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CHAPITRE ni

Le port de Diélette de peu d'importance par luimême, mais d'un intérêt capital, comme nous allons pouvoir le constater, depuis que les Allemands s'y sont installés en maître, est situé sur la côte, dans l'anse de Vauville, à l'Ouest de Cherbourg, dont il n'est distant que par un ruban de route de 28 kilomètres.

Le sous-sol des terrains environnants et de la grève renferme une quantité considérable de minerai de fer.

Voilà longtemps déjà que l'extraction en fut tentée. Des puits ont été creuses et des galeries souterraines, à cent môtres de profondeur, sillonnent le oessous de la mer jusqu'à plusieurs centaines de mètres du rivage.

La première corapaprnie qui amorça ces travaux, abandonna après quelques années, devant les frais énormes nécessités pour le transport par voie de terre, jusqu'à Cherbourg, du minerai extrait. Cette contrée déserte n'était, en etïet, desservie par aucune voie ferr.-e, et le primitif tombereau devait être employé. Or, de

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Diélette à Cherbourg, il y a un ruban de route de 28 kilomètres.

Depuis deux ans, une compagnie nouvelle exploite la mine, et ses actionnaires ont consenti les sacrifices pour obvier à ces inconvénients. Le transport du minerai se fera désormais par voie de mer; la compagnie a creusé un port en eau profonde à 80(J mètres du rivage, relié à la terre car un chemin de fer aérien. Ce port sera accessible à toutes les marées aux navires veiiant prendre leur chargement de minerai.

Le cliemin de fer aérien a nécessité, lui aussi, des travaux fort importants. On a lancé, dans l'avant-port du commerce de Cherbourg, un énorme caisson-wharf, dans lequel ont été coulés 12.000 mètres cubes de ciment armé et de maçonnerie, et qui formera l'extrémité de la voie en mer. Quatre autres caissons, immei'gés à 180 mètres de distance l'un de l'autre, supporteront les pylônes sur lesquels courra le chemin de fer.

L'ensemble des travaux s'élèvera à plusieurs millions. Des milliers de tonnes de minerai sont déjà extraites. Sitôt que la ligne aérienne sera terminée, les transports commenceront à destination de Caen. C'est là, en effet, sur le territoire de la commune d'Hérouville, que la société a installé quatre hauts fourneaux, qui produiront 230 tonnes de fonte par jour i.

Mai.s bien des indices permettent de prévoir que cette installation d'un chemin de fer aérien sera suivie de la construction d'une digue. Ce gigantesque travail causera sans doute d'anicres désillusions.

Il sera foncé sur du sable et il devra tenir à l'endroit voulu de par son propre poids : e.<it-ce suffisant? On en peut douter, étant donnée la violence des courants dans ces |iarages qui comptent, sans contredit, parmi les plus mauvais dci côtes de France. Alors, qu'adviendrat-il de ce chemin de fer aérien? Le moins qu'on en

l. CcH renseignements sont extraits de U Dt'pêche de Breit dci premiers jours de juillet 1912.

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puisse dire, c'est que sa durée apparaît comme des plus problématoires.

C'est à ce moment que se posera la question de la digue, déjà envisagée par les ingénieurs de Thyssen.

Quant à ceux qui s'imaginent que le personnel allemand diminue a Diéletie*, parce quii se cache et fait le mort, je leur apprer.drai que le contremaître R..., de Dresde, sous-of licier de réserve de l'armée allemande, habite à Diélette même et surveille les opérations.

Mais j'arrive au grand projet, assez limpide celuilà, pour quiconque réfléchit, grand projet qui terrifie à bon droit les malheureux Normands demeurés dans la région Diélette-Flamanville, et sur lequel se poursuit actuellement, pour la frùne, une enquête « de commodo et incowmodo ». Car il est à peine besoin dédire qu'Auguste Thyssen et ses agents ont déjà partie gagnée : la Compagnie Allemande des Mines DE Diélette — n'oublions pas, je vous prie, qu'Auguste Thyssen est conseiller privé de l'empereur Guillaume II — a la prétention d'installer la, a quelques pas de l'arsenal db Cherbourg, un dépôt

DE deux mille kilos DE DYNAMITE I...

Ce dépôt sera censé sous la surveillance du commissaire central de Cherbourg. En réalité, il sera sous la garde du sous-officier allemand R... ou d'un de ses cajnarades et d'un ingénieur allemand. Dans ces

1. Dans les mines de Normandie comme aux Grands Moulins de Corbeil, tout ce qui n'est pas allemand ou juif est suspect, surveillé de près et finalement mis en demeure de céder la place au conquérant. Mais les agents de Thyssen ne procèdent que peu à peu et par étapes à i'eiimiuaùon du person- «ounel françai*.

conditions, s'il se produit, un jour ou l'autre, à l'arsenal de Cherbourg, une catastrophe comparable à celle de Lagoubran, il ne faudra pas trop s'en étonner; et il faudrait encore moins s'étonner si, au lendemain de la déclaration de guerre, ledit arsenal sautait d'un seul coup.

Cette installation du port de Diélette en eau profonde, à côté d'un de nos ports militaires, n'est certainement pas le pur effet d'un hasard ^. Les inconvénients multiples qui doivent en résulter fatalement pour nous, et, par contre les avantages innombrables

1. Le 3 septembre 1912, je publiais dans l'Action Française les lignes suivantes sous ce titre :

Comment Caillaux liera Diélette aux Allemand».

« J'apprends de très bonne source comment le Gouvernement allomand a obtenu du gouvernement de la République, de Caillaux, pour préciser, l'autorisation de construire à Dicl( tte un havre qui fait de cette partie du Cotentin un véritable Gibraltar prussien.

« C'était au moment des tractations du Maroc-Congo. Le traité du 4 novembre par lequel nous cédions le Congo à l'Allemagne était signé et cef>endant la « Panther * restait toujours devant Agadir. Caillaux voulait à tout prix devant l'opinion française soulevée obt»^nir le retrait du bateau allemand. 11 sollicita à ce sujet l'ambassadeur d'Allemagne qui répondit en substance : • Soit, mais à une condition: l'octroi du port de Di-leite. Thysscn en a besoin pour son minerai et l'Empereur serait heureux qu'on lui donnât saiisfaciion. • Ça ne traîna pas. Caillaux ignorant d'ailleurs profondément de quoi et de qui il s'agissait, accorda aussitôt ce qu'on lui demandait. C'est ainsi que la mine de Diélette, le port do Diélette et les travaux connexes se trouvent aujourd'hui constituer une enclave des plus dangereuses pour notre pays, l'ius tard, afin de pallier autant que possible cette monstruosité, le gouvernement incita le cauJide M. Le Chal<'licr à c»»riiraci«;r alliance avec Thyssen, à servir de paiavciit au conseiller privé de TLmpereur ei à ses prises sur le sol français. »

Notre excellent confrère, le NouoellLtte de la Sart/ie, ayant

que ne manquera pas d'en retirer la nation allemande, constituent la meilleure preuve que cette installa-

reproduit cette information, reçut de Caillaux la lettre suivante :

CHAMBRE Mamers, 5 septembre 1912.

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