I.ES HESPONSABIMTES DF, LA MONAnCIlIF, DUAI4STF, ''i
1*011 i)eut parler sur un i)aieil Ion, avec chance d'èlre entendu, à des Cafres ou à des Herreros. Tous savent bien, par suite, voient bien que la démarche de l'Empire allié va déterminer la guerre immédiate, s'ils n'agissent euxmêmes, s'ils n'interviennent, si, par quelque proposition susceptible d'èlre accueillie à Petersbourg, ils ne fournissent au Cabinet russe un prétexte pour répondre à Berlin sans rompre, pour gagner du temps, — car c'est toujours là qu'il faut revenir. S'il est vrai que l'Allemagne, depuis un jour, ou deux, ou trois, depuis le conseil de guerre de Postdam, le 29 juillet, entraîne l'Autriche-Hongrie au delà du point où elle projetait de s'arrêter et qu'elle n'ait pas senti plus tôt la nécessité de se rejeter en arrière pour éviter d'irréparables désastres, pour échapper à la plus efTroyable responsabilité qui ait jamais pesé sur des hommes, l'heure a sonné. Et elle l'entend. Que fait-elle donc?
Ouvrons le Livre Rouge. 11 a 175 pages. Il contient 69 dépèches. Combien à la date du P'" août? Une seule. Du comte Berchtold ? Non pas. Le l*^"' août, le ministre des AfTaires Etrangères d'Autriche-Hongrie n'a rien à dire ni à Petersbourg, ni à Paris, ni à Londres, ni à Berlin. La seule pièce qui porte cette date est du comte Szapary. L'ambassadeur rapi>orte au ministre sa dernière conversation avec M. Sazonof, auquel il a dit (|u'il ignorait « la situation actuelle créée à Vienne par la mobilisation générale russe ('). » Depuis la veille, le comte Berchtold est avisé, — s'il ne la été plus tôt, — que l'Allemagne a fait remettre un ulti-
(') Livre Rouge ausiro-hongrois, n" 56.
454 l' AUTRICHE A VOULU LA GRANDE GLERUE
inalum à la Russie et lui a donné douze heures pour répondre, qu'elle en a généreusement donné six de plus à la France pour lui dire si elle resterait neutre, « en cas de guerre germano-russe (') », et il n'a rien à communiquer ni à la Russie et à la France provoquées ; ni à l'Allemagne provocatrice ; ni à l'Italie alliée, qui a offert ses bons services dans le but de sauver la paix (*) ; ni à la conciliante Angleterre, qui depuis huit longs jours a dépensé tant d'efforts pour trouver une formule d'entente, qui a multiplié à Vienne les assurances de sympathie et les propositions d'accord !
Et les démarches dont on ne trouve pas trace dans le Livre Rouge, où le Ballplatz avait un si grand intérêt à les mettre en valeur, s'il en avait tenté quelques-unes, on les cherchait en vain dans les autres livres diplomatiques. Il n'y a pas un mot venu d'Autriche-Hongrie, le 1" août, dans le Livre Blanc allemand. Pas un mot dans le Livre Jaune.
(') Dépêche du comte Szccsen au comte Berchtold, Livre Rouge austro-hongrois, n° 54-
(*) A la suite de l'envoi de l'ultimatum h Petersbourg, l'ambassadeur d'Allemagne auprès du Quirinal, M. de FIotOAA', demanda au Gouvernement italien quelles étaient ses intentions. « Le marquis di San Giuliano répondit que la guerre entreprise par l'A ntriche, étant données surtout les conséquences qui pouvaient en sortir d'après les paroles de l'ambassadeur d'Allemagne, ayant un caractère agressif ne cadrant pas avec le caractère purement défensif à la Triple Alliance, l'Italie ne pourrait participer à la guerre. » Dépêche de M. Barrère, Livre Jaune, n° i3/|.
LES RESPONSABILITÉS DE L\ MONAUCIIUC DUALISTE i55
Dans le Correspondance britannique, à la vérilé, on voit que le comte MensdortTa fait, dans cette journée, deux visites au Foreign Office. Mais ni l'une ni l'autre ne se rapportent à la situation nouvelle créée par rulliniatum. Elles ont trait à des faits antérieurs, à des conversations périmées. La guerre est là, imminente, et les représentants de la Monarchie dualiste, et leur chef, et l'empereur, silencieux, inertes, attendent.
Par quelles arguties misérables oserait-on soutenir, contre l'évidence, et n'y eût-il point d'autres preuves, que, cette guerre, ils ne l'ont pas voulue, ils ne la veulent pas? Leur attitude, à cet inslant décisif, trahit leur pensée, et dénonce leur crime. Ils se taisent et ne bougent parce qu'ils sont enfin arrivés au but par eux implacablement poursuivi. Depuis le 28 juin, ils préparaient la guerre avec la Serbie. Mais elle n'était dans leurs projets qu'une étape. Dès qu'ils la jugèrent assurée, le 25 juillet, ils préparèrent la guerre avec la Russie ('). La comphcitéde l'Allemagne ne
(') (( Toutes les impressions venues de Berlin imposent la conviction que l'Allemagne a poursuivi l'humiliation de la Russie, la désagrégation de la Triple Entente et, si ces résultats ne j)ouvaient être obtenus, la guerre. » Dépêche de JM. René Viviani, Livre Jaune, n° 1x4.
Rien déplus exact. Mais on peut aussi bien dire : de Berlin et de Vienne.
(( La guerre devait éclater. La victoire diplomatique ne suffisait pas. 11 fallait la victoire militaire pour assurer la suprématie de l'Autriche dans les Balkans... » J'accuse, traduction françaics, d. I lo.
456 L AUTUICHE A VOULU LA GKANDE GLEllRE
saurait être ni une excuse, ni une circonstance atténuante. Elle explique le forfait, elle note riem à son horreur et ne doit rien ôter à son châtiment. Les nations alliées contre les Empires du Centre se trahiraient elles-mêmes si, la victoire acquise, elles appliquaient un traitement différent à leurs ennemis de la Sprée et à leurs ennemis du Danube.
Paresseuse, inintelligente, hautaine, avide, oppressive, la Monarchie des Habsbourg n'est plus en Europe qu'une puissance de réaction et de tyrannie. Création de la force, maintenue par la force, le jour où la force lui fait défaut doit marquer sa fin et libérer les populations slaves et latines, si longtemps et si douloureusement asservies à son joug. S'il est vrai qu'elle ait rendu des services jadis, l'Europe les paie assez cher aujourd'hui.
Au surplus, elle s'est elle-même condamnée lorsqu'elle a conçu l'ambition de marcher yers l'Est et de substituer son hégémonie dans la péninsule à l'hégémonie turque. Il n'y a de solution à la question d'Orient, et, par voie de conséquence, il n'y a de paix pour le monde que dans une Fédération des Etats balkaniques, si cruellement divisés aujourd'hui, mais que des nécessités inéluctables rapprocheront un jour. Un traité qui maintiendrait l'intégrité delà Monarchie dualiste, qui respecterait sa domination sur les Serbes, les Roumains, les Croates; qui laisserait sur le flanc des petits royaumes slaves une grande Puissance don* l'ambition est de les assujettir, ne ferait que perpétuer l'insé" curité de ces dernières années. La tranquillité obtenue à Berlin se verrait à chaque instant compromise à Vienne
LES HESPO.NSAUILITLS DE LA MUNAIluIllL DLALISTL 457
menacée à Budapest. Par orgueil, par envie, par intérêt, par prosélytisme, rAutriche-Hongrie, au lendemain de sa défaite, reprendrait sournoisement ses anciennes visées.
Ce n'est pas pour cette halte d'un moment, pour ce repos d'une heure que des millions d'iiommes sont morts.
Et peut-être me sera-t-il permis d'ajouter qu'ils ne sont pas morts non plus, nos soldats de la Marne, de la Woëvre, de la Champagne et de l'Artois pour réparer une seule injustice,dont la Francea soulTertil y a près d'un demi-siècle, et laisser se perpétuer l'iniciuc asservissement de toutes les populations - protestataires aussi — de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, de Trieste et du Trentin, de Transyvanie ('). La France a pris et veut que l'on prenne au sérieux sa qualité de soldat du droit. Et c'est parce qu'elle entend substituer dans un avenir immédiat et à jamais la paix par le droit au régime incohérent et contradictoire de la paix imposée par la force, — paix précaire, sans garantie ni dignité, que compromet fatalement toute rupture d'équi-
(') « On a dit que l'Empire d'Autriche était une nécessite pour l'Europe. Si c'est vrai, c'éîait une nécessité précisément à cause de la confusion des nationalités qui vivent sur ses frontières. Mais dans les temps modernes il ne pourrait continuer à exister que s'il consentait à devenir une libre confédération de pays autonomes, si le gouvernement autrichien ne veut être que l'instrument de la domination des Allemands et des Hongrois sur les peuples slaves, il signe lui-même son arrêt de mort. » J. W. IIeadlam, The Ilist'iiy oj Twclve Days, p, i5.
458 l'autoighe a voulu la grande guerre
libre, réelle ou supposée, — c'est parce quelle entend s'affranchir, et affranchir les générations futures de la guerre, qu'elle met dans cette guerre tout son cœur avec tout son courage et qu'elle porte ses deuils avec une douleur si fière.
"^sr
'**'>**\*f\tf\éf\»f\éf\tf\t*\tf\tf\tf\tf\é*^,,'itf\tf\tf-%tr\tr\éf^t*\»,y,tts*fktf\
APPENDIGi: l