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LES QUALITÉS DES CORPS GLORIFIÉS

La puissance divine a ressuscité le corps de son élu, qui fait son entrée dans le ciel. Nous voulons connaître les qualités et l'état nouveau de ce corps.

Tant que nous sommes sur la terre et dans l'épreuve, il nous est facile de constater l'antagonisme douloureux de notre corps et de notre àme et la différence profonde, essentielle qui les sépare et qui règne entre eux.

Le corps est indocile, et, selon l'énergique expression de l'Apôtre, il est un corps animal, corpus animale, il rend semblable aux animaux celui qui ne sait pas en réprimer les instincts farouches et qui se fait l'esclave de ses mouvements. Toute la vie chrétienne s'écoule dans le

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rude labeur d'un combat opiniâtre de l'âme contre le corps. Qui n'a pas connu ce combat? Qui n'a pas souffert et pleuré de ses blessures? Quel est celui qui n'a pas répété le cri déchirant de saint Paul: « Qui me délivrera de ce corps de mort(l)? » Ou cet aveu douloureux du grand Apôtre: « J'ai assez de la vie (2) ! »

J'observe encore, et je vois que ce corps est lourd, et qu'il n'a rien des élans radieux, des mouvements rapides de l'âme et de la pensée. Il est enchaîné là où je suis, par le poids de sa masseetparsoninertie;ilfautuneffort croissant, difficile et plus pénible avec la vieillesse, un effort des muscles, des nerfs, une dépense d'énergie pour le déplacer. Que ses mouvements sont lents! que ce corps est lourd ! Et même à cet âge heureux et si court, où l'enfant semble effleurer la terre, comme la fatigue vient vite et avec quelle promptitude il appelle le repos! Mais cet âge est déjà loin, et je cherche aujourd'hui, après la traversée qui va finir, à connaître le rivage nouveau où je vais aborder.

Autour de moi, partout, je rencontre aussi dans la matière, dans l'espace et dans les corps, un obstacle aux désirs de mon âme qui voudrait ni'emporter avec elle, dans son vol puissant et rapide, au delà de nos éphémères réalités d'ici-

(1) « Quis me liberabit de corpore mortis hujus? » (S. Paul, Ro7n,, \ii, 24.)

(2) « Ita ut tœderet nos etiam vivere. » (S. Paul, // Cor.,

bas. Ma pensée franchit les distances, défie l'espace et passe à travers les corps les plus épais. Une mère qui a laissé son fils, après un adieu navrant, sur la terre lointaine qu'elle a habitée, revoit par la pensée, du fond de sa solitude et de son exil, à travers ses larmes et son espérance, cette terre, cette demeure, son enfant. Elle dit à sa pensée : va ! et sa pensée traverse l'espace, elle franchit les mers et s'arrête dans un rêve qui fait oublier la triste réalité, sur la terre qu'elle voudrait habiter. Mais la pensée obéissant à l'àme, n'entraîne pas le corps, car les corps ne peuvent pas se pénétrer. L'impénétrabilité comme l'étendue sont des caractères distinctifs de la matière et de tous les corps. La matière et l'espace s'élèvent comme une barrière infranchissable, et séparent invinciblement ceux qui voudraient se revoir.

• Mais il est encore une autre infirmité qui est aussi la blessure du péché dans le corps humain. La souffrance, la faim et la soif, l'inégalité et les intempéries des saisons, les maladies et les accidents de la vie fatiguent, harcèlent, épuisent ce corps jusqu'au jour de sa défaite suprême, sous le coup de la mort. Si vous avez visité avec attention une salle d'hôpital, vous avez dû sortir de là le cœur serré, les yeux humides. Malheur à vous si vous n^avez pas vu ces misères poignantes à travers la lumière consolante d'en haut!

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Mais, Dieu soit loué! Tous ces germes mauvais, tous ces éléments de mort, toute cette partie grossière, épaisse et révoltée dans Adam, qui est mon corps antérieur, tout cela sera dévoré, détruit, anéanti par les éléments de vie{l). Ce sont les langes que nous laisserons dans la tombe, comme la chrysalide jette les langesdesoie dontelle s'était enveloppée, tandis que, par un travail caché à tous les yeux, elle se préparait à la vie libre de l'extérieur.

Dieu donne à l'âme béatifiée la puissance gratuite et surnaturelle de se faire un corps nouveau en harmonie avec sa vie nouvelle et supérieure, et entièrement soumis à sa volonté. Pendant cette vie mortelle, l'âme a fait son corps avec les éléments imparfaits, grossiers, terrestres que la nature répand autour de nous. Après cette vie, les milieux sont différents, les conditions vitales sont changées, les éléments ambiants sont nouveaux et essentiellement opposés à cette terre.

La vertu formatrice accordée à l'âme, en récompense de ses mérites, de ses vertus, lui

(1) « Ut absorbeatur quod mortale est a vita. » {11 Coi\^

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permet d'idéaliser la matière ou les éléments de son corps, en leur donnant le caractère immatériel dont l'Apôtre a parlé, corpus spiritiiale, L'àme fait de son corps un instrument facile et toujours docile de sa volonté éternellement attachée au bien. Cette idée philosophique et théologique du dernier triomphe de l'esprit sur la matière, de l'àme sur le corps; ce spectacle de l'âme qui travaille avec Jésus-Christ à faire un corps nouveau, si différent du corps enfanté sur la terre, frappe l'esprit par sa grandeur, et éveille les plus nobles espérances dans le cœur surpris.

Mais ce travail n'est pas long. Dans un instant rapide comme la pensée, Jésus-Christ nous fera un corps semblable au sien. « Pour nous, écrit saint Paul, nous vivons déjà dans le ciel, comme en étant citoyens : c'est de là aussi que nous attendons le Sauveur Notre-Seigneur Jésus-Christ qui changera l'état vil et abject de notre corps, en le rendant semblable à son corps glorieux, par cette vertu efficace qui lui permet de tout s'assujettir (1). »

Or, quelles sont les qualités du corps glorieux de Notre-Seigneur ressuscité ? l'Evangile nous

(1) " Nostra autem conversatio in cœlis est : unde etiam Salvatorein expectamus Dominiini Nostrum Jesum Christum qui reformabit corpus Immilitatis nostrie conflguratimi corpori claritatis sufe, seciindùm operationem qua etiam possit subjicere sibi omnia. » (S. Paul,, ad Philipp., m, 20, 21.)

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répond : Le Christ ressuscité ne souffre plus, ne meurt plus : voilà l'impassibilité. Il éblouit de l'éclat de sa gloire les gardes troublés et tremblants de son tombeau : voilà la clarté. 11 apparaît subitement, dans le cénacle fermé, au milieu des Apôtres, et, comme la lumière, il traverse les corps : c'est la subtilité. L'espace même lui est soumis, et il apparaît en plusieurs endroits: c'est l'agilité.

Voilà bien les qualités du Sauveur ressuscité et des corps glorieux des élus (1). Nous verrons la transformation totale de ce corps misérable et révolté que nous traînons ici-bas. A l'image «t par la puissance du Sauveur, nous dépouillerons le corps inerte, épais, périssable, et nous prendrons un corps impassible, agile, subtil, lumineux.

Notre corps sera donc spirituel et lumineux. Il ne cessera pas d'appartenir au monde de la matière, au monde des corps; il sera néanmoins, comme l'enseigne l'Esprit-Saint, un corps spirituel, co?'piis spirituale; et s'il est permis, dans ces difficiles questions, de s^arrêter à des analogies qui éclairent et reposent l'esprit noblement inquiet, je dirai que Tàme, en vertu de sa puissance formatrice, et par une action surnaturelle, élèvera son corps au degré le plus

(1) « Seminatur in corruptione; semincatur in ignobiliJato, surget in glôria; seminatur in inflrmitate, surget in virtute ; seminatur corpus animale, surget corpns spiritualo. » (/ Cor., XV, 42-44.)

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élevé de la matière et le plus rapproché des esprits. Nous pouvons reconnaître une confirmation de cette pensée, dans l'insistance avec laquelle saint Paul compare au soleil, le corps glorifié des Bienheureux.

La lumière, en effet, ou mieux encore le rayon de soleil, appartient au monde des corps; on peut le voir, le toucher, le sentir. Cependant, comme ce rayon lumineux est déjà loin de la pesanteur vulgaire de notre corps terrestre icibas! Gomme il est rapide dans ses vibrations et ses mouvements ordonnés ! Dans une seconde, il franchit soixante-seize mille lieues. Quel éclat il jette autour de lui, dans la sphère immense de son action! Gomme il pénètre partout, malgré l'obstacle, en apparence insurmontable, de l'espace et des corps !

Voilà donc le corps glorieux des élus.Ge n'est pas l'être surhumain de l'éther planétaire, égaré dans l'espace, et rêvé par l'imagination. G'est bien réellement le corps que Dieu promet aux Bienheureux, dans le ciel devenu leur récompense. Ainsi, l'àme plus rapprochée de Dieu, dont elle contemplera l'essence, et toute resplendissante elle-même de l'éclat de la lumière éternelle, l'àme domine, enfin, pleinement son corps; elle le transfigure, elle l'élève, elle lui donne une certaine ressemblance avec elle-même ; ellel'enveloppe, le traverse, l'inonde de ses propres rayons, de sa puissante clarté,

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des feux étincelants qui la traversent elle-même, et qui jaillissent du sein de Dieu. Les justes brilleront comme des étoiles au firmament éternel. C'est la parole de l'Esprit-Saint (1). Et, de même que le mérite est inégal entre les élus, après le long combat et les sacrifices de la vie, après les mortifications et les supplices qui ont purifié leur corps en le dévorant comme un holocauste, ainsi la splendeur des corps glorieux sera inégale dans son éclat. Toutes les étoiles, rappelle saint Paul, ne jettent pas les mêmes feux, et tous les justes n'auront pas la même clarté, mais tous, est-il écrit dans l'Evangile, brilleront comme le soleil dans la demeure du Père éternel (2).

Et ce corps, ainsi enveloppé d'immortalité et de lumière, n'opposera plus la résistance de l'inertie à la volonté de l'âme, qui, douée d'une force nouvelle et puissante, l'emportera avec elle, dans son vol hardi et grandiose, avec la rapidité de la pensée, partout où son amour l'appellera. Déjà, pendant la vie, l'àme des Saints nous a laissé deviner qu'elle possédait une énergie profonde et secrète, une force enveloppée, endormie, liée^ qui attendait l'heure d'une soudaine et constante manifestation. Re-

(1) « Tanquam scintillae in arundineto discurrent. » iSap., m, 7.) — « Fulgebunt quasi splendor firmamenti. » (Dan., XII, 2.)

(2) « Justi fulgebunt sicut sol in regno Patris eorum. » (Matth., XIII, 43.)

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lisez avec attention la vie des Saints, la vie des grands thaumaturges, auxquels Dieu permettait, à de rares intervalles et par un dessein plein de miséricorde, de délier cette force et de s'en servir pendant quelques instants. Le visage des Saints plongés dans le ravissement et l'insensibilité de l'extase, jetait des rayons comme le soleil. Souvent le corps s'élevait, lentement, au-dessus de la terre, soutenu en l'air par l'âme transfigurée, qui semblait déjà briser ses liens et déployer ses énergies surnaturelles trop longtemps endormies. D'autres fois même, ce corps apparaissait simultanément dans plusieurs lieux. Comme l'aiglon s'essaye à voler sur les plus hautes cimes des montagnes, l'àme des Saints s'essayait déjà à glorifier le corps en l'élevant vers Dieu.

Souvenez-vous aussi, quand vous méditerez l'enseignement sacré sur ce magnifique problème de votre transfiguration, souvenez-vous que les Saints Livres ne disent pas que Dieu va créer en nous de nouveaux organes, et ajouter quelque chose de nouveau, d'inattendu à notre essence, à l'essence de notre àme et de notre corps. J'ai toujours été frappé de la parole sainte. Elle indique sans cesse, en parlant des élus, qu'il y a en nous un mystère, et que ce mystère sera dévoilé. Elle parle d'une force, d'une gloire qui est en nous, dans l'àme baptisée, et qui attend l'heure de sa manifestation. Elle parle

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d'une secrète énergie qui se révélera, qu3e revelabitur in vobis.

Dieu permet à des Saints de manifester déjà sur la terre aux hommes, qu'un tel spectacle étonne par sa grandeur, cette agilité et cette subtilité futures de leur corps. Mais ces manifestations rares et toujours imparfaites de la vertu du Très-Haut, ne nous laissent jamais voir, pendant la vie, toute l'étendue de cette force mystérieuse qui, déliée, enfin, après la mort, communique au corps glorieux la rapidité de mouvements et d'élans qui n'appartenaient, pendant la vie, qu'à l'àme, à la mémoire, au cœur, à la pensée.

Comme les globes de feu, rapides et étincelants, sillonnent l'espace immense du lîrmament, ainsi, dit l'Esp rit-Saint, ainsi nous verrons les élus traverseret parcourir les cieux, tanquam scintillœ in arimdineto discurrent.

11 est, en effet, évident que puisque Dieu donne à ses élus un corps doué d'agilité et de subtilité ; puisqu'il leur donne en même temps la puissance d'égaler dans leurs mouvements corporels les mouvements de la pensée, c'est qu'il n'entend pas les condamner à l'immobilité silencieuse et complète d'une extase qui rendrait inutiles ces facultés. Non, les bienheureux ne resteront pas éternellement immobiles et enchaînés sur un point de l'espace, en face de l'essence incréée. Le mouvement rapide et éter-

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nellcment joyeux sera, sans doute, ainsi que l'enseigne l'Esprit-Saint, une loi de notre vie bienheureuse au ciel; et, jetant encore une fois un regard sur ces gloi3es lumineux et innombrables, sur ces soleils et ces étoiles qui sont des mondes et qui remplissent, dans toutes ses profondeurs, l'espace incommensurable du firmament, j'aime à croire et à espérer que nous voyagerons à traversées mondes, avec la vitesse de la lumière, avec la vitesse de l'étincelle électrique, et que l'àme en ses mouvements et dans la variété heureuse de sa vie ne cessera jamais de voir Dieu, de le contempler et de Faimer.

Ne m'accusez pas de concevoir un rêve et de charmer le cœur humain par de brillantes illusions. Je vous ai cité la parole même de Dieu, qui nous montre les élus traversant le firmament avec l'éclat des étoiles, tanqiiam scintillœ in arundineto disciirrent.

Ecoutez maintenant le maître de la science sacrée, le plus sévère et le plus exact des Docteurs de l'Eglise, saint Thomas d'Aquin : « Par le don d'agilité, le corps est soumis à l'àme comme à son moteur, et il en suit dans ses mouvements toutes les impulsions et tous les désirs (1). »

(1) « Undè sicut per dotem subtilitatis subjicitur corpus ei (aninife) totaliter in quantum est foriua corporis dans esse specificum, ità per dotem agilitatis subjicitur ei, in quantum est motor, ut scilicet sit expeditum et habile ad obediendum spiritui, in omnibus motibus et actionibus animîe. » (S. Th., Supp., qu. 81, a. i.)

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L'àme est donc, selon l'enseignement du saint Docteur, une puissance motrice, une force qui met son corps en mouvement, et le corps devenu agile n'oppose plus désormais aucune résistance à nos âmes; il va, s'élance partout où l'emporte la volonté.

Ailleurs, le saint Docteur développe encore sa pensée dans une formule plus large. Il nous dit « que les corps bienheureux feront passer de la puissance à l'acte leur vertu d'agilité, » et la manifestation ou le spectacle de cette activité nous rendra plus aimable et plus chère la sagesse attentive de Dieu. Leurs yeux seront charmés, ajoute saint Thomas, par la vue de la beauté des créatures si diverses qui expriment à un degré élevé la pensée divine..., et, quels que soient leurs mouvements, leur félicité qui consiste dans la vision de Dieu n'en sera jamais diminuée, car Dieu est présent partout (1).

C'est en s'inspirant de cet enseignement autorisé, qu'un écrivain contemporain, ennemi des rêves de l'imagination et fidèle à suivre l'ensei-

(1) « Et simili ter corpora sanctoriim... postquam cœlos conscenderint, verisimile est, quod aliquando movebuntiir pro siiîB libito Yoluntatis, ut illud quod liabent in virtutc, actu exercentes, divinam sapientiam commendabilem ostendant; et ut etiam visus eorum bcatificatur pulchritudine creaturarum diversarum, in quibus Dei sapientia eminenter relucebit. Sensus enini non potest esse nisi prrescutium quamvis magis a longinquo possent sentire corpora gloriosa, quani non gloriosa, nec tam'en per motum aliquid deperibit eorum beatitudo, quée consistit in visione Dei, quem ubique pr<Bsentem babebunt. •> (S. Tb., Siippl.., p. 34, art. 11.)

nement précis de rEgiise,a écrit ces paroles: (( Je pense que, suivant l'Ecriture sainte, les corps célestes peuvent être considérés comme des parties de ce royaume des cieux que les Bienheureux, dans leur unionavec Dieu et dans la société du Christ et des Anges, pourront parcourir librement et pendant l'éternité... Nous devons croire, dit saint Augustin (1), qu'alors nous aurons des corps tels que nous serons partout où nous voudrons et quand îious le voudrons. Tu seras où tu voudras, dit encore le saint Docteur, et partout où tu seras, tu auras Dieu avec toi. »

L'apôtre saint Jean l'avait déjà dit en parlant des âmes les plus pures : « Elles suivront l'Agneau partout où il ira (2), ^^ indiquant ainsi, avec une incontestable évidence, que ni l'Agneau sans tache, Jésus-Christ, ni les âmes d'élite qui environnent son trône, ne passeront l'éternité dans l'immobilité d'une contemplation qui ressemble à l'extase, mais que l'immensité des cieux sera la carrière ouverte à leur activité. Comme Taspect du firmament change, et de quelle grandeur imprévue il s'entoure à nos yeux, quand nous le contemplons, après avoir recueilli cet infaillible enseignement de l'Evangile, de l'Eglise et de la Tradition sacrée!

fl) S. Aug., Serm, CXfJI, de resurrect. corp., cap. m etiv. (2) S. Jean. ApocaL, xiv, 4. Hi sequuatur Agniim quocumqiie ierit.

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L'homme vulgaire ne voit au-dessus de sa tête qu'une voûte d'azur éclairée par des milliers d'étoiles, comme une salle de fête illuminée par des flambeaux. Le savant saisit ce ravon de

lumière qui vacille et chemine à travers l'espace, depuis des années, et peut-être des siècles ; il l'analyse, le décompose et refait par la pensée, plus rapide que la lumière, l'incommensurable chemin qu'il vient de parcourir. Il remonte au foyer d'où il a jailli, comme une flèche étincelante; il considère et étudie cette étoile, et les étoiles qui l'environnent, et les étoiles plus lointaines, dont il décrit le poids, les perturbations et les mouvements à travers l'espace, et sa pensée élevée, agrandie par le génie, éclaire et anime ce vaste firmament qui lui révèle ses secrets. Mais le chrétien donne un sens à ces mondes, à cette image pleine de lumière, du Verbe de Dieu. Il rapproche, par la pensée, ces étoiles ou ces mondes que d'immenses intervalles séparent; il en fait la demeure des élus, ce royaume des cieux, dont on peut dire le mot célèbre : son centre est partout, sa circonférence nulle part; et tout ce royaume, dont les étoiles sont les assises et les murs d'enceinte, est habité, sillonné, animé par les élus. Quelle poésie et quelle magnificence! mais c'est la poésie des choses faites par Dieu ; c'est l'harmonie des nombres dont Pythagore entendait les notes confuses ; c'est l'expression sereine de la Beauté

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idéale entrevue et saluée par le génie de Platon ; c'est la poésie divine, car c'est Dieu qui a fait l'univers avec nombre, poids et mesure; c'est Dieu qui a répandu la vie dans ces étoiles qui sont des mondes; et de chacun de ces mondes s'élèvent des voix qui s'harmonisent dans un concert immense, éternel, infini. Q*'q^\V Alléluia ou chant bienheureux des élus.

Que le corps glorieux des élus, orné par Dieu de si grandes propriétés, soit désormais inaccessible à la douleur, qui pourrait en douter? L'âme soumise à Dieu, et maîtresse de son corps toujours docile, le conservera dans l'ordre, la paix et la joie.

Plus de séparation ou de rupture entre les parties de ce corps, plus de douleur. Les sensations pénibles provoquées par la faim, la soif, et les nécessités impérieuses de la vie; les émotions pénibles provoquées par les révoltes si fréquentes de la chair contre l'esprit ; les maladies engendrées par l'intempérie des saisons et par la pernicieuse influence des milieux physiques où s'écoule la vie ; les angoisses de la dernière heure qui nous livre à la mort, ce long cortège de souffrances qui nous

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font la vie amère et qui assiègent notre corps, n'auront aucune puissance sur les élus. L'àme béatifiée domine, enveloppe et pénètre son corps en lui communiquant le privilège de l'impassibilité (1).

L'enseignement sacré est précis sur tous les points que je viens de traiter, en étudiant la transfiguration glorieuse du corps humain. Des théologiens plus Jiardis ont parlé des joies sensibles du ciel, des sons qui charmeront les oreilles des élus, des pures beautés qui appelleront leurs regards. Je ne veux pas m'engager dans cette voie incertaine et pleine d'écueils, pour satisfaire l'indiscrète curiosité de notre esprit. Restons dans les grandes lignes du sujet, traité dans des pages magistrales par saint Thomas d'Aquin, éclairé et dirigé lui-même par la parole inspirée de l'apôtre saint Paul. Rappelons-nous l'àme maîtresse, enfin, de son corps, le corps transfiguré à l'image de Jésus-Christ ressuscité, triomphant; et que l'espérance de cette récompense nous suffise et nous soutienne dans les douleurs volontaires de la pénitence, du sacrifice et de l'expiation.

Notre corps n'est pas destiné exclusivement

(1) « Corpus autem humaniim et quidquid in eo est, crit peiiectè subjectum animœ ratlonali, siciit aniuia perfectè erit subjecta Deo : et ideo in corpore glorioso non poterit esse iTiutatio aliqiia contra dispositionem illam, quia perficitur ab anima; et ita corpora illa erunt impassibilia. »(S. Th., SuppL, p. 82, art. 1.)

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par la Providence, à boire, à manger, à engendrer, à produire, en un mot, des actes qui nous sont communs avec les animaux et les végétaux. Il a une mission plus haute, un rôle plus beau, même sur la terre, une mission qui prépare, avec la grâce, à la vie glorieuse que nous venons d'entrevoir. Il est l'organe et l'auxiliaire de l'àme dans ses pensées, ses sentiments, sa vie; il est associé d'une manière mystérieuse, et cependant incontestable, au jeu des facultés intellectuelles et morales de l'àme; il est purifié et sanctifié par l'onction des sacrements et par l'action réelle et profonde du corps et du sang delà personne auguste de Jésus-Christ; il est enfin, par le jeûne, la pénitence et les austérités volontaires ou subies, dévoré comme un holocauste, en l'honneur de Dieu, et j'estime très naturel qu'il partage un jour le triomphe de Fàme dont il a senti les douleurs.

Mais, dans cette haute et pure demeure du Paradis, le corps n'est plus condamné aux fonctions inférieures de la vie animale. Il n'a plus à combler des vides faits par Tépuisement des forces, ni à chercher dans l'assimilation des aliments terrestres la conservation d'une vie qui s'épuise, ni à se multiplier par les douleurs ou les ivresses sensuelles de la génération. Vaines et grossières conceptions de l'esprit de l'homme aveuglé par les impressions charnelles de la terre, et qui rêve un paradis sensuel!

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Erreur profonde de l'imagination qui fait le ciel à la ressemblance de la terre et qui attribue aux Bienheureux les besoins, les fonctions, la vie de l'homme terrestre, animal et grossier. Au ciel, nous conserverons notre corps; c'est la condition de notre identité physique et de la permanence de notre ressemblance avec nousmême, mais ce corps cessera d'accomplir les fonctions animales et végétatives, pour ne conserver que les prérogatives glorieuses des corps ressuscites.

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