L'AUTUICIIE ET SES AMBITIONS BALKANIQUES
DANS un discours prononcé le 24 juin 19 14, M. Titloni, ainl)assadeur d'Italie en France, a fait les intéressantes révélations suivantes :
« M. Giolitti a fait connaître avec opportunité à la Chambre italienne qu'un an avant la guerre l'Italie avait eu connaissance des projets d'agression de l'Autriche-Hongrie envers la Serbie et avait nettement refusé son consentement. Mais, antérieurement à cet épisode, il y a des précédents très importants, parmi lesquels j'en choisirai seulement deux.
« Après les victoires des Etats alliés, dans la première guerre balkanique contre la Turquie, TAutriche-Hongrie comprit qu'il était impossible de s'opposer à l'agrandissement des Etats balkaniques. Pourtant, en novembre 1912, elle s'adressa à l'Italie et lui demanda d'adhérer au programme austro-hongrois, qui était de permettre à la Serbie de s'agrandir à la condition qu'elle donnât à l'Autriche-Hongrie certaines garanties. l/Italie, en donnant son adhésion, déclara la subordonner expressément à la condition que ces garanties ne dussent en aucun cas constituer un monopole au profit exclusif de l'Autriche-Hongrie^ ni diminuer l'indépendance de la Serbie. L'Autriche- Hongrie se réserva d'étudier et de nous faire connaître les garanties en question, mais ces propositions n'eurent pas de suites.
80 l'aliuiche a voulu la grande guehuë
« Peut-être ces intentions pacifiques furent-elles graduellement remplacées par des intentions agressives, qui mûrissaient lentement.
« Peu nombreux cependant sont ceux qui savent que, quelques Dwis après, VAîiti'iche Hongrie, avec la menace de l'occupation du Mnntejiegro, fut sur le point de créer entre elle et l'Italie une situation analogue à celle créée plus tard par l'agression contre la Serbie.
c Je puis en parler, avec le consentement du ministre des Affaires Etrangères, parce qu'il s'agit d'une période qui, quoique récente, est désormais acquise à l'histoire.
(( Le 30 avril 1913, quand les Puissances n'avaient pas encore décidé l'occupation internationale de Scutari, le marquis di San Giuliano me télégraphiait ce qui suit :
< Si la délibération que prendra la réunion des ambassadeurs ne donne pas satisfaction à l'Autriche-IIongrie, si un accord pour une action italo-autrichiene n'est pas possible, et si l'Autriche- Hongrie agit contre le Monténégro sans notre approbation, une situation délicate et difficile se déterminera pour maintenir l'accord itaio-autrichien et l'intégrité de l'alliance. Je prie Votre Excellence de me télégraphier tout de suite son avis autorisé sur la voie à tenir. L'Italie ne devant pas apparaître inerte devrait, tandis que l'Autriche opère au nord, opérer au Sud en débarquant temporairement dans une localité opportune, et cette opération devrait être considérée comme accomplie par l'Italie dans des conditions à peu près analogues à celles dans lesquelles se trouve l'Autriche-Hongrie envers l'Italie. En dehors de cette solution, je ne vois qu'une situation dans laquelle nous serions obligés de suivre une politique en opposition à celle de l'Autriche-IIongrie.
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l'autriche et ses ambitions balkamqles 81
« Au télégramme du marquis di San-Giuliano, je répondis aussitôt dans les termes suivants :
« Si l'Autriche veut occu[)er tout ou partie du Monténégro, nous devons aller à Durazzo et à Vallona, même sans son consentement. En effet, l'Autriche-llongrie, en occupant le Monténégro, accomplirait un acte qui n'est pas nécessaire pour l'exécution des décisions des Puissances au sujet de Scutari, et, par suite, se mettrait la première en dehors des décisions des Puissances, en agissant jiour son propre compte, sans nécessité, et en troublant à notre préjudice l'équilibre de l'Adriatique, puisque même une occupation temporaire troublerait cet équilibre. D'autre part, les artifices auxquels ont recours les ambassadeurs d'Autriche Hongrie et d'Allemagne, en s'attachant à la lettre de l'article 7 du traité d'alliance, n'ont pas la moindre valeur. L'esprit de cet article est clair ; et, du reste, n'importe quel trouble de l'équilibre italo autrichien porterait atteinte non seulement à l'article 7, mais au traité d'alliance tout entier. Le jour où l'Autriche prétendrait troubler de n'importe quelle façon ou dans n'importe quelle mesure l'équilibre de l'Adriatique, la Triple Alliance aurait cessé d'exister. Je suis certain que cette dernière considération, exposée par Votre Excellence, avec sa clarté et sa fermeté habituelles, aux ministres des Affaires Etrangères d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie, les persuadera qu'ils doivent se préoccuper des intérêts vitaux de l'Italie et qu'ils doivent faciliter la tâche entreprise par Votre Excellence de les concilier avec les intérêts autrichiens, parce qu'en cas contraire le traité de la Triple Alliance sera déchiré par leurs mains. J'ai donné ainsi à la demande de Votre Excellence une réponse que j'ai longuement méditée.
« TiTTOM ».
Temps du 25 juin 1915.
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