‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 1 sur 84 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

quelques-uns, tournée en dérision par le plus grand nombre. Le réalisme de nos temps ne s'accommodait pas de cette conception idéale,

De bons esprits s'étaient imaginé, avec vraisemblance, que l'extrême développement, dans tous les domaines, des relations internationales : congrès religieux, scientifiques, littéraires, artistiques, financiers, économiques, parlementaires, socialistes, et l'extrême facilité des relations quotidiennes devaient avoir comme résultat tout au moins d'établir, à défaut d'une solidarité plus noble, une certaine entente pour la défense des intérêts communs. Mais leur espoir avait été déçu. Et si, dans ses frontières, chacun désirait, certes, s'assurer la justice pour soi — avec même quelques privilèges — c'était sans aucun souci d'assurer^, ou de contribuer à assurer la justice au voisin.

Loin que l'Europe s'élevât, comme l'avaient rêvé des idéologues que les railleries poursuivent de siècle en siècle, loin que l'Europe s'élevât à une idée toujours plus étendue et plus fière de son rôle et de ses obligations, loin qu'elle prît une conscience toujours plus nette et plus ferme de la magistrature de justice à laquelle l'Histoire l'a préparée, loin qu'elle s'appliquât d'une volonté plus active et plus forte à servir les intérêts généraux d'une civilisation dont elle est le représentant le plus ancien, elle s'humiliait chaque jour davantage, s'effaçait, renonçait, abdiquait. Elle dormait d'un sommeil mortel quand le coup de tonnerre d'août 1914 l'a réveillée à demi. Depuis lors, elle s'efforce de se mettre debout. Elle n'est que sur les genoux encore. Elle a du sang bien plus haut.

Il faut le dire, il faut le comprendre: la victoire

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