‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 53 sur 84 · EUROPÉENNE · texte numérisé non relu

EUROPÉENNE

Les journaux austro hongrois

24 juillet iç)i!\.

LE Fremdenblaii publie un exposé officieux des vues du Ballplatz, où l'on retrouve la plupart des arguments de la Note et de la Circulaire aux ambassadeurs de la Monarchie dualiste.

« Un court délai, dit-il en terminant, a été donné à la Serbie pour acquiescer à nos réclamations. Nous ne voulons pas prolonger inutilement la crise qui pèse sur notre vie économique et qui alarme l'Europe entière.

a Nous voulons régler le plus rapidement possible une situation intenable et convaincre l'opinion publique serbe de notre résolution d'arriver enfin à un éclaircissement.

u Nous espérons que la Serbie se soumettra, dans le délai fixé, à nos demandes. Elle ne doit pas douter que nous avons la volonté ferme et résolue de maintenir notre point de vue, quelles que puissent être les circonstances. Elle ne doit pas douter non plus de notre désir sincère de voir s'établir à l'avenir les meilleurs rapports entre elle etl'Autriche-Hongrie.

Le Neues Wiener TaijebUUt observe que c'est la troisième fois depuis quelques années que l'Autriche est obligée d'envoyer un ultimatum à la Serbie.

« Continuellement, les Serbes menacent notre paix ; l'industrie s'en trouve arrêtée ; les capitaux s'émiettent, l'ouvrier s'inquiète et le réserviste est sans cesse menacé d'être rappelé de son atelier. Une telle situation est intenable ; ou bien la Serbie renoncera volontairement à ses rêves, ou bien elle y sera contrainte. »

La Neue Freie Presse assure que l'Autriche-Hongrie ne vise aucune conquête, qu'elle ne prétend à aucun accroissement de sa puissance, qu'elle n'ambitionne aucun nouveau partage des territoires balkaniques. Elle veut simplement se préserver d'offenses qu'elle a supportées jusqu'à présent avec une patience sans borne. La monarchie, dit-elle, se tourne vers les puissances de l'Europe et fait appel à leur sens de l'équité, car elle ne réclame pour elle que ce que tout Etat serait en droit d'exiger.

La Deutsche Volksblatl déclare que CLurojye ne doit se faire aucune illusion sur la prolongation du terme fixé à la Serbie pour donner sa réponse. Aucune échappatoire ne sera tolérée, sous aucun prétexte, et il est inutile qu'une tierce puissance propose son entremise. L'Autriche-Hongrie a bien pesé toutes les conséquences de Serajevo, et si la Serbie n'est pas venue à résipiscence dans les quarante-huit heures, elle supportera les responsabilités de son refus.

LA NOTÉ AWSTUO-llO.NGUOlSE ET LA l'ULSSE ELKOPÉENUE 2^1

La Ztfi/, jusqu'alors modérée et qui s'élait opposée à l'idée d'une intervention armée, estime que la Note remise à lîelgrade, tout en n'étant point amicale, n'est pas cependant conçue dans des termes bkssants. Elle ajoute que le (iouvernemont serbe et la Serbie seraient bien inspirés d'accepter avec bonne grAce cette Note, qui est à prendre ou à laisser, afin de prouver qu'ils ne sont nullement solidaires avec les meurtriers de Serajevo.

Les journaux allemands.

2/1 juillet.

La KvfKzzdituyig :

« On ne peut que féliciter les hommes d'état autrichiens de ne pas s'être, cette fois, arrêtés à mi-chemin. En présence des manifestations grévistes actuelles, qui rappellent les événements de 1905, on ne s'illusionnera pas en Russie sur les conséquences qu'aurait, au point do vue intérieur, une guerre désastreuse. L'état de choses n'est pas meilleur en France.

4 Le peuple allemand est prêt à tenir compte des devoirs auxquels l'oblige l'alliance. Il faut qu'on sache à l'étranger que le périple allemand 7i hésiterait pas à marcher au combat épaule contre épaule avec Vaille autrichien. »

Le Lokal Anzciger :

« L'impression générale produite par la note autrichienne peut se ni'sumer dans ces mots : « sévère, mais juste ». Il n'y a plus maintenant de reculade possible. Nous voulons seulement espé-

rer qu'aucun secotirs matériel ou moral ne sera apporté à la Serbie. Nous voulons espérer que personne n'osera se môler d'une affaire dont les traces sanglantes ne sont pas encore effacées. Ou la Serbie acceptera les revendications de l Autriche- Honcjrie ou elle sera anéantie. »

Le Berliner Tagehlall :

« Nous estimons qu'une extension du différend austro-serbe et une propagation de l'incendie dans toute l'Europe peut très bien être évitée. Le Gouvernement allemand a déjà prouvé qu'il désire voir le conflit localisé; mais les puissances delà Triple Entente doivent bien se dire qu'en cas d'immixtion de leur part, c''est le principe de Valliance qui, pour nous, entre en cause.

La Tœgliche Rundschau :

« Chaque Allemand se demande ce que nous avons à faire : pour le moment, rien, pourvu qu'on laisse l'Autriche et la Serbie seules en présence : 7nais tout, et Jusqu'aux dernières conséquences, si cela n'est pas. »

Les Berliner Neuesle Nachrichten :

u La guerre ou la paix en Europe dépendent de Saint-Pétersbourg. Nous avons donc à retenir cette puissance dans la mesure de nos forces. Il faut qu'on sache, sur les bords de la Neva et à Paris, qu'une attaque contre l'Autriche, c'est la guerre avec l'Allemagne. »

LA NOIE AUSTUO-nONUUOISi: ET LA l'IlESSE EUHOPÉEN>E '250

20 juillet.

La Vossic/ie Zeitung commente en ces termes la dépêche de l'Agence Reuter qui annonce que la Russie va demander une prolongation du délai fixé par l'Autriche à la Serbie :

« C'est la plus grave nouvelle que nous ait apportée la journée d'hier. La Russie demande à l'Autriche de reculer d'un pas. L'Autriche ne peut accepter une proposition qui permettrait à la Serbie de se retrancher en quelque sorte dernière une muraille dip'omatiquc. La dixième heure de la journée d'aujourd'hui sera grosse de conséquences pour l'Europe entière. »

La Morgen Post :

« La Russie veut intervenir. C'est une heure difficile, non scuement pour la Serbie et l'Autriche, mais pour la paix du monde. I On pouvait espérer hier que le conflit resterait localisé. Cette es- France disparaît du moment que la Russie déclare qu'elle ne restera pas l'arme au pied. »

La Deutsche Tageszeitung :

« La Russie cherche évidemment à appliquer la politique qui consiste à faire traîner les choses en longueur. Elle brusque

' grossièrement V Autriche-Hongrie. La Monarchie dualiste ne peut, sans nuire à sa considération, céder à cette provocation russe. Le Gouvernement de Saint-Pétersbourg provoque en

j même temps VEmpire allemand qui est, comme on sait, décidé à souie7ilr son allié.

260 L AUTRICHE A VOULU LA GRA:«IJE GUERHE

« La d^/marche que vient de faire la Russie peut avoir des conséquences fort graves. »

Les Berlinei' Neueste Nachrichten :

« Si nous devons avoir U7ie guerre européenne, elle est plus avantageuse pour nous cette année qic elle tie serait en 1917. A cette date, la Russie aura terminé sa réforme militaire et la France aura comblé les lacunes signalées par le sénateur Humbert. »

La Norddeutsche Allgemeine Zeitung :

4 Les exigences formulées par l'Autriche-IIongrie à l'égard de la Serbie, en se basant sur l'enquête relative à l'assassinat de l'archiduc héritier à Serajevo, doivent sembler justifiées, si l'on en examine les motifs avec tout le sérieux qu'elle comporte. La participation de personnalités serbes à une conjuration perpétrée de longue main contre la vie de l'archiduc François-Ferdinand et à des machinations dirigées contre l'unité de la Monarchie Habsbourgeoise a été établie.

« Le Gouvernement d'Autrichc-IIongrie s'est déclaré prêt à faire connaître aux puissances le dossier de l'enquête, ce qui prouve qu'il est persuadé que celui-ci est inattaquable et qu'il est convaincu que ses revendications sont justes. Si, contre toute attente, la Serbie repoussait ces exigences, nous espérons que les Gouvernements des grandes Puissances, comprenant la gravité de la situation, auront à cœur d'éviter que l'explication inévitable entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie ne donne lieu à des complications plus étendues. »

Le Lokal Anzeiger :

a L'attitude do l'Angleterre sera d'une très grande importance pour la tournure que prendront les événements, et il semble que ce pays soit prêt à tout faire pour contribuer au maintien de la paix. D'autre part, l'attitude de la France, dont la presse se livre à des excitations contre l'Autriche, dépendra de celle qu'aura son alliée la Russie. Cependant il semble (jue dans les milieux dirigeants français, on cherche, comme à Berlin, Rome et Londres, à empêcher le feu de s'étendre. »

Toutefois, dans ces journées du 24 et du 25 juillet, l'approbation de la Note autrichienne n'était pas absolument unanime Quelques voix discordantes se faisaient entendre.

Le Vorwàrts disait le 24 :

c L'ultimatum aiitrinhien constitue une telle ignominie qu'un Gouvernement serbe qui accepterait V humiliation de cette Note risquerait d'être balayé par le peuple.

« Le Gouvernement austro-hoyigrois ne doyine aucune preuve; mais, pour les excitateurs fanatiques du parti de la guerre, il ne s'agit pas de question de droit, mais de question de force.

« A Berlin on joue un jeu aussi dayigereux qu'à Vienne. En présence des préparatifs des classes ouvrières, le Gouvernement allemand doit, s il tient au maintien de la paix, s'employer à apaiser les guerriers furibonds de Vienne. »

Et le 25 juillet :

< Le prolétariat allemand devra veiller à ce que l'Allemagne refuse énergiquement de tirer plus tard l'Autriche du bourbier où elle s'est empêtrée sans s'être entendue au préalable avec le Gou-

vernement allemantl, et fin^ore moins avec le puej»!*' allemaiul.

(( fhieccux qui, en Autriche, détiennent le pouvoir s:; disent que tout faux pas de leur politique d'aventure peut décliainer un mouvement popttlaire d'une force inouïe, qui mettra un ter-mf définitif à toute j)olitique impérialiste basée sur le hasard. »

Do même, quoique dans un esprit à coup sûr différent, la Post disait le 24 :

« Quand on ne demande pas conseil à tes alliés dans une affaire aussi grave, on na aucune aide à attendre d'eux. »

Le lendertiain, lo grand journal pangarmaniste insistait avec force :

« C'est un ultimatum des plus violents. Un Gouvernement ne peut employer de pareils termes que s'il est en tous points décidé à la guerre. Quand on accuse un peuple entier et son Gouvernement d'assassinat, il faut auparavant fournir les preuves de leur culpabilité. L' Autriche désire la guerre avec la Serbie. Il convient de se demander si ce désir est réellement partagé. On peut aussi se demander si l'Autriche a raison de compter sur une rapide défaite de la Serbie, et si elle peut, sans crainte de trouble graves, jeter ses régiments thèques et sud-slaves contre la Serbie.

Enfin la Rheinische und Westphalische Zeitung proteste avec une furieuse énergie :

« Le peuple allemarul lit peu de journaux autrichiens. Nous considérons donc de notre devoir de lui démontrer de quelle façon infâme ceuc qui di tiennent le pouvoir à Vienne veulent la guerre à tout prix. On se demande ce dont il faut le plus s'étonner : ou de la franchise avec laquelle on prêche une guerre de conquête habsbourgeoise, ou bien de l'insolence avec laquelh' on admet comme naturel que les désirs de l'Autriche soient réalisés avec le glaive allemand, qui doit l'aider à prendre le Monténégro, la Serbie, le sandjak et l'Albanie.

<i Une chose est certaine : V Autriche veut entrnmer l'empire allemand dans une guerre de conqwHe. »

Les journaux anglais.

24 juillet.

Le Times

« Tous ceux qui ont la paix générale à cœur doivent espérer que l'Autriche-Hongrie n'a pas dit son dernier mot dans sa Note à laquelle elle demande une réponse ce soir. Sinon, nous sommes à la veille d'une guerre, et d'une guerre accomparjnèe. de dangers incalculables pour toutes les grandes Puissances .

« Nous n'hésitons pas à dire que la crise nous semble encore plus aiguë que celles qui se sont produites entre la Monarchie dualiste et la Serbie en 1908-1909 et en 1912-1913.

« Telle est aussi l'opinion de Berlin et de Petersbourg. On estime dans ces deux capitales que l'Autriche est allée trop loin pour pouvoir reculer. Par l'envoi de ce qui est, en somme, un ultimatum, elle a, croit-on, brûlé ses vaisseaux. Certaines de ses demandes sont dures et humiliantes à l'extrême. Elles atteignent directement les droits souverains de la Serbie en tant qu'Etat indépendant : elles sont — déclarent avec satisfaction les chauvins allemands — autant de soufflets pour elle.

« Nous ne croyons pas qu'il pourrait leur être donné satisfaction sans qu'il en résulte la chute du ministère qui accepterait de le faire et un grand danger pour la dynastie qui y consentirait.

« Il appartient h toutes les puissances de considérer ce que leur rejet signifierait et de faire tous leurs efforts possibles pour éviter une lutte dont personne ne peut prédire la fin.

2C4 L ALTIUflIIE A VOUH" LA fiRANDr. OlERnE

« // semble que, dans certaifismiUeux, on ait compté sur l'effet que pourraient avoir sur Vattitudede la Russie, de la France et de l Angleterre leurs difficultés intérieures. Mais ks calculs de ce genre sont extrêmement dangereux. 11 ne faut pas oublier que les puissances de la Triple-Entente ne sont pas les seules à avoir des difficultés domestiques. L'Italie, par exemple, en a sa part ; et il est bon de se rappeler que les troubles int(*rieurs peuvent influencer de plusieurs manières la politique étrangère.

« Les conséquences d'un conflit seraient extrêmement sérieuses pour toutes les puissances, et, pour aucune d'entre elles, elles ne seraient aussi graves que pour l'Autriche-Hongrie elle-même. Si des complications venaient à se produire, il se pourrait bien que, pour éviter un danger qui, d'ailleurs, pourrait être conjuré par d'autres moyens, elle eût mis en jeu l'existence même de la Monarchie. Aucun effort ne saurait être épargné pour lui éviter et éviter à l'Europe un danger aussi grave. »

30 juillet.

Le Daily Chrotvcle :

(( Le moment est très grave pour la paix de l'Europe ; mais il V a encore lieu d'espérer dans le succès de la diplomatie européenne, qui s'emploie à établir un accord entre l'Autriche et la Serbie. »

Le Morniny Post :

K L'ultimatum austro-hongrois oblige les grandes puissances à résoudre dans un délai de vingt-quatre heures l'un des plus graves problèmes que l'on puisse concevoir. Les demandes adressées à la Serbie sont sans e-veinple. Elles comportent, sous

peine d'invasion immédiate, l'abdication pour la Serbie de sa souveraineté et de son indépendance. Le Gouvernement austrohongrois est allé plus loin que nul ne pouvait l'imaginer, de telles conditions n'ont jamais été imposées, dans une forme semblable, même à un Etat conquis.

« Les grandes Puissances seraient bien inspirées de faire remarquer à l'Autriche-Hongrie que son iillimatum viole le principe de l'égalité des droits entre les nations et qu'il est incompatible avec l'indépendance do la Serbie.

« La situation est devenue extrêmement grave, et l'on peut presque affirmer que des décisions prises hier à Saint-Pétersbourg dépend maintenant la question de guerre ou de paix pour l'Europe. »

La Westminster Gazette :

« Cette crise ne ressemble pas aux crises de ces dernières années car les Gouvernements intéressés en sont arrivés au point de rupture sans aucun des préliminaires diplomatiques qui «ont d'usage en pareille circonstance.

« L'influence de la Grande-Bretagne dans cette querelle doit s'exercer, en commun avec celle des autres puissances neutres, dans le sens de la patience et de la modération. »

V Observer :

4 En théorie, nous ne pouvons défendre celte façon de procéder de l'Autriche, qui paraît, à dessein, rendre impossible un arrangement pacifique et qui ouvre la voie à des représailles militaires rapides,

<( D'autre part, il est fort douteux, dans le cas actuel, que des moyens moins rigoureux eussent assuré le résultat désiré.

« Quoi que nous puissions ne pa< être surpris de l'aide que, pour différentes raisons, l'Allemagne et l'Italie accordent actuellement à. leur alliée, il ne faut pas que l'on oublie que la Triple Entente, quoiqu'elle puisse être perplexe au sujet de la question que l'on discute aujourd'hui, se dressera unie et forte si malheureusement la situation s'aggravait.

« Sir Edward Grey, durant sa longue et difficile carrière au Foreign Office n'a jamais connu d'heure plus anxieuse. Son mode sera établi suivant les vastes intérêts qui sont en jeu. Quelle que soit la terrible gravité de notre situation intérieure, a nation doit, comme un seul homme, seconder les décisions du lu Gouvernement. »

Le Pall Mail Gazelte :

« Nous devons espérer qu'il n'y a pas en Autriche d'intention arrêtée de rendre la guerre inévitable. Les efforts principaux des puissances devront s'employer à inciter la Serbie à donner des satisfactions pour le passé et des garanties suffisantes pour l'avenir. Lorsque ces fins seront assurées, il deviendra difficile à un Etat européen de provoquer la rupture de la paix. »

Le Dailij Mail.

« Le fait que la Russie a demandé à l'Autriche de prolonger la limite de son ultimatum, fixé à quarante-huit heures, modifie quelque peu la situation. Si l'Autriche refuse de faire droit h la demande du Gouvernement Russe, cela signifiera que le confiit

ne peut plus ôtre localisé et que les grandes puissances vont se trouver en face d'une question de la plus extrême ini|)orlance. Il ne s'agira plus d'un coiiUit austro serbe : la Triple Entente se trouvera en face de la Triplice.

« Mais l'intervention de la Russie s'inspire si clairement du désir de maintenir la paix que l'Autriche peut, sans rien perdre de son prestige et de sa dignité, consentir à l'examiner. »

Cependant il est à observer que l'opinion publique anglaise était loin, dans son ensemble, de se montrer favorable à la Serbie. On éprouvait beaucoup plus de sympathie pour le Cabinet de Vienne que pour celui de Belgrade. Il a fallu toute la duplicité et la brutalité du Ballplatz pour modifier h cet égard le sentiment général.

C'est ainsi, par exemple, que, le 25 juillet le Daili/ Telegraph reprenait à son compte presque tous les arguments du ministre des AfTaircs Etrangères d'Autriche-Hongrie.

« La Serbie, contrairement aux autres Etats, ne travaille pas à son organisation intérieure et à son développement pacifique normal, mais consacre tous ses elTorts à dos visées qui sont incompatibles avec la tranquillité interne de la monarchie des Habsbourg.

a La presse serbe est l'agent reconnu d'une propagande qui n'a pour ultime objet rien moins que le partage de l'Autriche- Hongrie. Les officiers, à Belgrade et dans d'autres villes du rovaume, affirment avec force que la prochaine acquisition territoriale de la Serbie sera la Bosnie, et qu'elle ne sera point satisfaite jusqu'à ce qu'elle ait réuni sous son scejjtre les Slaves du sud de la monarchie des Habsbourg. La propagande serbe paralyse ou s'efforce de paralyser le mécanisme de l'administration dans la monarchie autrichienne, et cet Etat, qui en souiïre depuis si longtemps, se voit maintenant obligé de supprimer cette

2C8 l'altuiche a voulu la gra>'de guerre

agitation par des moyens pacifiques, si possible, par la force armée, s'il est nécessaire. Ce n'est pas son prestige seul qui est en cause. C'est une question de vie ou de mort pour la monarchie, et elle l'envisage bien ainsi. C'est pourquoi un avis a été donné à la Serbie pour qu'elle puisse se prononcer en faveur de l'alternative qu'elle préfère. »

L'opinion du Daily TelegraphQ.^i^^x%?\ celle du Z)at/y Graphie et de plusieurs autres journaux fort animés contre la Serbie parce qu'elle est une menace perpétuelle, disent-ils, pour le statu quo en Orient. Peut-être eussent-ils été plus modérés et surtout plus justes, s'ils avaient réfléchi que, précisément, le maintien du statu quo en Orient était une iniquité dont la Serbie souffrait et qu'on n'avait aucun droit à lui demander une résignation dont la France, tournée vers l'Alsace-Lorraine, l'Italie, tournée vers Trieste et le Trentin, ne lui donnaient point lexemple.

Les journaux italiens.

a5 juillet.

Le Giornale d'Itnlia exprime la crainte que la situation ne devienne bientôt dangereuse pour la paix européenne :

« Nous souhaitons qu'on n'arrive pas à ces extrémités. Le Gouvernement serbe doit réfléchir. L'opinion publique européenne, quel que soit son jugement au sujet de la forme et de la substance de la note austro hongroise, ne peut pas ne pas être sérieusement impressionnée par les détails des accusations élevées contre Ja politique de Belgrade. Il faut espérer que le Gouvernement serbe tiendra compte de cela. La Serbie, pour son honneur national, pour le salut de son peuple, pour la sauvegarde des avantages et des progrès qui sont compromis, pour ses espérances

LA NOTE ALSTRO-lIONGROieE ET LA PRESSE EUROPEENNE

d'avenir, pour la paix de l'Europe, 7ie doit pas opposer aux demandes de son puissant voisin im refus net et catégorique. «

I.e Messat/gero expose la situation de l'Italie dans le cas d'un conflit austro-serbe :

« L'Italie n'a pas été consultée au sujet de la rédaction de la Note austro-serbe, et, sans connaître toutefois ce à quoi engage exactement le traité d'alliance, on peut dire que lorsqu'une nation agit de son propre mouvement dans une situation aussi grave, sans entente préalable avec ses alliés, c'est que cette nation veut avoir le» mains libres et naturellement laisser les coudées francbes aux autres.

« L'Italie restera donc spectatrice, sauf dans le cas où l'équilibre de l'Adriatique viendrait à être troublé à ses dépens. »

Le Messnggero ajoute qu'un pays qui souscrirait aux demandes adressées par l'Autriche à la Serbie enregistrerait lui-même dans l'histoire son acte de décès en tant que nation.

Mais un grand nombre de journaux italiens se montrent nettement favorables à l'Autriche.

La Tribuna :

« Contrairement aux affirmations d'un journal allemand de ce matin, il n'est pas vrai que la Note ait reçu de l'Italie une approbation préalable qui, d'ailleurs, n'a pas été demandée.

(( L'Italie est intervenue déjà activement à Belgrade pour recommander une attitude conciliante et elle a fait aussi, à Vienne et à Saint-Pétersbourg, des démarches analogues. L'Italie s'est efforcée aussi de persuader la Roumanie d'intervenir à Belgrade et de conseiller le calme.

« L'opinion publique italienne se rend compte du grave danger que le mouvement panserbe constitue pour la sécurité de l'Au-

270 l'auïuighe a voulu i.a grande gueure

triche et trouve juste, par conséquent, que la Serbie soit appelée à donner des assurances tranquillisantes. »

Le Popolo Romano :

or L'Autriche a absolument raison et la Serbie absolument tort. Le parti militaire serbe, en effet, après la guerre balkanique, a pris une attitude qui a eu une répercussion sur la jeunesse, excitant les cercles et les écoles, et amenant à l'état aigu l'irrédentisme eu faveur de la Bosnie et des autres provinces de la frontière, ce qui a rendu possible le crime de Serajevo. L'attitude de l'Autriche à l'égard de la Serbie ne pouvait pas être plus correcte. »

Le C arrière d' Ilalia :

« L'Autriche, frappée au cœur par le crime de Serajevo, a pleinement le droit de manifester sa douleur et d'élever la voix contre ceux qu'elle considère comme les principaux auteurs de cette grande tragédie royale et politique. »

V Italie :

« La démarche a toute la gravité que doit avoir une réclamation de celle nature.

« Qu'une réponse soit exigée pour demain, cela ne saurait surprendre, car les engagements demandés à la Serbie ne sont que trop naturels et trop légitimes pour admetti-e une discussion quelconque. C'est précisément cette impossibilité d'une discussion qui donne l'espoir que le conflit sera réglé demain. »

Les journaux roumains.

25 juillet.

h' Indépendance roumaine :

« Il est indubitable que la Note de rAutriche-Hongrie a croc une situation dont le caractère de gravité ne saurait échapper à personne. Quant à ce qui concerne le passage de la Note qui a trait à l'attentat, tout Etat civilisé comprendra que les revendications de la Monarchie rentrent dans le cadre des obligations internationales. Par les déclarations qu'il a faites jusqu'ici, le Gouvernement serbe a, d'ailleurs, prouvé qu'il n'avait pas l'intention de se dérobera ces obligations. »

VAdvërul annonce, de source diplomatique, que le ton menaçant delà Note est l'expression d'une excitation qui, jusqu'ici, était restée impuissante vis-à-vis de l'attitude opiniâtre de la Serbie.

La Politique :

a II semble bien, quelle que soit l'irritation de la Monarchie voisine, que la droiture bien connue de sa diplomatie reconnaîtra qu'z7 y avait des étapes intermédiaires qui devaient être parcourues avant de prendre comme point de départ certain une complicité officielle de la Serbie dans l'attentat de Seraievo ».

Les journaux russes.

a5 juillet.

Le Courrier de Saint Pelersbourg :

« L'ultimatum austro-hongrois prouve que l'Autriche veut la guerre avec la Russie ou qu'elle ne considère plus la Russie comme une grande puissance. La France et la Russie ont fait assez de sacrifices pour maintenir la paix et il leur est impossible d'en faire davantage. Déjà la Russie n'a i)as accompli tout son devoir envers la Serbie lors de la guerre balkanique. Si elle continue, elle aura son tour d'humiliation.

« La seule réponse digne de la Russie serait la mobilisation sur la frontière autrichienne. »

La Gazette de Sai7it-PetersLiourg :

« La Russie ne reculera pas devant une intervention armée pour défendre la Slavonie. »

Le Novoié Vremia :

« La Serbie pourrait envoyer à l'Autriche un ultimatum xàeatique à celui qu'elle a reçu, l'Autriche ayant toujours ouvertement parlé de l'anéantissement de la Serbie. Exiger de la Serbie qu'elle renonce au rêve de l'unité de la race serbe équivaut à exiger qu'elle renonce à elle-même.

« L'ultimatum austro-hongrois est inaccceptable dans quarante-huit heures comme dansquaranle-hiiil jouru ou quarante-

huit mois. Le Gouvernement qui l'accepterait ne serait plus Gouvernement quarante-huit heures après.

« Quanta la Russie, elle n'a pas été surprise et elle répond à l'Autriche non seulement par des paroles, mais par des actes. La Serbie ne restera pas isolée. Les fauteurs de guerre auront affaire a non seulement à la Serbie, mais à la Russie ». Notre pays désire la paix ; mais si la guerre doit éclater elle ne trouvera pas une Russie divisée comme à l'époque de la guerre japonaise. Toute la nation russe, depuis les sphères officielles jusqu'au peuple, combattra. »

La Gazette de la Bourse :

(( L'Autriche se trompe si elle croit que l'ultimatum d'aujourd'hui aura le même résultat que celui de 1909, quand la Russie, épuisée, n'a pu soutenir la Serbie. La Russie ne pourra en aucune façon tolérer un attentat contre la Serbie et son indépendance. »

Seul le Rietch est opposé à une intervention :

« La guerre dépend de l'attitude de la Russie. Le Gouvernement russe ayant, dans une certaine mesure, encouragé la Serbie, a assumé une part de responsabilité. »

Le» journaux français.

a6 juillet.

La République Française.

< Le Gouvernement russe dans le communiqué officiel qu'il a publié, a déclaré qu'il suivait attentivement le conflit dont il ne

274 l'autricue a >oulu la grande guerre

se désintéressait pas. La France et l'Angleterre ne sauraient actuellement mieux faire que d'imiter son attitude, en espérant que les conversations diplomatiques qui se poursuivent, notamment à Berlin et à Londres, permettent d'entrevoir bientôt une solution acceptable d'une affaire dont les développements pourraient bien être aussi surprenants que l'a été le geste qui l'a ouverte. L'heure est vanne de jouer serré pour la paix de VEurope et la dignité de la Triple t^ntente. Sachons donc mener notre jeu avec fermeté mais avec calme. »

Le Oauloîs :

a Si le malheur veut que les inquiétudes soulevées par l'ultimatum de l'Autriche à la Serbie se réalisent, c'est par des vagues de sang que nous risquons d'être emportés. Le dégoût ou l'épouvante, voilà le dilemme. »

Paris-Journal :

« Je ne puis m'erapêcher d'espérer que, pour retarder cette effroyable conflagration, l'Europe se trouve d'accord afin de renouveler à la Serbie d'énergiques cotiseils de sagesse. »

Le Petit Journal :

L'attitude de l'Allemagne reste énigmatique en ce sens qu'on^ ne sait exactement si elle compte pousser, retenir ou laisser faire l'Autriche ; mais elle a déclaré officiellement, dès la pre-j mière heure, qu'elle serait au côté de son allié si le conflit

n'était pas localist'. Peut-il l'être? Il est permis d'avoir des doutes sur ce point.

a iVous savons d'avance que ce ne sont pas les conseils de prudence, de tnodéralion et de coyiciliation gui manqueront de la part des Ptiissancesde la Triple Entente. Ces conseils serontils entendus ? Et comment seront-ils accueillis par les Puissances de la Triple Alliance » ?

L'Eclair :

« Les Serbes auraient le droit de se plaindre sincèrement si nous les encouragions à des résistances mal calculées, sans être sincèrement résolus à nous compromettre coûte que coûte avec eux. II serait criminel d'entretenir chez eux, prématurément, une confiance chimérique dans l'appui qu'ils désirent. »

Excelsior :

« Sans doute, la démarche faite vendredi au quai d'Orsay par

1 l'ambassadeur d'Allemagne indique la volonté bien nette qu'a

Berlin d'appuyer l'Autriche, dans l'éventualité de l'intervention

d'une autre puissance. Mais il faut considérer que, dans les

j milieux officiels allemands, on déclare que, si l'Allemagne

approuve sans réserve le sens et la forme de la Note autrichienne,

elle n'en a pas eu connaissance avant sa communication à la

i Serbie. Et ceci écarte l'idée d'un plan concerté au préalable

entre les Puissances de la Triple Alliance. »

Le Rappel :

ij « L'ultimatum adressé par l'Autriche à la Serbie est d'une

rigueur implacable. 11 pose des conditions telles que c'est, à parler net, une véritable provocation diplomatique. »

L'Aurore :

« La déclaration de guerre à la .Serbie "serait le signal d'une épouvantable catastrophe européenne. La lutte entre la Serbie et l'Autriche se compliquerait instantanément d'une levée d'armes, non seulement dans les Balkans, mais dans toute l'Europe. Le conflagration, si longtemps redoutée, éclaterait. »

L'Humanité :

La Note adressée par l'Autriche à la Serbie est effroyablement dure. Elle semble calculée pour humilier à fond le peuple serbe ou pour Vécra%er. Les conditions que l'Autriche veut imposer à la Serbie sont telles qu'on peut se demander si la réaction cléricale et militariste autrichienne ne désire pas la guerre et ne cherche pas à la rendre inévitable. Ce serait le plus monstrueux des crimes. »

Le Journal des Débats :

« Les injonctions de l'ultimatum sont aussi brutales qu'insuffisamment justifiées. Tout le monde saura qu'elles ont été préparées, sinon rédigées, par le comte Forgasch. chef de section au Ballplatz, qui dirigeait la légation d'Autriche-Hongrie à Belgrade en 1908-1909, quand on y fabriquait méthodiquement les faux destinés k perdre les accusés du procès d'Agram et à prouver la

prétendue complicité de la Serbie dans le mouvement anti-autrichien chez les Yougo-Slaves. C'est le mftmo homme, c'est le même Gouvernement qui prétend aujourd'hui qu'on le croie sur parole lorsqu'il affirme la culpabilité ou la complicité des autorités serbes dans le drame de Serajevo et qu'il enjoint à la Serbie de faire solennellement, avant tout examen, amende honorable. Ce sont les mômes hommes qui ont fabri(jué les papiers Friedjung et qui ont affirmé avec obstination pendant plus d'une semaine que le consul Prochaska avait été mutilé par les Serbes pendant les guerres balkaniques. Eh bien, non, 1 Europe ne croit pas, ne croira pas sur parole ces hommes-là. Elle veut des preuves ; et si on ne lui en fournit pas de suffisantes, elle ne restera point indifférente, selon l'expression du Cabinet de Petersbourg, à l'exécution de la Serbie par un ennemi déloyal. »

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