longue leçon d'exactitude dans les observations, et je désire qu'il soit bien compris que ma ferme conviction de l'existence de certains phénomènes est le résultat des recherches les plus minutieuses. Dans le cas présent, je préfère aborder mes recherches sans aucune idée préconçue sur ce qui peut être ou n'être pas... D'abord je croyais que toute cette affaire était de la superstition, ou au moins quelque tour inexpliqué.
« J'aurais, certainement, une grande satisfaction si je pouvais projeter de la lumière dans une direction quelle qu'elle fût, et je puis sûrement dire que je ne m'occupe pas de savoir quelle serait cette direction... Je ne puis, quant à présent, hasarder même la plus vague hi/po-
(1) Quar 1er ly journal of science, juillet 1870.
thèse sur la cause de ces phénomènes... Je ne puis pas dire que j'aie des vues ou des opinions sur un sujet que je n'ai pas la prétention de comprendre. L'emploi croissant des méthodes scientifiques fera naître l'exactitude d'observation, un plus grand amour de la vérité parmi les chercheurs, et produira une race d'observateurs qui chasseront les restes sans valeur du spiritualisme, jusque dans les limbes inconnus de la magie et delà nécromancie. »
Mais, après avoir déclaré qu'il n'est pas permis de hasarder la plus vague hypothèse pour expliquer les prodiges des spirites, M. Grookes prétend, néanmoins, les expliquer par une force nouvelle, inconnue jusqu'à ce jour, et liée d'une manière intime et latente à l'organisme humain (1). Cette force nouvelle, qu'il désigne sous le nom de force psychique, agirait par des moyens et sous des conditions qu'il est important d'observer, et que nous ne connaissons pas.
Un médium qui paraissait doué, au plus haut degré, de cette force psychique, Dunglas Howe, fut choisi par le savant physicien pour la production des phénomènes qu'il voulait constater et observer. Après avoir construit des appareils scientifiques très délicats, et écarté les chances d'erreur et de supercherie,
(1) Quarterly journal of science, juillet 1871.
M. Crookes rapporte qu'il a pu constater la réalité des phénomènes suivants : altération du poids des corps; exécution d'airs sur des instruments de musique, sans intervention humaine, et sous des conditions qui rendent impossible tout contact avec l'instrument; mouvements d'objets pesants, placés à une certaine distance du médium; tables et chaises enlevées de terre sans l'attouchement de personne ; enlèvement de corps humains ; apparitions lumineuses; écriture directe; formes et figures de fantômes, actions mystérieuses sur les sens (t).
Il est impossible d'expliquer ces phénomènes merveilleux par une force psychique, c'est-à-dire par une force analogue à celle que les nerfs font passer de leurs centres ganglionnaires dans les muscles pour y produire la contraction qui précède* le mouvement. Et, quand certains physiciens ajoutent que la volonté peut, dans certains cas, s'emparer de cette force et la transmettre à la matière inanimée qui nous entoure, ils multiplient des hypothèses, et ils sortent de Tordre sévère des recherches expérimentales et scientifiques dans lequel ils devraient s'enfermer.
(1) Voir Quarlerlij journal of science, de 1810-1874. — Le Birmingham Moriiing Neivs, 1871. — The Athenœum. — Recherches sur les phénomènes du spiritualisme par William Crookes, membre de la Société royale de Londres.
Les mômes phénomènes ont été observés en Allemagne par un homme dont le nom fait autorité clans les sciences psychiques et astronomiques, M. Zollner, et par plusieurs de ses collègues de l'Université de Leipzig. Il n'est pas permis d'accuser d'ignorance, de légèreté et de supercherie des hommes habitués à chercher la vérité scientifique avec un luxe de précautions et de défiances qui pourrait paraître exagéré. — Si l'on conteste, contrairement aux règles fondamentales de la certitude historique, les témoignages déjà nombreux des témoins graves et honnêtes des prodiges spirites, on ne peut pas contester de bonne foi les témoignages précis et publics des savants que l'Europe estime et dont elle admire les travaux (1).
Voici quelques-uns des faits publiquement constatés par le savant M. Zollner et produits par Slade, médium américain. Il est facile de reconnaître une profonde analogie entre les
(1) M. Zollner a publié les ouvrages suivants : — Recherches photométriques, avec des considérations particulières, sur la nature physique des corps célestes. — Principes d'une photomètne du ciel. — De la nature des comètes. — Principes d'une théorie électro-dynamique de la matière, 1876,
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expériences du médium américain et celles du médium anglais :
« L'aiguille aimantée changeait de direction selon la volonté de Slade ; un crayon écrivait sur un papier placé entre les plis d'une table à charnières, fermée et scellée; des nœuds se faisaient ou se défaisaient d'eux-mêmes sur une corde dont les deux bouts étaient fixés et scellés; des rideaux s'ouvraient sans qu'on les touchât; le son d'une clochette invisible se promenait à travers la chambre; un harmonica isolé de tout contact humain jouait des airs de musique ; divers objets disparaissaient et reparaissaient à volonté, même un tabouret placé sous une table que l'on voyait, ensuite, tomber de deux mètres de haut, les pieds en l'air. Enfin, pour terminer par ce qu'il y a de plus surprenant, une main invisible pinçait aux bras les spectateurs, et, un vase de farine ayant été placé sous la table, cette main, sur l'invitation de Slade, y trempait d'abord les doigts, dont l'empreinte se marquait sur les habits des personnes touchées; de son côté, la farine du vase portait la traco de cinq doigts, avec les détails les plus délicats de leur structure, et jusqu'aux plis delà peau (1). »
(1) Ces faits sont exposés et discutés par le savant Zollner, dans le 1er volume de ses Mémoires scientifiques ( Wissenschafl lichen Abhandlimgen, 1878). — Le l)r Schanz, professeur à Tubingue, a publié récemment une série d'articles très remarquables sur ces questions dans une revue catho-
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MM. Ulrich, professeur de l'Université de Halle, Robert von Molh, jurisconsulte, Fechner, professeur à l'Université de Leipzig, et d'autres savants de renom, ont adhéré publiquement au système de M. Zollner, et reconnu la vérité des faits merveilleux qu'il avait exposés. Mais tandis que M. Grookes persiste à chercher l'explication naturelle et scientifique de ces faits, les savants allemands reconnaissent l'impossibilité d'une telle explication, et ne craignent pas de croire à l'intervention des esprits, à la nécessité d'une religion nouvelle, qui sera la religion de l'avenir.
Loin de nous la pensée de contester que l'on puisse expliquer par la force psychique, vaguement entrevue dans le mystère où elle se cache encore, certains phénomènes, certains mouvements de la matière, mais je déclare qu'il est impossible d'expliquer par une cause naturelle, par un fluide électrique ou magnétique dont le système nerveux serait l'origine, tous les phénomènes merveilleux dont il n'est pas permis de contester la réalité. Dans certains cas, les lois de la nature sont absolument violées, et l'on ne peut découvrir aucun rapport entre la cause et l'effet qu'on lui attribue.
lique : Lilerarische Rundschau (Fribourg-en-Brisgau). M. Hignard, professeur à la Faculté des lettres de Lyon, a résumé ces articles dans les Annules de philosophie chrétienne, Paris, novembre 1880.
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Une corde qui se noue, quand ses extrémités sont scellées et restent scellées; un crayon qui écrit, entre les plis d'une table à charnière, fermée et scellée, des pensées, des vers, des sentences que le médium ne connaît pas ; une main invisible qui effleure les assistants, tous ces phénomènes, nous devons le reconnaître, n'ont aucun rapport avec le fluide nerveux qui se dégage d'un médium inconscient et complaisant.
Il faut donc recourir à de nouvelles explications. Les trois premières puissances algébriques (a1, a2, a3) correspondent aux trois dimensions de la matière. Or, selon M. Zollner. il y a d'autres puissances à l'infini; il y a aussi, pour les corps, d'autres dimensions que celles que nous connaissons.
Si vous acceptez ce principe, vous pourrez en déduire les conclusious suivantes, qui expliquent les phénomènes merveilleux. Les esprits ont, comme Dieu, une quatrième dimension. lisse rendent visibles quand ils entrent dans les trois dimensions que nous connaissons par les sens, Ils restent invisibles quand ils s'enferment dans la quatrième dimension, qui n'a pas de rapport avec nos sens (1). Ainsi s'expliquent l'apparition et la disparition des esprits.
(1) M. Zollner prétend prouver l'existence de cette quatrième dimension par ces textes de l'Ecriture sainte : — <• Ut possitis comprehendere cum omnibus sanetis quae sit lalitudo et longiiudo et snblimitas et profundum. » S. Paul
Mais, quand les esprits se retirent et disparaissent dans la quatrième dimension, ils emportent avec eux les objets matériels que nous ne voyons plus; et c'est là, dans cette obscurité impénétrable pour nous, parce que nous n'avons pas le sens indispensable pour voir la quatrième dimension; c'est là qu'ils font sur des objets matériels : cordes nouées, guéridons, etc., certaines modifications qui deviennent ensuite sensibles en prenant place dans la catégorie générale des corps. Le phénomène cesserait d'être merveilleux et mvstérieux pour nous, si nous avions, indépendamment de l'ouïe, de la vue, du tact, un autre sens qui nous permettrait de voir la quatrième dimension.
C'est au troisième volume de ses mémoires scientifiques que M. Zollner a exposé et développé cette explication des phénomènes merveilleux. Mais les visées de M. Zollner vont plus loin. La religion spirite compte plus de vingt millions d'adeptes; elle s'est établie à Geylan, et elle envahira bientôt, par d'inévitables conquêtes, les immenses régions de l'Inde qui s'ouvrent déjà à la parole infatigable et ardente des pontifes du spiritisme,
aux Kph. m, 18. — « Aut ipsam adeo perfectionem Umnipotentis invenius? Quœ cùm cœlum attitudine adsequet, quiet âges? Qtium sit orco pro/'undior, quid intelliges? Qiuim sit ejus modus et terra longior et lalior? » Job, xi, 7-9.
puissants, par les visions merveilleuses qui frappent l'imagination des peuples superstitieux. M. Zollner n'hésite pas à devenir, en Allemagne, l'un des chefs les plus autorisés de cette religion des derniers temps, et à faire une large brèche dans les murs du protestantisme fortement ébranlé.
En France, la question du merveilleux n'a pas le caractère religieux que je viens de signaler dans les écrits de quelques savants de l'Allemagne contemporaine. On a écarté les expériences des tables tournantes, les impositions des mains, les essais d'apparitions, et l'on a voulu rester sur le terrrain ferme et pratique de la science expérimentale (1). A-t-on été arrêté par la crainte du ridicule et par un faux respect humain, je l'ignore; mais je constate
(1) La folie et le suicide sont très souvent la conséquence des pratiques du spiritisme. Dans une seule maison de santé de Lyon, on compte quarante personnes atteintes d'aliénation mentale pour cause de spiritisme. 11 y a vingt ans, on calculait aux Etats-Unis que le spiritisme était pour un sixième dans les cas de folie et de suicide. Dans un rapport sur le spiritisme envisagé comme cause de folie, et lu a la Société des études médicales de Lyon, le Dr Durlet résume ainsi ses conclusions : « L'influence de la prétendue doctrine spirite sur la folie est aujourd'hui bien démontrée par la science. Les observations qui l'établissent se comptent par milliers. Il nous semble hors de doute que le spiritisme peut prendre place au rang des causes les plus fécondes d'aliénation mentale. »
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que les expériences faites par les savants français pour mieux connaître les fonctions et les lois du système nerveux, n'ont rien de commun avec les pratiques et la religion des partisans des esprits. Les résultats obtenus dans cet ordre nouveau de recherches physiologiques ont dépassé les espérances, et ouvert à la science un chemin nouveau.
C'est donc avec une extrême réserve que le philosophe chrétien doit agiter ces questions délicates, peu connues. Qu'il ne se hâte pas de rendre une décision. Les savants contemporains commencent d'entrevoir les rapports mystérieux et profonds des forces magnétiques et électriques avec le système nerveux, ils ont même groupé un certain nombre de faits importants, mais ils n'ont pas encore osé donner la science ou l'explication rationnelle de ces faits.
Après MM. Braid, Àzam, Broca, Lasègue, M. Gharcot a étudié sur de nouvelles bases à l'hospice de la Salpêtrièrc, tout un ordre nouveau de phénomènes pathologiques ou physiologiques se rattachant à -la grande hystérie (kysteria major). Ces phénomènes, constatés une première fois, se sont reproduits avec suite, sur plusieurs malades, en particulier et en public, au cours de clinique, et promettent, en vertu même de la régularité de leur reproduction, de devenir une base solide à des recherches ultérieures de la philosophie et de la théologie.
Voici, d'après M. Charcot, les symptômes fréquents delà grande névrose hystéro-épileptique et les phénomènes constatés. On peut les ramener à trois groupes principaux, ou à trois états.
1° État cataleptique. — Le malade est comme fasciné, immobile, l'œil grand ouvert fixé sur la lumière, la conjonctive, injectée et humide. A ce moment, la sensibilité est totalement anéantie, l'anesthésie est complète, et les membres, qui ont encore la souplesse de l'état normal, ont acquis cette propriété singulière de conserver l'attitude qu'on leur imprime ; et la malade peut garder pendant longtemps des poses qu'elle aurait même peine à prendre, quand elle n'est point dans cet état. Toute communication de la malade avec le monde extérieur semble interdite, et elle ne donne aucun signe d'intelligence aux diverses interpellations qu'on peut lui adresser.
2° État léthargique. — Lorsque l'état cataleptique cesse brusquement, la malade, si elle était debout, tombe à la renverse, la tète rejetée en arrière, le cou saillant. On entend une inspiration sifflante et quelques mouvements bruyants de déglutition. Les membres sont dans la résolution la plus complète, les yeux se ferment ; le pouls est régulier, il bat de 80 à 100 pulsations à la minute; la respiration est faible et très irrégulière; la sensibilité est encore anéantie, l'anesthésie est
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totale et absolue; frémissement persistant de la paupière supérieure et convulsion des globes oculaires dans plusieurs directions, hyperexcitabilité musculaire, qui permet à l'expérimentateur de provoquer, par une légère friction au travers de la peau, la contraction d'un muscle, comme on pourrait le faire par l'électrisation localisée. Si l'excitation est forte, la contraction se transforme en contracture permanente ; et ce moment marque aussi la première phase du sommeil provoqué.
3° État somnambalique. — Pendant cette seconde phase que l'on caractérise par le nom de sommation provoquée, le sens musculaire, suivant la remarque de M. Azam, semble ici remplacer la vue. La malade, les yeux toujours fermés, se lève, marche, se dirige vers l'interpellateur. On la voit lire, écrire, coudre, etc. « Elle répond parfois aux questions qu'on lui pose avec plus de précision qu'elle ne le saurait faire à l'état de veille et dans son état normal ; il semble que l'intelligence soit plus excitée. » Au moment où elle revient à. elle, la malade est prise d'un spasme pharyngien qui amène un peu d'écume entre ses lèvres, et marque ainsi la connexité de ces états avec l'attaque convulsive vraie ; elle ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant le sommeil.
Cependant, M. Richer a constaté quelquefois le souvenir après le sommeil, « Il est une
troisième espèce de sommeil, que nous avons eu occasion d'observer quelquefois dans le cours de nos expériences, mais dont nous n'avons pu encore faire l'étude complète. Il semble qu'on puisse le considérer comme la phase ultime de la léthargie hystérique provoquée. Pour en citer un cas, voici ce qu'il nous a
été donné d'observer sur G\ Après avoir
répété sur elle les diverses expériences dont il est question, elle tomba dans un sommeil qui dura jusqu'au lendemain matin et dont il fut impossible de la faire sortir, quels que fussent les excitants employés, mécaniques ou électriques. Elle était dans la résolution la plus complète, les paupières fermées et les globes oculaires convulsés en bas. La respiration était très faible et irrégulière. Les muscles avaient perdu la propriété spéciale désignée sous le nom d'hyperexcitabilité. L'excitation des points hystéro-épileptogènes ne provoquait aucune crise. La compression des ovaires demeurait également sans résultat.
Nous étions, évidemment, en présence d'un sommeil d'un autre genre que celui que nous avions étudié jusque-là. 11 est différent encore par ceci, que la malade, une fois revenue à elle, avait conscience d'avoir dormi longtemps, et pouvait raconter, dans ses moindres détails, nn long rêve quelle avait eu. »
Malebranche prétend que les sorciers des
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temps passés avalaient certaines boissons et certaines drogues qui provoquaient un long sommeil et des rêves de diverse nature. A leur réveil, ces sorciers que l'on avait trompés, prenant leurs rêves pour des réalités, s'imaginaient avoir pris part aux fêtes grossières et charnelles d'un sabbat. Il serait utile de rapprocher l'affirmation de Malebranche de l'observation de M. Richer qui complète ainsi son jugement: « Chez les hystériques, la croyance à la réalité de leurs hallucinations persiste parfois en dehors du temps des attaques... Nous pouvons nous expliquer ainsi les dépositions de ces malheureuses, qui, aux temps de sorcellerie, s'accusaient elles-mêmes, avec tant d'audace et d'obstination, se vouant à la torture et au bûcher, plutôt que de renoncer à la croyance d'un commerce diabolique qui n'avait jamais existé que dans leur imagination. »
Je vois encore un effrayant exemple de ces états lamentables de notre nature et de ces contrefaçons morbides du vrai surnaturel, dans le fait rapporté par MM. Bourneville et Reynard et cité par le Dr Richer. Ce fait nous apprend encore une fois que, si nous voulons reconnaître l'œuvre divine, et la distinguer des hallucinations bizarres qui accompagnent certains états pathologiques, il ne suffit pas d'étudier le fait matériel en lui-même, il faut encore examiner les circonstances dans lesquelles il se produit, et T. i. 21.
principalement les qualités intellectuelles, morales et religieuses de la personne qui présente ainsi dans son esprit et dans son corps des caractères qui paraissent merveilleux.
Les attaques de crucifiement sont très rares, et elles sont précédées d'ordinaire par de l'agitation, un hoquet fatigant, et des mouvements de déglutition. Bientôt, la tête se porte en arrière, les bras s'étendent, le tronc se raidit, les jambes deviennent rigides. Alors, le crucifiement est complet. Voici les caractères qu'il présente.
D'une façon générale, immobilité complète de la face, du tronc et des membres. La tête est rectiligne, fortement portée en arrière; les paupières sont entr'ouvertes et parfois animées de mouvements convulsifs très rapides; elles laissent voir les globes oculaires, qui sont immobiles, portés en haut et en dedans. Les muscles des mâchoires sont contractures, et les arcades dentaires, distantes d'un centimètre Tune de l'autre, ne peuvent être ni rapprochées, ni écartées,
La face antérieure du cou, arrondie, comme gonflée, est soulevée momentanément par de bruyants mouvements de déglutition. Les muscles du cou sont durs, tendus. Les membres supérieurs, très contractures et étendus perpendiculairement au tronc, sont en croix; les mains sont fermées et les doigts fléchis si violemment
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sur la paume des mains qu'il est impossible de les allonger. Le tronc est légèrement incurvé, de telle sorte que sa face postérieure est concave et que le ventre par conséquent, est un peu projeté en avant. Les membres inférieurs sont rapprochés, allongés, les orteils sont fléchis, crochus. En un mot, la rigidité est si accusée, qu'on pourrait soulever le corps tout d'une pièce comme une barre de fer. Ces attaques durent quelquefois six ou sept heures. La descente de croix s'effectue peu à peu. Les membres qui, pendant l'attaque, étaient pâles, presque froids, deviennent bleuâtres et chauds; les avant-bras se fléchissent, puis s'étendent comme si la malade se détirait. Elle porte les mains à son cou, qu'elle déchirerait si on ne la surveillait. Elle a un hoquet qui se précipite de plus en plus. La tête se fléchit. L... semble se réveiller d'un songe : « Où suis-je? » Elle se soulève, s'assied, se lamente : « J'étais si bien là-haut, dit-elle... C'était si beau! » Enfin, elle se plaint d'être fatiguée, courbaturée.
Lorsqu'on demande à L... de raconter ce qu'elle a vu, sa physionomie revêt une expression de bonheur : « Elle était dans le ciel au milieu d'une lumière éblouissante. Partout il y avait de la mousse, des petits saints Jean, des moutons frisés, des diamants qui brillaient, des dessins, des tableaux, des étoiles de toutes les couleurs. Notre-Seigneur a de longs cheveux bouclés, une
grande barbe rouge... Il lui a parlé, mais elle ne peut se rappeler ses paroles. Elle n'a pu lui répondre, tant elle était émue. » Elle gémit, et parait regretter de n'avoir plus ses visions.
Les savants médecins qui rapportent avec un soin minutieux, les détails physiologiques et pathologiques de l'attaque du crucifiement, sont malheureusement trop étrangers à la philosophie et à la théologie. Ils confondent dans leurs explications incomplètes, le surnaturel et le merveilleux, l'extase et l'hallucination, l'œuvre de Dieu dans les saints, et les contrefaçons de la nature et des mauvais esprits.
Ce n'est pas ici que nous pouvons étudier cette partie intéressante et délicate d'un problème qui mérite un travail particulier, plus étendu.
Mais, ce qu'ilfaut retenir de ces observations, le qui appartient à notre sujet, c'est qu'une force naturelle peut produire directement dans le corps humain, et indirectement dans l'esprit, des phénomènes merveilleux, que l'on pourrait confondre avec les effets surnaturels qui sont l'œuvre de Dieu, ou avec les effets prodigieux qui sont l'œuvre du démon.
Évidemment les faits observés et relatés par M. Gharcot sont naturels, soit que l'on considère leur dénouement, soit que l'on considère leur origine et les caractères de leur apparition. Pour faire cesser presque instantanément ces phéno-
mènes qui se produisent dans des sujets malades, il n'est pas nécessaire de recourir à la prière, à l'exorcisme, aux moyens divins dont la liturgie chrétienne a conservé les formules pieuses, il suffit d'un traitement thérapeutique dont les conditions sont indiquées par l'auteur que je viens de citer, et dont les résultats bienfaisants ont été constatés par d'habiles praticiens.
Nous voilà donc en présence de faits positifs, constatés, extraordinaires que nous venons de signaler. Par quels moyens l'expérimentateur peut-il provoquer ces phénomènes qui semblent appartenir au monde merveilleux? Par des movens très naturels.
C'est, d'abord, par l'action de la lumière. On prie la malade de fixer du regard un vif foyer lumineux (lampe Bourbouze, lumière de Drummond, lumière électrique). Après quelques secondes, la malade tombe dans l'état cataleptique. Si l'impression lumineuse cesse brusquement soit par la disparition du foyer lumineux, soit par l'abaissement de la paupière supérieure, soit par l'interposition d'un écran, la malade tombe brusquement dans l'état léthargique, et de là dans l'état de somnambulisme et de sommeil auquel on a donné le nom de canis hystérique.
On obtient encore la même suite de phénomènes, non seulement par les vibrations lumineuses d'un foyer, mais encore par les vibrations
sonores d'un instrument. L'expérimentateur fait asseoir deux malades sur la boîte de renforcement d'un fort diapason, en métal de cloche, qui vibre soixante-quatre fois à la seconde. Il est mis en vibration par un archet. Les vibrations du diapason se font entendre, la catalepsie se déclare; elles cessent, la léthargie survient. On peut même, comme l'a fait pour la première fois un élève du service de M. Gharcot, M. Descourtes, obtenir qu'un côté delà malade soit plongé dans l'état cataleptique et que les membres de l'autre côté restent dans l'état léthargique, et réciproquement.
« Enfin, ajoute M. Richer, dont nous avons reproduit les observations, des effets absolument semblables à ceux que nous venons d'exposer sont obtenus sans l'intervention d'un fover lumineux et des vibrations sonores. — Il suffît de fixer la malade dont le regard est dirigé sur celui de l'expérimentateur, quelle que soit la personne qui la regarde fixement. B..., dont la sensibilité à ce genre d'expériences est très grande, tombe presque immédiatement dans le carus hystérique, précédé de l'inspiration sifflante habituelle. Chez les malades plus longues à endormir par ce moyen, la léthargie semble précédée d'une sorte d'état cataleptique. Tout ceci s'obtient sans manœuvres 'particulières, et sans que la personnalité de Uexpé-
rimentaleur y soit pour quelque chose (1). » Voilà les faits constatés. Ni M. Charcot ni les physiologistes n'essayent d'en donner encore l'explication scientifique et de les ramener à des lois sagement déterminées. Ce qui frappe, d'abord, l'attention du philosophe en présence de ces phénomènes prodigieux, c'est la violation des lois ordinaires de la nature humaine. En effet, la loi de la sensibilité physique veut que toute impression matérielle et forte sur les nerfs détermine une sensation de plaisir ou de douleur ; la loi de l'intelligence veut que nous connaissions les objets extérieurs par la vue, parles yeux : nous lisons, nous voyons en un mot, à la suite d'une impression reçue sur le nerf optique, impression qui se prolonge jusqu'au cerveau; la loi de l'activité physique veut que notre corps se tienne en équilibre, dans certaines positions, sous la condition que les lois de la pesanteur seront respectées. Or, la malade en léthargie ne voit plus par les yeux, ne sent plus, et prend des poses en opposition avec les lois de l'équilibre et de la pesanteur. Elle semble voir par les muscles ; elle vit, et elle est insensible à l'action la plus profonde des agents extérieurs; elle conserve son corps, et elle semble l'animer et le soulever par une
(1) Hospice de la Salpètrière. — M. Charcot, Catalepsie et somnambulisme hystériques provoqués. — Compte rendu par M. Richer, interne des hôpitaux. — Le Progrès médical du 21 décembre 1818.
vertu cachée, par une énergie mystérieuse et nouvelle clans la science.
Or, pourquoi une cause naturelle et morbide ne pourrait-elle pas produire ces mêmes phénomènes, et remplacer l'action du foyer lumineux, et des ondes vibratoires? Dans cette hypothèse que semblent justifier les expériences dont je viens de parler, il ne serait pas nécessaire de recourir à l'intervention surnaturelle des démons pour expliquer, dans des sujets que l'on serait tenté de croire possédés de l'esprit mauvais, les états extraordinaires qui appellent notre attention. Une cause naturelle, une maladie peuvent provoquer dans l'homme les phénomènes que nous provoquons d'une manière artificielle, par un foyer lumineux, par des vibrations sonores, par des agents anesthésiques, tels que le chloroforme ou par des agents hyperesthésiques ; et si le médecin n'a rien expliqué quand il a constaté une névrose, il a, du moins, commandé la prudence au philosophe qui cherche la raison suprême de phénomènes dont il est témoin.
Ces phénomènes physiologiques des malades de la Salpêtrière : catalepsie, léthargie,
fausse extase, somnambulisme frappent l'imagination; mais il est facile, néanmoins, de reconnaître une ressemblance profonde entre ce somnambulisme artificiel ou provoqué et le somnambulisme spontané (1). La suspension momentanée de la sensibilité physique, ou l'anesthésie, n'étonne plus l'observateur philosophe qui voit, tous les jours, l'insensibilité des malades, provoquée aussi par l'inhalation du chloroforme, dans des opérations de chirurgie douloureuses. Mais j'avoue qu'il est plus difficile à la science expérimentale et aux sciences philosophiques, d'expliquer les phénomènes extraordinaires de vue à distance, à travers l'espace, à travers les corps.
Si j'étudiais à fond cette question qui relève de la psychologie et de physiologie, je voudrais chercher d'abord la cause des prévisions, des pressentiments, des rêves, c'est-à-dire des états extraordinaires, mais naturels, de l'âme, en rapport, à travers l'espace, et, malgré le sommeil ou l'engourdissement des sens, avec des personnes et des objets éloignés.
Je voudrais étudier, ensuite, les phénomènes provoqués par le magnétisme, l'hypnotisme, ou par l'action de l'homme sur l'homme, examiner si les faits rapportés, sont scientifique-
(1) Le Dr Macario, Du Sommeil, des Rêves, du Somnambulisme. — Le Dr Brierre de Uoismont, Des Hallucinations, ou Histoire raisonnée des apparitions, etc. — A. Maury, Du Sommeil et des lieues.
ment constatés, comme le prétendent les docteurs Bellanger et Macario, et si ces faits ne sont pas en opposition avec les lois de la nature humaine et les principes essentiels de la psychologie.
Il nous parait difficile de nier les phénomènes de vue à distance, et nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'expliquer tous les phénomènes de ce genre, par une communication imprudente ou criminelle avec des esprits mauvais.
Nous citons un seul fait, qui nous a été raconté par notre excellent et savant ami, le docteur Ozanam, frère de Frédéric Ozanam ; nous lui laissons la parole.
En 1852, nous dit M. Ozanam, je donnais mes soins à une femme, âgée de trente à trente-cinq ans, atteinte de névropathie. C'était une femme honnête et chrétienne. Il m'arriva plusieurs fois de la chloroformer, et de provoquer ainsi un sommeil qui durait plus d'une heure, et que je faisais cesser à volonté. Pendant le sommeil,, elle répondait à mes questions. Souvent ses réponses qui ressemblaient à des prophéties, m'ont étonné par leur vérité et par les intuitions extraordinaires qu'elles dénotaient dans ce sujet.
Un jour, après l'avoir chloroformée, je lui demandai des nouvelles de mon frère qui était à Pise. Elle me répondit :
C'est étrange, je vois une tour qui va tomber (la tour penchée) ; j'entre dans une chambre. Voilà un homme qui a les cheveux noirs et plats, il est très pâle; il est bien malade... Je vois encore un enfant qui pleure... J'aperçois une rose, un portrait de l'empereur, un Christ... »
J'écrivis aussitôt à mon frère, et lui demandai ce qu'il faisait au jour et à l'heure indiqués. 11 me répondit : « J'étais encore à Pise, plus souffrant que d'habitude, et obligé par le triste état de ma santé, d'ajourner mon déparf pour Florence; je grondais, à l'heure indiquée, ma petite fille, qui ne voulait pas aller au salon, où je voulais l'envoyer, parce qu'elle avait peur de la nuit, et l'enfant pleurait beaucoup. Je n'ai, dans ma chambre, ni rose, ni portrait de l'empereur. »
Le docteur Ozanam a bien voulu nous communiquer de nouvelles observations, aussi intéressantes, et plus extraordinaires que celle que je viens de rapporter. Il est inutile d'en parler. Le fait de la vue à travers l'espace n'est donc pas impossible (1). Faut-il expliquer par
(1) I)' Macario : « La faculté de voir à travers les corps opaques et à des distances illimitées, paraît certaine. Le Dr Bellanger s'en est convaincu par des expériences répétées. » Du Sommeil, des Rêves, etc. — Voir aussi : Rapport à l' Académie de médecine, en 1831, par MM. Orfila, Révoillé-Parise, etc , membres de l'Académie de médecine. — Joseph Fradk, Pathologie médicale — Maladies du système nerveux. — Debrien, Histoire du magnétisme animal.
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un secours divin le fait que nous venons clc citer? Non; Dieu ne se prête pas ainsi aux exigences indiscrètes de la curiosité humaine. Faut-il l'expliquer par une intervention diabolique? La nature de l'expérience et les croyances chrétiennes du sujet et du médecin ne le permettent pas. Serait-il vrai d'affirmer qu'il y a communication de pensées entre le malade et l'opérateur? Non ; car le docteur Ozanam ignorait lui-même ce que faisait son frère; il ignorait sa résidence actuelle, et il ne pouvait pas communiquer mystérieusement à sa malade, une connaissance qu'il n'avait pas.
L'esprit humain peut imaginer des hypothèses pour expliquer ces faits extraordinaires, ces états pathologiques et psychologiques, tellement étranges que l'on douterait de leur réalité si l'intelligence et la sincérité des rapporteurs n'étaient pas incontestables ; nous ne pouvons pas donner une solution précise du problème posé. Les phénomènes provoqués qui laissent l'àme dans des états merveilleux, peuvent être, en eux-mêmes, inoffensifs, au point de vue religieux ; ils présentent cependant toujours un inconvénient sérieux, car ils nous établissent dans des dispositions d'esprit et de volonté trop favorables à l'intervention des puissances mauvaises. Il est toujours imprudent de livrer sa volonté.
Nous connaissons bien imparfaitement encore les énergies secrètes cachées dans le corps humain et les forces puissantes cachées dans le sein de la nature. Il appartient à la science d'éclairer ces abimes profonds. L'homme avance lentement à cette lumière des sciencesnaturelles, reculant sans cesse les bornes du champ qu'il doit parcourir, marquant son passage sur la terre par des découvertes nouvelles, et enlevant à la superstition ignorante, ses positions avancées. Avec quelle prudence il faut donc traiter ces difficiles matières, et quel examen attentif, savant, sage, il faut faire, avant d'attribuer à l'esprit mauvais des effets qui appartiennent peut-être à la nature, dont les lois et la fécondité merveilleuse nous sont encore imparfaitement connues. L'état de l'homme, de son corps et de son àme dans certaines conditions naturelles, mais morbides : léthargie, somnambulisme, catalepsie, hystérie; son insensibilité absolue, sous le fer et le feu, quand il est préalablement soumis à l'action de certains agents anesthésiques, tels que le chloroforme ; son agilité et sa perspicacité extraordinaires, dans le somnambulisme spontané, quels phénomènes mystérieux qui condamnent nos affirmations précipitées, téméraires, et qui nous indiquent avec quelle sagesse pleine de réserves l'esprit humain doit se prononcer sur les faits merveilleux !
Je finis cette étude sur le spiritisme et les
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sciences occultes par un exemple qui confirme nos dernières observations, et qui est cité par un physiologiste, professeur de médecine pratique, et religieux de la Grande Trappe. Vous entendrez parler le théologien et le savant, et voulant éviter d'affaiblir l'autorité de sa parole, dont je lui laisse d'ailleurs la pleine responsabilité, je citerai son observation pathologique, sans ajouter moi-même un commentaire et sans insister sur la leçon qui s'en dégage.
« Encore un mot sur les religieuses de Loudun ou plutôt à leur occasion : C'est une communauté religieuse de femmes pour laquelle nous avons été consulté, il yadéjàbien des années. L'état de ces filles avait la plus grande ressemblance avec celui des Ursulines de Loudun. En voici un abrégé : Ces religieuses ont été affectées successivement comme par une sorte de contagion ou d'imitation nerveuse. Elles affirmaient entendre la nuit au dortoir des cris, des hurlements effroyables de divers animaux, des voix plaintives, etc., des bruits de tempête, d'ouragan, de tonnerre, dans les temps les plus sereins et les plus calmes. Souvent, pendant des nuits entières, elles éprouvaient des convulsions comme hystériques, faisaient des sauts de tout le corps avec une violente agitation de tous les membres, et répétaient les cris et les hurlements qu'elles disaient avoir entendus les jours précédents en y joignant un mélange de
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vomissements, de pleurs et de ris. On les voyait prendre des postures et des attitudes les plus difficiles, tout à fait extraordinaires et contre toutes les lois de l'équilibre : faire des sauts et des mouvements subits d'ascensions dont elles étaient absolument incapables dans leur état normal et physiologique, comme par exemple, de franchir d'un seul saut, avec une incroyable légèreté, le mur de leur clôture et de s'élancer sur les autres avec presque l'agilité des animaux grimpeurs. On les a vues même dans l'église au moment de la sainte communion lancées avec violence contre le mur et y paraître comme collées et raides comme des planches.
Assez souvent cet état chez ces saintes filles paraissait accompagné ou suivi de quelque trouble intellectuel ou du moins affectif, et enfin d'une foule d'aberrations morales les plus singulières et les plus bizarres et presque inexplicables par les seules lois physiologiques et pathologiques, ou plutôt on voyait chez elles , toutes les perturbations, tous les écarts et toutes les illusions de la sensibilité ou de l'imagination la plus exaltée et la plus désordonnée.
« Maintenant, quel plan de traitement fallait-il adopter pour s'opposer à ces singulières aberrations? Nous nous sommes borné à conseiller les moyens hygiéniques et moraux que nous avons crus les plus en harmonie
avec la forme et la nature des accidents dominants.
« Voici donc la substance de notre méthode thérapeutique : Un système hygiénique coordonné, combiné et varié, selon le caractère et le génie des personnes; travail manuel assidu, suivi et varié pour contenir constamment les esprits en haleine, brider et entraîner les mobiles et ardentes imaginations, et opérer enfin une salutaire diversion par l'exercice physique et corporel; de plus divers moyens moraux appropriés au besoin et à la profession des sujets... Il paraît que, quelques mois après cette consultation, tout est rentré dans l'ordre primitif, et depuis on n'a jamais rien vu de semblable dans cette communauté (1). »
Je n'insiste pas sur l'importance exceptionnelle de l'observation que je viens de citer, et je conclus.
I. — Les spirites ont la prétention de tenir directement de l'àme des défunts la solution du problème de la destinée humaine et l'explication des redoutables mystères de la vie future.
(1) Debreyne, docteur en médecine, professeur particulier de médecine pratique, prêtre et religieux de Ja Grande Trappe. Essai sur la théologie morale, chap. rv, Des possessions dites démoniaques, p. "ifil.
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Il était nécessaire d'examiner cette prétention. Les principes d'une saine philosophie et les sévères enseignements de la théologie chrétienne nous apprennent que cette prétention n'est pas fondée.
Les âmes bienheureuses ne se détournent pas de la contemplation surnaturelle de l'essence divine et de la possession pleine de joie et d'amour, devenue leur récompense, pour se rendre aux invitations grotesques de quelques hommes égarés et superficiels, rangés autour d'un guéridon.
IL — Les esprits mauvais peuvent intervenir, et faire une œuvre de mensonge et de mal, dans des hommes dont la volonté perverse et révoltée se trouve déjà sous la domination du génie mauvais. Mais cette intervention insolite, éclatante, est rare et limitée à des cas particuliers, car la Rédemption a affranchi le monde, et Satan est contenu dans son action redoutable, à travers la terre, par la puissance même de Dieu.
III. — La nature dont toutes les énergies secrètes ne nous sont pas connues, se révèle quelquefois d'une manière extraordinaire et pleine d'éclat, dans des phénomènes d'hallucinations, d'insensibilité physique, d'activité prodigieuse et désordonnée, et son action puissante peut expliquer, dans certains cas, les faits étranges que l'on prétend attribuer
aux spirites assemblés. Le vrai surnaturel, avec ses grandes lois et ses phénomènes pleins de lumière, plane au-dessus de ces contrefaçons misérables. L'àme chrétienne, docile et confiante sous la main de Dieu, qui ne cesse jamais de la conduire et de la protéger, ne se prêtera jamais au jeu ridicule des superstitieux, qui préfèrent les réponses dérisoires de leur imagination trompée aux enseignements sévères mais précis, lumineux, autorisés de la religion et de la foi.