CHAPITRE l
Situation de l'Earope en 1848. — TendanceM des esprits. — Mouvements ré?olutionuaires.— GonséqueDces qui eu sont résultées. — Révolution en Italie. — Luttes pour l'indépendance. — Événements à Rome, en Toscane, à Naples, en Hongrie. ~ Ce qui pouvait résulter de ces soulèvements.
Quand on toU cette sëye vivace, intarissable qui fait croître et pousser, sur les sols les plus stériles, les idées d'indépendance et de liberté, on se demande quel principe fécondant, quel feu souterrain l'anime et la fait monter. C'est que la Ilévolution française de 1789 a été comme la formation spontanée d'un volcan qui a eu quelquefois des éruptions terribles, désastreuses, mais qui n'a pas moins transformé, tout à coup, en étendant à toute l'Europe sa lave et ses flammes, ce terrain européen frappé d'épuisement féodal et d'impuissance despotique. Depuis cette époque qui fut l'inauguration d'une autre ère, les popula^tiens, les contrées, tout s'est ému, tout a marché, tout a été
fèoQoié. 9eÉ fennuits producteurs ont été jetés dans tons ks es|»îtii ies s^tiaents încoimiis jnaqu'alofs oDt £adt tressaillir les peoples.
NaqpoiéoD, réToIaticm faute homme, réToiation armée. Napoléon, cette incarnation de Tidée nouTelle, comme le Christ le fat autrefois, an lien de semer pacifiquement la foi politique qu'il proclamait, cooune ajait été proclamée b foi chrétiffline par la Toix des Apôtres, la lança contre toute oppositicm armée au moyen des balles et de la mitraille.
Le christianisme foi d'un autre monde, religion en dehors de la terre, derait agir par l'abnégation.
Le libéralisme, foi terrestre et positire, ne pouvait agir qu'au moyen de la défense et de l'attaque.
L'une et l'autre de ces deux rdigions ont eu leurs martyrs.
Les peuples, éreillés par le canon français, ont bien pu se laisser quelquefois rendormir par des promesses fallacieuses ; mais il y a eu des réreils t^rriUes, marqués de sang et de désastres.
En 1848 comme en 1789, c'est la France qui a donné rimpul^on. C'est là un rôle de moteur que la destinée lui a toujours réservé.
Quelle était à cette époque la situation des esprits de notre pays? Au milieu de ce souffle réformiste qui entraîna la chute de Louis-Philippe, il faut voir autre chose de plus profond et de plus large qu'une aspiration vers une modification partielle de la Charte. Lorsque la royauté de Juillet eut été renversée et que, la république étant proclamée, il fallut choisir un chef du pouvoir exécutif.
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un sentiment qui animait l'immense majorité des Français se révéla tout à coup spontanément.
Et avant de caractériser et de nommer ce sentiment, il est utile de classer les membres de la nation pour étudier la direction des esprits.
Il y avait des écrivains, des hommes d'État dont le scepticisme rongeait les convictions. Il y avait une bourgeoisie voltairienne et libérale qui s'éprenait d'une illusion républicaine et rêvait une deuxième édition de la constitution des États-Unis.
Il y avait encore dans les grandes villes de France de nombreux ouvriers que les écrits de Pierre Leroux, de Y. Considérant, de Gabet, etc., avaient jetés dans des espérances folles.
Mais ce n'était pas la France.
L'idée x qui agitait secrètement tous les cœurs dans beaucoup de villes et dans toutes les campagnes, c'était l'idée de nationalité!
Nationalité ! Patriotisme !
L'affront de 1815 était encore gravé dans toutes ces tètes patriotiques.
Ce qui a le plus contribué à la chute de Louis-Philippe, c'est la réprobation que souleva sa politique à l'extérieur si faible et si pusillanime.
Avec ce souvenir d'un affront ineffaçable, le peuple gardait aussi profondément le souvenir d'un nom qui est la personnification de cette idée de nationalité et de patriotisme. Ce nom on l'a deviné.
Napoléon, synonyme de gloire en même temps que de France, synonyme de protestation et de vengeance contre
les suppôts da despotisme et des inrasions étrangères 1 Près de six millions de saflrages accordés spontanément au prince Louis- Napoléon furent la manifestation la plus éclatante de Tesprit qui animait la majorité des Français. Ce sentiment de nationalité qui s'accuse en France d*une maniée si nette et si précise, éclatera d'une façon non moins vive en Italie, en Allemagne, en Autriche.
Quon le sache bien, quelques hommes habiles ont bien pu sur plusieurs points faire tourner au profit d'une ré- Tolution sociale, les révolutions nationales qui se sont accomplies sur divers points de la péninsule ; mais là comme en France, le mouvement fut presque uniquement national. Le résultat républicain qui en fut obtenu tient à ce que le mouvement national ne put ou ne sut pas s'unifier, se régulariser, agir avec ensemble, enfin se discipliner. Il manquait à lltalie la religion d'un nom, et un homme assez fort pour recueillir l'héritage que lui réservait cette religion.
Le pape Pie IX aurait dû être cet homme ; il ne sut pas ou ne voulut pas l'être.
Mais n'anticipons pas sur les événements.
Voyons quelle fut en Europe l'effet produit par la révolution de Février. Au moment où le trône de Louis-Philippe fut emporté, toutes les nations s'insurgèrent à la fois. Il y eut une explosion ininterrompue, générale. On aurait dit que les États européens sautaient sous la conflagration d'un système de mines^ réunies entre elles par un vaste réseau de poudre.
Le mouvement est partout national.
Le il février 1848 la révolution fédérale en Allemagne
commence à Manheim par une rénnion'de pnblicistes. Le 18 mai une assemblée constituante germanique se rëunit à Francfort. Le 4 mars Charles-Albert, après de longues hésitations, accorde au Piémont les libertés constitutionnelles. II sent déjà le frémissement qui se produit d'un bout à l'autre de la péninsule italienne, et cherche immédiatement à se populariser pour pouvoir offrir un chef au mouvement national qui se manifeste.
Le 13 mars. Vienne fait sa révolution; le 18, Berlin s'insurge ; le 15, le pape donne une constitution parlementaire à Rome; le 24, les duchés danois font leur révolution en faveur de l'unité du Holsteîn et du Slesvig ; le 18, les Milanais se lèvent contre l'Autriche; le 23, un parlement insurrectionnel s'ouvre en Sicile, et, le 18 avril, la déchéance du roi de Naples et de sa dynastie est prononcée par cette assemblée.
Les événements marchent, volent, se multiplient, et la plume a peine à les suivre.
Le 2 juin, un congrès slave se réunit à Prague, les délégués des peuples slaves y assistent. Le 5 juillet, une assemblée nationale s'ouvre à Pesth.
Ce tableau d'événements survenus en Europe durant les premiers mois de l'année 1848 accuse-t-il assez clairement l'esprit de nationalité qui animait alors tous les cœurs.
Mais les idées s'enchatnent, les sentiments analogues se soulèvent conjointement. En même temps que certaines races secouaient le joug de races oppressives, d'autres esclavages se rompaient sur le sol européen.
C'était une guerre contre tous les despotismes et contre tous les asservissements.
Voici donc maintenant le tour des insurrections politiques et sociales.
Le royaume de Naplesfaitsa révolution constitutionnelle.
La Toscane s'affranchit d*abord de Tinfluence autrichienne qui pesait sur elle, puis elle se constitue en république. Le mouvement dépassera ainsi souvent son but, mais, revenant bientôt dans son oscillation vers une direction réactionnaire, il détruira ce qu'il avait édifié et resserrera même les liens de l'ancien despotisme. Qu'on ne désespère pas cependant, l'impulsion est donnée. Du mouvement rétrograde au mouvement progressif doit s'établir un balancement qui se terminera par le triomphe du progrès.
Berlin et Vienne ont reçu leur constitution.
Venise chasse les Autrichiens et se met sous la direction de Manin.
La Belgique est en ébullition.
Et Rome, la ville de l'omnipotence religieuse et du despotisme politique, brise cette double couronne sur la tète de Pie IX, de Pie IX, qui avait été le premier moteur de cet élan national et constitutionnel.
Là aussi le but est dépassé; le pape s'enfuit, la république est rétablie.
Et maintenant, de ces actes prématurés, de ces révolur tions hâtives sous plus d'un rapport, qu'est-il resté? Des ruines, du sang versé à torrents, des larmes, des gémissements, des tortures, des oppressions plus dures, des tyrannies plus implacables; des despotes qui ne pardonnent pas et des peuples qui ont à peine la force ou la volonté de sentir l'injure qui les accable.
Quoil c'est là la triste moisson recueillie par tant de dévouement et d'héroïsme ! Rien n'est resté des générenx efforts tentés pour l'indépendance et la liberté ! Quoi 1 on n'aurait de souvenir et d'horreur que pour les excès révolutionnaires 1 On serait pour longtemps dégoûté de la liberté à qui on ne pardonnerait pas les violences qui ont été faites en son nom ! U faut donc douter du progrès de l'humanité et l'ajourner indéfiniment.
Non, non t L'idée et le sentiment de nationalité et d'indépendance ont fait un grand pas. Ce principe est tombé non-seulement sous la sauvegarde des peuples qu'il inté* resse, mais encore sous celle des peuples voisins et des gouvernements rivaux.
La France, la Sardaigne, s'émeuvent des souffrances d'un peuple glorieux. Elles s'abandonnent à la force de l'opinion publique, bien plus, elles prennent l'initiative d'une intervention pressante en faveur d'un peuple mor^ celé et opprimé auprès des gouvernements qui le divisent et l'oppressent. Et cette intervention pacifique pourrait bien un jour ou l'autre prendre un caractère plus énergique et plus impératif.
Voilà pour l'indépendance nationale. Quant à la liberté elle a eu aussi sa large part dans les concessions obtenues. Le mouvement de février a fait faire en Europe un grand pas au système constitutionnel. On en trouve un témoignage dans les constitutions de la Sardaigne, de la Hollande, du Danemark, du Hanovre, de la Prusse, de l'Autriche elle-même.
La Russie, établie sur la base de son despotisme militaire, avait vu de loin passer le flot immense qui faisait
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De Tnne et de Tantre les excès sont paralysés.
Voiti ce qai reste de cette immense agitation de 1848 : l«s rninns dn passé et Tédification de Favenir, la déception dos nationalités, mais en revanche l'expérience ! le âécottrAgomont do la démagogie, mais la renaissance de la llborté ot Tospérance de la démocratie !
Ainsi oe qui était fanx a péri ; ce qni était excessif a été
réprimé ; les chimères se sont éranoaies. Ce qai était mûr, juste, vrai, possible, a triomphé.
Entrons maintenant dans quelques détails des affaires d'Italie, et voyons quelle était la situation des divers États de la péninsule à Tavënement de Pie IX.
La papauté, en réunissant dans ses mains les pouvoirs spirituels et les pouvoirs temporels, s'est placée dans une situation singulière et qu'on n'a pas assez remarqué. Le pape, afin d'échapper à toute influence étrangère, doit être Italien. Que tout catholique sincère examine bien ceci. L'infaillibilité, la suprême lumière, la suprême sagesse, la suprême vertu, ne peuvent donc se rencontrer que dans le cœur et dans l'âme d'un prélat italien. Ge principe qui paraît absurde d'abord, se montre ensuite, quand on le considère attentivement, comme condition inévitable d'indépendance et d'impartialité pour le souverain de l'Église. Voilà où en est arrivée la religion, à être soumise, subordonnée aux intérêts matériels. Si on ne faisait pas de la puissance religieuse une machine de guerre ou un moyen d'influence, on ne mettrait pas le siège de saint Pierre dans cette situation anti-catholique, puisque le catholicisme comprend tout le genre humain, et que Dieu verse la sagesse et la vertu à tous les peuples élevés dans sa foi.
Mais enfin il y a de grands politiques qui aflirment que le pouvoir temporel est la condition essentielle de l'indépendance et de l'influence religieuse du pape ; ne le discutons pas, ce n'est là qu'une question incidentaire, bien que nous puissions dire dès maintenant que le chef de TÉglise ne sera réellement grand et libre que le jour où il
abandonnera les intérêts de la terre pour ne pins embrasser que ceux du ciel.
Tout le monde connaît là-dessus l'opinion de Napoléon P% et on sait aussi que cet empereur avait amené Pie VU à renoncer à tout droit temporel sur Rome et les Légations.
Quoi qu'il en soit. Pie IX montait sur le trône pontifical avec de bonnes intentions. Une vive espérance pénétra dans le cœur des Romagnols lors de son avènement, et des cris enthousiastes le saluèrent lorsque, décrétant Tamnis^ tie, il eut Tair de se mettre en rupture avec les tyrans.
Cependant Rossi était appelé au ministère et prenait un grand ascendant sur Tesprit de Pie IX par sa fermeté, son énergie et son talent. Il voulait réorganiser toute Tadministration. Malheureusement, à cause de la raideur de son caractère, de sa froideur pour l'indépendance nationale, de ses préférences pour Naples, et de son antipathie pour le Piémont, il ne put jamais se rendre populaire. Les ennemis qu'il avait dans tous les partis, les exaltés du parti extrême achevèrent de soulever contre lui une sorte d'hostilité menaçante qui se traduisit d'abord par des murmures, des sifiQets, des huées, et finit par un coup de poignard, acte abominable, attribué à la faction démagogique et qui souleva l'indignation de la chrétienté.
Ce fut là un coup frappé au cœur même de la démocratie. Toute réforme, toute liberté était désormais pour longtemps discréditée. Le lendemain de cet assassinat, un rassemblement tumultueux se forma dans les rues, et la troupe, au lieu de le disperser, s'y associa et fraternisa avec la garde civique et avec le peuple.
Huit jonrs après, le pape sentant qne la position n'était plus tenable, sortit clandestinement de Rome. Déguisé en simple abbé et accompagné du ministre de Bavière (jui était en même temps chargé secrètement des affaires de rAutriche, il se réfugia sur le territoire de Naples à Gaëte. On se rappelle la déception du gouvernement français de cette époque, qui croyait recevoir sur le territoire de la République le chef du catholicisme et lui offrir asile. Mais le saint père fuyant les exigences révolutionnaires de son peuple, devait avoir peu de sympathie pour la France républicaine, et préférer naturellement le royaume de Naples où étaient appliqués, jusque dans leurs conséquences les plus dures, les principes de Tabsolutisme.
Par cette détermination, le pape renonçait irrévocablement à toute concession en faveur des libertés constitutionnelles, et se rattachait, pour ne plUs s'en séparer, au système clérical et absolutiste.
Nous croyons au saint père l'esprit juste et l'âme bonne, et nous n'élevons aucun blâme contre lui; les circonstances terribles dans lesquelles il s'est trouvé, les excès commis au nom de la liberté, ont pu effrayer son cœur généreux, mais impressionnable, et des conseils intéressés ont pu entraîner victorieusement les décisions de son esprit du côté où le faisaient déjà pencher ses appréhensions et son désenchantement.
Quel avait été son rôle dans la question de Tindépendance ? Il présente deux phases. D'abord le saint père encourage le sentiment national. Poussé par la force irrésistible de l'opinion générale, le 24 mars 1848, il tint le lan-
gage sniyaDt aax yolontaires roEiains qni partaient pour ]a Lombardie :
< Gomme vicaire de Jésns-Ghrist, je snis en paix avec » rnnivers ; mais comme prince italien, j'ai le droit de i défendre la patrie italienne. Je vous bénis. La cause que 9 VOUS défendez est sainte. Dieu la fera triompher. Je » vous bénis encore une fois. Combattez et triomphez au 9 nom du Seigneur. •
Un mois après, le 29 avril 1848, il disait entre autres choses, dans une allocution, c que comme chef de l'Église, il ne pouvait déclarer la guerre aux Autrichiens, car eux aussi étaient ses enfants; que si les princes italiens avaient pris part à la lutte, ils l'avaient fait pour céder açx exigences de leurs peuples ; que les troupes pontificales n'avaient pas d'autres missions que de défendre les frontières de l'État, et que si elles avaient passé le Pô, ce n'avait pu être qu'en méprisant ces ordres. •
Ce revirement de politique était d'autant plus désolant, que c'est en ce moment^là même que Charles-Albert, mettant fin à toute indécision, arborait le drapeau de Tindépendanoe, appelait les Lonibards à secouer le joug de l'étranger, excitait tous les cœurs patriotiques de la péninsule à seconder son mouvement, et donnait ainsi le signal de l'émancipation nationale.
Pie IX, pour atténuer l'effet des paroles qu'il avait prononcées, écrivit à l'empereur d'Autriche une lettre dans laquelle il cherchait à le dissuader de reconquérir la Lombarde- Vénétie.
C'est dans le royaume de Naples que nous allons ren-
trer maintenant pour voir quelles sont les dispositions da peuple et du souverain.
Les sujets du roi Ferdinand faisaient, au milieu des troubles, de la confusion, l'essai de la constitution qui leur avait été accordée sous la pression de rq)inion publique. Une affreuse misère régnait dans tout l'État et aggravait la situation. Le pays exténué sous une longue tyrannie se convulsionnait, plus misérable et plus désolé, sous le mauvais vouloir du gouvernement et dans le manque d'expérience politique.
Toutefois une partie du progranmie des ministres, répondait aux vœux les plus ardents du petiple. C'était l'appui qu'il promettait au mouvement national. En effet, outre les volontaires, le gouvernement envoya en Lombardie près de dix-huit mille hommes sous les ordres de Guillaume Pepe. D'un autre côté une bonne partie de l'escadre, commandée par le contre-amiral Gosa, appareillait pour l'Adriatique. Enfin, tandis qu'une commission allait à Rome rejoindre le congrès destiné à former une ligue contre l'Autriche, entre Gharle^Albert, Ferdinand II, Pie IX et Léopold II de Toscane, le roi de Naples adressait à ses peuples la proclamation suivante :
< Votre roi partage avec vous ce vif intérêt que la » cause italienne excite dans tous les cœurs, et tient, par » conséquent, à contribuer à son triomphe par toutes les » forces que notre position particulière vis-à-vis d'une » partie du royaume nous laisse disponibles. Bien que » les conditions de la ligue italienne n'aient pas encore « été arrêtées complètement, nous la considérons comme » un fait accompli, grâce à Vaccord unanitne qm existe à
ce sujet entre les princes et les peuples^ ainsi qu'à la prochaine réunion à Rome du congrès que nous avons été les premiers à proposer, comme nous sommes les premiers à y envoyer des représentants de cette partie de la grande famille italienne. Déjà un envoi de troupes a été fait par nous par la voie de la mer, et une division est en marche le long de la mer Adriatique pour opérer de concert avec l'armée de l'Italie centrale. Les destinées de la patrie commune vont être décidées sur les plaines de la Lombardie, et chaque prince et chaque peuple de la péninsule est dans l'obligation de prendre part à la guerre qui doit en assurer Tindépendance, la liberté et la gloire. Quant à nous, bien que des nécessités particulières soient faites pour paralyser une bonne partie de notre armée, nous avons Tintention de contribuer à cette guerre avec toutes nos forces de terre et de mer, avec nos arsenaux et les trésors de la nation. Nos frères nous attendent au champ d'honneur, et nous ne ferons pas défaut partout où l'on combattra pour le grand intérêt de la nationalité italienne. Peuples des Deux-Siciles, serrez-vous autour de votre roi, restons unis pour être forts et pour nous faire redouter, et préparons-nous à la lutte avec ce calme qui vient de la conscience et du courage. Ayons confiance dans la bravoure de l'armée, qui saura, dans cette entreprise magnifique, représenter dipement l'Etat le plus considérable de la Péninsule. Pour déployer toute notre énergie à l'extérieur, nous avons besoin de paix et de concorde à l'intérieur, et nous comptons, sur l'excellent esprit de notre belle garde nationale, ainsi que sur
» l'amour de notre peuple pour la conservation de Tordre » et l'observation des lois, de môme qu'il devra toujours • compter sur notre loyauté et sur notre respect, pour » les libres institutions que nous avons jurées solennelle- 9 ment et que nous entendons maintenir au prix des 9 plus grands sacrifices. Union, abnégation, fermeté, et 9 l'indépendance de notre belle Italie sera conquise. Que » ce soit là notre unique pensée, et nul doute que vingt- » quatre millions d'Italiens n'aient bientôt une patrie 9 puissante, une nationalité respectée, laquelle pèsera » beaucoup plus dans la balance politique du monde. » Cette proclamation et l'envoi des troupes avaient été arrachés au roi par la force de l'opinion publique. On verra plus tard apparaître sous leur vrai jour les sentiments de Ferdinand. Non-seulement les sympathies du gouvernement napolitain étaient acquises à l'Autriche, mais encore le souverain des Deux-Siciles ne pouvait voir sans amertume les brillants faits d'armes accomplis par Charles-Albert. Il conçut une profonde jalousie de la prépondérance que le roi de Piémont paraissait prendre sur les affaires d'Italie. Aussi ne cessa-t-il de paralyser de toute manière l'action du corps auxiliaire qu'il avait envoyé au secours de Venise. Il adjoignit au général Pepe des officiers chargés secrètement soit de contre-carrer ses résolutions patriotiques, soit de démoraliser les troupes et d'enlever aux chefs et aux soldats cette confiance récijiroque qui est la force morale et le lien de cohésion d'un corps d'armée. Le gouvernement vénitien apprenant que la flotte napolitaine occupait Ancône, fit aussitôt supplier l'amiral Cosa qur la commandait de faire voile pour Ve-
nise. Mais' Tamiral qni avait déjà reçn secrètement Tordre de retourner à Naples, eut pour deuxième instruction, par voie télégraphique, de ne faire aucun dommage à F Autriche.
Soyons juste pourtant. Le roi de Naples se trouvait en ce moment engagé dans de graves embarras politiques, qu'il s'était du reste créés en voulant entraver l'application de la constitution du 18 février 1848. Il faut dire aussi qu'en cette occasion le parti libéral se montra bien maladroit. Au moment où le roi venait d'accorder des libertés acceptables, les députés voulurent faire des réserves et se refusèrent de prêter serment à la constitution, laissant entendre par là qu'ils pourraient apporter des modifications dans l'acte fondamental du royaume et se déclarer assemblée constituante. Cette imprudente attitude compromit tout ; le roi n'était pas fâché de trouver tme occasion de pouvoir retirer les concessions qu'il avait faites. Le débat se vida dans la rue entre la partie radicale et les troupes royales.. Naples se couvrit de barricades qui forent enlevées par la force armée, après une sanglante résistance. La milice nationale prit peu de part au mouvement et resta à peu près spectatrice de la lutte. Une fois maître de la situation, Ferdinand prononça la dissolution de l'assemblée. Trois fois le gouvernement des Deux-Siciles appela les électeurs à nommer de nouveaux députés, et trois fois la population envoya à la chambre une assemblée radicale. Trois fois cette assemblée fut dissoute et la constitution demeura indéfiniment suspendue.
Telles furent les conséquences désastreuses de la victoire de Ferdinand. Faut-il dire maintenant les horreurs
qui désolèrent Naples pendant la bataille et tout le royaame durant la réaction qui suivit la défaite du parti libéral. Le roi fut impitoyable danâ une vengeance que dix ans d'assouvissement n*ont pu éteindre ni satisfaire. Nous avons sous les yeux des détails épouvantables. Les ministres hasardèrent quelques conseils de modération ; ils furent vertement éconduits. Les ambassadeurs étrangers du reste firent peu pour épargner à Naples un châtiment terrible. Le ministre de la France seul, M. Levraud, rappela avec fermeté les droits de l'humanité. Mais que pouvait faire cette voix isolée contre la sombre colère du souverain et la fureur des troupes napolitaines ivres de sang et de vin. On vit le spectacle abominable d'enfants et d'infirmes lancés par les fenêtres, de femmes déshonorées au milieu des cadavres, et d'autres monstruosités que le cœur se refuse à décrire. Ferdinand avait dit aux soldats : Naples vom appartient !
Durant la nuit l'incendie vint éclairer des scènes horribles. La terreur s'était emparée de toutes les familles. Les femmes, les cheveux en désordre, fuyaient de leurs maisons; les unes pour se soustraire au déshonneur se donnaient la mort. Des personnes se sauvaient par les fenêtres, d'autres se cachaient dans les puits, cherchaient dans les égouts un sombre asile où elles périrent pour la plupart. Le meurtre, le viol, le pillage, tels furent les actes sinistres qui déshonorèrent la victoire.
Un journal de Florence, des plus modérés, cité dans une histoire d'Italie, se fit l'organe de l'indignation soulevée par ces événements, t Les horreurs de Naples en 1848, » dit cette feuille, ont surpassé celles de 1799; mais cette
fois le triomphe d'im de^tisine incorrigibla ne sera pas long ; le fourbe et le bonrreaa ne pearent plus être cms, ni supportés plus longtemps. L'Italie proToqnera contre loi nne croisade de même que contre TÂiitriche. Ils tendent an même but, ils doiyent aroir le même sort. Quand une nation a dans son sein de tels ennemis, elle doit les chasser ou périr. Ds corrompent la religion, violent l'humanité et rendent toute espèce d'ordre ciyil impossible. Un roi comme Ferdûumd^ est le plus grand apôtre de la Ri^pybHque ; non de la République de 1848, mais de celle de 1793. > A la nouTelle de ces atrocités, les Calabres se soûlèrent. Un corps de 20,000 hommes envoyés pour les soumettre, ▼int renouTeler dans ce malheureux pays les abominations commises à Naples. On fusillait des enfants, on brûlait des malades, on égorgeait pour les piller les habitants les plus paisibles. Toutes ces circonstances sont connues et elles eurent à cette époque un douloureux retentissement.
Le gouvernement napolitain, sûr alors de la situation, se hâta de rappeler les troupes et la flotte qu'il avait envoyées contre rAutriche. Cet ordre fut pour le général Pepe et pour les autres officiers comme un coup de foudre. L'indignation et la douleur saisirent le cœur des chefs. Ds font des efforts désespérés pour retenir les troupes malgré l'ordre du roi. Mais, en dépit des exhortations dont elles étaient entourées, elles prennent la route de Ravenue, se dirigeant à marches forcées vers leurs frontières, laissant le général Pepe à la tète de quinze cents volontaires décidés à poursuivre la lutte.
L'un des officiers, le colonel Lahalle fat tellement exaspéré de cette conduite d'un roi qui trahissait ainsi la canse nationale, qn'il ne voulut pas survivre à la honte de son pays. II se brûla la cervelle à la tête de son régiment.
Et pendant ce temps le destin semblait se plaire à combler de succès le Bourbon tyrannique qui régnait à Naples par le fer, le feu, et le sang.
La Sicile, après avoir conquis son indépendance et l'avoir courageusement soutenue, succomba sous l'inexpérience de ses nouveaux chefs et sous les forces imposantes lancées contre elle par Ferdinand.
Une main de fer comprimait désormais ces malheureux États que la nature prodigue semble pourtant avoir dotés pour la plus douce, la plus heureuse et la plus ineffable des destinées.
Au milieu de cette agitation de l'Italie méridionale et septentrionale, la Toscane ne restait pas stationnaire. Léopold II avait fait successivement plusieurs concessions à l'esprit libéral qui gagnait ses États. Le 17 février, il donna à son peuple une constitution dans laquelle un article remarquable établissait l'égalité civile de tous les citoyens quelle que fût leur religion. Mais dès qu'on apprit à Florence la nouvelle de la victoire de l'insurrection des provinces Lombardo-Yénitiennes et les succès des armes de Gharles-Àlbert, l'enthousiasme saisit tous les cœurs. Cet entraînement vraiment national s'étendit de ville en ville, de village en village, et gagna les campagnes les plus reculées de l'Italie. La' péninsule tout entière envoie des volontaires. Les petits États sont atteints de cet élan qui fait partout explosion. Parme, Modène et
Bologne envoyaient défendre la canse de l'indépendance. . En face de ce caractère d'unirersalité que prenait cette gnerre nationale, le grand-duc de Toscane, bien que d'origine autrichienne, ne pouvait demeurer à l'écart. Outre la troupe de ligne sous les ordres des généraux César de Laugier et d'Arco-Ferrari, Léopold II envoyait en Lombardie une légion composée d'étudiants que des professeurs commandaient. Il adressait en même temps au corps expéditionnaire, la proclamation suivante : c La sainte cause de l'indépendance se décide aujourd'hui dans les campagnes de la Lombardie. Déjà les habitants de Milan ont acheté leur liberté avec leur sang et un héroïsme dont l'histoire offre peu d'exemples. Déjà l'armée sarde marche au grand combat commandé par le magnanime Charles-Albert, qui a sous ses ordres les princes royaux.
> Enfants de l'Italie, héritiers de la gloire militaire de leurs ancêtres, les Toscans ne peuvent pas, ne doivent pas dans un moment aussi solennel rester dans un repos honteux.Yolez donc, unis aux courageux volontaires qui se sont rangés sous nos drapeaux, au secours de nos frères lombards. Que l'amour de la Patrie excite en vous cette valeur dont le soldat toscan a donné tant de preuves. Demandez à la discipline la force que ne donne pas toujours le nombre, et comptez sur la victoire.
> Honneur aux armes italiennes!
» Vive l'indépendance d'Italie t t
Au fond, cette chaude manifestation n'était qu'un leurre, et tous les cœurs de ces souverains, si patriotiques.
en apparence, appelaient intérienrement le triomphe de rAatriche. Léopold II, du reste, était rattaché à la politique de Vienne par les liens de famille. D'nn antre cOté des idées ambitieuses, des questions de rivalité vinrent encore combattre son intervention nationale. Il avait peur de l'influence que prenait en Italie le gouvernement sarde. Aussi employait-il tous les moyens, à l'imitation du roi de Naples, pour neutraliser l'action des corps qu'il avait envoyés contre l'Autriche. Tantôt il dissout par décret un corps de volontaires, pour le reconstituer ensuite sous la pression de la voix publique qui s'indigne. Il nomme alors pour che& les hommes les moins habiles. Aucune expédition d'armes ni de munitions n'était faite opportunément, et le gouvernement toscan ne prenait aucune mesure énergique ni en hommes ni en argent.
Faut-il enfin dire le mot de cette grande comédie nationale jouée par les princes de l'Italie centrale et méridionale? En envoyant à la guerre de l'indépendance italienne les partisans les plus chauds et les plus actifs de la nationalité et de la liberté péninsulaires, ils espéraient se débarrasser des révolutionnaires énergiquesqui menaçaient l'existence de leur pouvoir.
Voilà donc où en étaient réduits ces gouvernements ! Us avaient besoin de guerre, d'agitation extérieure pour se maintenir, et plutôt que d'adoucir la situation de leurs peuples et de conquérir cette popularité qui fait la force d'un souverain, ils décimaient indirectement les tètes toujours renai^^ntes de Thydre révolutionnaire qui les menaçait.
Cependant une grande manifestation populaire eut lieu à Florence contre cette tiédeur mortelle du ministère
toscan pour tout ce qui avait trait à la participation de la Toscane dans la guerre contre Vienne. Les cabinets se succèdent sans grand profit pour la cause nationale. Alors l'agitation devient telle que le grand-duc dut chercher, parmi les hommes les plus populaires du parti radical, un ministère qui lui reconquit la confiance des Toscans. Montanelli, jurisconsulte distingué, d'un courage éprouvé sur les champs de bataille italiens, mais imbu d'idées trop radicales, fut appelé à la présidence du conseil. Quoi qu'on puisse reprocher à ses principes excessifs, républicains, Montanelli donna de suite le caractère le plus patriotique à la coopération de la Toscane dans la guerre de l'indépendance. Ce qui désespérait le nouveau ministre, c'était le morcellement des forces italiennes. U aurait voulu régulariser le mouvement national, opérer la fusion des forces partielles des différents États et donner ainsi à la résistance, plus de profondeur, d'ensemble et d'étendue. Certes Montanelli avait mis le doigt sur la plaie de l'Italie : le manque d'harmonie et de convergence dans les opérations militaires. Mais il fallait à l'Italie un grand centre d'action, un grand foyer national d'où partit l'impulsion. U fallait une autorité suprême dont l'influence fût toute puissante et l'action énergique. L'Italie aurait eu besoin enfin d'une force centrale comme celle qui sauva la France en 1793 et sous l'Empire, soit un comité de salut public, d'une énergie sauvage, dont le siège fut dans une cité souveraine comme est Paris ; soit un de ces puissants héros, providence d'une situation, espoir et orgueil d'une nation, miracle d'un siècle, comme fut Napoléon P% et comme parait être Napoléon III. L'un et
l'autre ont été le génie de la France. Que faudrait-il du représentant actuel de la dynastie napoléonienne, en face des éyënements qui se présentent, pour être le génie désintéressé de l'Europe? Une occasion qu'il ne cherchera pas sans doute, mais que le destin peut lui offrir.
Arrivé au pouvoir, M. Montanelli propose le moyen d'une constituante italienne qui se réunirait à Rome. Lëopold II, comme plusieurs autres princes italiens, parurent adhérer à celte proposition. Mais c'était là une grande illusion du ministre toscan de croire que les souverains absolus étaient sincères dans leurs acceptations, et de supposer qu'une assemblée pareille était possible et même efficace. Dans les circonstances où se trouvait la péninsule, Rome n'était ni un centre désintéressé, ni une capitale prestigieuse comme est Paris. Une constituante, démocratique et radicale de l'Italie, et par conséquent effroi des souverains, ne pouvait en outre qu'apporter le conflit de ces rivalités de pays et d'États qui divisent celte malheureuse contrée. Et puis fallait-il délibérer quand grondait le canon autrichien, et que Milan, Venise, couvertes de sang et de flammes, criaient aide et secours à tous les cœurs patriotiques! Délibérer quand il fallait combattre! faire des lois quand il fallait soulever la péninsule du nord au midi à coups de décrets. En France la Convention nationale, pouvoir central, avait toute laforce nécessaire pour décréter immédiatement un soulèvement national contre l'Europe qui étreignait nos frontières; Napoléon avait toute l'autorité et tout le prestige nécessaire pour ordonner une levée en masse contre l'invasion. Celte spontanéité, cette promptitude foudroyante qui déconcerte l'en-
nami par la rapidité des mesures et par leur paissance, ceUe unité et ce crédit qui fait qu'on écoute Tordre d'une assemblée ou d'un souverain, comme on écoute la voii du droit et du devoir ; la voix enfin de la patrie aurait manqué à cette constituante d'où certains chefs populaires du mouvement national croyaient faire sortir le salut et l'unification de l'Italie.
Cependant les réformes radicales du ministère Moutanelli effrayaient Léopold II, et dépassaient de beaucoup la limite des concessions qu'il voulait faire. Le grand-duc, esprit doux et paternel, mais cœur timoré, tout plein de penchants autrichiens, voyait, avec dépit, s'élever dans ses États des libertés menaçantes pour son pouvoir et d'une hardiesse trop neuve pour les Toscans encore peu faits pour de pareilles institutions. D'un autre côté, le gouvernement de l'empereur avait repris à Vienne son assiette ; le pape s'était enfui à Gaête; des sollicitations réactionnaires vinrent alors assaillir l'écrit et le cœur de Léopold.
Les souverains doivent aux peuples cette franchise qui fait la dignité d'un gouvernement, et dont Napoléon in a donné si souvent un éclatant exemple. En 1849 les souverains italiens manquèrent absolument de cette franchise, et déconcertèrent les cceurs les phis modérés et même leurs partisans les plus vife, par leur politique ambiguë eH pleine de tergiversaticms*
Le 30 janvier, après avràr, en apparence, adopté avec fiiveur les nesures demandées par son conseil, Léopold H, se conformaiit aux ordres de Tienne et de Gaête, quitte secrètement le palais Pitti pour se rendre à Sienne. Là, avait lieu une démonstration anti-libérale et anti-nationale.
destinée à amener une contre-réyolntion. Cette tentative ne put aboutir.
Deux jours après, Léopold II recevait du maréchal Radetzki le message suivant :
€ Altesse Impériale et Royale, en vertu d'ordres précis que j'ai reçus du gouvernement impérial et de l'Empereur notre mattre, j'ai la satisfaction d'annoncer à Votre Altesse que si elle veut se conformer en tous points à ce qui lui a déjà été proposé par le cabinet autrichien, dans sa dépêche du 26 janvier dernier, elle n'a qu'à abandonner momentanément ses Etats de terre ferme à cette poignée d'usurpateurs qui méditent la ruine de son auguste famille. Que Son Altesse se réfugie au port de Santo-Stephano. Dès que j'aurai dompté les démagogues de Sardaigne, y y volerai à son secours avec trente mille de mes braves, et j'y rétablirai Son Altesse sur le trône de ses ancêtres. — Vérone, le 2 février 1849. » La disparition du chef de l'État causait à Florence une vive agitation. Des lettres du cabinet, des députations des autorités de la ville, de la garde nationale pressèrent le prince de retourner dans la capitale de ses États. Les ministres voulaient donner leur démission. Le prince ne voulut pas l'accepter, et donna pour prétexte à son absence une isubite maladie. Les appréhendions se calmèrent, et lorsqu'il attendait à Florence l'arrivée de Leopold, le chef du cabinet reçut une lettre du grand duc, l'informant c qu'un scrupule l'avait saisi au sujet de la constituante ; craignant qu'elle ne tombât sous les excommunications récemment prononcées par le pape, il avait voulu, disait il, s'en assurer en interrogeant le pape lui-même; et
comme la réponse da saint père ne lui laissait ancnn doute, platAt qne d'exposer les bons Toscans à l'interdit de l'Église, i^aimait mieux se retirer. >
Le grand dnc ne disait pas en qael lieu il se retirait, et il ne nommait pas les nouveaux ministres chargés de diriger ses États en son absence.
Nous hésitons à qualifier l'acte de ce souverain. Un chef d'État ne doit jamais, même au péril de sa vie, abandonner le poste suprême qui lui est confié, encore moins lorsque nulle révolution hostile à son pouvoir ne se manifeste, lorsque nul homme ne se lève pour lui arracher le sceptre. On peut abdiquer en face d'une situation intolérable; c'est là une sorte de courage; abdiquer n'est pas fuir certes ! Mais quitter clandestinement ses États quand on les a engagés dans une guerre, quand des idées fermentent dans l'esprit d'un peuple inexpérimenté, quand la révolution qui monte a besoin d'être modérée par une main ferme. Fuir, c'est n'avoir ni le courage de soutenir son pouvoir, ni celui de le résigner. Et fuir en ce moment, c'était encore une faute bien plus capitale, c'était livrer l'État aux partis extrêmes qui pouvaient tout bouleverser, ou à l'anarchie qui pouvait tout détruire. Des susceptibilités de conscience étaient en cette occasion plus que ridicules I... Aussi ne faut-il pas être étonné si l'amertume fut grande chez les Toscans qui jusqu'à ce jour avaient entouré leur souverain d'estime et d'affection. Le parlement nomma immédiatement un gouvernement provisoire avec pleins pouvoirs. Les membres de ce pouvoir improvisé étaient Guerràzi, Montanelli et Mazzoni.
Enfin, comme conséquence de la fuite du souverain qui
n'ayait pas su modérer le mouvement des esprits, la république était proclamée à Florence, malgré les protestations de Léopold.
Le pape avait eu une excuse pour quitter Rome. Le souverain de la Toscane n'en avait pas, ou plutôt il avait celle de son origine et de ses sympathies : il était Autrichien I
Les duchés de Parme et de Modëne, gouvernés d'une manière détestable par des princes, l'un de la maison des Bourbons d*Espagne, Tautre de la maison d'Autriche, avaient eu aussi leurs révolutions et avaient expulsé leur souverain. La Sardaigne avait provisoirement occupé ces États, qui du reste s'étaient spontanément annexés au territoire piémontais. Le gouvernement patriotique et libéral du roi Charles-Albert recueillait les justes fruits de sa sagesse et de ses sentiments nationaux par la popularité qu'il acquérait dans la péninsule.
Remontons toujours vers le nord de Tltalie, et avant de parler des héroïques campagnes des troupes sardes, voyons dans quel état se trouvaient la Lombardie et la Yénétie sous le gouvernement autrichien, et quels furent les efforts de ces provinces pour chasser l'étranger ?
Vous tous. Français, qui vous rappelez vos triomphes de la république et de l'empire ; vous tous qui vous rappelez les hontes, les horreurs et les désastres de la France lors des invasions de 1814 et de 1815, venez applaudir à ce sublime élan d'un peuple qui veut affranchir sa patrie du despotisme impitoyable et des terribles exactions au moyen desquelles une race étrangère jette partout la consternation, la misère, l'opprobre f f I
Dès qu'on eut conon i Milan rinsnneetion de Yieniie, un tressaillement de joie agita tons les eoenrs. On seiitaîl que l'occasion tant attendue de secouer le joog étranger m présentait enfin. Vainement le comte O'DonneU Tice-président dn goayem^nent de Lombardie, (rfErait de dérisoires concessions. Une fonle innombrable se rendit an palais dn gonyemement pour demander des réformes en rap* port arec la situation. Mais la premi^ demande fat Télargissement des nombreux citoyens arrêtés lors des massacres de janvier. Le gonvememmit répondit par nn lefbs obstiné; immédiatement on arbora le drapeau tricolure; ce fut le signal de Tinsurrection.
Pour qu'on puisse bien juger l'importance des faits qui Tônt s'accomplir et bien apprécier la profondeur et l'foergie du mouvement national, voyons quels étaient les moyens de défense du gouvernement et les ressources de l'insurrection.
L'Autriche avait en Italie une armée d'environ 60,000 hommes étrangers à la Lombardie et à la Y énétie ; plus 40,000 Italiens, soldats, gardesde police ou douaniers soumis à des officiers étrangers et retenus par la crainte ou par l'intérêt au service de l'Autriche. Ces troupes occupaient les trois grandes places d'armes de Mantoue, de Vérone et de Venise. Autour de ces trois villes on comptait soixante-douze points munis d'artillerie et de vaisseaux. L'armée occupait à droite du Pô les forts de Gomacchio, de Ferrare, de Brascello, de Plaisance ; à gauche Pizzighetto, Anfo, Peschiera, Legnago, Gaorto, Osopo et Pal* manuova. Elle tenait en outre les citadelles exclusivement destinées à la défense de Milan, de Pavie, de Bergame, de
Brescia, de Reggio, de Modène, de Rabiera, etc., etc. ; sans compter son artillerie de place, elle possédait douze batteries de campagne, toutes servies par des Autrichiens et des Slaves.
Nous verrons ce que pèseront cet immense appareil et cette formidable organisation contre Texplosion du sentiment national et contre son triomphe!
Quelles étaient les ressources de Tinsurrection?
Dans la ville de Milan, il y avait à peine trois cents fu* sils aux mains des particuliers, et une quantité de poudre à peine suffisante pour une heure de lutte.
Cependant un des soldats de faction devant le palais du gouvernement avait fait feu sur la foule ; à l'instant même un abbé le tue d'un coup de pistolet. Les prêtres combattaient comme le peuple. Les portes du palais sont enfoncées et le peuple envahit les appartements. O'Donnel signe alors trois décrets portant l'armement de la garde nationale; la police confiée au pouvoir municipal; les dépôts des armes de la garde de police remis à ce même pouvoir. Radetzski bondit de fureur en apprenant la prise d'armes des Milanais. A la tête de ses quatorze mille hommes de garnison et de ses deux cents bouches à feu, il commença les massacres sur divers points de la ville. En même temps, il intimait aux députés de la ville de Milan assemblés à l'Hôtel-de-Ville, l'ordre de procéder au désarmement des citoyens, menaçant, s'il n'est pas obéi, de mettre la ville à feu et à sang. La municipalité répond qu'il ait d'abord à faire cesser son feu, et que de son côté elle tâchera de rétablir le calme dans les esprits. Le combat continue. Une poignée de jeunes gens, armés d'une cin-
quantaine de fasils arrêtent deux mille Croates. Quelques braves défendent l'Hôtel-de-Ville que foudroie le bronze autrichien. Le palais tremble et chancelle sous la pluie de projectiles que lancent les soldats de Radetzski, cent fois supérieurs aux défenseurs du Broktto. Mais les assiégés ont épuisé leur poudre. Pourtant ils ne veulent pas se rendre. Les Autrichiens se précipitent dans le palais, égorgeant tout ce qu'ils rencontrent sur leur passage. Radetzski croit avohr étouffé le soulèvement.
Le lendemain, toute la population est debout. Hommes, femmes, vieillards, jeunes gens, enfants, prêtres, ouvriers, les] patriciens, les marchands, les gens de lettres, tout travaille aux barricades. Meubles, voitures, décors de théâtre, bancs d'église, bureaux, tout ce qui peut servir d'obstacles ou d'abri s'amoncelle dans la rue. La lutte est désormais désespérée. C'est un duel à mort entre Milan et l'étranger. Devant cette résistance inouïe, la rage des Autrichiens était à son comble. Nous savons que les guerres entraînent des excès inévitables. Mais notre cœur saigne d'écrire les horreurs que commirent les troupes de Radetzski. Nous avons sous les yeux des détails de férocité inouïe et que le lecteur se refuserait à croire.
La lutte dura cinq jours, lutte héroïque, magnanime, s'il en fût jamais. L'insurrection avait à sa tête des hommes de la plus grande énergie ; ces hommes employèrent un moyen ingénieux pour annoncer au dehors la nouvelle du combat qui se livrait à Milan, et pour demander du secours aux campagnes et aux villes voisines. Des proclamations patriotiques furent rédigées et placées dans de
petits ballons gui allaient porter au loin la nouvelle des ëvënements de Milan, et qui provoquaient des soulève ments en masse.
Il est des hommes qui se sont immortalisés durant ces jours glorieux, par la régularité et l'audace qu'ils imprimèrent à tous les mouvements partiels de la ville. Tels furent Gernuschi, Gattaneo, Jules Tersaghi, Geoi^es Glerici.
Gependant, tandis que l'air emportait les ballons messagers, les deux cents cloches de Milan couvrant la voix des canons autrichiens, encourageaient l'insurrection milanaise et glaçaient d'efiEroi les soldats de Radetzski. Au bruit du funèbre tocsin, la révolution montait, montait chassant l'étranger devant elle. Les insurgés, à cause de la disette des munitions, ménageaient leur poudre, et ne tiraient qu'à coup sûr.
Et tandis qu'on se battait à Milan, les courriers aériens tombaient partout. La Lombardie et la Yénétie sont en feu. Des chars pleins d'hommes armés volent sur tous les points soulever l'insurrection des villes, arrêter les raiforts ennemis et saisir les convois. Un sentiment uniforme et unanime préside à ce vaste embrasement. Les étrangers se trouvent pris entre les feux du dedans et les feux du dehors. Devant cet élan d'une population tout entière, ils devaient succomber. Et dans cette victoire, le peuple, pour répondre aux horribles cruautés des étrangers, montrait envers les prisonniers la plus magnanime générosité. < Gonservons pure notre victoire, proclamait le conseil > de guerre milanais ; ne nous abaissons pas à chercher » notre vengeance dans le sang des misérables satellites » que le pouvoir fugitif laisse eu nos mains. >
Radeizski récompensait cette clém^ce des insargfe en faisant torturer et fusiller en masse, sans forme, ni prooèi, les prisonniers faits dans les combats. Et quels prisonniers ? C'étaient souvent des femmes effrayées, tronyfies blotties dans des maisims abandonnées, des enfants, des yieillards. Ils pendaient, ils éyentraient, ils brûlaient, ils coupaient en morceaux, ils clouaient leurs victimes. Et ce qu'ils épargnèrent, ils le gardaient comme Atage, tourmentant par toutes sortes de brutalités les prisonniers auxquels leur intérêt leur commandait de laisser la vie. Pendant ce temps le peuple de Milan, victorieux, traitait avec douceur le comte Bobca qui, pendant tant d'années, avait été la terreur du Milanais. U chargeait sur ses épaules les blessés autrichiens abandonnés par les leurs et les portait à rhôpital où se lisait cette inscription : Respect aux blessés.
Tandis que la lutte se livre à Milan avec tant de fureur et d'acharnement, voyons où en sont les autres villes des provinces lombardes et vénitiennes. Vicence, Palmanuova, Brescia, Gôme, Bergame, ont répondu au canon de Milan. Les Autrichiens attaqués, cernés, traqués sur tous les points, succombent, se rendent ou s'enfuient.
Milan se bat t Ce cri retentit à Venise et trouve un écho dans tous les cœurs. Manin et Tommaseo sont arrachés de leur prison où ils gémissaient, martyrs de fa liberté et victimes du despotisme t On les porte en triomphe dans la ville. Vive saint Marc ! crie le dernier doge de l'ancienne reine des mers. Et ce cri des gloires italiennes enlève tous les enthousiasmes. Manin s'empare des cleis de l'arsenal ; il y avait cinquante mille fusils; tous les ou-
vrierssoDt armés. Les 12,000 Aatrichiens gui occupaient les forts sont forcés de se retirer, et le drapeau tricolore remplace le drapeau jaune et noir aux acclamations de la multitude. A Milan, la bataille se livrait plus terrible et plus meurtrière. Llncendie et la mitraille promenaient partout leurs ravages. La ville nageait dans une mer de feu sous une pluie de plomb et de fer. Radetszki était parvenu à assembler 22,000 hommes et 200 pièces d'artillerie. Mais rien ne put résister à la foudroyante impétuosité et à l'inébranlable acharnement des Milanais. Pressé de toutes parts, sur le point d'être coupé et écrasé, ou fait prisonnier, le général autrichien vit enfin, non sans grincer les dents, qu'il fallait songer à la retraite. Pour déguiser^son mouvement, il fit faire contre la ville un feu épouvantable; puis la canonnade s'affaiblit; les décharges de mousqueterie meurent dans le lointain. Le bruit se répand que les Autrichiens sont en fuite. Soudain Milan se transforme; les fenêtres s'ouvrent; les hourras retentissent; la joie, le délire, éclatent sur tous les visages et dans tous les cœurs. Les rues sont pleines de monde ; on s*embrasse avec des pleurs ; tous les rangs sont confondus ; tous les Milanais sont frères. C'est une effusion d^amour qui s'épanche à tous les cœurs. La patrie est libre. Tout le monde a fait son devoir 1 Et tous ces hommes qui sont dans les rues, sur les places, la figure baignée de larmes, les yeux pleins d'éclairs, le visage transfiguré sont les héros de ces cinq jours d'infernale bataille.
La marche des troupes de Radetzski ressemblait à une affreuse déroute. Démoralisés, mourant de faim, les Autrichiens présentaient Taspect le plus sinistre. Radetzski
lui-même avoua que dans aucune guerre on ne vit jamais lien de pareil.
La mémorable victoire des Milanais est marquée par unQ date écrite au fond de tous les cœurs : le 22 mars 1848!
Partout les Autrichiens, frappés de terreur, battaient en retraite. Bientôt il ne leur resta plus d'autre espoir de salut que dans les places de Mantoue, de Vérone, de Legnago et de Peschiera.
Voilà ce qu'avait fait la péninsule, lorsque Charles- Albert entra en campagne.
Voyons maintenant quelle était la situation de la Sardaigne et quelles étaient les dispositions du roi piémontais.
Charles-Albert, en arrivant au trône des États-Sardes, flotta longtemps dans une politique incertaine. Il avait hérité d'une monarchie pauvre, affaiblie, ne prenant aucun essor et étouffant au milieu des abus les plus iniques. Ces populations de la Sardaigne qui se rappelaient Tère d'équité, d'égalité et de prospérité qu'avait fait jadis régner chez elle le code de Bonaparte, gémissaient maintenant sous le régime féodal que leur avaient imposé les puissances signataires du traité de 1815.
Charles-Albert, esprit droit, nourri des principes philosophiques du dix-huitième siècle, cœur généreux, populaire, héroïque, attendait avec impatience l'heure propice d'introduire dans ses États les réformes qu'ils demandaient. Mais il fallait avant tout en attendre une occasion ou ménager une transition qui ne soulevât pas les susceptibilités des cours rétrogrades, ni les rancunes des jésuites et du parti féodal piémontais. D'un autre côté, le roi enten-
dait gronder sourdement le sentiment national d'un bout à l'autre de l'Italie, et il voyait les idées françaises assaillir les monarchies européennes, les envelopper et saper la base des vieilles institutions. Il fallait ou surnager sur ce flot gui montait et se faire porter par lui vers le progrès et la civilisation, ou bien sombrer et s'engloutir dans son sein.
Telle était la situation du Piémont. Les mémoires de Montanelli rapportent une anecdote qui caractérise bien la position du roi, ses craintes et ses aspirations. Le duc d'Àumale étant venu le visiter en 1843, l'engageait à opérer des réformes. Charles-Albert lui répondit : Je sais entre le poignard des carbonari et le poison des jésuites !
Il fallait, dans ces temps difficiles, se tenir en équilibre entre ces impatiences et ces appréhensions des uns et des autres, et savoir attendre le moment favorable. Cette situation a imposé quelquefois à Charles-Albert des paroles et des actes contradictoires qui l'ont fait accuser, par quel'ques écrivains, d'esprit incertain et tergiversateur, de cœur chancelant ; mais le jour venu, le héros de Novare a bien fait voir qu'il était capable des résolutions les plus promptes, les plus décisives, les plus hardies.
Voici un aveu en faveur du roi piémontais qui ne paraîtra pas suspect ; il est d'un ancien triumvir de Florence, de Montanelli :
« S'étant trouvé de bonne heure, par son éducation,
> en communauté de sentiments avec le peuple, Charles-
> Albert avait à peine vingt, ans qu'il sentit frémir en lui » tous les instincts de la vie populaire ; fraternisant avec 1 les jeunes artilleurs qui entouraient sa personne, il s'a-
> bandonnait dans de mystérieuses effusions, à l'enivrante » espérance de s'entendre saluer du titre de sauveur de » ritalie. »
Ces paroles sont précieuses à enregistrer, et elles peuvent répondre aux calomnies que certains hommes du parti extrême ont lancé sur les intentions de Charles- Albert.
Un jour le roi apprenant la révolution qui venait de s'accomplir à Paris, et entendant dans tous les États italiens le grondement de la nationalité qui éclatait, sentit que l'heure était venue de briser les entraves et les privilèges sous lesquels succombait son peuple, et de jeter, lui aussi, son cri italien, son cri patriotique.
D'une main il donna une constitution amplement libérale à son peuple qui l'acclame et applaudit, et de l'autre il tire son épée et crie en avant contre les oppresseurs. Ce jour-là, Charles-Albert créa dans la péninsule son immense popularité ; ce jour-là lltalie aurait trouvé son centre et son porte-drapeau, si de déplorables rivalités d'opinions et de clochers n'étaient venues briser l'élan national, éparpiller la lutte et la résistance, et si la froideur et même l'hostilité ombrageuse de certains Etats européens n'avaient retiré tout appui, même moral, au grand mouvement qui se produisait. Le moment était beau, l'heure était propice pour l'affranchissement de la nationalité italienne. L'Autriche se trouvait dans les complications les plus embarrassantes. La Gallicie, la Transylvanie, la Hongrie, la Bohème, la Croatie se remuaient et demandaient des garanties. Ce fut un choc de toutes les races dont se compose l'empire de la maison de Hapsbourg. A la nouvelle que
la Hongrie se soulève, les Croates, les Galliciens ofifrent leur concours au gouvernement. Les Croates s'élancent contre les Hongrois sans attendre même les troupes impériales. Les fautes du général autrichien compromettent le triomphe des troupes de l'empereur et laissent espérer l'indépendance aux Magyars. En cet instant, la position de l'Autriche était si critique que personne ne doutait que la péninsule parvint à secouer le joug étranger.
Mais tandis qu'à Vienne la maison de Hapsbourg était dans les plus grands dangers, le puissant concours de la Russie lui arrive à l'est et au sud ; puis des divisions, des défaillances, des réactions violentes, des désertions honteuses vont lui prêter un meilleur appui.