‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 38 sur 84 · DANS L'ATTENTE DE LA NOTE AUTRICHIENNE · texte numérisé non relu

DANS L'ATTENTE DE LA NOTE AUTRICHIENNE

LA situation, au point où nous sommes, se résume ainsi : La presse, déchaînée en Autriche-Hongrie depuis le 28 juin, réclame l'exécution de la Serbie. Le monde diplomatique appréhende que les conditions de la monarchie dualiste soient inacceptables. A Vienne et Budapest, panique à la Bourse et préparatifs militaires plus ou moins secrets.

Cette crise dure environ quinze jours. Puis des notes officielles, ou semi-officielles rassurent l'opinion européenne. Le comte Berchtold lui-même n'hésite pas à collaborer à cette œuvre de mensonge et, par exemple, dans une conversation avec l'ambassadeur d'Italie, proteste contre l'idée que « la situation était grave (') ».

La Serbie pourtant reste inquiète, sent venir le coup qu'on lui destine. Mais les Etals qui ne sont pas directement intéressés dans le conflit s'efforcent de croire que le

(•) Correspondance britannique, a" i.

DANS l'attente DE LA NOTE AUTRICHIENNE 105

péril est écarté. On veut être optimiste. M. Pachitch écrit, le 19 juillet, avec un peu d'amertume, que les Gouvernements étrangers, « occupés par d'autres aflaires », ne se rendent pas un compte exact des choses (').

Il se trompe, en partie. On s'en rend compte, seulement on se persuade qu'elles s'arrangeront.

Il fortifie lui-même cette opinion par ses dispositions conciliantes. Son gouvernement est prêt à poursuivre les auteurs de l'attentat, s'il s'en trouve sur le territoire serbe. Il a déjà préparé un projet de loi pour rendre plus efficace la surveillance des explosifs. 11 est prêt à en déposer un sur la presse. Il veut remplir « tous les devoirs de voisinage auxquels l'oblige sa position d'Etat européen (-) ». Qu'est-ce que l'Autriche-Hongrie pourrait demander de plus ? Avec une belle confiance, les ambassadeurs russes partent en congé (').

Quelques diplomates montrent, à dire vrai, plus de perspicacité. M. J. Cambon remarque, à Berlin, des signes menaçants '). A Londres, M. P. Cambon, Sir Edward Gre}' et l'Ambassadeur d'Italie sont anxieux. Ils redoutent

(') Livre Bleu serbe, n" 3o

(-) Livre Bleu serbe, n" 3o.

(') Il est à noter que si le Gouvei'uciucnt se taisait. la presse donnait de sérieux aveiiisscnients. Le 23 juillet, VArbeiter Zeilunj signale « les discours belliqueux dont on torture le [lublic depuis des semaines ».

(^) Dépèclie de M. P. Cambon à M. Bicnvcnu-Marlin. Livre Jaune, n" i5.

166 I. AurniciiE a voulu la grande guehre

une nouvelle tension des rapports austro-serbes ('). A Paris, M. Bienvenu-Martin se demande quelle foi il laul accorder aux assurances pacifiques de l'Aulriche, « en raison des habitudes de la chancellerie impériale (^) ».

On n'est donc pas au bout du défilé. Mais on est dans le défilé. Du moins, on se plaît à le croire. La Note, que l'on attend, ne sera qu'un obstacle de plus à surmonter. Avec de la bonne volonté, de la persistance, de la modération, on y parviendra (^).

Il est, dans tous les cas, bien certain que l'Autriche ne fera rien avant d'avoir révélé sur quel fondement repose sa plainte contre la Serbie (^). A ce moment, et suivant l'opinion que l'on se formera, il sera temps d'aviser.

Pourtant, le 22 juillet Q), le Foreign 0/Jice reçoit une

(') Dépêche de M. J. Cambon à M. Bienvenu-Martin. Livre Jaune, n* 17.

(-) Dépêche de M. Bienvenu-Marlin aux aniLas.sadeurs de France. Livre Jaune, n" 10.

Il ajoute que l'ambassadeur d'Aleniagne à Vienne « préconise des résolutions violentes ».

(^) C'était l'impression de ,Sir Edward Grey disant, le ai juillet, à M. Take Joneîco « que la situation lui donnait de graves inquiétudes, mais que, tout de même, il espérait la paix, parce qu'il ne pouvait se figurer qu'il se trouvât un homme pour prendre îur soi la responsabilité d'une calamité qui serait la banqueroute de la civilisation » Souvenirs par M. ïake Jonesco. Revue Bleue, il\- 21 août 1916.

(*) Correspondance britannique, n" i.

(^; Ce môme jour, VArbciter Zeitunri, organe du parti socialiste autrichien, posait très nettement la question. Les demandes de

Page 1