‹ L'Avance de l'heure et les obligations ecclésiastiquesChapitre 3 sur 8 · II. DIVERSES DECISIONS ROMAINES · texte numérisé non relu

II. DIVERSES DECISIONS ROMAINES

Deux réponses ont été données sur un sujet analogue par la Pénitencerie, deux par le Saint-Office, une par le Concile et deux par ia Congrégation des Rites, si l'on ne tient compte que des principales.

1. Le maire de Naples avait ordonné qu'on réglât les horloges de la ville sur l'heure de Rome, ce qui produisait quelquefois un écart de plus d'un quart d'heure. On se demanda si l'on pouvait suivre cette nouvelle heure pour s'acquitter de ses obligations ecclésiastiques, ou s'en libérer. L'évêque de Naples demanda alors à la Pénitencerie, si les fidèles de Naples lo peuvent suivre, dans l'observation du jeûne et des autres obligations ecclésiastiques, les horloges qui indiquent l'heure moyenne de Rome ou, 2o s'ils doivent suivre plutôt celles qui indiquent la véritable heure de Naples. La Congre-

gation répondit, le 18 juin 1873, ° '' oui " à la première partie, ' ' non ' ' à la seconde partie de la question. C 'était répondre que les fidèles de Naples lo peuvent suivre la nouvelle heure (celle de Rome), '2o ne sont pas tenus de suivre l'ancienne heure de leur ville, quoique plusieurs horloges l'indiquent encore. Cependant les théologiens, en rapportant et commentant cette réponse, dirent qu'il importe {oportet) de suivre l'heure de Eome. C'était dépasser les limites de la réponse 'officielle. Il ne fallait pas en tenir compte. Mais les esprits restèrent partagés.

2. L'évêque de Naples se décida donc de consulter de nouveau, en renversant les parties de son exposé. Il demanda cette fois lo si, là où les horloges donnent le temps moyen (de Rome qui est devenu le temps conventionnel ou légal pour Naples) ,on est tenu de les suivre pour la récitation de l'office divin et le jeûne, ou, 2o si l'on doit ou peut suivre le temps vrai (celui de Naples). La Congrégation répondit, le 29 novembre 1882, en simplifiant sa forme usitée. Les fidèles, soit dans le jeûne, soit dans l'office, peuvent suivre le temps moj^en (de Rome), mais n'y sont pas tenus. ^

Ces deux réponses nous prouvent que la Pénitencerie mettait sur le même pied les deux heures usuelles, l'ancienne et la nouvelle.

3. Lia première décision rendue par la Congrégation des Rites, l'a été à la demande de l'évoque de Chioggia (province ecclésiastique de Venise). Il demanda si, dans la récitation de l'office, pour le jeûne avant la communion et même pour l'abstinence de viande et de laitages les jours de jeûne, il est

5 Nouvelle Revue théologique, vol. XV, année 1S83, page 128. ' Ibidem, page 129

permis à chacun de se conformer au temps moyen, ou, à son gré, au temps vrai ou au temps moyen, de sorte qu'il lui soit permis de suivre quelquefois l'un, quelquefois l'autre. La Congrégation lui répondit, le 7 août 1875 \ qu'on peut suivre les horloges publiques. Cette réponse en renferme trois : a) on peut suivre le temps vrai, 1)) on peut suivre le temps moyen, c) on peut suivre à son gré tantôt l'un, tantôt l'autre temps. Les deux premières conclusions de cette réponse ne nous servent guère maintenant, mais la troisième nous fournit un principe qai résoudra l'une des questions étudiées ici, comrûe on le verra plus loin.

4. Voici deux réponses semblables à celles de Napiles. En 1892, les chemins de fer de Hollande changèrent d'heure pour adopter celle de Greenwich. Plusieurs ministères publics et -certaines horloges publiç[ues l'adoptèrent également, tandis que d'autres conservèrent l'ancienne heure. L'évêque d'Utrecht demanda alors au Saint-Office,si l'on pouvait suivre désormais le temps de Greenwich,ou si l'on était tenu de suivre sa propre heure. La Congrégation, comme à Naples, répondit, le 9 mai 1892, ^ " oui " à la première partie, '' non " à la seconde, c'est-à-dire qu'on peut suivre le méridien étranger dernièrement adopté, quoique son usage ne soit pas général, et que l'on n'est pas tenu de suivre l'ancien, quoique plus rationnel.

'5. On eut sans doute de la peine à se rendre à cette décision si précise puisque le même diocèse consulta de nouveau, comme on avait fait à Naples, et demanda, cette fois, simplem-ent si l'on pouvait suivre le méridien de Greenwich. Le Saint-

' Décréta authcntica C. S. R., vol. Il, n. 3365 ad IX (5622, IX).

* XouveUe Revue tJiéologlque, toI. XXXII, année 1900, page 60 ; Ami ûu clergé, vol. XXI, amnée 1899, page 1054.

Office répondit le 9 août 1899: '' Affirmativement. " ^ On pouvait donc suivre, en Hollande, la nouvelle heure des chemins de fer empruntée à l'Angleterre, quoiqu'elle ne fût pas indiquée par toutes les horloges publiques.

6. On sait que les divers pays d'Europe sont divisés, au point de vue de Pheure, en trois grandes parties, suivant chacune un méridien respectif et unique: ce sont l'Europe orientale qui comprend la Russie, la Turquie, la Grèce, etc. ; l'Europe centrale qui comprend l'Allemagne, la Suisse, l' Au triche-Hongrie et d'Italie; enfin l'Europe occidentale qui comprend l'ouest, c'est-à-dire la Belgique, 'la France, l'Espagne, la Hollande, etc. Cette convention fit naître les mêmes doutes que dans les pays précédents. L'évêque de Trêves (en Allemagne) demanda à la Congrégation du Concile si les clercs pouvaient suivre ce temps légal soit pour anticiper matin es,soit pour réciter les vêpres. Le Concile lui répondit, comme cidessus, le 2'2 juillet 1893: '' Affirmativement. " ""

7. Enfin, il est une dernière réponse des Congrégations romaines, en suivant l'ordre chronologique. On sait que la Congrégation des Rites publia, de 1898 à 1901, une 4e édition des décrets. Or, dans l'index, le compilateur, en analysant la décision de Chioggia (1875) étudiée plus haut, avait dit que la règle est de suivre les horloges publiques. Comme les théologiens qui avaient exagéré la portée de la décision de Naples, le compilateur avait dépassé les termes de cette décision qui laissait libre de suivre les horloges publiques et n'en faisaient nullement une règle. Il n'y avait pas lieu d'en tenir compte, vu que de texte du décret cité dans le corps de l'ouvrage était bien le même qui avait été rendu en 1875 et nullement changé.

^ Ibidem.

^" Nouvelle Revue théologique, vol. XXVI, année 1894, page 243.

Cependant, l'évêque de Plaisance, en Espagne, crut devoir demander à la Congrégation des Rites si l'on peut suivre indifféremment le miéridien local ou le méridien officiel de Greenwich. La Congrégation répondit, le 12 mars 1905: " Au choix. " " C'était bien la question posée par la Hollande au «Saint-Office, en 1892 et en 1899. La réponse fut aussi la même. On est libre de suivre l'une ou l'autre heure.

Telles sont les sept principales réponses des Congrégations romaines sur cette question tout à fait analogue à celle que l'on cherche à éclaircir. 'Mais avant de considérer une autre source de renseignement, il est utile de tirer les conclusions qui se dégagent de ces documents:

a) Le principe qui a inspiré ces diverses réponses est bien arrêté dans la pensée des membres des Congrégations romaines, puisque quatre Congrégations différentes, couvrant un espace de vingt-cinq ans, donnent des réponses identiques ;

h) On n'est pas tenu de suivre, dans l'accomplissement des o]>ligations ecclésiastiqueSjl'une ou l'autre des heures en usage, ni l'heure solaire vraie,ni l'heure solaire moyenne qui l'a avantageusement remplacée, non plus que l'heure conventionnelle qui a supplanté partout l'heure moyenne;

c) On peut suivre même une heure qui n'est pas populaire et presque inconnue, comme l'heure vraie ou moyenne ;

d) On n'est pas tenu de suivre l'heure conventionnelle quoique l'usage en soit général «dans un pays;

e) Chacun est libre de choisir, parmi ces diverses heures, celle qu'il préfère;

" Décréta authenUca C. S. R., \x)]. VI (I append.), n. 4158 ad III, Placentina in Eispania, cité dans la 'Nouvelle Revue théologique, \ol. XXXVIT, année 1905, page 555.

/) Enfin, l'Eglise n'a pas exigé, même lorsqu'on lui en a fourni l'oecasion, qu'on adoptât une heure à son choix et qu'on la. suivît continuellement; elle laisse chacun libre de choisir chaque jour, par suite de suivre aujourd'hui une heure, demain une autre heure, pour revenir à l'ancienne ou en suivre une troisième.

De cette liberté, on peut évidemment conclure qu'un fidèle qui veut communier, ou un prêtre qui doit célébrer, peut boire après minuit d'une heure donnée, lorsqu'il sait que, selon une autre manière légitime de compter les heures, et qu'il a droit de suivre également, il n'est pas encore minuit. On verra cependant plus loin un cas où il ne serait pas permis d'agir ainsi. Faut-il remarquer que l'on doit savoir quelle est cette heure qui est en retard et de combien de minutes elle l'est, et non pas faire des suppositions gratuites ?

Ces conclusions sont essez certaines et assez compréhensives pour permettre de répondre aux quatre questions proposées. Mais il est une autre source de vérité à exploiter, c 'est le droit canonique.

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