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LES PRÉPARATIFS DK GUERRE EN ALLEMAGNE

ON lisait dans le Temps du l" août :

« La décision qui proclaino l'étal de danger de guerre (Kriegsgefahrzustand) en Allemagne est soulignée par d'importants préparatifs militaires allemands sur lesquels nous sommes à même de donner aujourd'hui, avecla précision la plus absolue, les renseignements suivants par ordre chronologique.

20 juillet, matin.

(Il est à remarquer que le 25 juillet au malin, le délai fl.xéi'i la Serbie jjour la remise de sa réponse à rultiinatum autrichien n'était pas échu.)

<( Dés la matinée du 25 cependant, les garnisons à Strasbourg et Sarrcbourg ont été consignées.

« Des manifestations bruyantes de l'élément militaire allemand en Alsace-Lorraine ont provoqué une émotion que nous avons signalée.

a5 juillet, soir.

« Tous les ouvrages d'art à proximité de la frontière sont occupés par des effectifs de guerre.

46J L AUTUIGHE A VOULL LA GRANDE GLEUKE

« Toutes les mesures d'armement des places sont appliquées.

« Ces mesures sont notamment: le débroussalUement, la construction de réseaux de fils de fer. la mise en place des batteries avancées, la répartition des approvisionnements, les liaisons télégraphiques.

a6 juillet, malin,

« L'ordre est donné aux compagnies de chemins de fer de répartir leur matériel en vue de la mobilisation et de déblayer les quais.

a6 juillet, soir.

« Les permissionnaires sont rappelés. Les troupes en mouvement aux camps d'instruction ou aux champs de manœuvres regagnent leurg garnisons.

37 juillet.

« Commencement des opérations locales de mobilisation et de réquisition.

« Les grands établissements d'approvisionnement, notamment les moulins, sont occupés militairement.

« Les premiers éléments des troupes de couverture sont mis en place.

« Les routes de la frontière sont barrées.

« La censure télégraphique commence à fonctionner.

« La flotte est mise en état d'armement.

38, ag cl 3o juillet.

« Les effectifs des troupes de couverture se complètent par les appels individuels de réservistes.

« Les réquisitions individuelles de chevaux et d'automobiles sont effectuées.

LES PBÉPAnATlFS DE GL'ERRE EN ALLEMAGNE 4G1

« Les appels individuels de réservistes, dès maintenant réalisés, représentent au bas mot, 125.000 hommes.

« Enfin, dans la région de Metz en particulier, et d'une façon générale dans toute la région de la frontière fran(;aise, les éléments stationnés en temps de paix à une distance éloignée sont portés à proximité de la frontière.

3i juillet.

« Une édition spéciale du Berliner Tageblall annonce que, ce matin, l'empereur, en \'ertu de l'article 68 de la Constitution de l'Empire, a décrété qu'étant donnés les armements menaçants de la Russie. l'Allemagne se trouvait en « état de danger do guerre ».

« Celte mesure n'équiraut pas tout à fait à la mobilisation, mais elle place l'Empire entier sous la main de l'autorité militaire.

« La mobilisation Bcra probablement annoncée ce soir.

« L'empereur rentrera cet après-midi à Berlin.

« Le kronprinz a été désigné comme chef de la première division de la garde. »

{Tempt, 1*' août.)

D'autre part, M. René Viviani écrivait, le 30 juillet, à M. Paul Cambon :

« L'armée allemande a ses avant-postes sur nos bornes frontières. Par deux fois, hier, des patrouilles allemandes ont pénétré sur notre territoire. Tout le xvi« corps de Metz, renforcé par une partie du vn>* venu de Trêves et de Cologne, occupe la frontière de Metz au Luxembourg ; le x\n^ corps d'armée de Strasbourg a serré sur la frontière. »

(Livre Jaune, n° 106.)

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QUELQUES MEiNSONGES ALLEiMANDS

E 24 décembre 1914, M. de Bethmann-Hollweg adressa à tous les ambassadeurs et consuls d'Allemagne une circulaire relative aux origines de la guerre et aux responsabilités des Puissances. Ce document vaut d'être cité et discuté parce qu'il est tissé de mensonges certains, dont la preuve se trouve dans les livres diplomatiques des empires germaniques eux-mêmes. Une juste cause ne pourrait être défendue avec une si prodigieuse mauvaise foi. Si les faits réels justifiaient l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, Allemands et Austro-Hongrois n'en seraient pas réduits pour leur défense à s'abriter derrière cet invraisemblable amas d'erreurs, d'omissions, de perfidies, de falsifications, de mensonges.

« Le Président du Conseil Viviani, écrit le chancelier, dans le discours qu'il a prononcé à la Chambre des Députés, a déclaré que, le 31 juillet, la France et la Russie avaient adhéré à la proposition anglaise de suspendre les préparatifs militaires et d'entrer en pourparlers à Londres, et que si l'Allemagne l'avait acceptée, la paix aurait été maintenue 5, la dernière heure.

« Comme je n'ai pu réfuter à la tribune du Reichstag ces fausses affirmations au moment où elles étaient prononcées au

Parlement français, je vous envoie l'exposé suivant, en vous priant d'en faire le plus large usage.

« La proposition anglaise de la Conférence, mcnlionm'e dans le Livre Bleu au n'^ 36, date du 26 juillet (1). Elle lon.lail k ce que les représentants de l'Allemagne, de la France et de l'Italie se réunissent à Londres avec Sir E. Grey afin de chercher à résoudre les difficultés résultant de la question serbe. Dès le début l'Allemagne s'est placée à ce point de vue que le conflit austroserbe était une question qui ne concernait que les deux Etats directement intéressés. Ce point de vue a été plus tard accepté par sir E. Grey (2).

« L'Allemagne dut repousser l'idée anglaise, car elle ne pouvait pas admettre que l'Autriche, dans une question d'intérêt vital qui la concernait seule, fut citée devant le tribunal des Puissances. D'après le Livre Blanc allemand, l'Autriche déclarait également que la proposition était inacceptable (3). Par sa déclaration de guerre à la Serbie, elle affirma sa ferme volonté de régler la question serbe seule, et sans l'intervention des Puissances. Mais, en môme temps, pour faire droit aux légitimes exigences de la Russie, elle proclamait son complet désintéressement territorial vis-à-vis de la Serbie. La Russie ne se contentant pas de cette garantie, la question serbe donna naissance à une question européenne, qui s'ouvrit par une tension entre Vienne et Petersbourg. Afin d'empêcher que de cette tension résultât une conflagration européenne, on dut chercher un nouveau terrain sur lequel une médiation des Puissances pût commencer. C'est à V Allemagyie que revient le mérite d'avoir, en premier lieu, trouvé ce terrain (4).

« Dans un entretien qu'eut, le 27 juillet, avec l'ambassadeur anglais le Secrétaire d'Etat von Jago\v,ce dernier dit que le désfr de la Russie de négocier directement avec l'Autriche provoque-

464 L ALTUICIIE A VOULU !.A GRANDE GUEUUE

rait une détente et que ces négociations avaient beaucoup de chances d'amener une entente. L' Allemagne soutint in<wédiatement et de toute son énerijie, auprès de l'Autriche, le dhir de la Russie {^), qui excluait momentanément, de l'avis même de la Russie, la proposition anglaise. I^'Allemagne est l'Etat qui s'est efforcé le plus loyalement et le plus vigoureusement de maintenir la paix.

(i L'Angleterre, elle aussi, renonça à poursuivre soji idée d'une Confére7ire (6) et appuya, de son côté, l'idée de pourparlers directs entre Vienne et Petersbourg.

« Ceux-ci rencontrèrent cependant des difficultés. Elles furent suscitées non par l'Allemagne et l'Autriche, mais par hs Puissances de l'Entente (7). Pour que les efforts de l'Allemagne aboutissent, il fallait que les Puissances non directement intéressées montrassent de la bonne volonté, et il fallait aussi que les intéressés principaux conservassent une attitude expectante, car si Vun des Etats entre lesquels on s'interposait troublait par des mesures militaires l'action engagée, il était évident que celleci ne pourrait paa atteindre son but (8).

« Qu'en était-il de la bonne volonté de» Puissances?

« L'attitude de la France est exposée avec précision dans le Livre Jaune. Elle ne se fia pas aux assurances allemandes. Toutes les démarches de notre ambassadeur à Paris, baron de Schœn, furent accueillies avec méfiance. On ne tint aucun compte du désir qu'il avait expri^né de voir la France agir dans un sens modérateur sur Petersbourg (9), car on crut pouvoir admettre que les démarches de M. de Schœn n'étaient destinées qu'à compromettre la France au regard de la Russie. Du Livre Jaune, il appert que la France n'a fait aucu7ie action positive dans l'ititérêl de la paix (10).

« Quelle fut l'attitude de l'Angleterre? Dans les entretiens diplo-

mallques, elle fit semblniit jusqu'.M.i dernière heure de participer au travail de môdialion, mais, €7} rcalité, ses actions avaient en vue zine humi'iation des deux nations triplicienf.es (H). U Angleterre fut la première des Puissances qui prit des mesures militaiies de grand style et (jui, par là, créa, en particulier en France et en Russie, un état d'esprit hautement préjudiciable à toute actiu7i médiatrice (12). D'après le rapport du 24 juillet du chargé d'affaires français à Londres (Livre Jaune, n' 66) le premier lord de l'Amirauté avait déjà, le 24 Juillet^ pris discrètement des mesures pour la concentration de la flotte près de Portland (13). La Grande-Bretagne avait donc précédé môme la Serbie dans sa mobilisation. Elle s'est, (n outre, refusée, à Vinstar de la France, à exercer une influence modératrice sur Petersbourg (14). Du rapport de V ambassadeur anglais dans cette ville, il appert qu'un seul avertissement à la Russie concernant sa mobilisation, aurait pu sauver la situa- /îon (15). Cependant Sir. E. Grey n'a rien fait; il a laissé les choses suivre leur cours. En même temps^ il a jugé utile de donner à entendre à V Autriche et à l'Allemagne, sinon très clairement, du moins d'une manière compréhensible, qtie l'Ang'eterre pourrait aussi participer à une guerre européenne. Donc, tandis que l'Angleterre, par l'abandon de son idée de Conférence, semblait désirer que l'Autriche se montrât conciliante à l'intervention de l'Allemagne, Sir E. Grey avise l'ambassadeur autrichien à Londres de la mobilisation de la flotte ; il fait comprendre à l'ambassadeur allemand que l'Angleterre pourrait prendre part à une guerre et infortne immédiatement la France et la Ruisie dfi cet averlisserrenl adressé à V Allemagne, qui consacra la victoire du parti de la guerre à Petersbourg (16). C'était, de Vavis même de V ambassadeur anglais, Buchanan, l'attitude la moins propre à amener une détente entre les puisxancfs (17).

co

« Eu égard à ces diffieullôs, on est en droit de considérer comme un succès particulier le fait que V Allemagne soit parvenue à faire accepter à r Autriche le désir de la Russie d'entrer en pourparlers directs avec elle (18). Si la Russie, sans prendre de son côté des mesures militaires, avait poursuivi ces négociations avec l'Autriche, qui n'avait mobilisé que contre la Serbie (19), on aurait eu toutes les raisons de croire que la j»aix serait maintenue. Au lieu de cela, la Russie mobilisa contre l'Autriche, mesure qui, au su même de Sazotiof (Livre bleu, n'^ 78;, entraînait la cessation des pourparlers (20). Le laborieux travail de médiation de l'Allemagne fut ainsi d'un coup réduit à néant.

« Que firent les Puissances de l'Entente pour maintenir la paix à la dernière heure ? Grey reprit sa proposition de Conférence. De l'avis de Sazonof, le moment favorable était venu de recommander, sous la pression de la mobilisation russe contre l'Autriche, la vieille idée anglaise de la Conférence à quatre [Livre Blanc, n° 7). Le comte de Pourtalès représente au ministre que, d'après sa conception, les Puissances de CEntente voulaient exiger de V Autriche ce quelles n auraient jamais voulu exiger de la Serbie, c^est-à-dire de céder à une pression militaire (21). Dans ces conditions, l'Autriche et l'Allemagne ne purent pas sympathiser avec l'idée de la Conférence. Cependant V Allemagne déclara à Londres qu'elle l'acceptait en principe et que seule la forme qu'on lui donnait ne lui plaisait pas (22). En même temps, l'ambassadeur allemand à Petersbourg pressait Sazonof de faire de son côté des concessions pour rendre possible un compromis. On sait que ces efforts testèrent stériles (23). La Russie paraissait ne plus se soucier de l'action médiatrice que l'Allemagne avait exercée à Vienne jusqu'à la dernière heure. Dans la nuit du 30 au 31 juillet, elle ordonna la mobilisation générale de toutes ses forces, qui devait provoquer là mobilisation allemande et ensuite la déclaration de guerre (24).

« Etant donnô le cours de ces événements, on ne petit pas comprendre qu'un homme d'Etat responsable puisse trouver le courage d'affirmer que l'Allemagne, qui se trouvait en présence de la mobilisation russe, des préparatifs militaires français et de la mobilisation de la flotte anglaise, aurait pu sauver la paix en acceptant encore, h. 31 juillet, une Conférence, ^wi^eseraU tenue sous la menace des armes prêtes des Puissances de l'Entente (25). Ce n'est pas l'Allemagne — qui jusqu'au dernier moment, a intercédé auprès de Vienne — qui a rendu impossible l'idée d'une médiation des Puissances, ce sont les préparatifs militaires des Puissances de l'Entente, qui parlaient constamment de paix alors qu'elles étaient résolues à la guerre.

« Von Bethmann-IIollweq. »

1° Cette assertion est dans son sens général inexacte. La proposition anglaise d'intervention est bien antérieure. Les Puissances de la Triple-Entente n'ont jamais perdu de temps pour agir. Le 26 juillet, Sir Edward Grey demande à Paris, Berlin et Rome si l'on accepte que les ambassadeurs de France, d'Allemagne et d'Italie se réunissent à Londres, sous sa présidence, pour prévenir les complications. Mais, dès le 24 juillet^ Sir Edward Grey avait annoncé que, dans l'après-midi même, il dirait à l'ambassadeur d'Allemagne « que la seule chance d'exercer une influence médiatrice ou modératrice » était pour l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Angleterre d'agir ensemble et simultanément à Paris et à Petersbourg, dans l'intérêt de la paix (*). Le môme jour il avait envoyé des instructions dans ce sens à Sir H. Rumbold, chargé d'affaires de Grande-Bretagne à Berlin {^). Celui-ci voyait aussitôt M. de Jagow. Mais le ministre

(■') Dépêche à Sir F. Bertie. Correspondance britannique, n" lo. (') Dépôche à Sir H. Humbold, Correspondance britannique, n* ii,

468 I/ALTUICIIK A VOLLU LA GRANDE GCEUUE

allemand ne lui faisait qu'une réponse évasive. Il était prêt, disait-il, à se rendre à la proposition anglaise de travailler en faveur de la paix à Vienne et à Saint-Pétersbourg, « si les rela. lions entre l'Autriche et la Russie devenaient menaçantes ('). C'est donc, en réalité, à la Wilhelmstrasse que, — volontairement, d'ailleurs, et suivant un plan préconçu, — on perdait du temps.

Dans cette même journée du 25 juillet, développant son idée d'intervention. Sir Edward Grey suggérait que les quatre Puissances non directement intéressées devaient demander aux Gouvernements autrichien et russe, dont il prévoyait la mobilisation, de ne pas franchir les frontières pour leur donner le temps d'arranger les choses (').

Donc, dès le 24, c'est-à-dire dès le matin du jour où la Note autrichienne a été connue des chancelleries, le Foreign Office a voulu et demandé que les Puissances désintéressées s'interposent. Il n'a pas attendu le 26. Le 26, il a donné une forme précise à sa proposition. Mais, depuis quarante-huit heures déjà, l'Allemagne aurait pu attester sa volonté pacifique en acceptant de se joindre à une action collective. Or, loin de le faire, elle a ajourné sa réponse, sous le prétexte que les relations entre la Russie et l'Autriche-Hongrie n'étaient pas encore menaçantes.

2" Cette assertion est inexacte. Sir Edwatd Grey n'est pas venu },lus tard à l'opinion que le conflit autro-serbe n'intéressait que l'Autriche et la Serbie. II l'a eue tout de suite, — et l'on est en droit de le regretter. — Dans la aiatinée du 24 juillet, alors que le comte Mensdorfî lui communiquait la Note auh'ichienne, il disait déjà : « Le fond de la dispute entre l'Autriche et la Serbie ne

(') Dépêche de Sir H. Rumbold, Correspondance britannique, n* i8 (*) Dépêche à Sir G. Ruchanan et à Sir H. Rumbold, Correspondance britannii]ae, n"' 24 et 26.

concerne pas le Gouvornonient do Sa Majest('' ('). » Quolciues heures plus tard, il déclarait à M. Paul Camboii : « Si la présentation de cet ultimatum à la Serbie n'aniène pas de difficultés entre l'Autriche et la Russie, nous n'avons pas h nous en occuper C^) » ; et il écrivait à Sir H. Rumbold dans le même sens (^). Le 25 juillet, dans un nouvel entretien avec le comte Mensdorff, il reconnaissait encore « n'avoir point qualité pour intervenir fntre l'Autriche et la Serbie (*) ».

Mine sur cette question de détail. M. de Bethmann-Hollweg ne dit pas la vérité.

3° Cette assertion est inexacte. Elle est nettement démentie par le Livre Rouge lui-même. On y trouve, à la date du 28 juillet, deux dépêches relatives au projet de Conférence de Sir Edward Grey. La première est de l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Berlin. Le comte Sziigyény informe le Ballplatz que le projet anglais a été rejeté par l'Allemagne parce qu'il lui était impossible de citer son alliée devant un tribunal européen (^'), La seconde est du comte Berchtold. Il rejette à son tour le projet mais non point parce qu'il est inacce[)table, seulement parce qu'un fait nouveau s'est produit : la déclaration de guerre à la Serbie (^). Le projet n'est pas inacceptable. 11 n'est que tardif. L'Allemagne manifeste un souci plus vif de la dignité de la Monarchie dualiste que la Monarchie elle-même. Et l'on doit faire la remarque que si elle avait communiqué quelques heures plus tùt le projet anglais, qui lui était connu depuis le 26, le prétexte de l'Autriche disparaissait.

Cj Dépêche à Sir M. de Bunsen, Correspondance britannique, n° 5.

(*) Dépêche à Sir F. Bertie, Correspondance britannique, n° lo.

(') Correspondance britannique, n°7i.

(^) Dépêche à Sir H. Rumbold, Correspondance britannique, n" a5.

('; Dépèche au comte Berchtold, Liire Rouge, auslro hongrois, n° 35.

C^) Dépêche au comte Szogvény, Livre Rouge, austro-hongrois, n" 38.

4* Cette assertion est inexacte. Il s'agit ici des conversations directes. Or, l'Allemagne n'en a pas eu l'initiative, n'y a pas pensé la première, et ne saurait revendiquer aucun mérite à ce propos, s'il y a eu mérite, ce dont il est permis de douter. Avant même de connaître l'ultimatum austro-hongrois, dans sa conversation du 23 juillet avec le comte MensdorfF, Sir Edward Grey exprimait déjà l'espérance que, s'il y avait des difficultés, « l'Autriche et la Russie pourraient en premier lieu les discuter directement entre elles (') ». D'autre part, dans l'entretien du 27 juillet auquel M. de Bethmann-IIollweg fait allusion un peu plus loin, on constate que ce n'est pas l'Allemagne qui a suggéré le procédé des conversations directes. C'est la Russie. L'Allemagne l'a seulement adoptée avec enthousiasme, parce qu'il lui permettait de perdre du temps. « Avant de faire quoi que ce soit, disait M. de Jagow, le mieux serait d'attendre ce qui sortira de l'échange de vues entre les Gouvernements autrichien et russe (-). »

5° Cette assertion est peut-être exacte. Il n'est cependant pas vraisemblable que l'Allemagne ait eu jamais besoin de soutenir de toute son énergie une proposition qui servait les intérêts austrohongrois aussi bien que les siens propres et n'était qu'un piège tendu à la bonne foi delà Triple Entente. Le certain est qu'il n'y a, ni dans le Livre Blanc, ni dans le Livre Rouge, aucune trace de cette forte pression (^). On sait, d'ailleurs, qu'à peu près rien n'y

(') Dépêche à Sir M. da Bunsen, Correspondance briiannique, n° 3.

C^j Dépêcha de Sir E. Goschen, Correspondance britannique, n" 43.

(') Par contre, on voit dans le Livre Orange russe que, même pour les conversations directes, la Wilhelmstrasse afïectait de n'oser parler au Ballplatz sur un ton pressant. J'ai prié M. de Jagow, écrit M. Bronewsky, le ay juillet, « de conseiller d'une façon plus insistante à Vienne de s'engager dans celte voie de conciliation. M. de Jagow a répondu (ju'il ne pouvait pas conseiller à l'Autriche de céder. » Livre Orange russe, n" 38.

Le ag, à M. Bienvenu-Martin qui observait que le gouvernement aile-

figure de toute la correspondauco (^clianf;('!o pondant cetto ()ériodi! entre les doux cin[)ires.

G" Cette assertion est in^^xacte. L'Angli-terre n'a jamais renonce' h son idée de Conférence. Elle l'a seulement ajournée, sur le désir de M. Sazonof, lorsque s'est produite la proposition des conversations directes. « Tant qu'il y a perspective d'un échange de vue direct entre l'Autriche et la Russie, écrivait Sir Edward Grey, le 28 juillet, je suspendrai toute autre suggestion ('). »

7° Cette assertion est inexacte et contredite par le Livre Blanc et le Livre Rouge eux-mêmes qui ne signalent, à aucun moment, aucune difficulté suscitée par la Triple Entente, au sujet des conversations directes.

8* M. de Belhmann-Hollweg pose ici la question de la mobilisation. Malheureusement pour sa thèse, le refus par l' Autriche- Hongrie d'autoriser les conversations directes, ou plutôt de les continuer, est du 28 juillet (2). A cette date, la Russie n'avait pas mobilisé. Le comte Berchtold le reconnaît dans sa dépêche du môme jour au comte Szôgyény ('). Il n'y avait de mesures militaires sérieuses et menaçantes que celles de l'Autriche-Hongrie qui se préparait à envahir la Serbie.

9" Cette assertion est inexacte. Dès la première minute l'influence de la France s'est employée à l'œuvre de conciliation auprès de la Serbie d'abord (*), auprès de la Russie ensuite. La-

mand devrait user de son influence à Vienne pour retarder les opération» militaires, M. de Schœn repondait « que Berlin ne pouvait pas exercer de pression, mais qu'il espérait que les opération» ne seraient pas poussées très activement ». Livre Jaune, n° g4.

(') Dépêche à Sir E. Goschen, Correspondance britannique, «o 67.

(-) Dépèche au comte Szapary. Livre Roiuje austro-hongrois, n" 4o.

(•^) Livre Rouge austro -hongrois, n" /ja.

(♦) Dépêche de M. Bienvenu-Martin, Livre Jaune, n" aG.

472 l'autriche a voulu la gua.nde guerre

réponse de M. Bienvenu-Martin à laquelle le Chancelier fait allusion n'a aucunement le sens qu'il lui donne. « L'ambassadeur d'Allemagne, écrivait M. Bienvenu-Martin le 26 juillet, est venvi cet après-midi me faire une communication tendante à une intervention de la France auprès de la Russie dans un sens pacifique... J'ai répondu à cette suggestion que la Russie était modérée, qu'elle n'avait accompli aucun acte qui piît faire douter de sa modération, et que nous étions d'accord avec elle pour rechercher la solution pacifique de ce conflit. Il nous paraissait donc qu'à titre de contre-partie, l'Allemagne devait agir à Vienne. » Rien de plus sage et de plus juste que cette déclaration. En fait, malgré la modération constatée de la Russie, la France accepte d'agir sur elle. Mais elle demande en retour « a titre de contrepartie » que l'Allemagne agisse sur l'Autriche. Or, c'est précisément à quoi celle-ci se refuse. M. de Schœn fait remarquer « que cela était inconciliable avec la position prise par l'Alle- ■tagne (') ».

Trois jours plus tard, le 29 juillet, la France donne une preuve nouvelle de ses dispositions pacifiques. M. Bienvenu-Martin télégraphie à M. Paléologue qu'il est « essentiel » que le Cabinet de Petersbourg « adhère immédiatement à la proposition anglaise (^) ».

A la même date, M. René Viviani, qui vient de reprendre la direction des Affaires Etrangères, demande la collaboration du Gouvernement italien, à cette époque allié de l'Autriche-Hongrie et de l'Allemagne, en faveur de la paix (3).

(') Dépêche de M. Bienvenu-Marlin, Livre Jaune, n* 56.

Dam une autre dépêche du ag juillet, M. Bienvenu-Martin dénonce avec raison « ce sophisme qui dispenserait IWllemagne d'intervenir à Vienne. » Livre Jaune, n» 85.

(*) Livre Jaune, n° 85.

(8) Dépêche à M. Paul Cambon, Livre Jaune, n° 97.

QUELQUES MKNSONGES ALLEMANDS 473

L(i 30 juillol, M. Roué Vivian! l*''lt''gra|>liit! à Londres cl à Petershourg que la Franco « ne négligera aucun effort en vue do la solution de conflit dans l'intérêt de la paix générale ». Et, comme ce ne sont point là de vains mots, il demande que la Russie, dans les mesures de précautioa et de défense auxquelles elle croit devoir procéder, ne prenne immédiatement « aucune disposition qui offre à l'Allemagne un prétexte pour une mobilisation totale ou partielle de ses forces (') ».

Le 31 juillet. M. René Viviani donne le témoignage le plus décisif de sa bonne volonté. Il écrit à M. Paléologue : « Je vous prie de faire connaître à M. Sazonof que la suggestion de Sir Edward Grey (relative à la suspension des préparatifs militaires en Russie et en Autriche) me paraît fournir une base utile de conversation entre les Puissances également désireuses de travailler à un règlement honorable du conflit austro-serbe et d'écarter ainsi les dangers qui menacent la paix générale (*) ».

Un peu plus tard dans la journée, et à une heure où cet effort est d'autant plus méritoire qu'il a di\jà reçu la visite du baron de Schcen.venu au Quai d'Orsay lui demander quelle serait l'attitude de la France en cas de conflit entre l'Allemagne et la Russie, M. René Viviani télégraphie encore à Petersbourg pour que le Gouvernement impérial, dans l'intérêt supérieur delà paix « évite tout ce qui pourrait rendre inévitable ou précipiter la crise (') ».

Enfin, le 1^'' août, la Proclamation du Président de la République à la nation Française disait encore : La mobilisation n'est pas la guerre. »

C'est à la lumière de ces documents, et l'on en pourrait citer beaucoup d'autres, qu'il convient de juger l'affirmation de M. de

Cj Dépêche k MM. Paléologue et Paul Gambon, Livre Jaune, n' loi. (2) Livre Jaune, n° ii3.

(^) Livre Jaune, n° 117.

474 l'autriciie a voulu la crainde guerre

Bethmann-Hollweg que la France n'a pas agi dans un sens modérateur.

iO° Une certaine démarche du baron de Schœn,tout au moins, ne pouvait, en effet, avoir d'autre but que de compromettre la France au regard de son alliée. Lorsque l'ambassadeur d'Allemagne proposait à M. Berthelot d'envoyer à la presse une note qui affirmait le « sentiment de solidarité pacifique « dans lequel les Cabinets de Paris et de Berlin examinaient les moyens de maintenir la paix générale (*) », il savait bien que si la France avait accepté une semblable rédaction, la Russie et l'Europe entière en eussent immédiatement déduit que Paris comme Berlin refusaient de reconnaître à Potersbourg le droit d'intervenir pour la défense de la Serbie et de ses intérêts dans les Balkans.

11° A l'accusation que l'Angleterre ait recherché l'humiliation des deux nations tripliciennes, trois textes — on en pourrait citer cent — répondent. Le 28 juillet, s'oxpliquant sur son projet de Conférence, Sir Edward Grey spécifiait qu' « aucune suggestion ne serait avancée avant qu'on se fût assuré au préalable quelle serait acceptable pour V Autriche et la Russie, avec lesquelles les Puissances médiatrices pourraient facilement se tenir en contact par l'intermédiaire de leurs alliés respectifs (^) ». Le même jour, le Secrétaire d'Etat anglais se déclarait prêt à accepter que M. de Jagow suggère « les lignes directrices », d'après lesquelles le principe de la Conférence serait appliqué (') ». Enfin, le 30 juillet, il prenait, dans une forme solennelle, un engagement précis : « Si, disait-il, on peut conserver la paix de l'Europe et passer sans accident à travers la crise actuelle, mon effort personnel sera de prendre l'initiative d'un arrangement auquel

(') Livre Jaune, n° 67.

(-) Dépêche à SirE. Goschen. Correspondance britannique, n° 67.

(■'') Dôpc^cho à Sir E, Goschen. Correspondance britannique, n" 68.

QUELQUES MKNSONOES AI.I,EMANDS 47.1

l'Allemagne puisse souscrire, et par lequel elle pourra ^tre assurée qu'fnicjoie jiolilique agressive ou hostile ne ^era /poursuivie contre elle ou ses alliés par la France, la Russie et nousm(''mes, soit ensemble, soit st'parément (') ». C/('taicnt Va des paroles st^riouses, dignes, semble-t-il, de retenir l'altention, et qui voulaient une réponse. Elles n'en reçurent jamais (*).

(12) Cette assertion est inexacte. I/.\nglelerre n'a pas pris, la première, des mesures militaires « de grand style ». Elle a seulement ajourné la dispersion de sa flotte, à cause de « Veffet d'anxiété » produit sur l'Europe par les événements (').

(13) (-ette assertion est inexacte. M. de Fleuriau ne souffle mot de la concentration de la flotte près de Portland. Il dit simplement : « L'attitude de la Grande-Bretagne s'affirme par l'arrêt de la démobilisation de la flotte (*) >s

(14) Cette assertion est inexacte. L'Angleterre a constamment, au contraire, exercé une induonce modératrice sur Petorsbourg. Les textes abondent pour le démontrer. Le 24 juillet, Sir George Buchanan refuse absolument de faire h la France et à la Russie une déclaration de solidarité (') ; et il en est aussitôt approuvé par le Foreign Office C'). Le 25 juillet, Sir. G. Buchanan, dans une conversation pathétique avec M. Sagonof exprime « l'ardent

(1) Dépôclie à Sir E. Goschcn. Correspondance britannique, n" loi.

(') Déjà, clans un entretien, le 2y juillel, avec le prince Lichnowskj, Sir Edward Grey lui avait fait observer qu' « il n'était pas question d'humilier l'Autriche », et qu' « il s^arfissait de savoir jusquà quel point V Autriche avait Vinlention de pousser VhunUialion d'autrui ». Autrui, c'est la Serbie et la Russie. (Dépêche de Sir E. Goschen. Correspondance britannique, n" 109.)

(3) Dcpôche de Sir M. de Bunsen, Correspondance britannique, n° 48.

(') Livre Jaune, n° 66.

C^) Dépêche de Sir G. Buchanan, Correspondance britannique, n° 6.

(*) Dépêche de Sir Edward Grey, Correspondance britannique, n" a'j.

espoir » que la Russie ne précipitera pas la crise en mobilisant ('). Le 31 juillet, c'est Sir Edward Grey qui déclare au prince Lichnowsky t qae si l'Allemagne pouvait mettre en avant une proposition raisonnable qui montrerait clairement que l'Allemagne et l'Autriche s'efforçaient de préserver la paix européenne et que la Russie et la France soient assez déraisonnables pour la repousser, je la soutiendrai à Saint-Pétersbourg et à Paris (-).» Enfin on doit se rappeler que, dans son discours du 4 août au Reichstag, M. de Bethmann-Hollweg reconnaissait lui-même la sincérité des efforts de l'Angleterre pour maintenir la paix.

(15) Cette assertion est inexacte. Le chancelier ne donne pas de précision. Mais il n'y a aucun rapport de Sir G. Buchanan qui dise rien de semblable.

(16) C'est là un tissu de faussetés. II n'y a pas un seul texte dans les Livres diplomatiques de la Triple Entente, ou même de la Triple Alliance qui dise, indique, laisse comprendre que l'Angleterre était résolue à donner son appui à la France et à la Russie. Par contre, dans la Correspondance britannique et le Livre Jaune, il y a trente ou quarante pièces qui attestent que l'Angleterre a constamment et nettement refusé de promettre son

ntervention.

(17) Le Chancelier prête à Sir G. Buchanan des opinions que l'on ne trouve pas dans ses rapports et qui ne sont pas les siennes. Il dit expressément, au contraire, que c'est l'attitude de l'Allemagne qui a provoqué la mobilisation russe. « Maintenant qu'elle sait que l'Allemagne s'arme, écrit-il le 30 juillet, elle ne peut guère retarder, pour des raisons stratégiques, la conversion de la mobilisation partielle en mobilisation générale (^). »

(', Dépêche de Sir G. Buclianan, Correspondance britannique, n° 17. (-) Dépêche de Sir Edward Grey, Correspondance britannique, n° 1 1 1 . (') Dépêche de Sir G. Buchanan, Correspondance britannique, n° 97.

(18) Il n'y a pas l'ombre d'une preuve, soit dans le Livre Blanc, soit dans le Liore Rouge, qu'une pression allemande se soit produite à Vienne en faveur des conversations directes.

(10) Cette assertion est inexacte. M. de Bethinann-Hollweg reconnaissait lui-même, dans son discours du 4 août au Reichstag, que l'Autriche-Hongrie avait mobilisé deux corps d'armée sur le front russe.

(20) C'est là un des mensonges les plus impudents qu'un homme d'Etat ait jamais osés. Le Livre Bleu, auquel le Chancelier renvoie pour confirmation de son assertion, dit exactement le contraire. Il faut observer tout d'abord que c'est de Vienne, non de Petersbourg, qu'est venu le refus de continuer les conversations directes. Mais lorsque ce refus fut notifié, M. Sazonof, loin de prévoir ou de vouloir la cessation des pourparlers, s'efforça de les activer et demanda le concours de l'Angleterre dans ce but. « Il ne nous reste plus, écrit-il le 29 juillet, qu'à nous en remettre entièrement au Gouvernement britannique pour l'initiative des démarches qu'il jugera utile de provoquer ('). » En fait le ministre russe ne renonça à aucun moment à négocier. Le Livre Bleu anglais ne dit nulle part qu'au su de M. Sazonof la mobilisation russe devait mettre fin aux échanges de vues des chancelleries. C'était tout le contraire de son opinion. Ce qui est vrai, et ce que M. de Bethmann-Hollweg se garde bien d'avouer, c'est que l'ambassadeur d'Allemagne à Petersbourg poussait à la guerre. « Je crains que l'ambassadeur d'Allemagne ne contribue pas à adoucir les choses, écrit le 29 juillet Sir G. Buchanan, s\\ se sert dans ses rapports avec son Gouvernement du même langage que celui qu'il a employé en causant aujourd'hui avec moi. Il a accusé le Gouvernement russe d'avoir par sa mobilisation

(') Dépêche au comto Benckendorff, Livre Orange russe, n" 5o.

478 l' AUTRICHE A VOULU LA GllAMDE GLERUE

mis en péril la paix de l'Europe, et quand j'ai fait allusion à tout ce qui avait été fait dernièrement par l'Autriche, il s'est borné à répondre qu'il ne pouvait entrer dans une discussion pareille (') ». Ce qui est vrai encore, c'est que c'est l'annonce de la mobilisation allemande, si la Russie ne cessait pas ses préparatifs militaires, qui a déterminé le cabinet de Petersbourg à accélérer ses propres armements et l'a enfin déterminé à « compter avec Tinévitabilité probable de la guerre {^) ».

(21) Les Puissances de TEtente n'exigeaient rien de semblable. Elles ne faisaient aucune opposition à la mobilisation austrohongroise. Il y avait équilibre des forces en présence. Au cours des récentes guerres balkaniques de longues négociations avaient eu lieu dans des circonstances identiques,

(22) M. de Bethmann-HoUweg s'applique à embrouiller la question ou se moque de la crédulité du Reichstag. C'est le 27 juillet qu'il a donné son adhésion au principe d'une médiation et fait objection à la forme, — sans jamais condescendre à indiquer celle qui lui eût convenu.

(23) Cette assertion est inexacte. M. Sazonof multiplia les concessions à cette date. Le 30 juillet, il remit au comte de Pourtalès une formule dans laquelle il indiquait à quelles conditions la Russie cesserait ses préparatifs (^). Le 31 juillet, il accepta la formule anglaise qui autorisait l'Autriche-Hongrie à envahir la Serbie et occuper Belgrade (*).

(24) La mobilisation allemande n'était pas un casus belli aux yeux de la Russie, le Tsar Nicolas II a pris soin de l'écrire à

(i) Dépêche à Sir Edward Grey, Correspondance britannique, n" 78. (2) Dépêche de M. Sazoïiof, Livre Orange russe, n° 58. (^) Livre Orange russe, n° 60.

[^) Livre Orange russe, n°67.

QUELQUES MliNSO.NGLS Al.r.b.MANUS 47y

Guillaiini(> II. Pourquoi lu inohilisalioii russu ôtail-rllt' im cnsus belli aux yeux de l'Allemagne? La France, coinme la Russie^ disait : « La mobilisation n'est pas la guerre ».

(25) La proposition de Sir Edward Grey coinj)orlait l'arriH de toutes les mesures militaires, et le Chancelier fera dinicilrmenl admettre que l'Allemagne, où l'état de danger de guerre avait t'iô proclamé déjà, fut moins prête au combat que les l'uissances de l'Entente.

En définitive, et sans même tenir compte des omissions voulues qui suffiraient seules à priver ce discours de toute valeur, on y trouve à peine une affirmation qui ne soit manifestement fausse, en contradiction absolue avec les faits et avec les pièces publiées dans les Livres Diplomatiques, môme dans le Livre Blanc allemarid et le Livre Rouge austro-hongrois.

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LA PllIiSSE AiNGLAiSl;: KT LA SITUATION EUROPÉENNE

|Ès le 31 juillet, et avant que fût counu l'envoi de l'ultimatum allemand à Petersbourg, plusieurs grands journaux anglais, devant l'éventualité d'un conflit prenaient position aux côtés de la France et de la Russie.

« Il est possible, lisait-on dans \e Daily Express, comme le dit la presse radicale, que nous ne soyons pas directement intéressés dans la querelle austro-serbe. Mais tout danger menaçanl la France menace aussi l'Angleterre. L'intérêt autant que l'amitié nous obligent à nous tenir près de la France. C'est un fait. Si cela était dit ofp.ciellement, la puissante menace de notre marin», dont toutes les forces immenses sont maintenant réunies, prêtes à marcher suivant la volonté de la nation, apaiserait la fièvre belliqueuse de V Europe centrale. Si nous restions indifférents au moment où l'on a besoin de nous aucun pays ne serait jamais plus à notre côté, et le nom des Anglais serait méprisé de l'Equateur au pôle, »

Le Times n'était pas moins ferme dans ses déclarations. « Nous n'avons, disait-il, rien à venger et rien à gagner dans les circonstances présentes. Nous ne pouvons être guidés que

LA PRESSE ANGLAISE ET LA SITUATION EUUOl'ÉENNE 481

par ces considérations : notre devoir envers nos amis et l'instinct de conservation. La seconde de ces considérations est la plus forte et, en cas de nécessité, il faut la tenir pour décisive. Nous ne saurions pas rester à l'écart, les bras croisés, en contemplant avec placidité nos amis en danger de destruction. Si nous restions passifs et si la fortune de la guerre se tournait contre ceux dont les intérêts sont liés aux nôtres, nous savons très bien f/ue ce serait ensuite notre tour. Personne ne lèverait alors un doigt pour nous sauver.

« Notre intérêt le plus puissant, c'est la loi de conservation qui est commune à toute l'humanité. Les armées qui se rassemblent maintenant contre ?ws amis menacent en réalité notre sécurité no7i moins f/ue la leur. Avec calme, mais résolument, nous jouerons notre rôle dans cette rencontre sans précédent, si la nécessité s'en fait sentir. Si nous avons à intervenir, le pays tout entier ne reculera devant aucun sacrifice pour sortir victorieux d'une lutte qui peut menacer notre existence nationale. »

Le Daily Mail ne tient pas un langage différent : « Si la modération et la retenue de nos amis de la Triple-Entente n'éveillent pas d'échos, alors il pourrait se faire que la Grande-Bretagne fût impliquée dans le conflit. Dans de pareilles circonstances, elle ne pourra pas abandonner ses amis, ni permettre qu'ils soient isolément attaqués et vaincus. Elle leur demande de faire tous leurs efforts en vue de la paix. Ce n'est que lorsqu'il sera évident que ces efforts ont été impuissants qu'elle pourra entrer en action ; et si elle doit le faire, cette action sera digne de son passé. Le peuple britannique n'a jamais reculé devant le danger. »

La Saturday lieview développe avec un force particulière le mêmes arguments : Nos amis sont la France et la Russie, et notre influence et notre coopération doivent s'exercer en leur

faveur. Si nous nous dérobions, l'effet de cette dérobade serait désastreux.

« Quoi qu'il arrive alors, on nous haïrait et on nous méprise-* rait. ^ous serions la a perfide Albion » et nous devrions revenir à notre ancienne position de « splendide isolement », avec cette différence que nous n'aurions plus un ami en Europe, mais en revanche une légion d'ennemis.

« Par conséquent, nous devons faire comprendre nettement et sans retard que, tout en travaillant sans répit à la paix, à la localisation de la guerre, nous marcherons, s'il y a lieu, avec la France et la Russie. C'est notre seule ligne de conduite droite et sûre. »

Le Standard fait des réserves : c Si nous combattons, ce sera parce que nous sentirons qu'une défaite de la France par l'Allemagne amènerait dans l'équilibre européen une modification à, notre détriment. Il règne sur ce point une grande obscurité, et nous ne savons pas encore jusqu'à quel point l'échange actuel de communications diplomatiques l'a éclairée. Notre amitié pour la France ne doit pas nous pousser à jouer notre sort avec la République, à moins que nous n'ayons la conviction : soit que flos voisins sont victimes d'une agression injustifiée, soit qu'ils doivent être protégés contre un désastre — que nous approuvions leur politique ou non — dans notre propre intérêt. »

Le Daily Chronicle s'en remet au Gouvernement du soin de prendre parti ou de s'abstenir : « Quelle sera, se demande-t-il, notre attitude ? Disons franchement que, pour le moment, il serait mieux que ceux que ne gène aucune responsabilité officielle s'abstinssent d'indiquer à Sir Edward Grey la voie à suivre. Il est des heures, et l'heure présente est une de celles-là, où l'équipage d'un navire doit obéir aux ordres de son capitaine, en lui faisant toute la confiance à laquelle son poste lui donne droit ».

Le Daily Telegraph met quel réserve dans l'expression de sa

LA PRESSE ANOLAISR ET LA SITUATIO:t RUnOP/cErt.lE

confiance : « Nous regarderons notre destin en face, sans frnveur ^ommeh^s^ientnospkres. Maïs il faut que ni le Cabinet, ni ^oso/^efs ne 7narquent d'indécision. Ce que nous avons promis de faire, nous le ferons, nous tiendrons notre parole et nous serons loyaux envers nos amis. Que le Gouvernement, dont c'est ie devoir de nous dire comment agir, nous indique clairement le cûemin. L'Angleterre, nous en sommes sûrs, s'y engagera sans un murmure. » ■' o o

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