LE DOUBLE JKU AUSTRO-HONGROIS
POUR bien saisir cette manœuvre et son importance, il faut comprendreque l'Autriche-Hongrie, précisément parce que sa résolution était arrêtée, précisément parce que ses prétentions étaient inadmissibles, avait un intérêt de premier ordre à procéder par surprise, à ne pas laisser aux Puissances le temps de se concerter, d'étudier son dossier, d'examiner ses revendications, d'intervenir enfin ; qu'elle avait un intérêt de premier ordre à créer, par un coup brusque, une situation telle que les faits accomplis pussent être opposés à tous les efforts tentés pour les prévenir ou pour en limiter les conséquences; et, en même temps, à sauver, autant que possible, les apparences pour donner aux pays non mêlés au conflit sinon une raison, du moins un prétexte de ne point agir. A tous les pays, mais, en particulier, à l'Angleterre.
Alors qu'après un an de guerre le Vatican, qui s'affirme la plus haute autorité morale du monde, assure qu'il ne sait pas de quel côté fut l'agression et si l'Allemagne eut
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tort OU non de violer la neutralité de la Belgique, pourquoi l'Anglelerre, en août 1914, n'eùt-ellepas allégué, invoquant les bonnes paroles du Ballplatz et ses assurances pacifiques, qu'elle ne savait pas, en somme, où était le tort initial, et déclaré qu'elle se tiendrait à l'écart d'une guerre dont la responsabilité n'était pas établie ?
C'est avec cet espoir, c'est dans cette double préoccupation de frapper un coup soudain et de créer une équivoque que le Gouvernement austro-hongrois s'est appliqué tout à la fois à surexciter ses nationaux et à rassurer l'Europe.
Il a même poussé au delà de l'imaginable cette politique de duplicité. Tous ses agents ont collaboré avec une ardeur inouïe à l'œuvre de mensonge. Une rapide lecture des livres dij^lomatiques suflira à l'établir.
Presque au lendemain de l'attentat, le 30 juin, c'est l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Constantinople qui déploie une persuasive éloquence pour calmer les inquiétudes du ministre serbe. Le drame de Serajevo ne nuira pas aux relations des deux pays, déclare-t-il. « Il ne faut pas même avoir de crainte à ce sujet (') .»
Le 3 juillet, la populace, conduite et haranguée parle directeur de la catholique Reicl/spost, assaille la légation de Serbie à Vienne, exige que le drapeau, qui a été mis en berne, soit enlevé ; et la presse dénonce sous le titre : Les provocations du ministre de Serbie, ce qui fut, en réalité.
(') Dépêche de M. Georgevitch à M. Pachitch. Livre Bien serbe,