Acte constitutif, reçu par M* Kastler, notaire à Paris
Conseil d'administration.
Membres. — MM. E. Castel, A. Horten, C. E. Solacroup, E. Thyssen.
Commissaire : M. Rabes *.
C'est en somme une fois de plus la mainmise systématique de l'Allemand sur la Normandie.
Après l'organisation de l'exploitation métallurgique dans l'Orne et le Calvados, Auguste Thyssen s'est en etïet rendu acquéreur de vastes terrains situés dans la commune de Diélette, proche de Cherbourg, en face du raz Blanchard, tombeau du Vendémiaire •.
1. On remarquera la fraternité de cette Société avec la Société Minière et Métallurgique du Calvados. Même siège social. Même conseil d'administration, à peu de chose près. La note que voici vous donnera une bonne idée de la façon de procéder de la maison Krupp. Je l'extrais du Bulletin de renseignements coloniaux (29* année, n» 352). Elle a pour titre la Maison Krupp en Noucelle-Calédonie :
La maison Krupp, d'Essen^ sous le coucert d'une Société belge, son intime associée, oient de se rendre maîtresse d'une importante mine de nickel en Noucelle-Calédonie. Mais pour se conformer au décret minier en rigueur dans la colonie, la société belge constitue une fliale française.
Remplacez nickel parler, Noucelle-Calédonie par Calvados, et vous aurez une bonne image de la manière dont se trouve peu à peu livré notre sous-sol à Krupp, sans calembour. La seule petite chose un peu ennuyeuse, c'est qu'avec ce minerai français, rAllcmairne fond des canons qui, un jour prochain peut-être, tireront sur les soldats français.
2. Du Journal de Valognes, sous ce titre : « Le Cotentin allemand •.
« Le Cotentin deviendra-t-il allemand? Voilà une question qui inwresse au plus haut point les ha^oitants de la Manche car, cette fois, ce n'est plus le Congo ou les frontières de Lorraine
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La Mine de Diélette-Flamanville est à un kilomètre environ du port de Diélette, au pied de roches sauvages fort pittoresques.
La concession comprend quatre couches de minerai parallèles à la côte. C'est vous donner une idée de l'importance du rapt que vont exécuter chez nous les Allemands et de l'aubaine qui attend l'usine Krupp.
On aurait même récemment constaté à Diélette la présence de minerais d'or et d'argent. Mis au courant du fait, le vieux Thyssen aurait recommandé làdessus le plus complet silence. Je l'étonnerais beaucoup en disant qu'en effet la présence de galène dans sa mine est certaine. Or la galène est un minerai de plomb presque toujours argentifère.
L'installation actuelle est provisoire. On commence les travaux d'aménagement. L'extraction sérieuse de
que les Teutons rêvent de s'approprier, mai» c'est Cherbourg et le Cotentin, c'est notre département.
« Les Allemands ont remarqué que le Cotentin, isolé de la France par les marais d« Carentan, forme en réalité une lie qu'il serait facile de rendre inexpu;:nable. Le Cotentin s'avance dans la Manche comme un m(Me naturel ; il est la sentinelle avancée de l'Europe en face de l'Amérique, c'est pour cela que tant de transallanti<iue8 partent aujourd'hui de Cherbourg. Le Cotentin par lui-même est un beau pays; au bout de vingt ans, il pourra nourrir une nombreuse population allemande après que les premiers possesseurs du sol auront été progressivement évincés. En outre et surtout, Cherbourg situé en face des côies an;,'laises, à quelques heures de Portsmouth, est une admirable position stratégique qui domine la Manche et tient cri respect l'Angleterre. Lorsque le drapeau des Hohenzollern Ilottcra sur la digue et sur le fort du Roule, Cherbourg jouera, à l'entrée de l'Atlantique, le rùle que joue Gibraltar, à l'enti-ée de la Méditerranée, comme lui en terre étrangère, comme lui inexpu'jaable, comme lui commandant le chemin des mers. Aiisti In pangcrrnanitte», dan* Icurg articlet et concrsationt, appellent-ilt Cherbourg le Gibraltar alUmand.M
EXPLOITATION DBS MINES DB FBR 153
minerai ne sera entreprise en grand que dans quelques semaines. Au dire des gens compétents, ce minerai est de qualité supérieure. Krupp en sera content. J'en ai là un morceau sur ma talbe, qui me sert de presse-papier. Je ne songe pas sans mélancolie que ce fer français va être fondu, travaillé, façonné contre nous, nous reviendra quelque jour sous forme d'obus allemands, de matériel d'artillerie allemand, de bateaux cuirassés allemands crachant le feu par tous leurs sabords. C'est ainsi que la République Bismarck-Gambetta paie sa dette au vainqueur qui l'installa chez nous sous le couvert de « la Revanche »!
Les machines employées sont les locomobiles Wolff de Magdebourg et les Lanz de Mannheim.
Le matériel utilisé est en effet exclusivement allemand : seuls quelques rails employés à l'établissement du chemin de fer à voie étroite de la mine du port proviennent d'un lot de Micheville 1912 : tout ce qui circule sur ces rails est allemand : wagonnets d'Orenstein et Koppel, machines des mêmes... etc.. Jusqu'au charbon brûlé à la mine, tout est allemand : ce charbon vient de Westphalie par la voie du Rhin jusqu'à Rotterdam, où il est chargé sous forme de briquettes à bord de navires qui le transportent à Diélette; jusqu'à présent ces navires battent pavillon hollandais : ce sont le San Antonio et le Si/ra, appartenant tous deux à la firme Hammerstein de Rotterdam ^encore un nom germani(iue), qui perçoivent par contrat un fret de 10 francs par tonne rendue à Diéletle : lorsque le contrat de ces navires sera terminé (ce qui no tardera guère), nous verrons si les navires qui appoi-teront le charbon allemand à l'établissement allemand de Guerfa ne seront pas, eux aussi, allemands.
Est-ce que Diélette profite au moins de cette colonisation allemande? Un fait certain est que le prix de l'existence a notablement renchéri dans la réerion
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depuis que les travaux ont été repris à la mine. Les productours de denrées, dira-t-on, en profitent; peutéire. Mais ce renchérissement de l'existence n'a-t-il pas, par ailleurs, de répercussions fâcheuses pour la généralité des habiuntsî