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LA RESURRECTION DES CORPS, LA SCIENCE ET LE DERNIER JOUR DE LA TERRE

L'àme n'est pas destinée par la volonté divine àresteréternellement séparée de son corps. Cette séparation, sans être violente, n'est pas cependant naturelle, et, comme le font observer avec raison les théologiens qui ont approfondi cette matière, l'àme ayant été créée pour être unie à un corps, elle désire, elle appelle la résurrection de son corps (l).

La raison nous apprend aussi que la personne humaine n'est pas une âme séparée,

(1) « Afûrmandum omnino est animam separatam actu etiam elicito desiderare naturaliter resurrcctionem. Quae sententia satis confirmatur ex iis, quœ dicta sunt de innata propensione animce separatie ad corpus. » [Comment, coll. €onimbr. De anima separata. Disp. II, art. 2.)

mais qu'elle est Tàme et le corps unis comme ils le furent, pendant la vie, dans la communauté d'épreuves et de soutTrances : et c'est rhomme avec son âme et son corps, qui continuera, sous des conditions et dans un état bien différents de celui de ce monde, l'existence devenue une récompense pour les justes et un châtiment pour les méchants.

Si obscure que soit en apparence la thèse de la résurrection des corps, elle répond, cependant, aux pressentiments et aux désirs de notre conscience et de notre raison. La raison conçoit avec peine l'existence de notre âme dégagée de toute enveloppe matérielle, l'existence d'un pur esprit, qui sans cesser d'être nous-même, continue de penser, sentir, vouloir, en dehors de la matière, et nous comprenons mieux l'existence et les actions d'une âme unie à un corps transfiguré.

La conscience elle-même reconnaît que c'est l'homme, corps et âme, qui a souffert, pleuré, combattu pendant la vie, et que le corps uni à l'âme dans l'épreuve, doit être encore associé à sa récompense. L'identité personnelle commande aussi, dans une certaine mesure, cette union des deux substances, séparées jusqu'au dernier jour de l'histoire de notre planète, et quand je dis : c'est moi qui ai vécu, souffert, combattu, pendant la vie, je n'entends pas parler seulement de mon âme, je veux parler d'une

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personne complète, c'est-à-dire d'une àme unie à son corps du composé humain.

Ce corps, l'instrument de notre âme pendant la vie, et avec lequel Dieu nous appelle à ressusciter, est soumis à de perpétuelles transformations, à unrenouvellemeiit perpétuel. La science moderne avec ses expériences et ses précieuses découvertes, explique ce renouvellement et nous permet de répondre aux difficultés souvent répétées par l'ignorance ou par les préjugés de certains philosophes, contre le dogme de la résurrection générale des corps.

Il est utile de rappeler le principe scientifique, souvent cité, depuis Lavoisier : rien ne se crée, rien ne se perd dans la nature. Il y a toujours dans la nature la môme quantité de matière et la même quantité de forces. Rien n'est anéanti; tout se transforme autour de nous, et l'un des plus beaux chapitres delà science moderne, si riche en découvertes de toute sorte, c'est bien celui qui a pour titre : de la conversion des forces dans la nature.

(( Au moyen de la balance, on obtient la quantité des produits volatils de la combustion aussi exacte que celle de la cendre. La balance nous apprend que l'acide carbonique, qui représente le produit principal de la combustion, augmente le poids des plantes, fait pousser comme par enchantement la verdure dans les champs, au printemps, et change un rameau

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de qucKjUCs feuilles en une foret. Si nous brillons le bois accumulé dans la foret, un nouveau courant d'acide carbonique affluera vers les fruits de nos champs. Le fruit nourrira l'homme, et l'urine fumera le champ. A travers ces milliers de changements, la balance suit la piste de la matière.

« La forêt n'amasse pas une plus grande quantité de carbone que l'air et la terre ne lui présentent; l'air ne contient qu'une quantité limitée d'oxygène, de là une limite àla combustion. A l'étendue de la combustion correspond la quantité de l'acide carbonique, à celle-ci le poids de l'herbe, et cette herbe nous la retrouvons dans les excréments de la vache, dans son urine et ses autres sécrétions. Il ne se perd pas la plus petite parcelle de matière.

« Les excrétions de l'homme nourrissent la plante, la plante transforme l'air en principes immédiats solides et nourrit l'animal: les carnivores vivent d'herbivores, eux-mêmes deviennent la proie de la mort et répandent sur le monde végétal de nouveaux éléments de vie.

« C'est ce qu'on appelle l'échange de la matière. Ce mot est juste, et on ne le prononce pas sans un sentiment de respect, car, de même que le commerce est l'àme des relations entre les hommes, de même la circulation de la matière est l'âme du monde. Dans un système, dit Georges Forster, où toutes les choses attirent et

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sont attirées réciproquement, et rien ne peut se perdre. La quantité de matière reste toujours la même (1). »

C'est ainsi que la science moderne établit d'une manière rigoureuse, et par des expériences faciles, sensibles, souvent renouvelées, la vérité du principe de Lavoisier, et aussi la certitude de la conservation de toutes les molécules qui ont formé le corps humain de chacun de nous, et de toutes les générations disparues.

Toutes les cellules qui sont entrées dans la composition du corps humain, sont donc conservées; mon corps tout entier, loin d'être anéanti, est donc conservé et ne sort pas du tourbillon vital, ou de l'immense réservoir de la nature, et ma raison ne peut pas refuser de croire qu'au moment prévu par Dieu, et marque pour les grands bouleversements du dernier jour du monde, ces molécules obéiront à l'intelligence et à la puissance de Dieu, si telle est la volonté de Dieu, et se grouperont de nouveau dans la forme du corps humain .Ni les animaux, ni les végétaux ne doivent ressusciter, et les cellules du corps humain qui ont servi à un moment de la durée, à la composition chimique, à l'organisation des animaux et des végétaux, apparaîtront de nouveau dans l'espace libre, à la disposition de Celui dont la puissance a pu tirer le monde du

(1) Moleschot, Circulation de la vie, \\V lettre.

néant. La, résurrection des corps n'est donc pas en opposition avec ma raison.

D'ailleurs, le corps humain obéit à la loi e-énérale de Tassimilation et de la désassimilation qui s'applique à tous les animaux vivants, et souvent, pendant la durée de notre existence, notre corps tout entier s'est renouvelé, et a rendu ses cellules au tourbillon vital .

Vous connaissez les expériences de Flourens (1). Ce savant soumettait un jeune animal au régime de la garance, pendant un mois. Le savant physiologiste découvrit, après ce temps d'alimentation particulière, la formation d'une couche rouge à l'intérieur des os de l'animal, c'est-à-dire un renouvellement complet de son corps.

Selon Frémy, auteur d'un savant ouvrage qui a pour titre : la Circulation de la vie, il ne fau drait pas sept ans pour renouveler le corps humain, il suffirait de trente jours. Frémy s'exprime clairement sur ce point, et nous aimons à le citer.

« Quelque surprenante que puisse paraître, au premier coup d'œil, cette rapidité, les observations s'accordent sur tous les points. D'après Stalli, les alouettes perdent en un jour la graisse qui s'est développée pendant la nuit dans leur corps. Le développement des cellules s'opère

(1) Floiirons, De la Longévité humaine, p. 51.

dans le sang, en 7 ou 8 heures, aux dépens des matières fournies par le chyle. Qui ne sait, du reste, qu'il suffit de peu de jours, pour rendre un homme presque méconnaissable par l'amaigrissement ?

« La rapidité de l'échange des matières, que toutesces observations démontrent, est ce qu'il y a de plus propre à diminuer notre étonnement. Elles nous apprennent qu'un adulte pesant 128 livres, sécrète en deux heures, près de 3 1vres de salive, au moins 2 livres 1/2 de bile, et plus de 28 livres de suc gastrique. De sorte qu'un fumeur, affecté de la mauvaise habitude de cracher, peut expulser, en une demi-journée, la quatre-vingt-cinquième partie de son poids. Dans le cours de 24 heures, il coule dans notre corps près du quart de notre poids de suc gastrique circulant du sang à l'estomac et de l'estomac au sang. »

Certains philosophes et certains théologiens du moyen âge ont fait une application malheureuse de l'axiome juridique : res clamât domino, et ils ont enseigné que les molécules de notre corps, vivifiées et transfigurées par l'àme, ne cessent jamais d'être à nous, que notre âme en reste propriétaire, et qu'elle a, par conséquent, le droit de les réclamer et de les prendre, partout où elle les trouve, pour en refaire son corps. Ces théologiens croyaient trouver dans cet axiome du droit une preuve en faveur de la

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résurrection totale de notre corps, à l^heure du jugement.

Dieu, dans cette hypothèse, respecterait le droit de propriété de notre ànie et lui rendrait son bien, c'est-à-dire toutes les parties et toutes les molécules de son corps. Vous ne pouvez pas vous arrêter à cette hypothèse insoutenable, et absolument étrangère à l'enseignement chrétien. En effet, au nom de ce droit de propriété, il faudrait affirmer que rame revendiquera toutes les cellules, toutes les parties de matière qui lui ont appartenu, à tous les moments de sa durée, qui ont reçu son empreinte avec l'action féconde de la vie.

Or, si le corps humain se renouvelle tous les sept ans, ou plutôt tous les mois, comme l'affirme le savant dont nous venons d'entendre la parole autorisée, et si Fâme, au jour de la résurrection, devait reprendre toutes ses cellules pour en faire son corps, ce n'est plus un corps, c'est une masse informe et monstrueuse qui serait appelée à ressusciter.

Mais faut-il entendre à la lettre le dogme de la résurrection des corps ? Faut-il croire, enfin, que nous prendrons, un jour, exactement les mêmes cellules qui à un moment de la durée, ont appartenu à notre corps?

Ecoutons la réponse de saint Thomas d'Aquin et la distinction savante qu'il établit entre l'unité matérielle et l'unité formelle du corps humain.

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Saint Thomas d'Aquin, qui reste toujours le maître écouté dans les questions théologiques, expose avec une clarté saisissante la vérité chrétienne sur la résurrection et l'identité du corps humain.

Pendant la vie, écrit saint Thomas, l'homme est toujours un, sa forme spécifique reste toujours la même et cependant il y a un flux et reflux perpétuel dans les parties dont il est composé. La flamme tant qu'elle dure, est toujours la même, et cependant le bois qui l'alimente n'est pas toujours le même. L'identité du corps de l'homme n*exige donc pas l'identité de toutes les parties matérielles dont il est composé.

Ailleurs, il exprime encore cette pensée, en omparant le corps humain à une cité qui reste toujours une même cité, quoique, à tout instant, il y ait succession et renouvellement, parles morts et par les naissances, dans les habitants dont elle est formée (1).

(l) Quod enim non impedit unitatem seciindiim numenim in liomine, dum continue \ivit, manifestum est quod non potest impedire unitatem resurgentis. In corpore autem hominis, quamdiu vivit, nom semper sunt eœdem parles secundum speciem; secundum vero materiam, partes fluunt et refluunt. Nec propter hoc impeditur quin homo sit uniis numéro a principio Mille usque in finem ; cujus exemplum

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L'Eglise catholique n'enseigne donc pas que le second corps de l'homme se composera de tous les éléments dont il a été composé pendant la vie, les textes que vous venez d'entendre vous laissent comprendre que les grands théologiens n'ignorent pas le renouvellement du corps humain par les sécrétions. Elle n'enseigne pas davantage que le second corps sera formé exactement des éléments qui nous ont appartenu une fois dans la vie. Ces éléments ne font que passer à travers notre corps perpétuellement renouvelé. C'est l'àme qui ne change pas, et c'est elle qui détermine par son

accipi potest ex igné, qui, cum continue ardet, et unus numéro dicitur, propter hoc quod species ejus manet, licet ligna consumantur et de novo apponantur. Sic etiam est in corpore liumano; nani forma et species singularium partium ejus, continue manent per totam \itam, sed materia partium et resolvitur per calorem actionis naUiralis, et cfe novo adgeneratur per alimentum. Non est autem alius numéro homo sccundum diversas partes et aetates, quamvis non quidquid materialiter est in homine secundum unum statum sit in 60 secundum alium. {Summ. phil. lib. iV, De vila œlerna. cap. lxxxi.)

Tertia opinio ponit omnes partes quae non sunt pra^ter intentionem naturœ aggeneratee pertinere ad veritatem humanae natune quantum ad id quod liabent de specie, quia sic manent, non autem quantum ad id quod liabent de materia, quia sic fluunt et refluunt indifferenter, ut ita etiam intelligamus contingere in partibus unius hominis, sicut contingit in tota muUitudine civitatis, (|uia singuli subtrahuntur a muUitudine per mortem, aliis in locum eorum succedentibus. Unde partes multitudinis fluunt et refluunt materialiter, sed forraaliter manent : quia ad eadem officia et ordines substituunturalii, a quibuspriores subtrahebantur, unde respublica una numéro, remanere dicitur. Et similiter etiam, duris quibusdam partibus fluentibus alise reparanturin eadem figura et in eadem sicut omnes partes fluunt et refluunt secundum materiam, sed manent secundum speciem, manet nihiiominus homo idem numéro [Summ. theoL, q. LXX, art. IV. Supplem.^

action vitale l'unité formelle et l'identité du corps.

Quelle que soit la matière dont l'àme va s'emparer, au jour de la résurrection, peu importe, Fàme va pénétrer cette matière, la vivifier, la transformer, lui donner la forme humaine, et en faire son corps. Gela suffît pour arrêter les objections élevées contre un dogme chrétien dénaturé par l'ignorance, ou mal expliqué par des esprits étrangers à renseignement large et élevé des théologiens.

L'âme demeure après la mort du corps essentiellement la même ; ses puissances végétatives et sensitives, sources de la vie corporelle, ne sont ni éteintes ni anéanties, elles sommeillent seulement, de même que tout le corps de la plante, selon la profonde comparaison de l'Apôtre, sommeille dans le grain de froment semé. Le second corps auquel l'âme doit s'unir, sera essentiellement le même que le premier, parce que l'âme est la forme du corps et un principe formateur. La puissance formative du corps que l'âme aura porté sur la terre, sommeillera en elle jusqu'au jour de la résurrection, où elle se développera de nouveau effectivement, s'emparant pour reformer son corps de la matière qu'il lui plaira de choisir, puisque celle-ci est indéterminée (1).

(1) Franz Hetlinger, Apologie du Christianisme, 1. 1, p. 367.

Ainsi présenté, le dogme chrétien de la résurrection générale ne peut soulever aucune difficulté sérieuse, et la science moderne, loin de le contredire, le confirme en nous apprenant Findestructibilité de la matière et des corps.

Les théologiens et les philosophes chrétiens ont exposé avec soin les raisons de convenance ou les preuves morales par lesquelles nous pouvons justifier ce dogme de la résurrection, si clairement affirmé dans les livres des deux Testaments.

Le corps a été primitivement et dans sa source, entre les mains de Dieu, au jour de la création du premier homme; Teau du baptême et l'onction des sacrements Font marqué d'un signe particulier; l'Eucharistie a fait passer en lui, comme dans un vase sacré, le corps et le sang de Jésus-Christ; la chasteté, les jeûnes, les mortifications, les pénitences Font élevé au-dessus de la matière, en le rapprochant de la condition des esprits ; quelquefois même, comme on le voit dans l'histoire des martyrs, il a été déchiré, ensanglanté et donné en spectacle à la terre, pour la défense de la justice et le triomphe de la foi. Graves raisons qui nous

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expliquent encore pourquoi l'àme élèvera son corps, en l'associant un jour à son triomphe et à ses joies.

Si, après avoir ainsi étudié le corps humain dans la lumière surnaturelle de l'enseignement chrétien, vous considérez les attributs de Dieu, vous découvrirez de nouvelles raisons en faveur de notre foi à la résurrection générale.

L'intelligence de Dieu connaît le principe formateur dont l'âme est douée et la matière dont elle doit faire, un jour, son nouveau corps; sa puissance lui permet, à lui qui a créé le monde, de le renouveler, et de rapprocher les éléments des corps, dans la forme humaine qui nous a appartenu ; sa sainteté est glorifiée par l'hommage que l'homme tout entier, corps et âmes, lui rendra dans la gloire; et sa justice reçoit un hommage aussi du châtiment des méchants, dans leur âme qui s'est détournée de lui, et dans leur corps qui a été l'instrument de leurs passions. Et enfin, le type divin de l'humanité du Sauveur, auprès du Père céleste, au plus haut sommet de la gloire, décrit par les Saints Livres, ne rappelle-t-il pas à chacun de nous, que notre corps est appelé, après l'épreuve delà vie, à une transformation pleine d'éclat? J'énumère ces motifs et ces raisons, sans les développer.

Les Saints Livres confirment par des témoignages abondants et précis, l'enseignement

catholique sur la résurrectiou des corps. « Je sais, dit Job, c]ue mon Rédempteur est vivant, et que je sortirai de la poussière au premier jour. Et je serai, de nouveau, revêtu de ma peau : et, revêtu de ma chair, je contemplerai le Seigneur. Je le verrai, et je le contemplerai de mes yeux, moi-même et non un autre... Mon cœur se consume de désir dans ma poitrine (1). »

(( Un grand nombre de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se lèveront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre éternel (2). » « Nous savons que le Roi de l'univers nous ressuscitera pour la vie éternelle, si nous mourons pour observer ses commandements (3). » — Marthe exprime la croyance générale, quand elle répond au Seigneur qui promet la résurrection de Lazare : « Je sais que mon frère ressuscitera au dernier jour (4). »

— L'Evangile répète souvent le témoignage de Notre-Seigneur sur la résurrection générale (5).

— L'apôtre saint Paul fait un rapprochement profond et plein de vie, entre la résurrection de Notre-Seigneur et notre résurrection personnelle, dont elle est la garantie. Ici il nous déclare que la mort rendra un jour sa proie ;

(1) Job, XIX, 26.

!2J Daniel, xii, 22.

3 Macfiab., vir, 9, 14.

4) Joann., xi, 24; v, 28, 29.

o) Matth., XXII, 23, 33.

là il nous apprend que les corps ressuscites seront dignes des âmes, en possession de la gloire ; qu'ils seront élevés à l'éclat de leur béatitude, sur le modèle du corps même de Jésus-Christ (1).

Un théologien qui a recueilli dans les deux Testaments des témoignages saisissants en faveur de la résurrection générale des corps, complète son exposition savante par cette profonde observation de ïertullien : « L'état intérieur des damnés se manifestera de même dans leur corps. C'est déjà, bien que d'une manière imparfaite, une loi de notre vie terrestre, que le corps soit la copie et le miroir de l'âme ; notre intérieur se manifeste de plus en plus au dehors dans la conduite de notre vie, et l'âme façonne son corps à son image (2). »

Ces textes, et d'autres également précis, que nous pourrions emprunter à l'Ancien Testament et aux Pères de l'Eglise, établissent avec clarté la tradition chrétienne et les témoignages divins qui la justifient. Le dogme de la résurrection générale des corps est vivant dans l'Eglise et dans les deux Testaments ; la conscience et la raison théologique , loin d'y être contraires, en confirment la vérité par des arguments de convenance, et ni les sciences physiques, ni les

(1) S. Paul. / Cor., xv, 13, 17, 44, 47 ; Ephes., ii, v ; ThessaL, IV, 14; Philip))., III, 21.

(2) ïertullien. Resuvr. carn., cap. 14, 16, 17.

sciences chimiques ne peuvent en démontrer l'impossibilité.

A quel moment, et dans quelles conditions, se produira ce prodige de la résurrection générale ? L'àme est seule, pendant Tintervalle qui sépare le jugement particulier du jugement général; le corps ressuscitera à la fin du monde, au jour du Seigneur,

Les deux Testaments et les Pères de l'Eglise qui en ontfait le commentaire autorisé et savant, décrivent quelques-unes des scènes pleines d'épouvante qui marqueront la fin du monde. Quand r Evangile aura été prêché à tout l'univers, quand la grande apostasie aura désolé l'Eglise, lorsque les débris ou les derniers enfants d'Israël se seront convertis au Seigneur, d'épouvantables phénomènes éclateront au ciel et sur la terre, et précéderont l'apparition vengeresse et souverainement juste du Seigneur qui viendra juger les vivants et les morts.

Le soleil et la lune cesseront d'éclairer la terre, les étoiles tomberont du firmament, les vertus des cieux seront ébranlées ; les éléments se fondront dans le feu qui détruira la terre et tous les ouvrages dont elle est parée. Toutes les

nations verront au ciel le signe éclatant de l'arrivée du Fils de l'homme, et ensemble, ou les entendra s'écrier : Malheur à nous !

Au son des trompettes des anges, comme à un appel divin, on verra les justes accourir de tous les points de l'horizon, et les nuées du ciel porteront sur leurs ailes, dans l'éclat d'une majesté souveraine et d'une puissance redoutable, le Seigneur qui viendra nous juger, et réparer par cet acte solennel de suprême justice, les longues injustices des hommes contre l'Eglise et contre Dieu(l).

Quand on lit avec attention le récit, laissé par quelques Pères de l'Eglise, des grands cataclysmes du dernier jour de la terre, on constate une réelle analogie entre ce dernier chaos et le chaos qui a précédé l'apparition de la vie animale en ce monde. Méditez à ce point de vue, le vingtième chapitre de la Cité de Dieu, de saint Augustin, son Commentaire sur les Psaumes, ses Questions et Réponses aux orthodoxes, et vous trouverez épars, dans ces divers écrits, des traits qui, rapprochés, reproduisent dans sa grandeur redoutable, l'effrayant tableau des scènes terribles des derniers jours, et qui rappellent, d'une manière frappante, ce que la science moderne nous apprend de l'origine ou de l'état primitif de notre globe.

(1) s. Matth., XXIV, 14, 29. S. Luc, xxii, 29, 30; xxi, H, 25, 26. S. Marc, xiii, 24, 25.

En relisant l'histoire des grandes périodes de formation de la terre, nous y voyons, dans des proportions gigantesques, des mouv^ementsdans l'atmosphère et d'immenses éclairs, des combinaisons de lumière et de chaleur, magnétisme et électricité, des embrasements, des soulèvements et des éruptions violentes, à travers l'écorce terrestre, de brusques déplacements dans les masses de vapeurs d'eau saturées de gaz de toute nature, qui enveloppaient la terre, en nuages épais et immenses.

Quels ouragans gigantesques, écrit un savant géologue, M. J. d'Estienne, quelles tempêtes cyclopéennes, quelles effroyables réactions et conflagrations d'éléments devaient accompagner sur la terre embrasée, des averses de fonte, de fer, de silice vitrifiée ou de mercure bouillant ! Sous son immense enveloppe de noires vapeurs et d'opaques nuées, de quelles révolutions épouvantables notre globe n'était-il pas le théâtre !

Or, si vous voulez connaître les phénomènes qui semblent annoncés dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, vous verrez que, d'aprèsl'enseignement divin, des pluies d'étoiles filantes (1), des tremblements déterre, des éruptions volcaniques (2), des foudres et des trombes incendiaires qui brûleront tout à la surface de

(1) s. Matth.. XXIV, 29.

(2) S. Jean, Apoc, xx, 9.

la terre (i), d'épaisses ténèbres à travers lesquelles la lumière du soleil et de la lune ne pourra plus pénétrer, marqueront le dernier jour de notre planète et l'avènement du Seigneur.

Fick a démontré, avec la précision et l'autorité des sciences mathématiques, que l'état actuel du monde a eu un commencement et qu'il aura un^ fin. Le savant auteur a rappelé et confirmé par ses propres expériences les expériences concluantes de Mayer, de Joule etd'Helmholtz, Son ouvrage sur la transformation des forces est une révélation.

Il est à remarquer que l'Ecriture, la tradition et la liturgie chrétienne indiquent souvent l'action dévastatrice du feu, dans les dernières convulsions de la terre : judicare sœcxdum per ignem. Or, les découvertes les plus récentes de la science semblent confirmer déjà la vérité de ces indications.

Tyndall a démontré que la transformation de la chaleur en mouvement et du mouvement en chaleur se produit avec une exactitude mathématique. Ainsi lorsque la chaleur disparait, le mouvement se produit, et lorsque le mouvement cesse, la chaleur se produit selon des lois rigoureuses.

Voici l'application inattendue qui a été faite

(1) S. Pierre, // Ep.\ m, 7-12.

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de cette loi : Connaissant le poids de la terre comme nous le connaissons, et la vitesse avec laquelle elle se meut dans l'espace, un simple calcul doit nous donner la quantité exacte de chaleur qui naîtrait si la terre était arrêtée brusquement dans son orbite ; le nombre de degrés, par exemple, que cette quantité de chaleur communiquerait à un globe d'eau d'un volume égal à celui de la terre.

Maver et Helmlioltz ont fait ce calcul, et ils ont trouvé que la quantité de chaleur engendrée par ce fait, suffirait non seulement pour fondre la terre entière, mais pour la réduire en grande partie en vapeur.

Ainsi, le seul fait de l'arrêt brusque de la terre dans son orbite, amènerait les éléments à l'état de fusion, par une chaleur ardente. Et si , après extinction de son mouvement, la terre, comme il arriverait nécessairement, allait tomber sur le soleil, la quantité de chaleur engendrée par ce nouveau choc, serait égale à la chaleur développée par la combustion de l ,600 globes de charbon solide égaux en volume à la terre.

Ces calculs peuvent nous donner une idée des flots de lumière que l'étude de la transformation des forces répand sur des questions restées, jusqu'à ce jour, enveloppées de ténèbres et dont l'étude directe est impossible.

Les Perses, les Egyptiens, les Indiens et les

Romains ont cru avec les traditions les plus répandues, que le monde finira parle feu. Gicéron, Platon, Origène, Ovide, Sénèque nous ont laissé de sérieux témoignages de cette croyance. Deux physiciens illustres, mais incrédules, de notre temps, Helmholtz et Tyndall, ont confirmé la vérité de cette croyance, en ces termes : à mesure que les siècles se succèdent, chaque planète devra tomber à son tour sur le soleil... si elle ne devient pas incandescente, comme une étoile filante, par le frottement dans son passage à travers l'atmosphère du soleil, le premier frôlement contre sa surface produira un immense développement de lumière et de chaleur. Puis, soit du premier coup, soit après plusieurs bonds, comme un boulet de canon ricochant sur la surface de la terre ou de l'eau, toute sa masse sera broyée, fondue, réduite en vapeur par un embrasement qui produira, en un moment, plusieurs millions de fois autant de chaleur qu'en produirait en brillant, une masse de charbon de mêmes dimensions.

Le philosophe rationaliste ne peut donc élever aucune objection sérieuse, au nom des sciences naturelles, contre la foi chrétienne à la résurrection générale des corps, et aux grandes

catastrophes du dernier jour de la terre. Il est même permis d'affirmer que les progrès de ces sciences jettent une lumière plus intense, comme nous venons de le démontrer, sur ces vérités importantes.

Le passage où l'écrivain sacré décrit les dernières catastrophes de notre planète, semble, néanmoins, en opposition avec la science astronomique moderne, et il a servi de thème aux discussions des savants. Il a pu même troubler la foi de quelques esprits qui avaient une intelligence incomplète de l'enseignement chrétien.

En ce temps-là, raconte A. Gratry, je commençais l'étude des sciences, et lisais beaucoup l'Evangile. Un jour, une parole du Sauveur me perça l'esprit comme une flèche : Les étoiles tomberont du ciel, stellœ de cœlo cadent; je croyais voir, dans le texte évangélique, les soleils tomber sur la terre; et ici l'Evangile était évidemment absurde. Si quelque chose pouvait tomber, ce serait la terre ou les terres, sur leurs soleils. Mais d'ailleurs, la stabilité du système, je le croyais alors, n'est-elle pas démontrée? De bonne foi, me disais-je, est-ce la vérité qui parle, et ce seul trait d'ignorance absolue n'est-il pas décisif?

Je persistai à croire sans voir : peut-être comprendrai-je un jour, me disais-je, et je poursuivis mon chemin malgré le terrible fantôme : terrible par sa clarté et sa simplicité.

Le fantôme a duré plusieurs années et n a été pleinement dissipé que vingt ans plus tard. Il était, comme tous les fantômes, composé de ces deux éléments : malentendu, science incomplète.

Malentendu : je croyais que, selon l'Evangiie, les soleils tomberaient sur la terre ; l'Evangile ne le disait pas, il disait : les étoiles tomberont. L'absurdité n'existait plus. Je ne fis cette remarque si simple que quelques années après.

Science incomplète : je croyais démontrée la stabilité de tout l'état astronomique du ciel. C'était un peu la pensée antique des deux incorruptibles. Pourtant que de faits déjà dans la science tendaient à renverser cette hypothèse j mais j'ignorais ces faits, ou jen'y pensais pas alors.

Or, voici ce quim'éclaira pleinement, vingt ans plus tard. C'était en 1848. Je vois entrer chez moiM. Cauchy, mon ancien maître et vénérable ami; il accourt tout ému, et me dit : Savez- vous bien ce qui se passe? — Quoi? on s'égorge dans les rues? — Non, c'est un tout autre événement I la nouvelle est arrivée aujourd'hui d'Angleterre à l'Académie des sciences. Voici le fait : il y a un nouveau télescope, et toutes les nébuleuses sont résolues! tout ce qui est visible dans le ciel est résolu. Il n'y a plus de nébuleuses proprement dites, il n'y a que des amas d'étoiles; môme les nébuleuses en spirales sont des amas d'étoiles.

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Or, Messieurs, cgoule A. Griitry, voici la portée de cet événement scientifique : laissant de côté la question, douteuse encore, des nébuleuses proprement dites, il est certain du moins que plusieurs nébuleuses en spirales sont des amas d'étoiles. Or, les spirales sont des systèmes nécessairement instables, dont toutes les lignes tombent sur le centre, et ces lignes sont des lignes dont tous les points sont des étoiles. C'est donc à dire qu'aujourd'hui, nous voyons de nos yeux des amas de millions d'étoiles occupées à tomber sur un centre commun. En sorte que, non seulement, comme le dit l'Evangile, les étoiles tomberont. du ciel, mais, en ce moment, elles tombent du ciel, et nos yeux le voient (1).

Le télescope de lord Ross ne résout pas toutes les nébuleuses, comme le prétend le savant que je viens de citer, et, au moment oùGratry écrivait cette page, on n'avait pas encore soumis ces nébuleuses à l'analyse spectrale , il n'en est pas moins vrai que le texte sacré n'est pas en défaut et que d'autres hypothèses plus scientifiques, à notre avis, que celle dont je viens de parler, ont été élevées par des hommes compétents, pour expliquer ce signe terrible, avant-coureur du dernier jour de la terre habitée.

Au livre de la Genèse, Moïse nous raconte

(1) A. Gratry, Crise de la foi. Première conférence, p. ol.

l'histoire de la création du ciel et de la terre, et comme le fait observer le savant évêque de Ghâlons, Mgr Meignan, Moïse parle, en cet endroit, de notre terre et de notre ciel, sans s'occuper de l'existence ou de la création des autres soleils et des autres cieux.

De même aussi selon Suarez, lorsque l'apôtre saint Pierre nous parle des grands événements du dernier jour : résurrection des morts, conflagration de la terre, rénovation de l'univers, jugement universel , l 'apôtre entend parler de notre planète, de notre ciel.

Saint Pierre écrit le dernier chapitre de l'histoire de la terre ; Moïse en écrit le premier.

(( Il y avait d'abord, dit l'apôtre saint Pierre, des cieux et une terre que la parole de Dieu tira de l'eau et fit subsister par l'eau, c'est pourquoi le monde d'alors périt dans un déluge d'eau. Quant aux cieux et à la terre qui sont maintenant, la môme parole les conserve pour être livrés au feu, le jour du jugement et de la ruine des impies... Or, le jour du Seigneur viendra comme un voleur. Alors, les cieux disparaîtront avec un grand fracas, le feu fondra les éléments et il consumera la terre et les ouvrages qu'elle contient (1). »

Suarez démontre, dans un commentaire précis de ce texte sacré, qu'il n'est question que

(1) S. Pétri, Epist. II, c. m. — Voir Suarès, édition Vives, t. IX, p. 1109.

des bouleversements de notre atmosphère, et non des bouleversements de tous les cieux dans la prédiction finale de nos Saints Livres.

C'est donc, en parlant de notre ciel planétaire, que le Sauveur a dit : les étoiles tomberont du ciel. Le Sauveur ne parle pas de la chute matérielle des étoiles sur la terre; et ni les Docteurs, ni les théologiens, ni les Pères de l'Eglise n'ont entendu ce texte de cette manière ; une telle interprétation soulèverait contre elle d'insurmontables difficultés.

Mais, s'il ne faut pas donner au texte cité ce sens matériel et inexact, il faut éviter aussi de l'expliquer avec trop de largeur, de lui refuser toute valeur scientifique et de Tapphquer seulement, comme le prétend Origène, aux grandes intelligences, aux hommes supérieurs, qui, victimes de l'orgueil, à cette heure de trouble universel, tomberont dans l'apostasie pour ne plus se relever. Je reconnais volontiers que l'expression métaphorique, les étoiles, convient à ceux qui instruisent la terre : fulgebiint tanqiiani slellœ; mais la parole du Sauveur, prise avec le contexte et considérée dans ses rapports avec les autres prédictions dont elle fait partie, a un sens littéral et fortement déterminé.

Les hommes épouvantés diront, peut-être, au dernier jour : « Les étoiles tombent du ciel, » parce que ces étoiles qui sont aussi des soleils, et qui peuvent avoir leurs taches, leurs nuages

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de vapeurs métalliques, s'envelopperont de vapeurs et cesseront de jeter leur lumière et leurs feux. Peut-être, aussi, que la terre recevra une accélération subite et terrible de rotation. Dans ce mouvement eft'ravant à travers l'espace, les épaisses vapeurs qui envelopperont la terre, se déchirant soudain, par un mouvement analogue à celui que produirait un immense éclair, les hommes verront le ciel, et les étoiles paraîtront tomber à Thorizon.

Une interprétation aussi autorisée que celle que je viens d'exposer, a été donnée par un esprit distingué ; elle permet de prendre à la lettre le texte sacré.

Les étoiles qui tomberont du ciel, écrit M. Perrier (1), seront une pluie ou plutôt une grêle d'astéroïdes, sorte d'orage enflammé capable de produire sur notre globe d'épouvantables désastres. La science a reconnu que ces corpuscules stellaires, en multitudes incalculables, voyagent comme des fleuves dans les espaces interplanétaires, décrivant leurs orbites dans des directions inconnues, et avec une vitesse telle, qu'à la rencontre d'une planète, la terre, par exemple, ils s'enflamment à l'instant, brûlent et disparaissent comme des traits de feu : telles sont les étoiles filantes.

Or, d'un autre côté, par les observations de

(1) Annales calholiques, 15 novembre 1879.

la science la plus moderne, nous savons, à ne pouvoir en douter, que notre terre, emportée par le soleil dans l'espace, ne suit pas du tout une route constante et identique. Nous savons que le soleil entraine avec une rapidité vertigineuse, tout son cortège de planètes vers la constellation d'Hercule. Ainsi, à chaque instant, sans que nous en ayons conscience, nous courons, nous sommes précipités dans des régions inconnues. Que rencontrerons-nous dans cette course efFrénée ? qui oserait affirmer qu'un jour, un banc épais d'astéroïdes ne nous dérobera pas les rayons du soleil, en s'interposant entre nous et le grand foyer lumineux, et que la terre, pénétrant à son tour dans ce torrent, ne sera pas criblée de ces milliers d'astéroïdes, qui pleuvront sur elle sous forme de solides enflammés? Mais, qui ne le voit aussi, cette hypothèse, pleinement autorisée par la science, serait la vérification frappante du texte évanélique, et les étoiles tomberaient réellement du ciel. Cette grêle enflammée pourrait bien allumer sur la terre un immense incendie, dont les reflets donneraient à la lune la couleur du sang, annoncée par le Sauveur.

Vous pouvez choisir entre ces diverses hypothèses, également autorisées pas les sciences, celle qui explique avec plus de précision la parole évangélique, et vous reconnaîtrez, — sans qu'il soit nécessaire d'un grand effort

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d'attention, — qu'il n'y a pas opposition entre la religion et la science, et que la religion nous apprend sur le dernier jour du monde, des faits que la science ne peut pas démentir, et qu'elle explique même avec clarté.

Mais la terre ne sera pas anéantie ; et l'humanité, qui n'a pas été témoin de grands bouleversements de notre globe à son origine, sera le témoin épouvanté et tremblant des cataclysmes du dernier jour. La terre transformée sera-t-elle le séjour d'une humanité nouvelle qui aura son histoire, ses épreuves, sa fin, qui disparaîtra elle-même, après de longs siècles, secouée et rejetée du navire, par une violente tempête, pour faire place à une autre humanité?

Sera-t-elle, comme l'enseignent certains théologiens, le séjour nouveau des enfants morts sans baptême, qui n'ont pas connu l'épreuve de la vie? Faut-il croire, avec quelques Pères de l'Eglise, que la terre nouvelle et les nouveaux cieux dont il est parlé dans le prophète Isaïe, dans saint Jean et dans saint Pierre (1), ne seront, en réalité, que la terre que nous habitons, heureusement transformée par la puis-

(1) Isaïe, Lxv, 17; lxvi, 22. — S, Jean, ApocaL, xx, U; XXI, 1. — S. Pierre, Ep. JI, m, 13.

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sauce divine, et laissant mieux voir à nos yeux ravis, les merveilles et les splendeurs de nouveaux cieux?

L'esprit humain est sans réponse à ces questions intéressantes, mais inutiles, et le cœur de l'homme, guidé même par les maîtres dont nous venons de rappeler les témoignages, reste en présence de conjectures brillantes, qui charment l'imagination, sans donner le repos de la certitude à notre esprit.

Le prophète Isaïe entrevoit une terre nouvelle dans ses visions prophétiques, et il en décrit la beauté, dans un chant qui est un poème ému et plein de fraîcheur. Il célèbre les joies de cette Jérusalem nouvelle, la paix sereine de ses habitants, la longue durée de leurs jours qui égalera la durée des grands arbres, et il bénit en la saluant, cette race choisie, dont tous les vœux seront exaucés (1).

Platon semble répéter cette page, quand il fait dire à Socrate, au moment de mourir, ces paroles pleines d'espérance : « Une autre terre pure est au-dessus de la nôtre, dans ce ciel pur où sont les étoiles. Les fleurs, les fruits, les montagnes y sont d'une beauté enchanteresse. Cette terre produit toutes sortes de pierres précieuses, limpides, parfaites, d'un éclat dont rien n'approche ; auprès d'elles pâlissent nos éme-

(1) Isaïe, Liv, 65.

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raudes, nos jaspes et nos saphirs. Dans cette heureuse terre, l'or et l'argent, répandus en abondance, en tous lieux, jettent de tous côtés des feux qui charment la vue. Voir cette terre, c'est le spectacle des bienheureux... Ceux qui ont passé leur vie dans une sainteté élevée, sont reçus là-haut, dans cette terre pure où ils habitent; et ceux d'entre eux que la philosophie a suffisamment purifiés, vivent pendant toute l'éternité, sans leurs corps, et sont reçus dans des demeures plus belles, plus agréables que je ne saurais le dire ou l'expliquer (1). »

Ce qui est certain pour chacun de nous, c'est que la dernière catastrophe de la fm du monde sera proche du jugement universel. Saint Matthieu et saint Paul nous rappellent que le Seigneur viendra, alors, pour la seconde fois, non plus sous la forme d'un esclave comme à son premier avènement; il viendra plein de majesté et environné de gloire (2), et, en ce jour, l'histoire du monde, ignorée ou mal comprise par les hommes, sera éclairée par la lumière même de Jésus-Christ, et la vie humaine sera expliquée.

Strauss a dit après Schiller : le jugement universel est dans l'histoire universelle; et ce jugement, qui se continue à travers tous les temps, rendra le jugement dernier inutile et superflu.

1) Platon, Phédon.

2] Matth., XXVI, 64. // ThessaL, i, 6, 8.

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Mais l'expérience des siècles a répondu que le jugement de l'histoire n'est pas toujours équitable et lumineux, et qu'il reste, d'ailleurs, dans les événements dont la vie de l'homme est faite, assez de ténèbres et de difficultés pour appeler la lumière suprême du jugement de Dieu.

« Le Fils de l'homme viendra dans sa gloire et sa force, entouré des puissances célestes ; il sera assis sur le trône de sa gloire ; toutes les nations s'assembleront autour de lui. L'époque du second avènement est appelée le dernier jour, le jour du Seigneur. Le jugement sera fait selon l'Evangile, c'est-à-dire selon le plan de la Divinité, qui a fait de la doctrine de la Rédemption du monde le centre de toute la révélation divine, de tous les actes de la Providence et de tous les jugements rendus conformément à la loi positive... Le jugement, d'après l'Evangile, est en même temps une justification de Dieu, une théodicée, car le jugement final ne sera pas seulement juste, mais il apparaîtra dans sa liaison avec tous les jugements antérieurs, comme l'acte suprême qui clôt tous les jugements de Dieu, depuis le commencement du inonde. Dieu sera justifié dans tous ses arrêts, qui, dans la sentence finale, paraîtront tous comme un arrêt unique ; Dieu sera également justifié dans toutes les voies par lesquelles il a conduit les individus, les peuples, l'humanité entière dans tous les temps et dans tous les lieux. Toutes appa-

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paîtront comme les voies providentielles de l'amour, de la sagesse et de la justice absolue. Les mystères et les énigmes de l'histoire du monde seront dévoilés ; car, de même qu'on a nommé avec raison l'histoire le jugement du monde, de même, à l'inverse et dans un sens plus large encore, le jugement du monde sera l'histoire dévoilée et manifestée. Ce qui était resté obscur sera révélé. Cette manifestation universelle est un des caractères essentiels de ce jour suprême. Chaque œuvre sera connue et produite à la lumière du Seigneur (1). »

{]) Dict. encycl. théol. — Jugement dernier. (Staudenmaier.)

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