‹ L'autre vie (volume 2)Chapitre 4 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ce n'est pas une curiosité vaine qui excite l'esprit de l'homme à chercher le dénouement de la vie et le secret de sa destinée.

Le spectacle de ce monde où l'honneur, la justice et la vérité sont trop souvent dédaignés et vaincus par la violence, l'injustice et l'erreur ; la mort brutale qui brise, avec la rapidité de la foudre et la violence de la colère, des affections qui semblaient éternelles et les espérances d'un long avenir; l'inexorable ennui, dont parle Bossuet, qui fait le fond de la vie humaine, et l'agitation inquiète de l'âme qui cherche le repos dans la stabilité, et qui rencontre à peine une halte dans sa course fatiguée, haletante ; le soir de la vie qui approche avec les illusions perdues, les amis disparus, les ardeurs vaillantes et généreuses de la jeunesse étouffées par l'impuissance, et par le doute qui

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semble envahir déjà la raison, tout démontre à l'homme désabusé que la vie présente est une œuvre incomplète, qu'elle est un fragment, d'ailleurs peu connu, d'un plan plus grandiose, dont l'ensemble est l'expression moins imparfaite de la sagesse intelligente de son auteur; tout convie l'homme à demander aux représentants les mieux écoutés de la science, la solution du problème de la destinée humaine, la connaissance du lendemain de la mort.

L'homme écoute, alors, les réponses diverses, contradictoires même, delà pensée inquiète et confuse des philosophies qui ont la prétention de parler au nom de la science. Sommes-nous destinés à perdre un jour la personnalité, la conscience et la mémoire, et à disparaître entièrement dans le tourbillon vital, comme la matière organique et inorganique, comme les minéraux, les plantes, les animaux? La balance de précision du chimiste a-t-elle pesé l'homme tout entier, quand elle a pesé les atomes de son corps? Serait-il vrai, comme l'enseignent les positivistes modernes, que les questions d'origine et de destinée échappent aux efforts indiscrets et douloureux de l'attention, et que la science doit les négliger? Serait-il vrai que nous sommes dominés par la loi rigoureuse de la fatalité, et les tables annuelles de statistique

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criminelle peuvent-elles établir, parla démonstration de la périodicité redoutable des crimes, que l'homme est entraîné, comme les animaux, par une force irrésistible qui n'appelle ni récompense, ni châtiment? L'idée d'un Dieu distinct de la nature est-elle une chimère, et toute la nature n'est-elle que l'enveloppe extérieure matérielle et éternelle dune âme qui serait Dieu?

L'homme entend ces réponses de la philosophie contemporaine qui cache, sous des expressions barbares, la pauvreté ou la nudité des idées les plus contraires aux principes fondamentaux de la science et de la morale; mais, par un effort vigoureux de la raison, il franchit ces régions désolées de la négation et cette épaisse poussière des systèmes sans autorité, il pénètre dans une région mieux éclairée et plus tranquille, et, après avoir interrogé les témoignages des peuples, les attributs divins, la nature même de son àme, il affirme sa crovance raisonnée et inébranlable à I'immortalité personnelle, et il ose poser à Dieu, selon la parole de Jouffroy, cette haute et mélancolique question : Oùvais-je, et quelle sera ma vie, après la mort?

L'homme se sait et se croit immortel. Ce qui le tourmente, aux heures sérieuses de sa

vie, ce n'est donc pas de savoir s'il doit exister encore après la mort, c'est le désir de connaître la terre nouvelle et mystérieuse qu'il doit habiter, les conditions particulières de sa seconde existence, son état et ses rapports avec ceux qu'il a aimés et dont il va bientôt se séparer.

Depuis l'âge le plus reculé de l'histoire du monde, cette inquiétude et cette noble curiosité s'accusent avec netteté, dans les vieilles religions des anciens peuples de l'Orient, dans les savants écrits des grands philosophes païens, dans les livres théologiques de la Chine et de la Perse ; et si nous franchissons le long intervalle des siècles, nous retrouvons encore aujourd'hui la trace visible de cette préoccupation dans les systèmes des philosophes qui essayent d'asseoir sur une base scientifique les rêves brillants de leur imagination.

J. Reynaud menace les coupables d'une longue suite d'expiations dans les étoiles dont il décrit la grandeur et les beautés étincelantes. M. Figuier voitdescendre les âmesdu soleil, berceau de la vie universelle ; il prétend les suivre, à travers leurs métamorphoses, depuis leur apparition dans les eaux, jusqu'à leur incarnation dans l'homme, en passant par le mollusque, l'articulé, le grand mammifère; il les accompagne même dans l'éther planétaire, où le juste,

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