LES RE3PONSAU1L1TÉS DE L\ MONAUCIIIL DUALISTE '»G
prête à recourir aux armes pour la défense de la Serbie el de ses propres intérêts balkaniques, et que, joueuse liardie qui avait longtemps bluffé, elle persistait dans son attitude intransigeante, avec la seule préoccupation de ne pas se laisser blutter à son tour. On peut alléguer qu'elle était trompée, aveuglée, inconsciente.
Soit. Qu'on admette cela. Qu'on explique de celte façon, si l'on veut, toute sa politique tortueuse, hautaine, impudente, du 28 juin ou 31 juillet. Comment expliquera-t-on son attitude au 1" août? Désormais ses yeux sont ouverts. Un fait s'est produit qui ne laisse subsister aucun doute sur le caractère des événements en préparation, et si proches ! Dans la nuit, l'Allemagne a envoyé à Petersbourg son ultimatum. C'est là un geste sur la signification et les conséquences duquel aucune fausse interprétation n'est possible ('). Tous les diplomates austro-hongrois et le
(*) « Il était impossible, écrit le baron Beyens le i"" août, que la Russie acceptât l'ultimatum allemand avec le délai trop court, presque injurieux, qu'il comportait, et l'obligation de démobiliser, c'est-à-dire de cesser tous préparatifi de guerre aussi bien sur la frontière autrichienne que sur la frontière allemande, alors que rAulriche avait mobilisé la moitié de ses forces. » Second Livre Gris belge, n° ao.
u Le 3i juillet, écrit Sir M. de Bunsen, dans un rapport daté du 1" geptembrc, l'Allemagne intervint par ses ultimatums adressés à la fois à Saint-Pétersbourg et à Paris. Ces ultimatums étaient d'un caractère à ne comporter qu'une seule réponse, et le i*' août T Allemagne déclara la guerre à la Russie, le 3 août à la France. Selon toute probabilité, un relard de quelques jours aurait pu épargner à
452 l'altiuciie a voulu la gka>de guerre
comte Berchtold, leur chef, savent bien que la Russie ne donnera pas satisfaction à l'Allemagne, que le Gouvernement russe le voudrait-il, il ne le pourrait pas ; que la dynastie elle-même y serait impuissante ; qu'il n'y a pas eu, de puis quatre siècles, un Romanof qui fût en état d'imposer une pareille humiliation à ses peuples ; que l'absolutisme d'un Pierre l**", d'un Paul P', d'un Nicolas I"" n'aurait pas osé cela, et que l'on ne doit point l'attendre de Nicolas II, appuyé sur la France Q). Tous savent bien qu'il n'y a pas une nation en Europe qui, dans les mêmes circonstances, déférât à une sommation de ce genre ; que c'est à peine si
l'Europe une des plus grandes catastrophes que l'histoire connaisse. » Correspondance britannique, n° i6i.
« Cette exigence, d'autant plus blessante dans la forme que, quelques heures plus tôt, l'empereur iSicolas II, dans un geste de confiance spontanée, avait demandé à l'empereur d'Allemagne sa médiation, se produisait au moment où, à la demande de l'Angleterre et au su de l'Allemagne, la Gouvernement russe acceptait une formule de nature à préparer un règlement amiable du conflit austro-serbe et des difficultés austro-russes par l'arrêt simultané des opérations et préparatifs militaires, n Discours de M René Viviani à la Chambre des Députés, 4 août 1914-
(')La note officielle du 25 juillet disant que la Russie ne pouvait pas rester indifférente avait eu, sans doute, pour but d'éviter tout malentendu au sujet des intentions de Petersbourg et d'avertir du péril les Empires germaniques. Mais elle avait été faite aussi pour calmer l'opinion publique en Russie. « Dans la journée de la veille l'excitation avait été croissante. Elle avait pris la forme de manifestations dans les rues et menaçait de provoquer des troubles sérieux. )) J. W. IIeadlam, The History oj Twelve Days, p. 76.