‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 33 sur 84 · LV. DOUBLE JEU AUSTKO-lIONGHOlS I · texte numérisé non relu

LV. DOUBLE JEU AUSTKO-lIONGHOlS I

un hommage rendu à l'archiduc François-Ferdinand, à la malheureuse duchesse de Hohenberg. Mais, ce même jour, le baron Macchio dit à M. Jov. M. Jovanovilch : « Personne n'accuse le royaume, ni le Gouvernement serbe, ni tout le peuple serbe (') ».

Le 6 juillet, c'est dans deux documents portant la signaturc impériale que se manifeste le double jeu austrojiongrois. Le premier est un ordre du jour de François- Joseph à l'armée et à la flotte. Il se termine par une menace à peine enveloppée. « Je suis convaincu que dans toute situation difficile devant laquelle nous pourrions nous trouver, l'Autriche-Hongrie peut compter, po7ir sa défense, sur son armée et sa flotte, inébranlablement fidèles à leur devoir. »

Pour sa défense ! Qui donc pensait à l'attaquer ?

Mais, par contre, la lettre du vieil empereur à ses ministres est d'un ton douloureux et calme. Loin de paraître songera rendre toute une nation responsable du drame 1 où vient de succomber le prince héritier, il semble vouloir lui ôter toute signification politique et n'accuse que « le 1 vertige d'un petit nombre d'hommes induits en erreur ».

Le premier document s'adressait à l'Autriche-Hongrie, le second à l'Europe.

Le 11 juillet, le consul général de France à Budapest écrit, à propos du projet de démarche à Belgrade dont s'entretiennent tous les journaux : « Il semble qu'il y ait

(^) Dépêche de M. Jov. M. Jovanovilch à M. Pacliitch. Livre Bleu serbe, n" 12.

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un mot d'ordre pour en atténuer la portée » : « officiellement, pour le quart d'heure, tout est à la paix (') ».

Au même moment, le comle Tisza prononce un discours si modéré que la presse viennoise en est indignée (^).

Le 15 juillet, le bruit se répand, dans les milieux bien informés, s'il vous plaît, que ni l'instruction ni l'enquête « n'ont fourni de preuves suffisantes pour qu'on puisse accuser la Serbie (^) ».

Le 20 juillet, Sir Edward Grey se réjouit d'apprendre que le comle Berchtold en personne « a protesté contre Vidée que la situation était grave (^) o. Elle était seulement

Q) Dépêche à M. Viviani. Livre Jaune, ir il. Dans un article paru au Journal des Débats, le I2 juillet, M. Auguste Gauvain faisait déjà cette très judicieuse observation : a Les journaux qui, dès le lendemain du drame du 28 juin, ont fait campagne contre la Serbie, saisissent chaque jour le moindre prétexte pour préconiser la politique de représailles .Régulièrement, une note officieuse vient avertir le public que cette politique n'est point celle du Gouvernement. Les journaux en question baissent un jour leur ton ; mais, le lendemain, ils reviennent à la charge ù propos de n'importe quoi »).

(2) Dépêche de M. Dumaine h. .M. Yiviani. Livre Jaune, n" 12. (^) Dépêche de M. Jov. M. Jovanovitch h M. Pachitch. Livre Dieu serbe, n" 24.

(^) Dépêche de Sir Edward Grc) à Sir II. Rumbold. Correspondance britannique, n" 1.

Le baron Beyens écrit de son côté : « Le langage tenu, à Vienne, au corps diplomatique par le comle Berchtold, à Budapest, au parlement, par le comte Tisza, était rassurant et permettait decomplei

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obscure. Au surplus, l'ambassadeur d'Allemagne venait de lui tenir un propos qui ne pouvait que le tranquilliser. (( Il serait très désirable, lui avait-il dit, que la Russie puisse agir comme médialrice à l'égard de la Serbie ». La Russie ne demandait pas aulre chose.

Le 22 juillet, c'est de nouveau au comte Tisza que l'on prête un rôle de conciliateur. Sous le prétexte qu'il redoute de l'agitation en Croatie, il se serait opposé aux mesures énergiques préconisées par le parti militaire (').

Celte information est donnée sur un tel ton, semble mériter un tel crédit qu'il est à peine possible de la mettre en doute. Au surplus, elle est confirmée par ce fait que l'ambassadeur de Russie en Autriche part en congé, « en

sur un dénoucincnt pacifique ». Revue des Deux Mondes, i" juin

(') Dépêche de M. Dumainc à M. Viviani, Livre Jaune, n" 18.

Rien de plus extraordinaire, d'ailleurs, que celte atlitude prclée au comte Tisza, que l'on s'accorde généralement à reconnaître comme un des principaux fau leurs de la guerre. Un liomme d'Elat balkanique qui le connaît bien et connaît bien sa politique, M. Take Jonesco, écrivait en décembre igi/î» : <( Dans son patriotisme hongrois, le comte ïisza, débarrassé comme par miracle de l'archiduc François-Ferdinand, dont l'antimagyarisme n'était un secret pour personne, a vu dans cet incident une occasion unique de consolider la domination des magyars en Hongrie et de la Hongrie dans l'empire. Il s'est jeté dans l'avenlurc avec son énergie si connue — celte énergie brutale qui s'est si souvent exercée sur le parlement de Budapest n. Cité par le Temps, 3o décembre 1914-

M. Take Jonesco est revenu à la charge dans une étude sur les ir orujines de la guerre : « A la tôle de la bande, dit-il, qui exploita le

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raison des déclaralions rassurantes qui lui ont été faites au ministère des Affaires Etrangères (')». Or, à la date où M. Dumaine télégraphie, le 22 juillet, l'ultimatum à la Serbie a été envoyé !

Le baron Macchio, que notre ambassadeur quitte à peine, ne lui en a pas soufflé mot. Il lui a simplement dit, sans l'avertir que la Note était partie : « Le ton et les demandes qui sero/i/ formulées dans la Note autrichienne permettent de compter sur un dénouement pacifique (-) ». Il lui a fait croire, d'après le témoignage de l'ambassadeur anglais à Vienne, « que la Note qu'on était en train de rédiger, ne contiendrait rien à quoi un Etat qui tenait à conserver son amour-propre ne pourrait pas obtempérer sans la moindre hésitation (^) ».

Quant au comte Bcrclitold, il est allé tout aussi loin que le baron Macchio, aussi loin que le comte Szapary affirmant que les demandes faites à Belgrade auraient « un caractère conciliant », il a déclaré que les Russes « n'en seraient pas mécontents (*) ».

Enfin, dernier trait, au lendemain de la remise de l'ultimatum, quand l'Europe en connaît les insolentes provocations, le comte Szapary dit encore à M. Sazonof que

cadavre de l'archiduc pour mcltre l'Europe à feu et à sang, il faut mettre le comte Tisza », p. 29.

(') Livre Jaune, n° 18.

(^) Livre Jaune, n' 20.

(') Correspondance britannique, n' 161.

(') Livre Bleu serbe, n" 02.

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