LE CHARBON
Nous visnons de voir qu'un Lucien Baumann, juifallemand « naturalisé » à 40 ans, aurait toutes facilités pour affamer la capitale et désorganiser une grande partie du marché français, au moment d'une déclaration de guerre. De même les compagnies allemandes qui fournissent de charbon allemand nos forts de l'Est, pourraient à ce moment critique, soit en cessant leurs approvisionnements, soit en pratiquant un sabotage méthodique du produit livré, contraindre ces forts à une inaction dont les conséquences seraient désastreuses.
Si incroyable que le fait puisse paraître aux aveugles, qui ont encore conservé quelques doutes sur la malfaisance du régime, la situation est la suivante : Nos forts de l'Est reçoivent leur charbon de
fournisseurs allemands, auxquels le gouvernement français accorde même des facilités qu'il refuse à nos nationaux. L'outillage de ces mêmes forts est également allemand.
Nul n'ignore quel rôle capital joue la question du charbon dans l'industrie moderne. Le charbon est aussi utile que le fer et il est actuellement hors de doute que si nous voulions interdire à l'Allemagne de continuer à s'approvisionner chez nous de minerai de fer nous irions rapidement à un conflit armé avec notre voisine. Sans charbon, sans fer, l'industrie ne peut vivre et sa ruine entraînerait fatalement et à bref délai celle d'un Etat aussi essentiellement industriel que l'État allemand.
Mais si cette question du charbon est appelée à jouer un rôle vital dans l'industrie en temps de paix, ce rôle n'est pas moindre dans l'industrie de la guerre.
Si le charbon donne la vie à toutes ces puissantes machines qui distribuent la chaleur, la force, la lumière, c'est aussi grâce à lui que nos arsenaux s'emplissent. Sans lui nos vaisseaux seraient des corps sans vie. Sans lui nos forts de l'Est ne pourraient plus faire entendre les puissantes voix dont retentiront un jour peut-être proche, les échos de nos frontières. Il faut donc que ces sentinelles vigilantes soient largement approvisionnées.
C'est le premier devoir d'un gouvernement d'y tenir la main et aussi d'exercer sans relâche une surveillance continuelle sur la qualitf'' du charbon livré. Cette fourniture doit être entourée de toutes les garanties possibles.
La première devra être demandée à la nationalité du fournisseur. Il faudra s'adresser avant tout à un fournisseur français. L'État pour son industrie mili-
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taire ne peut agir comme un simple puiliculicr qui, lui, a toujours le droit de rechercher les conditions financières les plus avantageuse-.
Même si ses nationaux demaudaient pour leur fourniture un prix plus élevé que oelui offert par la concurrence étrangère, l'Etat ne devrait pas hésiter a Tacceptir. C'^st son intérêt c<ïvtain.
En s'adressant à son ennemi, dont le devoir patriot' îue est l'opposé du sien, l'Etat commet un véritable crime contre la Patrie.
C'est de ce crime que se rend coupable notre gouvernement quand il approvisionne nos forts les plus importants, les plus menacés, à l'aide d'un combustible fourni par notre ennemi éventuel. Il les expose ainsi, pour le jour de la déclaration de guerre, soit à la paralysie, soit au sabotage. Car le charbon fuit partie de l'outillage du fort et de son approvisionnement au même titre que le pain est la base de l'alimentation. Le charbon est indispensable aux dynamos actionnant les grosses pièces de siège. Il est indispensable à la forge, à l'atelier de réparations. Il est indispensable au chautïage. Le fort sans charbon est frappé d'inanition. Il n'a pas d'autre alternative que de se faire sauter lui-même ou de se rendre à l'adversaire.
Parmi les principaux fournisseurs du charbon utilisé dans nos forts de l'Est, se trouvent deux firmes allemandes :
1"* La maison Hansen et Neuerburg deSarrebrùck' dont l'agent à Nancy serait un juif du nom de P... ;
1. Dès l'apparitioa dans l'Action Française de nos premières notes sur la germanisation par le combustible des forts français dans la région de l'Est, c'est-à-dire au mois do décembre 1911, alors que les principaux journaux de Paris,
2* La compagnie des mines de la Houve, dont le siège est à Strasbourg, 1, rue du Faisan, qui compte
même patriotes, jugeaient inutile de signaler à leurs lecteurs que la plupart de nos forts de l'Est étaient approvisionnés de charbon allemand, notre confrère Hubert Bailly nous appoi- lait sa contribution dans les lignes suivantes :
« La maison allemande Hanscn et Neuerburg a son siège à Paris, 3, rue de La Boëtie, et des succursales, notamment à Sarrebrùck et à Nancy.
• Le directeur de la succursale de Nancy se nomme Maurice Madère,
« Indépendamment de la maison Hansen et Neuerburg, les forts et camps retranches du "• corps, tels (^ue Belforl, Langres, Epinai, sont alimentés en charbon par MNf. Chatel et Dollfus, de Belfort, et ceux-ci fournissent exclusivement du charbon allemand.
« Ajoutons que Chatel et Dollfus fournissent aussi, toujours exclusivement de charbons de provenance allemande, un grand nombre d'administrations publiques de la région, le lycée de Vesoul, pour nous borner à un seul exemple.
« Nous nous bornons pour aujourd'hui à ces indication» précises, iiue le Ministère de la Guerre ne démentira pas. »
On m'affirme — de source sérieuse — que l'un des deux propriétaires de la maison alltmando Hansen et Neuerburi;, laquelle approvisionne en charbon allemand plusieurs de nos forts de l'Est, serait consul d'Allemagne à Charleroi. Le renseignement est à vérifier sur place. S'il était exact, il en résulterait que ce personnage oHiciel allemand aurait accès, comme fournisseur de l'État français, dans nos forts français!
On m'assure aussi que la maison allemande Hansen et Neuerburg, de Sarrebrùck, aurait, avec la Compagnie du Gai à Paris, un contrat qui lui assurerait le monopole de la vente du coke aux industriels abonnés de ladite Compagnie. Quand une autre maison se présenterait chez ces industriels f)ùur leur proposer du ojkc, il serait répondu : « Impossible. Nous devons nous fournir chez Hanson et Neuerburg. »
On racoTitc encore que pendant la crise franco-allemande de l'été de 1911 on pouvait voir, dans la gare de Neufchàteau, dcg soldat* français en uniforme, dvchargeant du charbon d'un Lcagon tout Jlambant neuf portant les aigles allemandes. Ce charbon était destiné aux ouvrages français. • Spectacle honteux » et symbolique. Venez donc nier, après cela, que le gouvernement de la République soit bien celui de l'étranger !
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dans son conseil de surveillance M. H. d'Olsinger et le baron de Stûcklé, et qui a pour directeur M. Uhry.
Ceci n'est d'ailleurs qu*un point secondaire. Ce qui est inouï, invraisemblable et scandaleux, c'est que ces fournitures de charbon allemand, livré par des maisons allemandes à nos forts de l'Est, aient été obtenues par adjudication.
Si nous ouvrons le cahier des clauses et conditions générales imposées aux titulaires de tous les marchés relatifs au département de la Guerre (du 16 février 1903) à la page 9, article 25 : « Provenance des fournitures » , on lit ceci :
Sauf exceptions prévues dans le cahier des charges spéciales, les matières et denrées livrées doivent être d'origine française, ou provenir des colonies françaises ou des pays de protectorat. Les etïets et objets doivent être de confection ou de fabrication française, ou avoir été confectionnés ou fabriqués soit dans les colonies françaises, soit dans les pays de protectorat. Le titulaire du marché aura à justifier de l'origine, toutes les fois qu'il en sera requis.
Je n'ai pas besoin de m'étendre longuement sur la nécessité absolue d'une telle précaution, dont on retrouve la trace dans tous les cahiers des charges spéciales. En voici un exemple pris au hasard, dans le cahier des charges des ateliers de construction de Lyon :
Article 12. — Les charbons doivent provenir exclusivement des mines françaises. Les briquettes peuvent être obtenues avec des matières de provenance étrangère, pourvu qu'elles aient été fabriquées dans des usines françaises.
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Mais depuis quelques années, les cahiers de charges spéciales laissent là-dessus une étrange latitude. J'ai, par exemple, sous les yeux celui du 20* corps d'armée, du i" avril 1911 au 3f mars 1912. J'y lis à l'article 3 : Conditions de provenance :
Par exception, les combustibles de provenance étrangère seront admis dans les livraisons à faire dans les places ci-après, pourvu qu'ils remplissent les conditions de qualité énumérées à l'annexe 1 du cahier des charges communes et du présent cahier des charges spéciales... Toutefois, les adjudicataires ne pourront livrer des combustibles do provenance étrangère qu'autant que cette provenance aura été nettement spécifiée dans leur soumiï^sion.
Suit une énumération des places ainsi consacrées au combustible allemand et à des adjudicataires qui ne sont autres, évidemment, que les agents des maisons allemandes : Baccarat, Bourlémont, Frouard, Luné ville, Manonviller, Nancy, Neufchâtcau, Pagnyla-Blanche-Côte, Pont-à-Mousson, Pont-Saint- Vincent, Ilambervillers, Saint-Nicolas-du-Port et Toul... C'est, comme on le voit, assez coquet.
Il serait fort intéressant de savoir quelle influence est intervenue au ministère de la Guerre, pour annihiler une clause et condition essentielle, et même nationale, au bénéfice des mines allemandes de la Houve et de la firme allemande Ilansen et Neuerburg. Le bon marché relatif des charbons allemands ne saurait être une explication. En elTet, en admettant (jue les mines et houillères françaises du Nord et du I^as-de-Calais fassent des prix plus élevés que les compagnies allemandes, il existe une nmltitude de firmes françaises ayant en mains, par marches
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réguliers, des diarbons allemands susceptibles d'être livrés, même par adjudication, à de bons prix pour les intérêts de nos forts. Ces maisons, au point de vue de la défense nationale,, offriraient toutes les garanties. En cas de guerre, elles pourraient très bien prévoir, dans leurs contrats, des remplacements de charbons allemands par des charbons de mines françaises, avec lesquelles elles travaillent également.
En d'autres termes, il y a deux choses dans un contrat : la livraison et le livreur. Non seulement, le gouvernement français, quand il s'agit des forts de l'est, accepte, au mépris du cahier des charges générales, la livraison allemande; mais il accepte encore, sans nécessité, le livreur allemand.
Demandons-nous maintenant ce qui se passerait au moment de la déclaration de guerre : à la page 14, article 38 de la même brochure bleue du ministère de la Guerre, on lit ceci :
Sauf indications contraires, contenues dans les cahiers des charges spéciales, le cas de guerre ne dégage pas l'entrepreneur des obligations qu'il a contractées. Toutefois, si les conditions du marché ont été profondément modifiées du fait de la guerre, l'entrepreneur est admis à réclamer au ministre, sauf recours au Conseil d'Etat, soit la résiliation pure et simple du traité, soit le paiement d'une indemnité équitable.
De deux choses l'une : ou la firme Hansen et Neuerburg et la compagnie des mines de la Houvo continueraient, en cas de guerre franco-aile ftande, d'approvisionner de charbon nos forts de l'Est. Ou elles rompraient le contrat et cesseraient leurs livraisons.
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Dans le premier cas, je n'ai pas à insister sur le dançer de confier à l'adversaire en armes l'approvisionnement en charbon de nos forts. C'est comme si an particulier confiait les clés de sa maison à son pire ennemi et le chargeait d'aller faire ses provisions de bouche. On voit d'ici les conséquences. La firme Ilansen et Neuerburg, les mines delà Houve se trouveraient dans la cruelle nécessité ou bien de trahir l'Allemagne, en livrant de l'excellent combustible aux forts français de l'Est, ou bien de tromper la France en lui livrant, pour sa défense immédiate, un mauvais charbon *. Dans la crise de tension politique et économique précédant la déclaration de guerre, la même redoutable alternative se poserait quant au stock de réserve. J'imagine les angoisses par lesquelles ont dû passer MM. Ilansen et Neuerburg et Jes mines de la Houve, pris entre leurs obligations professionnelleî: et leur devoir national, pendant la récente période d'alarme juillet-aoùt-septembre 1911 ^
1. Comme illustration aux risques que fait courir l'emploi du charbon étrantrer, un correspondant me communiquait 1» note suivante : « Vers la fin de la guerre de Sécession, lo» Confédérés aux abois, bloqués de toutes parts par les escadre* fédérales, s'avisèrent de laisser capturer par l'ennemi u> navire chargé de briquettes de charbon. Naturellement lo» fédéraux s'en servir pour chauffer leurs navires de guerrô. Or, certaines de cet briquettes étaient bourrées de poudra Des explosions se proihiisirent dans les chaufferies, et certainji navires furent immobilisés pour longtemps. »
Ceci, c'est le péril n" 2, par sabotage direct. Le péril n» 1» par refus de livraison du combustible, par la faim noire, est à la fois plus banal et plus menaçant.
2. Ecoutez ceci, qui est d'hier et que m'affirment des par sonnes bien renseignées. Dos le début de la dernière tension diplomatique au sujet du Maroc-Congo, le gouvernement français demanda à la maison Clément-Bavard un dirigeable neuf. D'autre part, comme il y en avait en service plusieura
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Dans le second cas, — rupture brusque du contrat, — je laisse à penser le désarroi que causerait dans l'approvisionnement en combustible de nos forts, sur la zone la plus menacée, ce changement soudain de fournisseurs, au moment de la mobilisation! Une pareille mesure équivaudrait au désarmement de plusieurs de nos forts de l'Est, dès le début des hostilités.
Pendant qu'on chercherait, au milieu du trouble général, à s'approvisionner ailleurs, en toute hâte, les colonnes allemandes passeraient tranquillement sous des forts français aux feux éteints.
La raison se refuse vraiment à admettre que les
de son système, on lui donna l'ordre de mettre, le plus tôt possible, des pièces de rechange à la disposition de l'autorité militaire.
Parmi les organes essentiels du dirigeable sont les radiateurs. Ceux qu'on utilise sur les Bayard sont de fabrication allemande. Clément avisa le fournisseur. La réponse aurait été : tt Le gouvernement allemand nous interdit absolument de vous faire la livraison. » C'est alors qu'on aurait eu recours aux services de la maison française Grouvelle- Arquimbourg.
De toutes façons, le gouvernement allemand serait dans son rôle en faisant cette réponse, car c'est être dupe que de donner, de ses propres mains, fût-ce sous forme de pièces détachées, des avantages à son ennemi éventuel.
Mais vous conviendrez que ce qui s'est produit pour des radiateurs pourrait très bien se produire pour le charbon de nos forts de l'Est. Que deviendraient ceux de ces forts qu sont les clients de la maison Hansen et Neuerburg ou de la Compagnie de la Houve, le jour où la tension s'accentuant entre la France et l'Allemagne, ces firmes allemandes leur déclareraient : « Le gouvernement allemand nous interdit absolument de vous faire la livraison. » Il est bien probable que les intendants militaires des régions menacées regretteraient amèrement alors leur folle confiance et les exceptions « en faveur du combustible de provenance étrangère » de leurs cahiers des charges spéciales. Mais hélas! il serait trop tard.
pouvoirs publics, qui devraient être compétents en la matière, n'aient pas entrevu et même violemment pressenti les inconvénients si graves que présenterait en temps de paix la fourniture, par des maisons allemandes, du charbon de nos forts et ses dangers terribles en cas de guerre.
On ne voit guère qu'ime raison possible : l'économie *. Il résulte de mon enquête qu'en effet, les maisons allemandes livrent leur charbon allemand à des prix plus bas que ne le livrent les maisons françaises, auxquelles l'autorité militaire aurait un intérêt national à s'adresser. Il s'agit précisément de savoir si, dans ce cas, cet intérêt national ne prime pas, et de beaucoup, l'intérêt tout court. Il s'agit aussi d'envisager si ces bas prix, ces « prix de sacrifice i», consentis par les maisons allemandes, en cas de fourniture aux forts français de l'Est, ne sont pas suspects, s'ils ne sont point recommandés ou commandés par le ^gouvernement allemand, désireux d'avoir ainsi la main sur nos défenses de frontière et de pouvoir, à la mobilisation, les paralyser instantanément. Le fait qu'une pareille question peut s'imposer au patriotisme justement vigilant et inquiet est de trop. Remarquez bien ceci : quand la maison Fried Krupp a besoin pour ses canons de minerai français, elle s'adresse à M. Thyssen, conseiller privé de l'empereur Guillaume II, possesseur et exploiteur des mines du Calvados et de la Manche. Quand nos forts de l'Est ont besoin de combustible, non seulement celui-ci est allemand, mais encore il est livré à nos forts i)ar des firmes allemandes. Du
1. Nuus aroas vu que cette raison ne saurait être prise au sérieux. Quajid l'intcrét naiional est «n jeu il es4 ôt bonne
politique de ne pa*; lésiner sur les prix.
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côté allemand, on est garanti. Du côté français, on ne l'est pas.
J'arrive à la question d'intérêt matériel, de prix de transport, qui sert d'excuse à l'intendance militaire française, — de -nauvaise excuse, — pour ger maniser en combustible nos forts de l'Est et risquer ainsi, soit le sabotage, soit l'extinction des feux au moment de la mobilisation. L'un de mes correspon ' dants explique la chose avec beaucoup de clarté Je lui cède ici la parole : « Par exemple, pour la « place de Neufchâteau, le transport de dix tonnes « venant du Nord français est environ de 100 francs, '«c tandis que celui de dix tonnes de la Sarre est d'en- « viron 89 francs. Pour Nancy, la différence est a encore plus forte en faveur des houilles alleman- « des. Comme prix d'achat, les houilles du Nord « sont plus chères que celles de la Sarre. Seulement, € la qualité des charbons français est bien supé- « rieure. Ils sont moins flambants et donnent plus « de chaleur.
« Le plus surprenant, c'est que nous avons, en « Lorraine française, des gisements de houille très « importants et que l'on ne peut exploiter, en raison « des difficultés que soulève l'Etat français. On dirait « que le gouvernement français favorise Ventrée des « houilles allemandes, en imposant des charges e.ca- « gérées aux Français qui voudraient exploiter les « gisements de la Lorraine française. »
C'est ici le moment de faire remarquer que le kartel allemand, — institution d'Etat, sous le contrôle du gouvernement de l'Empire, — favorise, par tous les moyens, l'exportation du combustible allemand. Notamment, il majore le prix de vente au consommateur allemand, ce qui lui permet de livrer à très
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bas prix à la clientèle étrangère. Ce procédé, commun à beaucoup de kartels allemands, est d'ailleurs emprunté aux trusts américains. D'autre part, les tarifs des chemins de fer allemands sont sensiblement inférieurs aux nôtres. Enfin, tout combustible destiné à l'exportation bénéficie encore d'une forte réduction sur ces tarifs. Or, en vertu des fameuses c conventions scélérates » établies en 1884, par le juif Raynal, les charbons étrangers introduits en France sont admis à voyager sur tous nos réseaux, aux tarifs de leurs pays d'origine. C'est ainsi qu'un waL'^on de charbon du bassin de la Ruhr, expédié à Paris, paie moins de transport qu'un wagon expédié de Lens ou d'Anzin.
Nous retrouvons ici le processus habituel : d'un côté, — du côté gouvernemental français, — abandon, négligence, trahison des intérêts les plus évidents du pays et de l'industrie nationale. De l'autre,
— du côté gouvernemental allemand, — effort d'expansion et de pénétration nationales sur toute la ligne.
Non contente de ces avantages, l'Allemagne n'hésite pas à se servir de la fraude, — vraisemblablement de comjjlicité avec l'Etat français qui ferme les yeux,
— pour faciliter encore ce qu'on appelle « l'invasion noire », l'invasion du pain noir de l'industrie. J'ai sous les yeux une lettre de voiture ayant servi au transport d'un wagun de charbon allemand. L'cxjk''diteur est le directeur dune mine appartenant à un très haut personnage de l'Ktat allemand. Ce wagon de charbon r profité d'un tarif de faveur dit « pour la troupe ». L'expression < p^ur la troupe » est portée, en toiit^'s lettres, sur la feuille de routage. Or, il y a fraude, car la station destinataire, — Four-
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mies-Nord, — ne possède pas de troupes, et le wagon était tout bonnement destiné à un marchand qui en a pris livraison. Il paraît que ce procédé est courant. Il montre, en tout cas, à quel point les Allemands se gênent peu chez nous.
Le correspondant que je citais tout à l'heure ajoutait : « En réalité, l'économie faite par l'État Iran- « çais, en acceptant les houilles allemandes pour les « besoins de notre défense nationale, n'est pas conc sidérable. Il serait même difficile de soutenir qu'il « y ait intérêt matériel à accepter ces houilles sou- « vent pierreuses, qui demanderaient tout au moins « une surveillance constante et des analyses. Car il « n'est pas du tout certain qu'elles répondent aux « conditions des cahiers des charges. »
Si, maintenant, élargissant la question, nous nous plaçons au point de vue de l'avenir des mines et des charbonnages français, nous y trouvons un autre sujet d'inquiétude. L'invasion méthodique, continue et favorisée du combustible allemand, en s'accentuant, amènera bientôt une paralysie de toute la production houillère française. Le fléau du chômage, qui commence à se manifester sur maint carreau de mine, ira s'aggravant, avec son cortège d'émeutes et de troubles économiques. Ici, comme en d'autres circonstances, c'est à la guerre civile entre Français qu'aboutit l'envahissement allemand.
Il est bien entendu que le gouvernement français serait armé pour résister à cet envahissement, s'il le voulait. Il n'aurait — comme la loi l'y autorise — qu'à frapper le charbon allemand d'un droit compensateur au montant des primes dont il bcnélicie dans son pays d'origine. Mais il y a quelque ironie à parler de ce moyen, alors que le gouvernement
républicain donne précisément une prime au charbon allemand, quand il s'agit des furts de la frontière.
La vérité est que, pour avoir la paix, et aussi par cupidité, le gouvernement de la Répul^lique n*a cessé, surtout depuis Taffaire Dreyfus et la siippres>ion du bureau des renseignements, de concéder à l'Allemagne tous les avantages qu'elle a voulus, en fournitures d'Etat industrielles et commerciales, même et surtout intéressant la défense nationale, en concessions minières, en privilèges aux compagnies maritimes, etc., etc.. C'est ainsi que l'appétit de notre puissante voisine s'est encore accru en mangeant.
Hier, c'i'tait le Congo, qu'elle engloutissait. Demain, ce sera l'introduction des valeurs d'État allemandes sur le marché de Paris qu'elle exigera d'un ton belli({ueux. Après-demain, ce sera l'établissement d'un véritable Gibraltar, sinon à Cherbourg, au moins aux environs, à Diélette, par exemple. Nous en arriverons ainsi à payer rançon, à être démembrés, dépecés en pleine paix apparente, comme après une guerre désastreuse.
Voilù donc nos forts approvisionnés en charbon allemand par Hansen et Neuerburg et les mines de la Ilouve, autrement dit à la merci du combustible allrmand. Mais ce n'est pas tout. Ils sont encore à la merci de VoutiUagc do transport allemand. Vienne la guerre ils pourront tout comme les Grands Moulins de Corbeil, être frappés en quelques heures de paralysie.
C'est en effet à la firme allemande Orenstein et Koppcl (Arthur Koppcl de Lîerlin'i que nos forts de l'Est, notainmf^nt P.olfort, Toul, Saint-Mihiel et Ver-