‹ L'Autriche et l'Italie devant l'EuropeChapitre 1 sur 11 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La révolution de 1789 et la guerre qu'elle occasionna donnèrent un tel élan à la civilisation que dans l'espace d'un demi siècle l'Europe s'est trouvée transformée.

La vapeur et l'électricité fusionnent les idées, les races, les hommes, les choses, avec une rapidité qui tient du prodige. De nos jours Pétersbourg est plus près de Paris que n'était Versailles à la fin du siècle dernier. Ces rapports si prompts et si nombreux de peuple à peuple ont opéré nécessairement de grandes modifications dans les mœurs, dans les coutumes, dans les sentiments des nations. Les hommes de la grande famille européenne ont en quelque sorte fondu leurs idées, leurs aspirations. Le livre et le journal, tableaux quotidiens de l'histoire des États, exposent de tous côtés à tous les regards les actes, les pen« sées, les passions des gouvernements et des populations.

Cet état de choses fait de l'Europe^ malgré la diversité

des formes politiques des gouvernements, une yaste confédération, par cela même que tous ces gouvernements ont une foule d'intérêts communs. Qu'un des peuples, en effet, de cette confédération s*agite, et ce mouvement a son contre-coup chez les^peuples voisins, et, de proche en proche, jusqu'aux contrées les plus éloignées. Cette situation expose les divers États à une nature identique d'éventualités qui les rend forcément solidaires les uns des autres.

Le principe d'intervention devient dès lors indiscutable. On ne doit plus exiger pour son emploi qu'un système de prudence et de déférence, calculé sur l'opportunité de l'intervention, sur la gravité du sujet qui la nécessite et sur les convenances qu'on doit garder vis-à-visd'un gouvernement. Il ne s'agit plus seulement, au xix' siècle, d'équilibre politique en Europe ; toute invasion, toute conquête est à peu près impossible ; la guerre[de Crimée l'a démontré du reste. Mais il s'agit surtout de tranquillité et de paix sociale. Les Etats ne sont plus en cause, ce sont les gouvernements.

Il est temps d'écouter les aspirations des peuples, leurs cris, leurs plaintes, leur désespoir. On ne peut tolérer sur aucun point de l'Europe la compression de cette force civilisatrice qui, retenue dès longtemps chez certains peuples, menace de faire explosion. Qu'on ne vienne plus soutenir la thèse du chacun chez soi ! C'est comme si on soutenait que dans un port on n'a rien à prétendre contre un chef de navire à vapeur, qui chaufferait outre mesure

sa machine, au risque de faire sauter son vaisseau el da cribler d'araries les vaisseaux voisins.

Aujourd'hui nous écrivons un livre contre l'Autriche et nous appelons l'intervention de l'Europe et surtout de la France en Italie, en Italie torturée, éyentrée, ruinée, décapitée par l'Autriche. La nationalité de l'Italie ne doit pas plus longtemps rester brisée. La nationalité italienne est un droit et doit devenir un fait politique!

Avant d'entrer dans le développement de ce principe que nous émettons il est nécessaire de faire connaître les événements de l'histoire contemporaine de cette héroïque et malheureuse contrée. Le récit de ces événements est le plus magnifique plaidoyer en faveur de la cause que nous allons soutenir. Il est d'ailleurs indispensable pour l'intelligence des déductions que nous avons à tirer.

On verra d'un côté un peuple luttant sans relâche pour reconquérir son indépendance, ne se laissant abattre ni par la défaite, ni par la torture, ni par les plus horribles misères. On y verra le sentiment de la patrie si profondément enraciné qu'il résiste à toutes les infortunes , aux désolantes déceptions, à l'oppression la plus longue et la plus sanglante, un patriotisme qui ne s'éteindra qu'avec le dernier souffle du dernier enfant de l'Italie, car, pour rendre l'Italie autrichienne, Vienne n'a pas à se faire illusion, c'est 25 millions d'individus qu'elle a à égorger.

D'un autre côté on verra un vainqueur impitoyable

mentant à tontes ses promesses, pressurant avec une sorte de rage inouïe des peuples trompés; une puissance toujours envahissante, ne vivant que de spoliations, étendant par ruse, par surprise, par violence, au nord et au midi, en Allemagne comme en Italie, sa cruelle influence au détriment de rinfluence de la France, de l'influence du progrès et de l'humanité.

C'est ici un duel à mort entre la barbarie et la civilisation .

Là est l'Autriche écrasant du pied la Hongrie, la Lombardie. Milan, Venise. Ceci n'est pas une calomnie; un journal de Vienne à peu près officiel exaltait le rôle de hourreau que joue le gouvernement qui pèse sur la Lombardo-Vénétie.

Ici est la France, depuis des siècles l'espoir des nationalités.

L'intervention de la France en Italie commence avec la révolution. Napoléon P' alla porter la liberté et l'indépendance aux glorieux descendants des Romains. Cette œuvre, anéantie par les ennemis de la France en 1815, est aujourd'hui à refaire; elle incombe naturellement à l'héritier du premier empereur.

En 1816, sur le rocher de sa captivité, Napoléon disait :

c L'Italie est une seule nation; la conformité des » mœurs, de la langue et de la littérature et sa position

i géographique qui la sépare du reste de l'Europe doi- > vent, dans un temps plus ou moins rapproché^ réunir » tous les peuples italiens sous le même drapeau. > Cette prophétie doit avoir sa réalisation.

Quel intérêt a la France à Témancipation et à l'indépendance de l'Italie ? Cet intérêt est immense, et pour le peupie français et pour son gouvernement. La guerre d'Orient a fait asseoir le gouvernement de l'Empereur Napoléon III à la première place des conseils européens. Plusieurs puissances rivales ne voient pas sans un profond dépit cette brillante position dans laquelle s*est placée la France, et elles cherchent à contrecarrer l'exécution des traités qui ont été signés sous son influence. Il faut donc que la France, pour rendre sa position inattaquable et à jamais prépondérante, fasse encore sentir une fois le poids de soa épée. Et jamais occasion plus belle, plus noble, plus juste s'offrit-elle à la généreuse ambition d'un peuple! Sauver ritalie, la délivrer du joug de fer qui pèse sur elle, quelle glorieuse mission ! Honneur et puissance, voilà la récom-** pense pour notre pays de cet acte éminemment opportun auquel nous le convions.

Voici maintenant le danger si on ne l'accomplit pas : L'Italie, on ne saurait le nier, est un foyer révolutionnaire perpétuellement en effervescence. On peut quelque temps jeter sur ce feu pour l'éteindre des monceaux de ruines et des torrents de sang. La flamme de l'incendie

disparaîtra, mais le principe dëvorant subsistera soaterrainement. On entendra des grondements sourds qui iront, d'écho en écho, éveiller les espérances révolutionnaires endormies chez les peuples voisins grâce à la sagesse des gouvernements; des tressaillements agiteront le sol politique et feront trembler jusqu'aux trônes les plus solides, les plus vénérés, les plus démocratiques ; des abîmes se creuseront en silence, en secret, sous les pieds des peuples et des rois; il y aura des irruptions locales qui effraieront la conscience des souverains et Tafifection des sujets ; un empereur sortira par miracle sain et sauf du milieu de victimes expirantes, du sein de ces fléaux révolutionnaires ; une conflagration générale sera à craindre, Tanëantissement des sociétés modernes nous menacera, tout cela parce qu'il y a 25 millions d'individus qui crient aide et vengeance, qui peuvent s'allier à tous les mécontents de tous les pays, et abriter, sons le manteau honorable des idées d'indépendance et de nationalité, les pensées sanglantes de ceux qui rêvent le bouleversement des sociétés.

n faut que cet état de choses cesse, ou bien le monde, en face d'un danger imminent, est condamné au marasme; il faut faire disparaître ces causes de malaise et d'agitation qui paralysent les efforts des gouvernements libéraux et démocratiques d'une certaine partie de l'Europe, et notamment du gouvernement de Napoléon Ul, qui marche.

on le sait, à raccomplissement de si grands, 4e si nobles projets.

Au nom de la paix intérieure de la France, au nom de la sûreté de l'État, cet état de choses doit cesser. L'Italie doit ayoir satisfaction dans ses besoins, dans sesaspirations, dans les tendances de son génie.

Que la France se mette à la tête de ce courant qui ei^ tratne les peuples italiens, qu'elle le dirige, le régularise, et, comme pour ces ondes dont on régie le cours, qu'elle le rende profond et fécondant et lui enlère cette action terrible, ruineuse, passagère, dévastatrice, d'un torrent qui détruit, stérilise et passe.

L'Autriche fait l'afibire des révolutionnaires ; la liberté et l'indépendance feront l'affaire de la paix, de la civilisation, c'est-à-dire l'affaire de la France napoléonienne.

Enlever tout prétexte à la révolution c'est là la condition sine quâ non de la tranquillité de l'Europe.

En présence de cette situation intolérable quel est le moyen le plus sûr de conjurer l'avenir qui menace TEurope? U s:'en présente deux :

La voie des n^ocia tiens;

La voie des armes.

Certes nous sommes avant tout partisan de la paix, sans laquelle les progrès matériels et moraux sont impossibles. Mais nous ne voulons pas la paix à tout prix. On sait de quelle funeste conséquence ce système d'hésitation, de

concessions, de laisser-faire a été, pour le gcavernement de Louis-Philippe. Il est ane paix cent fois plus fatale que la guerre la plus désastreuse.

Mais dans la question qui s'agite, le moyen des négociations nous parait impraticable. La guerre seule peut amener rAutriche à^ abandonner les contrées italiennes qu'elle asservit.

Après avoir développé l'histoire de la question italienne et avoir exposé, preuves en main, le seul parti qui s'offire pour trancher la difficulté, il nous restera à montrer la situation politique, financière et militaire de T Autriche, de l'Italie, et à chercher les sympathies et les influences que peuvent soulever en Europe chacun de ces deux pays, chacune de ces idées, domination autrichienne, indépendance péninsulaire.

Tel est le but que nous nous proposons.

Quant à notre conclusion, nous pouvons dès maintenant la faire connaître :

L'Autriche, telle qu'elle se maintient, c'est le passé honteux, rétrograde, barbare, battu de toutes parts par les flots d'un avenir régénérateur qui, grâce au ciel, l'engloutira à jamais dans Tabtme où doivent aussi s'anéantir les révolutions.

J. D£ LA ROGGA.

ET

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