RÉORGANISATION ET APAISEMENT
gouvernement. La Haute-Garonne n'est plus reconnaissable, et en un an Toulouse se transforme. La faction jacobine s'effrite à vue d'œiL Dans l'été de 1800, elle s'agite encore et dispose de certains moyens de propagande : « Il est douloureux de voir le Journal de Toulouse continuer d'entretenir les dissensions et s'attacher particulièrement à dépriser toutes les autorités constituées (1). » Quelques mois plus tard, voici que l'ordre est rétabli dans la rue, le calme rentré dans les esprits, et ce résultat a été obtenu sans heurt ni secousse, sans effusion de sang, seulement par l'application soutenue d'un système « de modération et de fermeté (2) 5' , — ces deux mots reviennent partout alors dans les écrits et rapports. Au printemps de 1801, le préfetse plaît à comparer l'état actuel avec les troubles qui ont souillé pareille époque de l'année précédente : « Aujourd'hui, tout est changé... j ose le dire, il n'est point dans la République de département plus tranquille et dont la situation soit plus satisfaisante... Cet état de choses est d'autant plus satisfaisant qu'il n'est point le résultat de la force. Le département et la ville de Toulouse en particulier sont absolument sans troupes, mais l'action du pouvoir est rapide (3) . i) La répétition des mêmes causes de malaise n'engendre plus les mêmes effets ; la population demeure sourde aux incitations du parti démagogue : " Ceux qui y restent attachés ont tenté inutilement de soulever la classe indigente à cause de la cherté des grains; personne n'a bougé; j'étais en mesure (4). » Pour que la faction s'affaisse, il a suffi de lui montrer un pouvoir fort ; il a suffi d'isoler les agitateurs au milieu de la masse des gens d'ordre enfin rassurés et soutenus;
Le brigandage contre-révolutionnaire du Sud-Ouest s'était resserré dans certaines parties du Lot, du Tarn et de Lot-et- Garonne. Au commencement de 1801, il est attaqué à fond,
(1) Bulletin drparteinonlal, lîî tlioniiidor. Hih. iiat., fonds fian(;ai,*. 1 iîîGl.
(2) Rapport préFccloral du 7 pluviôse an IX. FIC, III, 8.
(3) Rapport du 3 germinal an IX. Ihid.
(4) Rapport du 17 prairial an IX. Ihid.
exterminé sur place ou poursuivi à outrance. Ses débris errants menacent un instant de contaminer la Gironde. A Bordeaux, l'anniversaire des tristes journées de Fructidor an VII, où les révolutionnaires maîtres du pouvoir ont ensanglanté la ville, a fait craindre quelque trouble, un effort de représailles; la sagesse du préfet et du commissaire de police y ont mis ordre. Tout le littoral du Sud-Ouest s'apaisait. Dans les Deux-Sèvres, où jadis la g^uerre de Vendée avait débordé en flot de sang;, le préfet pouvait écrire : « Cette contrée a éprouvé depuis un an une amélioration sensible sous tous les rapports. La sombre méfiance qui pendant ma précédente tournée éloignait de moi tous les habitants a fait place à des sentiments plus doux. Ils s'attachent au gouvernement qui les protège, et dans plusieurs chaumières j'ai vu porter de bon cœur la santé du premier Consul (1 j . "
En Vendée, sur les deux rives de la basse Loire, dans l'Anjou et le Maine, en Bretagne, la masse des habitants ne demande plus qu'à rester tranquille, à travailler la terre, sans qu'on puisse encore la dire attachée de cœur aux institutions. En Vendée, le mot de République est toujours en horreur; en portant la cocarde tricolore, on s'expose à se faire insulter. Néanmoins, le peuple se soumet à la politique issue de Brumaire, car tout ce qui s'est fait depuis quatorze mois «semble un prodige» (2). La population angevine et bretonne maudit la conscription, déteste l'impôt; mais la restauration du culte fait disparaître son principal grief.
En Bretagne, la célébration publique du culte ne répond pas seulement aux besoins religieux des âmes; elle console les veux, console les cœurs en rendant au pavs son aspect traditionnel et coutumier, sa physionomie, sa couleur, ce par quoi la Bretagne est elle-même et se complaît en soi, après tant de siècles où la loi religieuse a inspiré ou occasionné tous les actes de la vie commune. Dévotions et réjouissances mêlées, cérémonies familiales, originalité des cos-
(i) Compte rendu de la deuxième tournée préfectorale, fructidor an IX, 5, (2) Lettre adressée au conseiller d'Etat en mis.-ilon. Ror;orAT>-, p. 127,