On m'a cité une ferme près de la frontière, arrivée à fin
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Les fermes allemandes se multiplient surtout, ce qui est très caractéristique, dans la région importante appelée la Woévre, entre la Meuse et la Moselle, jalonnant une route d'invasion qui va de Metz à Saint-Mihiel et Lrérouville.
Avant de dénombrer, d'une façon forcément incomplète, ces fermes de la Woévre, nous en citerons quelques-unes dans le Châlonnais, région également des plus exposées au point de vue militaire.
!• Dans le Châlonnais.
A Coolus, à 4 kilomères de Châlons, siège du iorps d'armée, en bordure de la ligne du chemin de fer Paris-Nancy-Avricourt, par Toul, située sur une hauteur qui domine la ligne, se trouve la ferme Beuzard, occupée par des Allemands. Ladite ferme est en outre à 100 mètres d'un petit pont (tablier métallique) sur le ruisseau la Coole, que franchit la voio ferrée. Si ce pont saute, la mobilisation est entravée.
Dans la région de Sainte-Menehould, le long de 1» ligne Châlons-Batilly-Metz paj* Verdun, plusieuri
de bail, lou<!;e jusqu'alors trou mille /rancs, qui a été louée aussitôt par un Allemand, au prix de cinq mille /ranci . Le cas n'est pas isolé. Nos voisins attachent, en ce moment, une importance capitale à ces domaines, généralement bien placés, qui deviendront, au jour de la mobilisation, autant de fortins allemands en terre française, où s'instruisent, en attendant cette heure critique, des guides et des éclaireurs de premier choix. Certains de nos forts — très importants — ne sont occupés que par cinq ou «w? hommes! Or l'envahissement allemand de fermes voisines permettrait en outre à l'ennemi d'occuper ce» fbrtA avant que la mobilisation ait pu renforcer leurs postes.
LES FERMES ALLEMANDES DANS l'bST 281
fermes sont occupées par des Allemands. A Cemorif à 15 kilomètres de Châlons, le château et la ferme, précédemment propriété de la famille de P..., sont aujourd'hui au pouvoir des Allemands.
A propos du Châlonnais et de la région de Sainte- Menehould, on nous a écrit :
« Ils sont légion maintenant, dans cette contrée, les villages où, lentement, systématiquement, patiem ment, s'installent de véritables colonies allemandes ; j'entends des familles d'Allemands qui savent à peine baragouiner trois ou quatre mots de notre langue, qui raahètent les fermes disponibles, qui vivent absolument à part, forment un monde fermé, où aucun de nos paysans n'a le droit de pénétrer. Je ne parle pas de leur morgue et de leur insolence. Je suis persuadé que ces envahissements partiels ne sont que la réalisation d'un vaste plan d'ensemble et, au surplus, que plusieurs de ces gens-là sont subventionnés. Ils arrivent toujours à point, au moment précis, admirablement renseignés sur les avantages et les inconvénients des combinaisons qu'ils se font proposer. »
Quant aux valets de ferme suspects :
« Ils arrivent, parlant très durement, mais assez correctement le français. Ils paraissent même trop distingués. D'ailleurs, ce sont des modèles d'honnêteté. Laborieux, toujours empressés, ils vivent à part, eux aussi, taciturnes, ne communiquant leurs observations à personne, paraissant étudier, examiner quelque chose. Les dimanches et jours fériés, ils vont seuls par monts et par vaux. On les surprend à recueillir des notes, faire de la photographie, aux alentours des ouvrages militaires, des travaux d'art. Quelquefois, quand l'attention est éveillée, l'homme
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disparaît par une nuit sombre, sans même avoir touché sa paye ^. m
2* Fermes de la Woëvre.
Nous avons dit que la Woëvre est une vaste plaine s'étendant entre la Meuse et la Moselle. C'est surtout un immense champ clos, bien connu de tous les militaires, promis aux premiers grands combats de la guerre de demain.
Cette région, admirablement pittoresque, accidentée, vallonnée, forestière, parcourue par des t rupts » ou ruisseaux d'un aspect riant, est désignée comme un des établissements principaux de notre couverture. Depuis quelques années une lente infiltration allemande s'y produit. Les fermes tombent une à une aux mains de l'ennemi. Celui-ci ne les choisit pas au hasard. Il les lui faut spacieuses et bien situées.
Nous ne pouvons mieux faire que reproduire les lignes suivantes, extraites encore d'un article du général Maitrot, publié par ÏÉcho de Paris sous ce titre « Questions de frontière ».
Cet article a trait à l'occupation des fermes de la Woëvre par les Allemands:
Les Allemands trouveront dans la Woèvre tous les guides dont ils auront besoin; ce sont leurs nationaux qui s'y sont fixés, avec le consentement des autorités locales. j
1. On me signale au dernier moment comme allemandes, dans la répion de Sainte- Sîcnehonld, les fermes de Remicourtt de La. Batte, de VannouUlet-Dame» et de Saint-Jean-decanP Pot nette.
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J'ai déjà signalé le fait à maintes reprises. Oui, la Woëvre est pleine d'espions, installés à demeure, et qui « attendent l'armée allemande ». Je pourrais citer plusieurs grandes fermes du pays occupées par des familles allemandes qui n'ont de cultivateur que le nom. Par un hasard singulier, toutes ces fermes sont situées sur des points admirablement choisis ; plateaux élevés dominant la région, embranchements de routes, grande clairière dans une forêt.
Certain jour de l'année 1910, je chassais dans les bois de... Le soir venu, je regagnais le rendez-vous avec mon porte-carnier, paysan des environs, et je lui parlais de la ferme de X..., située à l'extrême frontière et à proximité de laquelle j'étais passé plusieurs fois dans le courant de la journée. Et comme je lui demandais quel en était le tenancier, il me répondit : « Un officier allemand 1 »> Je fis un haut-le-corps et il ajouta : ■ Oui, mon général, un officier allemand, pas de l'active, sans doute, mais un homme qui a servi, on le voit bien à sa tournure. D'ailleurs, regardez les champs, tous en friche; ça, un fermier, un cultivateur? Allons donc ! Il est plus souvent à Metz qu'ici. »
Je fis cette réflexion : « Pourquoi a-t-on laissé cet homme s'installer dans cette ferme? La mairie, la préfecture ne savent donc rien? » Alors une réponse conçue en termes énergiques que je me dispense de rapporter.
Cette situation n'est pas particulière à la Woêvre ; toute la région avoisinant nos frontières de l'Est et du Nord est infestée d'espions, et toujours on les trouve gités aux bons endroits près des places fortes, à proximité des ponts, des tunnels, des ouvrages d'art importants, qu'ils ont certainement pour mission de saboter quand ils en recevront l'ordre, de façon à ralentir notre concentration en arrêtant la marche de nos trains.
Le ministère de la Guerre français a été cent fois prévenu de ce qui se tramait sur un des points les plus importants du territoire. N'ai-je pas eu l'occasion de lire récemment un ouvrage fort intéressant, une
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de ces vues d'avenir comparables aux éclairs qui sillonnent la nue avant l'orage, intitulé La Bataille de la Woëvre. Mais le ministère de la Guerre français sous André, sous feu Berteaux, sous Messimy, s'occupait beaucoup moins des dangers qui menacent la ! Woëvre que des opinions politiques et des convictions religieuses du corps des officiers. Au lieu de dresser la liste des fermes allemandes de la frontière, ces messieurs mettaient à jour Corinthe et Carthage, les
GRANDS LIVRBS DE LA DÉLATION, AUSSITÔT TRANSMIS d'ailleurs au grand ÉTAT-MAJOR ALLEMAND, PAR LES SOINS DE l'agence ScHIMMELPFENO, 2, BOULEVARD
Montmartre, a Paris.
L'enquête que nous avons entreprise sur l'acquisition des fermes dans la région de l'Est, au voisinage de la frontière, par notre ennemi, est difficile, car les Allemands — rcpctons-le — se donnent en général comme des annexés plus ou moins naturalisés.
Un des nombreux patriotes qui m'a renseigné sur cette région m'écrivait :
« Je suis ici à deux pas de la ligne de la Meuse, sous le canon du camp des Romains, près du pont db
lilSLÉE, qui fut saboté, l'aN DERNIER, PAR DES MAINS MANIFESTEMENT ALLEMANDES, AU MOMENT DB l'aFFAIRE
d'Agadir. On peut voir encore aujourd'hui, à deux cents mètres de ce pont, un draj)eau allemand dessiné sur une borne kilométrique du chemin de halage... î* Nous sommes infestés de métèques, contrebandiers, marchands de peaux de biques, romanichels de toute ;;* couleur et de toute farine (jui paraissent beaucoup;,' plus soucieux d'examiner le terrain et de supputerai nos ressources que de débiter leurs marchandises. 2 Saint-Mihiel est enjuivé depuis longtemps... Onj m'assure que les fours à chaux de Dompcevrin, prèa ''
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Saint-Mihiel, sont aux mains d'actionnaires allemands, dont le principal demeurerait à Knùttange- Hùtten. »
Pour en revenir à ces fermes, quand l'officier ou le sous-officier qui les a acquises, quelquefois au triple de leur valeur, se sent signalé et brûlé, il les revend avec perte et transporte ailleurs son réduit.
C'est ainsi que la ferme de Montplaisir, au-dessus de Thiaucourt (25 hectares) ^ dont la masse sombre se voit à dix lieues à la ronde, appartenait, jusqu'à ces derniers temps, à un prétendu Luxembourgeois des plus suspects. Comme le scandale était un peu fort, il passa la main à un Français. Ce cas est malheureusement isolé.
Au sud de Gorze, sur le long plateau boisé qui longe la frontière, entre Arnaville et Chambley, on nous a signalé deux grosses fermes, des plus importantes, entourées de maigres champs. Elles sont toutes deux aux mains d'Allemands qui ne vont à la poste qu'à Gorze en territoire annexé.
Sur le plateau de la rive droite du rupt de Mad, entre Pagny-sur-Moselle et Thiaucourt, se trouvent les trois fermes bien connues de La Grange-en-Haijey de Bouleuvre et de Sainte- Marie. Elles sont tenues par des fermiers soit allemands, soit annexés, qui y emploient en tout cas la main-d'œuvre allemande. En temps de guerre, les troupes allemandes trouveraient, dans ces manœuvres, des guides tout indiqués et sûrs pour les conduire la nuit, les yeux fermés, à travers ces longs rideaux de bois, impénétrables et fangeux, qui barrent la mi-Woëvre du nord au sud.
Sur la route de Chambley*, une belle ferme com-