O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton
aiguillon?
57. Grâces soient rendues àDieu,qui nous a donné la victoire par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
L'Apôtre nous apprend, dans ce chant de triomphe en F honneur de la résurrection des morts, que le corps ressuscité des bienheureux recevra des modifications profondes et glorieuses. Puis, jaloux de nous rappeler que notre corps peut, sans cesser d'être toujours le même dans son fond, se prêter à la transfiguration qu'il annonce et qu'il promet aux fidèles, il leur cite l'exemple de la semence et de sa germination dans la terre avant son épanouissement dans la vie du dehors.
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Quel chemin de la semence à l'épi de blé! chemin suivi lentement et progressivement par la nature, et cependant, cet épi de blé ne cesse pas d'être, à travers ses évolutions successives, et après ces diverses phases de sa vie, la même semence que le laboureur a jetée dans le sillon.
Quand nous sommes en présence d'un corps que la vie a cessé d'animer ; quand nous considérons cette rigidité des membres, cette insensibilité totale, cette immobilité absolue et eftrayante d'une créature qui, tout à l'heure, éclairait la maison de l'éclat de ses yeux, l'égayait de son sourire et l'animait de sa propre vie ; quand nous prions sur une tombe et que nos yeux pleins de larmes cherchent à reconnaître à travers le marbre, la pierre ou le gazon, ce qui reste de poussière et de terre végétale de ce corps dont la vie débordante et la joyeuse jeunesse qui défiait la mort, promettait de si longues années d'existence, nous arrêtons nos peusées à la partie matérielle, vulgaire et brutale du grand mystère de la transformation, et nous éprouvons un sentiment d'horreur et d'effroi.
Quel étrange aveuglement !
La mort a fait son œuvre, Dieu commence la sienne ; et de ces débris qui nous inspirent une invincible aversion, de cette poignée de poussière et d'eau, de cette semence corporelle, jetée parla mort, avec l'elFrayante majesté d'un cada-
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vrc, dans le sillon ouvert par le laboureur de Dieu, sortira un jour un être supérieur à cet épi de blé qui se balance au soleil, un corps infiniment plus beau que toutes les créatures terrestres, un corps glorieux; et, de même que le voyageur qui traverse une vaste plaine ensemencée, salue joyeux et plein d'espérance la moisson qui va se lever, quand vous traversez le champ des morts, ne regardez pas le sillon fermé, levez la tête et saluez aussi la moisson que préparent la sagesse et la bonté de Dieu dans cette tombe où se fera Tenfantement surnaturel d'une nouvelle vie.
Avez-vous considéré les premières heures d'un petit végétal caché dans le sillon? Quelle vie obscure et quelle activité ! La graine est déjà formée, elle trouve dans le sein de la terre, où commence son existence rudimentaire et cachée, la chaleur et l'humidité qui préparent sa germination prochaine. Gomme une mère attentive, la terre réchauffe et semble couver la semence, dans le mystère laborieux de son enfantement. La racine se forme, et sa surface, couverte de petits filaments, pompe les sucs ef les liquides nourriciers qui la font vivre. Suivez attentive-
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ment le développement de la gemmule et des feuilles; voyez le petit végétal rejeter les téguments inutiles, cesser d'emprunter sa nourriture au cotylédon atrophié, et commencer enfin à demander au dehors, en faisant son apparition au soleil, tous les éléments nouveaux de sa seconde vie.
La germination est achevée ; mais si profonde qu'ait été son action dans la période embryonnaire, elle n'a pas fait apparaître des parties nouvelles dans le petit végétal ; la germination n'a rien créé, et elle n'a rien ajouté. Elle a seulement développé et rendu plus apparentes les parties qui existaient déjà dans Fembryon, la tige, les radicules, les feuilles, les organes fondamentaux. Les vaisseaux, les fibres et parenchymes des feuilles sont déjà dans la tige, dont elles ont tous les éléments.
Souvent, Von peut voir se reproduire encore plusieurs fois dans le même végétal l'histoire de l'embryon et de l'évolution du premier axe. De certains points de la tige sortent, sous forme de petites excroissances, des bourgeons qui s'entourent de feuilles autour d'un axe qui s'allonge. Le bourgeon se développe et devient le rameau. Le rameau pourra se couvrir à son tour de nouveaux bourgeons, et cette magnificence de rameaux, de feuilles, de bourgeons qui vivent dans l'air; cet épanouissement vigoureux d'une plante qui respire, se nourrit, se reproduit, et
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charme le voyageur par la fraîcheur et l'éclat de sa vie, toutes ces merveilles sortent, selon une évolution savante, ordonnée par l'auteur de la nature, des profondeurs mystérieuses de cette graine, de cette petite semence ignorée et jetée par le vent dans la terre qui lui ouvrait son sein.
Du gland que le bœuf a écrasé dans la terre sortira le grand chêne de la forêt.
La nature nous offre encore un exemple frappant de ces transformations de l'enveloppe de la vie, dans la formation des insectes à métamorphose complète, et tout particulièrement dans le papillon.
Avant d'être l'insecte qui déploie ses ailes sous la chaleur et l'éclat du soleil, cet insecte a été d'abord vermiforme et à l'état de larve ; il a rampé comme les vers. Après cette première et obscure période de son existence, la larve devenue nymphe ou chrysalide s'est renfermée dans la demeure qu'elle se fait avec la soie sécrétée par des glandes et préparée parles fdières creusées dans la lèvre. Cachée dans cette coque, et, en apparence immobile, la chrysalide voit se ramollir ses parties intérieures, se développer ses organes, se raffermir ses ailes naissantes, et quand l'évolution est achevée, l'insecte déchire ses langes ; et ses ailes plus fortes se balancent dans l'espace et l'emportent dans les airs.
Quelle métamorphose ! Ce papillon qui vol-
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tige, c'était bien tout à l'heure la chrysalide emmaillotée dans ses langes de soie; c'était bien tout à l'heure cette chenille qui rampait sur la terre, c'est bien toujours le même insecte, il a fini son évolution selon la loi éternelle conçue par le Créateur.
Vivante image de la transformation réservée au corps périssable des élus. Ne savez- vous donc pas, écrit le grand poète, que notre corps est semblable à la chrysalide, qui doit devenir bientôt le papillon angélique et voler sans obstacle à la justice de Dieu?
Non vi accorgete che noi siam vermi
Nati a Jormar Vangelica Jarfalla
Che vola alla gustizia senza schermi (i).
Ce n'est pas seulement dans le règne animal et dans le règne végétal, c'est encore dans le règne minéral, c'est-à-dire dans toute la nature, que la science nous fait assister aux transformations surprenantes de la matière. Etudiez les combinaisons si variées de l'acide carbonique, de Fammoniaque de l'air, de l'eau de la pluie, voyez-les s'unir et former les principes des corps des plantes alimentaires, suivez la matière dans ses ascensions du minéral au végétal, à Fanimal, au corps humain. Puis, voyez ces trois règnes s*enlacer sans se confondre et s'appeler mutuel-
(1) Dante, Pargal., can. X, v, 41.
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lement, pour vivre quelques jours. La plante jette l'oxygène, et l'homme respire. L'animal exhale l'acide carbonique, et la plante vit. La plante dégage Toxygène, et Tair est purifié. Ces trois règnes sont le théâtre des incessantes transformations de la matière dans le tourbillon vitaL
Aussi, lorsque l'incrédule répète la parole insensée relevée par l'apôtre saint Paul : « Mais, dira quelqu'un, comment les morts ressusciteront-ils? » nous répondons avec la science : Voyez les métamorphoses de la matière dans les minéraux, les végétaux, les animaux. Vous pouvez voir, toucher, sentir, tous les jours, des résurrections et des transformations de la matière, dans tout l'univers; pourquoi serait-il plus difficile au Créateur de ressusciter par son action souveraine, et de glorifier par son amour le corps de ses élus, sans altérer leur caractère essentiel ou leur identité ?
(( Insensés que vous êtes, ce que vous semez ne reçoit pas la vie, s'il ne meurt auparavant (1). »
11 y a dans les profondeurs du corps humain, comme dans le sein mystérieux de toute semence ^ un point inconnu qui est peut-être le germe des transformations surnaturelles que Dieu réserve à ceux qu'il veut glorifier.
(l) S. Paul, / Cor.
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Quand on ét.uclie le corps humain, ensuivant les indications de la science, on y distingue deux parties, dont l'une frappe les sens, et dont l'autre, insaisissable aux sens, mystérieuse, échappe à l'observation et à l'analyse expérimentales, et se révèle exclusivement à la raison. Ainsi, nous voyons par les yeux cette masse pondérable et matérielle de notre corps qui se renouvelle entièrement, plusieurs fois, pendant la vie. Nous voyons la chair, les muscles, les veines, les os qui forment les membres de notre corps. Toutes les cellules, tous les atomes qui viennent du dehors et qui s'arrêtent quelque temps en nous, dans cette masse pondérable, mobile et fuyante, disparaissent ensuite dans le tourbillon vital.
C'est la partie éphémère et visible du corps humain.
Mais il y a aussi, plus avant dans les profondeurs mystérieuses de notre organisme, une partie indéfinissable qui persiste et demeure en nous à tous les moments, à tous les âges de notre vie et qui est le principe de notre identité.
L'homme ne cesse pas d'être le même à vingt ans, à trente ans, à soixante ans. Il conserve, à ces âges différents et éloignés, cette physionomie ou cette ressemblance avec lui-même, qui nous permet toujours de le reconnaître, et cependant, la science expérimentale nous apprend que cet homme n'a pas conservé dans
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ses nerfs, ses muscles, son sang", une seule molécule, une seule partie matérielle de son enfance et de son adolescence, quand il arrive déjà à la vie tramante de la vieillesse.
Or, je comprends maintenant que cette partie mystérieuse et essentielle de notre corps, fondement de notre identité matérielle, puisse un jour devenir, sous l'action souveraine et miséricordieuse de Dieu, le sujet des transformations glorieuses des élus. L' homme futur continue ainsi l'homme de la vie présente, et de ces profondeurs encore inconnues de notre corps, de cette semence touchée plusieurs fois, pendant la vie, par une action divine, dans le mystère de la communion, Dieu voulant récompenser ses élus, fera sortir un jour, par un acte surnaturel, le corps glorieux des saints, comme il a fait sortir, dans l'ordre purement naturel, le papillon de la chrysalide, et le grand chêne du gland perdu dans la forêt.