PREFACE VM
même que nous espérons, que nous attendons avec une invincible confiance, si complète soit-elle, et dussent y périr à jamais les rêves d'hégémonie allemande, serait pourtant une victoire sans lendemain si elle n'était consacrée par le redressement total de l'Europe. Des millions d'hommes auraient péri en vain si les nations qui constituent l'Europe géographique se refusaient à tirer la leçon de celte épreuve, et si, tranquilles au sujet du danger allemand, elles ne se mettaient pas en garde contre le danger qui naîtra ici ou là, demain, dans dix ans ou dans cinquante, et, de nouveau, viendra à pas furtifs, comme un voleur, et fera une nouvelle moisson de jeunes existences. Les événements montrent à quoi aboutit l'égoïsme réaliste si fort en honneur hier — aujourd'hui encore.
Certes, c'est avec une parfaite bonne foi que les pays engagés depuis la première heure dans ce conflit, et qui ont la certitude de livrer une juste bataille, s'étonnent — lorsqu'ils ne s'en indignent pas — de l'attitude passive d'autres pays pour lesquels ils avaient sympathie et respect. Précisément parce qu'ils ne méconnaissent point leurs vertus, ils sont tour à tour stupéfaits et irrités de n'en point recevoir de secours. Tantôt ils les adjurent, tantôt ils les raillent. « — Nous nous battons pour vous qui ne vous battez pas. » Tel est le thème. « — Nous nous battons pour vous, c'est-à-dire pour défendre la foi des traités, maintenir l'indépendance des Etats faibles ou forts, pour assurer le libre développement du génie particulier de chaque nation. Comment se peut-il que, sinon le sentiment de votre devoir envers nous et envers vous-mêmes, sinon votre sympathie, du moins votre intérêt ne vous mette pas