‹ L'avènement de Bonaparte (volume 2)Chapitre 40 sur 63 · LE CODE CIVIL · texte numérisé non relu

LE CODE CIVIL

plusieurs codes; ne pensez-vous pas qu'il serait utile de les refondre et de présenter au Corps législatif un projet qui fût à la hauteur des idées du siècle et digne du gouvernement (1) ."

Il voulut connaître les projets débattus devant la Convention. Gambacérès les lui remit, non sans quelque embarras, et se précautionna en l'avertissant qu'il trouverait là « des dispositions qui avaient été l'objet d'une forte controverse et d'autres qui semblaient contraires aux principes d'une saine politique et aux règles de la bonne morale, tj Bonaparte se saisit des projets; au bout de quelques jours .: « J'ai lu •' , dit-il à son collègue, et il le complimenta sur ses qualités d'analyse et de rédaction : « Il y a là un esprit d'analvse dont j'ai été satisfait, ' et puis le texte était clair : « Je n'ai pas eu besoin de relire. » Il s'agissait maintenant d'opérer les retouches nécessaires et de constituer tous ces projets en un solide ensemble.

Renonçant à diviser le travail préparatoire entre plusieurs commissions, Bonaparte préféra désormais le centraliser entre / trois ou quatre personnes d'une exceptionnelle compétence : « Indiquez-moi des hommes qui soient en état de faire ce travail et rédigez un arrêté. » Cambacérès formula l'arrêté du 24 thermidor an VIII, aux termes duquel Bigot de Préame- ( neu. Portalis et Tronchet, qui s'adjoindraient Malleville : comme secrétaire-rédacteur, étaient invités à se réunir eu conférence avec le ministre de la justice, à l'effet d'établir un ordre et un plan de travail, un canevas, qui servirait de base aux délibérations du conseil d'État.

Tandis que ce haut comité s'attaquait à la besogne, Bonaparte reprit la conversation avec Cambacérès : il traita de différentes matières de législation civile en homme qui avait relu très attentivement les projets et s'était fait des idées personnelles : u II s'expliqua en des termes positifs, — dit Cam- • bacérès, — sur la nécessité de donner plus d'intensité à l'autorité paternelle, sur l'utilité de revoir la loi du divorce, sur la libre disponibilité des biens, sur l'adoption, etc.. Tout

(1) lîclaiiriss&nients iiirilils de C.v uk.vckrks. Toutes les eit-iUAiu; qui suivent jus(ju'à la p. V85 sont extraites de ee document.

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ce qu'il dit étant plein de raison, je ne manquai pas d'y applaudir. »

Il n\ eut diverg^cnce d'opinion que sur la dévolution des biens et le partagée des successions. Le fait à retenir, c'est que Ganibacérès, conventionnel libéré, revenu de très loin par évolution totale, se montrait maintenant beaucoup plus conservateur que Bonaparte, au sens actuel du mot. Sa préoccupation était d'éviter le morcellement des héritages et même , de reconstituer la g^rande propriété. Il est admirable de le voir reprochant à Bonaparte trop de penchant pour les nouveautés révolutionnaires et les préjugés du siècle : « Le premier Consul, préoccupé des idées modernes et ne voyant que les progrés de l'agriculture ainsi que la faculté de recouvrement des contributions, soutenait que, plus les héritages étaient divisés, plus l'État devenait riche. Je différais d'avis et lui fis observer que, dans un gouvernement, il importait d'avoir de grands propriétaires, qu'ils en étaient une des bases essentielles. » Bonaparte ne se laissait pas convaincre. Surtout, il ne voulait pas entendre parler de subsutuiions, c'est-à-dire du droit pour un testateur d immobiliser ses biens aux mains de ses héritiers; cette idée ne lui entrait pas dans l'esprit : « Je comprends que chacun ait le droit de disposer de son bien, quand il n'a pas d'enfants, mais je ne ^ vois point ce qui peut 1 autoriser à disposer pour ses héritiers. ') Plus tard, lorsqu'il aurait lui-même accompli son évolution, lorsqu'il instituerait des majorats, il dirait à Cambacérès : « J'entends maintenant pourquoi aous vouliez des substitutions. "

Trois mois avaient été impartis à la commission des jurisconsultes pour achever son travail préliminaire. En fait, ses opérations se prolongèrent au delà de ce terme. Le conseil d'État fut ensuite saisi dans la forme ordinaire, avec cette particularité que Bigot- Préameneu , Portalis et Tronchet eurent droit d'assister aux séances et de prendre la parole. C'est dans ces conditions que s'ouvrit, avec la participation assidue du premier Consul, la discussion des trente lois

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